Ultimate X-Men (Les X-Men de Bryan Singer)

Un article de BRUCE LIT

Des couleurs affreuses pour une affiche mystérieuse.

X-MEN est le premier film du MCU réalisé en 2000 par Bryan Singer. Il lança dans son giron les adaptations de SPIDER-MAN par Sam Raimi, HULK par Ang Lee ou DAREDEVIL par Mark Steven Johnson.
C’est le premier volet d’une trilogie dont le volume 2 sera également signé par Singer avant que Bret Ratner, initialement pressenti pour réaliser le premier film, tourne la conclusion de la saga correspondant à la SAGA DU PHENIX NOIR.

C’est ici notamment que le public découvrira Patrick Stewart, Ian McKellen et Hugh Jackman dans les rôles de Charles Xavier, Magneto et Wolverine.

Nous sommes donc en 2000 et je m’apprête à prendre la décision la plus radicale de ma vie : fuir un chagrin d’amour qui me bouffe depuis des années en partant à l’aventure en Amérique du Sud.
L’avion décolle, et je ne peux pas m’empêcher de penser : mais qu’est-ce que je vais foutre là-bas? Je pars seul, sans amis, sans famille et sans connaître un putain de mot d’espagnol… La suite sera finalement plus rassurante puisque j’y rencontrerai la femme de ma vie ; mais c’est une autre histoire…

Pour l’heure, j’ai 11 heures d’avion et je dégaine mes VO X-Men, mes amis de toujours, qui m’accompagnent pour cette grande aventure.
De leur côté, ce n’est pas la joie, hein…
Depuis le départ de Scott Lobdell, c’est un gigantesque bordel éditorial où s’embourbent des auteurs talentueux comme Joey Kelly, Steve Seagle ou le vétéran Alan Davis qui dans l’avion, me raconte une histoire où Wolverine terrasse Mr Sinistre ou le maître de l’évolution, je sais plus…

Un Logan persécuté et sauvage qui va s’humaniser au fil du film.

Bref, les X-Men sont à peu près dans le même état que mon coeur brisé mais à la fin de mes numéros et dans le magazine Wizard que je mentionne, apparaissent les premiers trailers et reportage sur le film de Singer. C’est intriguant, un peu excitant mais pas plus que ça pour moi qui n’ait jamais fantasmé de voir mes héros à l’écran. Déjà, franchement, comment s’extasier devant la fadeur de l’animation de la version animée X-Men 97 au sortir des prodigieuses versions des CHEVALIERS DU ZODIAQUE ou DRAGON BALL Z ? Et, puis, comment synthétiser en deux heures, la richesse de personnages à l’époque âgés de 40 ans ?

A mon retour, le film sort et je note tout ce qui ne va pas : Wolverine, le petit mec poilu qui pue est devenu un sex symbol, Dents-de-Sabre, son antagoniste machiavélique, un catcheur décérébré, Cyclope un gringalet muet mais pas autant que Halle Berry, actrice oscarisée et qui fait de la figuration dans le rôle de Tornade.
En gros, j’imagine le film que j’aurais voulu voir et il me faudra 20 ans pour le réévaluer avec cette fois, mon fils de huit ans, à mes côtés.

….et puis, les autres…

Et le film est plutôt bon pour peu que l’on en accepte les règles.
C’est une Origin Story et elle est finalement très efficace : Rogue en fuite après un baiser fatal rencontre Woverine, un marginal qui monnaie des bastons pour gagner sa vie. Pris en chasse par Magneto, il sont recueillis par l’institut Xavier avant d’affronter le maître du Magnetisme en plein New York.

Et honnêtement, cette version est bien plus construite, aboutie, dialoguée que celle de Stan Lee et Jack Kirby pour les comics qui en 22 pages, présentait les personnages de manière basique avant de les faire déjouer une attaque nucléaire. Les médiums et les époques sont bien sûr différents mais au final il n’y a aucun procès d’intention à adresser à l’opus de Singer.

Singer a 1h40 pour mettre en place une mthologie et des personnages emblématiques. Il le fait assez bien : l’ouverture à Auschwitz avec le jeune Magneto prend aux tripes, les scènes d’introduction de Wolverine et Rogue n’ont rien à envier à celles des comics, la première attaque de Magneto contre nos héros est aussi brutale qu’efficace, la rencontre avec Jean Grey incarnée par Famke Janssen, née pour incarner la divine rouquine, pleine de tension érotique.

Rogue One : Anna Paquin campe une émouvante Malicia.

Du côté des vilains, c’est nettement moins convainquant. Le look de Dents-de-Sabre est ridicule : on le croirait échappé de la série Hulk des années 70 et ses pouvoirs ne sont pas mis en valeur. Quant au Crapaud, le voici capable de mettre en difficulté…Tornade ?!
Heureusement, la silencieuse et inquiétante Mystique sauve l’honneur avec une présence écrasante qui sera oblitérée par la suite par Jennifer Lawrence qui la transformera en insupportable pleurnicheuse.

X-MEN met en scène l’affrontement entre bons et mauvais mutants sans oublier les humains terrifiés et menés par un sénateur Kelly, lui aussi assez conforme à ce que les comics proposent : un politicien opportuniste, certes mais non dénué de bon sens face à la réelle menace d’individus dont les capacités extraordinaires les placent au dessus des lois.
Cet aspect est bien exploré dans la joute verbale entre lui et Jean Grey dont les arguments sont aussi humanistes que peu viables politiquement. Dans le monde réel, donnerions nous le bénéfice du doute à des individus capables d’infiltrer la maison blanche ou de bouleverser les pôles magnétiques ?
En cela, il faut noter que l’idée de Magneto de mutaniser l’humanité est parfaitement conforme au personnage des comics et replace les X-Men dans ce qu’ils sont de meilleurs : une force d’interposition pacifique visant à maintenir l’équilibre entre les extrémistes des camps humains et mutants.

Euh…c’est ici le clip pour Ozzy Osbourne ?

Il faut donc voir l’affrontement final entre Magneto et les X-men au sommet de la statut de la liberté comme une mise à jour de celui de Cape Citadel des Comics : nos héros sont inexpérimentés, apprennent à travailler en équipe et à se faire confiance quand Magneto est prêt à sacrifier la jeune Rogue pour ses idéaux tout comme dans les comics où il était sur le point de tuer Kitty Pryde âgée de 13 ans à l’époque.
C’est ainsi qu’il faut apprécier le film : Tornade et Cyclope ne sont pas encore les leaders qu’ils ont amenés à devenir dans un film qui aurait dû s’appeler WOLVERINE ET LES X-MEN.

Tout n’est pas parfait : le film étonnamment ne propose pas énormément d’effets spéciaux ce qui au final humanise une histoire intéressante loin du dégueulis des films de super héros tout en CGI et qui finalement, nous auront accoutumés à l’esthétique dégueulasse de l’Intelligence Artificielle.
Les décors du sous-sol Xavier sont aussi imposants que froids et désincarnés. Cela fera la joie des XMEN de Morrison qui les affublera de ces épouvantables uniformes en cuir paramilitaires qui va à l’encontre du message pacifique du film.
Et puis il y a cette scène étrange où Rogue, absorbe les pouvoirs de Wolverine : l’histoire ne dira jamais ce que cette jeune mineure fait dans la chambre d’un adulte en pleine nuit…

Une séquence de fin saisissante qui anticipe même les échecs ultérieurs de la Fox…

Même si X-MEN sacrifie (et continuera de sacrifier) des personnages emblématiques condamnés à faire du featuring et de servir la soupe au trio Xavier-Magnus-Wolverine, ce film reste finalement très fidèle à l’esprit X-Men avec un prologue et épilogue de toute beauté.

Un film sorti il y a 25 ans qui a bien vieilli. Le grand orchestrateur de tout ça, Bryan Singer, a été impliqué dans plusieurs scandales sexuels, oblitérant par là-même le message pacifique et de tolérance des X-Men. Mais, là pour le coup, ce n’est pas comme si les lecteurs des mutants n’avaient pas l’habitude d’être déçus par leurs mentors…

Sexy, silencieuse et dangereuse : une Mystique inquiétante.


3 comments

  • Sébastien Zaaf  

    Hello Bruce. Je suis d’accord avec toi sur le fait que le film n’est pas si mauvais que l’on pourrait s’en souvenir. Il y a l’effet du temps et peut-être un investissement émotionnel différent. Il y a aussi une palanquée de films de super slips qui ne racontent rien. Donc même si ces premiers films ont des défauts, il y a des enjeux, clairs, de l’émotion, de l’action. Je revois petit à petit à la hausse tous ces films des années 2000. La scène d’ouverture avec Erik enfant est très puissante. Les enjeux synthétisés rapidement au début du film dans ce duel d’éloquence entre Jean et Kelly. Je trouve toujours Anna Paquin irritante (mais c’est peut-être la VF). Scott est assez transparent mais on comprend rapidement que la star est Wolverine. D’ailleurs, ignorant des comics, Jackman l’a joué apparemment au début comme un loup, le temps qu’on lui explique ce qu’est un Glouton. Patrick Stewart et Ian McKellen apportent une grande intelligence à leurs personnages, faisant de leur amitié brisée une tragédie classique. Je me souviens avoir beaucoup aimé ces bribes de souvenirs de Logan dans ses cauchemars, montrant le projet X (un peu massacré dans le 2 mais encore plus dans Wolverine Origins, pauvre Wade …). Ça n’est pas un grand film de super héros mais il n’est pas dans la pile des nanars et reste divertissant.

  • Norman T. RAY  

    C’était pour moi lié aux premiers temps d’Internet, où les infos nous parvenaient au compte-goutte, où la révélation, ligne par ligne, internminable, de la seule image du viseur de Cyclope, me plongeait en extase geek. (sans parler du même processus sur la première image du Spider-Man de Raimi, qui cassa d’un coup la mode du costume en cuir noir présente depuis le Batman de 1989 !).

    Alors, le X-Men de Singer c’est clairement un exercice de voir le verre à moitié vide ou à moitié plein, mais il faut aussi se souvenir qu’il sort dans un contexte de néant absolu en matière de films « sérieux » de super-héros. Il y avait eu, bien sûr, Blade, qui a bien des égards reste le prototype du genre tel qu’il va se développer après, mais Blade, en tant que fan de comics, je n’en avais jamais entendu parler avant. Là, c’était les X-Men période Claremont.

    Pas de Diablo, pas de Colossus, une Tornade fade à l’extrême, ça c’était impardonable. La relation entre Malicia et Serval (non je ne l’appellerai pas Wolverine, pas envie), et celle entre Xavier et Magnéto, par contre, la perfection.

    Bref, j’y ai vu le verre à moitié plein, et je le vois toujours. On préfère généralement X-Men 2, je ne suis pas cet avis. X2 et ses suites ignorent la relation forte qu’il y avait entre Malicia et Serval dans le premier film. Et ça, ça m’a fait plus mal finalement que de voir Hale Berry nous priver de la Tornade qu’aurait dû incarner une Angela Bassett née pour ce rôle, ou de souffrir en voyant la saga du Phénix Noir bousillée, deux fois. J’aime les premiers films, ils ont tout à construire, et quand c’est bien fait, ils ne méritent pas un oubli poli.

    Super article !

  • Maxime Fontaine  

    J’ai le sentiment inverse au tien. J’étais ravi, à l’époque, de voir mes chers X-Men s’animer sur grand écran. Tellement, que j’ai accepté tous les compromis, sans trop rechigner. Je prends encore un certain plaisir à regarder les X-Men de la Fox (Singer sait y faire malgré ses tares personnelles). Mais j’ai beaucoup plus de mal , maintenant, avec les choix de l’époque. Sur ce film, ça passe encore. Sur les suivants, je regrette que Storm ne soit jamais devenue le leader indépendant dépeint par Claremont, que Nightcrawler ait été réduit à son côté bigot, que Wolvie prenne toute la lumière,… Maintenant, le dessin animé de l’époque (que je détestais) a pris sa revanche, pour nous offrir un feu d’artifice plus complexe et bien plus fidèle. Cela n’égale pas non plus le chef d’oeuvre que représente le run de Claremont, ni l’aimable prestation de Lobdell. Mais on s’en rapproche un peu. Les films de la Fox, c’est sympa pour se familiariser avec l’univers. Je les regarde moi aussi avec mes kids. Mais je leur conseille ensuite de se plonger dans les BD originelles, qui provoqueront 1000 fois plus d’émotions.

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