Focus : V de Kenneth Johnson
Un article de DOOP O’MALLEY
Nous allons nous intéresser aux deux premiers épisodes de la mini-série V, écrits et réalisés par Kenneth Johnson. Et l’on va se rendre compte que V raconte moins l’arrivée d’extraterrestres sur Terre que la manière dont une société accepte progressivement de perdre ses libertés.
Toutes les Photos : © Warner Bros. Television / Kenneth Johnson Productions
Source : www.ecranlarge.fr
Les origines de la série
Kenneth Johnson est un scénariste/réalisateur que beaucoup d’entre nous connaissent car il a été à l’origine de la série TV HULK des années 70 ainsi que des séries SUPER JAMIE. On peut retrouver aussi beaucoup de ses scripts dans L’HOMME QUI VALAIT 3 MILLIARDS. La première mini-série V est composée de deux épisodes d’une heure trente et a été diffusée sur NBC les deux premiers jours de mai 1983. Il faudra attendre septembre 1985 pour que la série soit diffusée d’abord sur ANTENNE 2, puis sur LA CINQ quelques années plus tard.
Kenneth Johnson écrit un jour un script basé sur le livre uchronique de Sinclair Lewis, ÇA NE PEUT PAS ARRIVER ICI, racontant la montée en puissance dans les années 30 d’un dictateur aux États-Unis. Il veut faire un thriller politique dénonçant les mécanismes qui conduisent à installer dans son propre pays un État totalitaire. Mais les dirigeants de NBC ne semblent pas très intéressés. Ils lorgnent davantage vers un récit de science-fiction, genre qui a le vent en poupe depuis le succès des films STAR WARS. Johnson adapte donc son histoire pour nous livrer l’une des séries les plus marquantes de l’histoire de la télévision.
L’histoire
L’intrépide journaliste Mike Donovan filme la guerre civile au Nicaragua. Alors qu’il est menacé par des soldats ennemis, un immense vaisseau apparaît dans le ciel. On apprend alors que de nombreux appareils identiques se sont postés au-dessus des plus grandes villes du monde !
C’est l’heure du premier contact, sur le toit de l’ONU !

Indépendance Day !
Et bonne nouvelle, ces Visiteurs sont amicaux ! C’est ce qu’affirme leur leader JOHN, d’apparence humanoïde (bien que sa voix soit bizarre) et sa commandante en second DIANA.
Leur monde est en grand danger environnemental et ils ont besoin de nos usines et de nos infrastructures pour créer des composés chimiques qui les aideront à stabiliser leur planète. En échange, ils partageront avec nous toutes leurs connaissances scientifiques et médicales.
Un groupe de journalistes, dans lequel se trouve Mike ainsi que son amie Kristine Walsh, est même invité sur l’un des grands vaisseaux.
Au fil des jours, les Visiteurs s’installent paisiblement. Les Visiteurs créent un groupe de soutien à destination des jeunes terriens du monde entier « Les Amis des Visiteurs ». Certains humains voient même un bon moyen de gagner plus d’argent ou d’augmenter leur notoriété ainsi que leur pouvoir.
Et pourtant, l’arrivée de visiteurs coïncide avec des incidents curieux : de nombreux scientifiques disparaissent !
Un jour, la nouvelle tombe. Les Visiteurs, soutenus par un nombre important de scientifiques humains, déclarent avoir mis à jour un complot initié par de nombreux savants du monde entier qui veulent tout simplement les éliminer. Être un homme de science devient donc interdit et de nombreux savants, docteurs, archéologues, anthropologues sont ainsi arrêtés et interrogés par les Visiteurs. Certains ne reviennent jamais ou bien changent complètement d’attitude.
Mike Donovan ne croit pas à ce complot et découvre, en s’introduisant en douce dans un des vaisseaux la triste vérité. Ces Visiteurs ne nous veulent pas que du bien. La fabrication de composés chimiques ne repose sur rien : ils cherchent simplement à piller nos ressources alimentaires. Toutes.

Mike Donovan, l’homme qui tombe à pic !
V est une série chorale qui nous dévoile le destin de nombreux personnages, quasiment tous issus d’un même quartier de LOS ANGELES.
– La famille Maxwell, dont ressortent principalement le père, Robert et l’une de ses trois filles Robin. Robert est un anthropologue qui doit, avec sa famille, se cacher et fuir la répression contre les scientifiques. Robin quant à elle est secrètement amoureuse d’un des Visiteurs, Brian, qui la manipule.
– La famille Taylor, avec le père Caleb, ouvrier à l’usine qui voit débarquer les visiteurs d’un mauvais œil et ses deux fils, Ben, le médecin ainsi qu’Elias l’escroc.
– La famille Bernstein. Avec le grand-père Abraham dont les événements lui rappellent un peu trop ce qui s’est passé à Berlin dans les années 30, les parents et le fils alcoolique et chômeur Daniel, chef du groupe des « Amis des Visiteurs ». Daniel devient l’un des personnages les plus emblématiques de la série. Ce sont les Bernstein qui vont accueillir en cachette les Maxwell dans leur garage lorsque Daniel, frustré de ne pas avoir d’affection de Robin, dénonce toute la famille à ses amis de l’espace.
– La famille Dupres qui représente les riches industriels de la ville. La mère nommée Eleanor est prête à tout pour que les Visiteurs s’installent chez eux. Quitte à jeter son fils Mike Donovan, le reporter, issu d’un premier mariage, sous les roues du bus.
Au milieu de tout ce beau monde, gravite Julie Parrish, jeune étudiante en médecine, qui devient, contre son gré, le leader du mouvement de résistance !

Les Visiteurs sont nos amis AKA L’invasion des profanateurs !
Vous l’aurez compris, le parallèle avec la montée du régime nazi n’est pas que fortement suggérée dans ces épisodes. Elle est omniprésente. Aussi bien par les mécanismes en jeu que par les visuels. L’insigne des Visiteurs évoque fortement une croix gammée à peine déguisée et on comprend dès la première image de ces Visiteurs (des bottes en cuir) le parallèle avec l’Allemagne de 1938. C’est un catalogue constant de similitudes qu’on essayera de ne pas trop développer dans cet article.
Car il y a d’autres pistes de lecture. En dehors de ces clins d’œil pas du tout subtils, une analyse un peu plus fine de l’âme humaine conduisant parfois à une véritable inversion des rôles transparaît en filigrane dans cette histoire.
La séduction du pas si innocent !
Dans le début de la série, les Visiteurs ne sont pas considérés comme une menace, mais comme des extraterrestres ayant besoin de notre aide. De fait, ils font appel à notre humanité profonde. Et la première remarque, c’est que tout le monde accepte de les aider sans condition. Pour des raisons souvent bien différentes mais aucun humain ne met en avant la doctrine « les humains d’abord ».
Certes, Eleanor Dupre manipule pour avoir de l’argent et de l’influence, tout comme Kristine Walsh, la journaliste en manque de reconnaissance, mais nulle part dans la série on ne voit d’opposition franche et directe à ces Visiteurs dans le besoin. À peine Caleb les voit d’un mauvais œil car il pense que ces Visiteurs vont leur piquer leur travail. C’est d’autant plus intéressant que Caleb est un afro-américain, qui a dû sans aucun doute subir lui aussi ce genre de discours. Mais on y reviendra plus tard. C’est en tout cas une vision très humaniste de l’être humain qui nous est proposée ici par Kenneth Johnson, sûrement pour faire ressortir non seulement le pire d’entre eux mais aussi pour créer un fossé entre les humains et les Visiteurs. Quoi qu’il en soit, personne ne ressent la moindre inquiétude, la moindre menace vis-à-vis de ces « Alien ». N’oublions pas que le mot alien en anglais peut aussi désigner un étranger ou un immigré. Ces Visiteurs sont tout à fait séduisants. John est d’une affabilité consternante, Diana est filmée de manière très suggestive, très sensuelle.

La très sssensssuelle DIANA
Il y aura même une scène où une des Visiteuses se met nue face à Mike Donovan, qui ne peut pas ressentir autre chose que de l’attirance. Brian n’hésite pas une seconde à se servir de l’attirance de Robin à son égard pour lui faire vivre, avec son consentement, les pires expériences. Cette séduction prend une ampleur toute particulière avec le personnage de Daniel, le « bon à rien » qui voit avec l’arrivée des Visiteurs la possibilité de devenir quelqu’un d’important, de puissant. Il appartient enfin à un groupe, sans rien faire et ne veut surtout pas retomber dans ce manque de reconnaissance sociale, quitte à dénoncer ses propres parents. Il devient par soif d’existence l’un des pires éléments de la répression, un bourreau. C’est un autre aspect de la séduction : Daniel ne veut pas d’argent, il veut simplement être reconnu et avoir du pouvoir. C’est le pire de l’âme humaine que Johnson nous montre ici. Il n’a quasiment jamais de remords par rapport à ses actions.
Ce sont les bases du processus : la dictature ne commence pas forcément par les soldats dans les rues, mais par les discours, les avantages et l’appartenance.
Et la désignation d’un ennemi intérieur.
Le moment où tout a basculé
Le premier ennemi que les Visiteurs désignent n’est pas l’humanité. Ils commencent par une catégorie bien précise : les scientifiques. Ceux qui s’intéressent de trop près aux Visiteurs sont accusés de comploter contre eux, leurs travaux sont discrédités, leurs familles ostracisées et leurs carrières bloquées. Cela arrive à Julie, étudiante en médecine dont le conjoint est brutalement viré de son entreprise parce qu’il vit avec une scientifique. Le choix de cette profession n’est pas si dénué de sens que ça. Tout d’abord ce sont les seuls qui peuvent se rendre compte de la véritable nature des Visiteurs, mais c’est surtout une profession un peu à part, qui a tendance à prendre l’homme de la rue pour un idiot. C’est en tout cas le sens du discours entre Elias et Ben. Elias refuse de l’aide à son frère sous prétexte que, comme il est médecin et a toujours réussi, il l’a laissé se débrouiller tout seul et être le minable de la famille. Il y a bien évidemment une part de jalousie, que la profession peut bien entretenir, même si l’on ne trouve pas dans la série de comportement méprisant d’un scientifique envers une autre personne. V s’attarde très longuement sur la fabrication progressive de cet ennemi, par le contrôle des médias, du narratif, par ce qu’on appellerait aujourd’hui la post-vérité ! Il ne suffit pas de crier « les scientifiques sont dangereux », il faut construire un récit qui permette à la population de le croire. Tous ces éléments qui sont, de nos jours, encore utilisés pour ramener des votes ou pour faire passer les discours les plus aberrants les uns que les autres. Et pourtant, tout était déjà décrit dans cette mini-série. Comment les forces en présence s’installent petit à petit dans un contrôle de l’information afin d’engendrer la peur et les dissensions. Lorsque Mike veut présenter au monde entier la véritable face des Visiteurs, l’image est remplacée par un discours de John qui fait de Mike l’ennemi numéro 1. La peur devient un instrument de contrôle.
La loi martiale est progressivement déclarée. La collaboration, la répression, la délation et les arrestations peuvent commencer. Sans que personne n’ait rien à opposer, que ce soit par peur, par intérêt ou tout simplement parce que cela n’affecte pas leur quotidien.
Encore une fois, le personnage de Daniel est peut-être plus intéressant que celui de Diana. Il n’y a aucune subtilité dans cette scientifique qui est l’équivalent extraterrestre du Dr Mengele. En revanche, le parcours de Daniel montre comment quelqu’un de parfaitement ordinaire peut être progressivement séduit par le pouvoir et devenir lui-même un rouage volontaire de la dictature en place.
Des frontières brouillées
V ne propose pas uniquement des personnages unidimensionnels, définis uniquement par leur côté « méchant » ou « gentil ». Il y a des lignes de démarcation beaucoup plus floues que ça, et c’est ce qui fait l’intérêt de toute la série. Willie est un Visiteur « gentil », qui n’hésite pas à mettre sa vie en danger pour sauver Caleb d’une explosion dans son usine. Sa relation avec Harmony, une serveuse un peu paumée, est touchante de délicatesse. Comme tous les humains ne sont pas des résistants, tous les Visiteurs ne sont pas non plus des dictateurs génocidaires. Ce sont les « malgré-nous » de l’invasion. Il existe au sein des Visiteurs une « cinquième colonne » qui ne supporte pas les agissements de leurs congénères et qui complote dans l’ombre pour aider Mike et les humains. Martin, leur leader, avoue qu’il ne comprend pas comment le chef des Visiteurs est arrivé au pouvoir. Et lorsque Mike lui affirme que les humains auraient partagé leurs ressources avec eux, Martin répond que leur chef « voulait tout ». Les bornes sont floues, et conduisent souvent à une inversion des rôles.

V5 : Willie le « gentil » alien et Harmony, le plus joli couple de la série !
Sancho est un travailleur mexicain, qui parfois fait passer clandestinement la frontière à certains de ses compatriotes. Il devient un véritable héros lorsque non seulement il aide les Maxwell à quitter la ville, planqués dans une trappe de son camion mais il joue aussi avec son identité. Il n’hésite pas à croquer un oignon avant de parler aux officiers de la sécurité afin de rentrer encore plus dans sa caricature de mexicain stupide. D’ailleurs, l’évasion des Maxwell pourra aussi réussir grâce à la bienveillance d’un officier dont l’humanité ne peut pas être en accord avec les principes d’oppression mis en place.
De la même manière, les résistants ne sont pas tous moralement irréprochables. Robert n’hésite pas à balancer la localisation du camp des résistants pour sauver sa fille et même Julie a une conversation difficile avec Mike Donovan sur la stratégie à adopter. En effet, Julie se propose de faire exploser tous les vaisseaux-mère. Ce qui provoque la colère de Mike, qui lui dit que des centaines de milliers d’humains sont capturés dans ces vaisseaux. Julie dit que le sacrifice de milliers est raisonnable si elle permet de sauver la vie de milliards de personnes. Ce que Mike réfute. Mais ce que Mike ne dit pas, c’est qu’il a un intérêt particulier dans cette histoire : son fils est à bord de l’un de ces vaisseaux. Il n’est pas certain qu’il aurait refusé le plan de Julie si tous ses proches étaient sains et saufs. Que ce soit entre humains et visiteurs, collaborateurs ou résistants, ennemis ou alliés, les frontières sont beaucoup plus floues que prévu. Et c’est à mon sens l’une des grandes forces de la série. Les monstres ne sont pas toujours ceux que l’on croit.
Les héros du quotidien
À circonstances exceptionnelles, personnalités exceptionnelles. Qui devient un héros lorsque la situation l’exige ? La réponse de Kenneth Johnson est simple : tout le monde et surtout celui qui ne le veut pas. Si le constat est un peu plus nuancé du côté de Mike Donovan, vendu dès le départ comme un « action-hero » dans le pur style des années 80, il est en revanche beaucoup plus intéressant chez Elias et Julie.
Elias est un petit délinquant qui en veut à son frère, qui a réussi. Il se moque des Visiteurs tant qu’il peut continuer ses petites magouilles. Et pourtant, lorsque Ben meurt en volant du matériel médical, Elias change totalement d’attitude. Dans une scène particulièrement émouvante, il devient rapidement l’un des piliers les plus acharnés de la résistance.
Le parcours de Julie n’est pas forcément construit de manière classique : elle devient responsable du groupe de résistants pas parce qu’elle a du charisme ou une grande gueule, ou parce qu’elle a subi la perte d’un frère, mais juste parce que les circonstances l’ont amenée là. Mike se moque d’entrée de jeu de Julie « attendez, c’est cette gamine qui vous dirige ? ». Gamine qui, derrière son apparence fragile, cache en réalité une impressionnante force morale. Insignifiante à la base, elle devient, au fil des minutes, un personnage devant assumer son statut de leader sans pourtant y croire une seule seconde. Julie connaît une épiphanie qui la conduira presque à un suicide lors de l’attaque des Visiteurs sur le camp des résistants. Munie d’une simple arme à feu, elle se poste devant un vaisseau armé jusqu’aux dents pour le faire reculer. Nous sommes cinq ou six ans avant les événements de la place Tian’anmen et le parallèle entre les deux images est saisissant ! Si les résistants présents ont vu dans l’attitude de Julie un acte de bravoure et d’héroïsme, on peut en réalité penser qu’il s’agissait simplement d’un acte de désespoir.

Julie Parrish, héroïne malgré elle !
La première mini-série ne termine pas l’histoire de l’invasion, elle s’arrête brusquement alors que deux jeunes taguent une affiche de propagande des Visiteurs d’un V rouge. V pour Victoire.
L’espoir renaît !
Et après ?
Le succès de la série va entraîner, l’année suivante, une deuxième mini-série (V THE FINAL BATTLE) de trois épisodes d’une heure et demie suivie d’une série régulière de 19 épisodes. THE FINAL BATTLE va plutôt privilégier l’action et le soap plutôt que la finesse du discours. À tel point que Johnson quitte la série. On y trouvera toutefois quelques scènes marquantes dont un avortement et un accouchement monstrueux qui ne pourraient plus être diffusés sur une grande chaîne de télévision à une heure de grande écoute. La série régulière quant à elle transforme ce qui faisait le sel de V en série classique et tout à fait conventionnelle. Ce qui rend finalement ces deux premiers épisodes de V assez précieux puisque ce sont les seuls qui correspondent aux ambitions de Kenneth Johnson. Johnson publiera même un roman, V THE SECOND GENERATION qui fait totalement l’impasse sur FINAL BATTLE et la série. Il y aura un reboot de la série dans les années 2000, mais je ne l’ai pas vu.
On fait le bilan, calmement
Que retenir de cette mini-série ? Une écriture assez remarquable et des thèmes encore très forts actuellement. Après, en tant que série des années 80, forcément les effets spéciaux ont énormément vieilli et sont souvent très moches. Les masques des Visiteurs sont plutôt réussis en revanche. Niveau réalisation, on est dans de la pure série télévisée des années 70/80, rien de remarquable. Quant au jeu des acteurs, c’est assez fluctuant. Mike Donovan (Marc Singer) et Julie Parrish (Faye Grant) ne sont pas terribles même s’ils sont très beaux à voir à l’écran. Les meilleures performances sont à chercher du côté de Michael Wright (Elias) qui réussit à être très émouvant lors de la mort de son frère et du vétéran Leonardo Cimino (Abraham). On pourra citer en passant la délicatesse de Robert Englund (le gentil alien Willie) à mille lieues du rôle de Freddy Krueger qui lui apportera la notoriété. Diana (Jane Badler) réussit à crever l’écran par son charisme et son attitude venimeuse. Replacée dans le contexte de l’époque, V reste une série particulièrement bien écrite, dont les thèmes font encore sens de nos jours. Et c’est précisément pour ces raisons que V mérite encore d’être visionnée aujourd’hui.


Merci pour ce passage en revue ! Mes éléments préférés restent les passages avec Abraham. Leonardo Cimino (ou Scary German Guy pour les fans de Monster Squad) : ses premières inquiétudes et sentiments de déjà vu, le fameux discours auprès de son fils pour le convaincre de devenir l’équivalent d’un « Juste » pour les Maxwell, jusqu’à la transmission à la nouvelle génération du symbole V.
Pour Willie, la relecture (et la deuxième minisérie) en fait un personnage plus ambigu, je trouve : il est parfaitement au courant des plans des Visiteurs (il les confirme à Harmony) – un timide petit travailleur sympathique et sans haine contribuant à la « machine » d’invasion.
Sinon, opinion personnelle, Robin est l’un des personnages les plus énervants jamais imaginés pour la TV (sans compter la série régulière où elle devient jalouse de sa propre fille dans une histoire digne de la lignée Summers)
robin ça vaut quand même pas Kim Bauer !
Hello Doop. Formidable article sur un évènement télé incontournable des années 80. A chaque fois je suis frappé par sa modernité encore très actuel : le discours sur la disparition des ressources, le discours anti science, la montée du fascisme et la privation des libertés pour des motifs variés, le contrôle des masses par les médias… l’histoire de Daniel raconte celle de la collaboration ordinaire, la même que Lacombe Lucien. Celle des Dupres que le capitalisme est toujours l’allié objectif du fascisme. L’histoire de Ben et Elias rejoint celle des USA en racontant les deux faces du destin des Afro-descendants dans ce pays. Et les Bernstein… A chaque fois la lecture de la lettre me retourne. Cette première mini série est un monument d’intelligence et d’histoire comparée. Rien à voir effectivement avec les pantomimes qui ont suivi. John et Diana par contre ressemblent bien aux deux locataires actuels de Washington et leur ICE fait diablement penser aux Amis des Visiteurs. Encore une fois, la SF était visionnaire et il faut y retourner pour s’éclairer sur le monde actuel. En espérant qu’il y ait toujours un Abraham pour enseigner aux jeunes comment on fait. Félicitations pour ce retour sur cette pépite.
Merciiiiiii
Merci Doop pour cette plongée précise et détaillée dans cette série dont je n’ai bizarrement que très peu de souvenirs. Je n’ai jamais du la suivre assidûment quand elle passait à la télévision française. C’est intéressant parce que effectivement tu en parles comme une métaphore du totalitarisme et même du nazisme alors que de loin et vu le contexte de l’époque, on aurait pu croire que la série réactivait surtout l’anticommunisme des films d’invasion extraterrestres des années 50 (et aussi d’une série comme LES ENVAHISSEURS) pour la remettre au goût du jour en pleine Amérique reagannienne.
On pourrait le voir comme ça mais là c’est clairement assumé par l’auteur
Une série marquante de ma jeunesse. Revue pas mal de fois lors des rediffusions. La comparaison avec le nazisme et la collaboration étaient assez évidents. Cette série méritait bien son article sur Bruce Lit, merci d’avoir fait le job !
Je n’avais pas forcément retenu que les deux premiers épisodes formaient une mini-série.
Dans ma tête, je groupais les épisodes longs jusqu’à la diffusion de la dioxine sur Terre avant les épisodes plus courts à Los Angeles.
Dans la partie que tu as survolée, y’avait quand même le personnage joué par Michael Ironside qui était assez charismatique…
j’ai voulu regarder mais même ironside m’a ennuyé
… Hé ben : je me prends des coups de vieux à répétition, ces derniers temps, en lisant les dissertations de vous z’autres, passionnés de cultures (ici et ailleurs…). Mais ça n’est pas complètement affreux, comme sentiment -surtout quand c’est bien rédigé comme ici. Merci !
En tant que « mort de faim » de programmes S.F., et bien que pas du tout séduit par ce scénario si transparent dans ses choix narratifs (et dont tu soulignes si bien tout l’intérêt « autre » des objectifs dans ton article), je m’étais plus ou moins « forcé » à suivre cette série, à l’époque de sa diffusion.
La frustration vis-à-vis des thèmes exposés (et la mocheté franchement faiblarde de la réalisation ainsi que de la simple utilisation des effets spéciaux, au delà des moyens investis !) m’avaient définitivement insensibilisé au devenir des héros.
Ton regard met cependant très clairement en avant les réelles qualités du tout : essentiellement l’intelligence avec laquelle Kenneth Johnson utilise cet angle (si séduisant pour de jeunes spectateurs) de l’invasion extra-terrestre pour exposer ses préoccupations les plus viscérales ; un exercice de style aussi nécessaire dans son utilité informative qu’un peu futile quand à ses retombées éducatives, lors ce qu’on voit la situation géopolitique et idéologique du monde d’aujourd’hui -constat que tu n’as pas non plus manqué de souligner.
Bon : j’imagine que l’ambition du scénariste n’allait pas jusque là, non plus -peut-être ses espoirs, par contre.
Complètement frustré/déçu par cette énième utilisation du genre pour disserter sur ce qu’on connait déjà, quand mes appétits pour la S.F. me portent vers beaucoup plus de distanciation et d’imaginaire (tout sauf les relectures « futuristes » de l’Histoire humaine, prodigieusement répétitives !), je ne suis jamais arrivé jusqu’à la fin.
Mais je salut volontiers la sincérité du gars qui a honnêtement réussi à dire ce qu’il voulait dire -pas si fastoche, à Hollywood- et s’est désolidarisé du truc quand ça lui a échappé : rien que pour cette remise des pendules à l’heure (mais pas que…), ton article très détaillé et informatif trouve une justification automatique dans sa mise en (intelligente) perspective d’une série qui, sinon, pourrait encore passer, à première vue et sans « background » culturel basique, pour une simple exploitation rentable de très vieilles lunes.
Petit aparté très personnel et qui n’engage que moi (et juste pour rigoler, hein !), mais Marc Singer « très beau », c’est peut-être ce que j’ai lu de plus S.F. dans ma vie OUARFF !
Merci pour le commentaire. et…il a son charme le Marc
👍🏽 🙂
C’est que tu n’as pas vu son Dar.
« Dar L’Invincible » c’était lui ?! Je n’en ai vu que quelque images, dans une boite de nuit. Ça n’avait pas l’air trop passionnant, mé comme je m’ennuyais grave…
Film de Coscarelli (Phantasm), il faut que je le trouve. Je n’ai vu que la suite, et c’est assez naze, avec une approche « Maitres de l’univers »-esque de transplanter des persos de fantasy dans le monde moderne
Bon, alors : vu hier, le Dar ! 😁
Hé ben ça se laisse regarder, une fois qu’on a décidé d’intégrer les conventions du genre (et les limites congrues des choix narratifs du metteur en scène…).
Tout le début, quasi sans dialogues, est très esthétique (Patrick Juvet Au Pays Des Pagnes Sexy Et Des Bestiaux Sympas…) et l’irréalité des personnages et de leur univers aide à supporter l’énormité simpliste du pitch. Mais c’est les 80’s et on a fait largement aussi bancal -mais qui se prenait au sérieux, par contre.
Alors, le forcing visuel franchement Gay et Cuir (clouté !) dans lequel baigne tout le métrage est très prégnant : au jour d’aujourd’hui, ça ne passerait pas un comité de censure un tant soit peu « aware » -mais moi ça m’a bien fait rire, tous ces strings mal-confortables ! Assez paradoxalement, autant c’est voulu dans « l’habillage », autant c’est plutôt maladroitement exploité dans les images (tout le contraire de Flash Gordon…). Bon, je ne compare pas les films, évidemment.
Mais le John Amos vaut presque un Brian Blessed, côté « holàlàcépapossib » !
En contrepartie, Tanya Roberts est elle aussi quasi-nue ; et elle est tellement esthétique que j’avais l’impression de regarder la source d’inspiration (vivante !) des plus grands graphistes de Comic Book de l’époque : côté proportions du visage et du reste, elle est encore plus irréelle que Jean Grey/Phoenix par Byrne.
Tiens ! J’ai tellement pas l’habitude de ce genre de film, ça m’a aidé à m’endormir : merci pour la suggestion (ça ne me serait jamais venu à l’esprit de chercher à voir ce truc !).
Si ça ce n’est pas un article de passionné, je ne m’y connais pas ! 😀
Je suis complètement passé à côté de cette série.
Je me souviens très bien de cette sensation du moment. Mais quant à moi, fan de STAR WARS et petit intello (à la con) en construction, je trouvais déjà ça très kitsch à l’époque. Et très soap aussi. J’ai très bien suivi les moments forts de la série étant donné que dans ma famille ils n’en rataient pas un : l’épisode où on découvrait qu’ils avaient une gueule de lézard cachée sous le masque de l’humain, celui de l’accouchement traumatisant… C’est fou. je pense qu’ils devaient enregistrer les épisodes sur VHS et me montrer les passages clés, car je suis carrément certain de n’en avoir jamais vu un en entier…
En revanche je me souviens très bien du seul truc qui m’intéressait là dedans : Mater la méchante Diana dans son accoutrement moulant. Je n’en ratais pas un millimètre…
Enfin c’est délirant tous ces souvenirs : Je n’ai jamais vu un seul épisode entier de cette série, et je me souviens parfaitement de certains passages ! C’est fou !
Tout ceci me rappelle cette époque où la plupart des français étaient scotchés en permanence devant la télé, ce qui faisait que, lorsqu’on déboulait comme ça, à l’improviste, chez nos parents, chez nos potes ou chez tartempion, on tombait sur des émissions et sur ce genre de série, qu’on regardait du coin de l’oeil parfois sans vraiment les voir. C’est vraiment ça que ça m’évoque, « V »…
C’était une partie de ma jeunesse où la télé ne m’intéressait pas plus que ça.
comme quoi. c’est que quelque part ça t’a marqué quand même
Superbe article Doop, merci beaucoup pour les souvenirs ! Bon je t’avoue ne pas avoir compris le découpage de la série et j’ai du mal à croire que tu ne relates ici que deux épisodes. En revoyant la vidéo, tout m’est revenu : le thème, les images, les visages. Je regardai ça sur RTL, pas encore devenue RTL9 à l’époque, et pour moi c’était des épisodes de 42 minutes classiques. J’avais 12 ans et j’adorai.
Je n’y avais pas repensé ni même compris à l’époque mais toute l’imagerie est clairement une relecture de la seconde guerre mondiale et de la résistance française, tout comme la série ANDOR. Pour ce qui est des scientifiques, c’est au contraire évident pour moi qu’ils soient les premiers visés par une éradication.
Si je peux revoir ça, les bons épisodes (je me souviens que la fin était identique à celle de La guerre des mondes, grosso modo), je crois que je n’hésiterai pas longtemps. Et je n’y avais pas pensé, mais c’est aussi un peu le sujet de V pour Vendetta, que je lirai quelques années plus tard.
après pas certain que la diffusion en France ait respecté le schéma original. je n’ai pas trouvé l’info
» mais toute l’imagerie est clairement une relecture de la seconde guerre mondiale et de la résistance française, »
Pourquoi la résistance française en particulier ?
Parce que sans doute la plus prégnante à l’époque, l’occupation et les collabos, ce n’était qu’en France non ?
Ben non.
C’est juste un prisme franco-français.
Des résistants et des collabos, il y en avait aussi en Belgique, et ailleurs.
Mon grand-père était un résistant en Belgique.
Ca me gonfle toujours un peu de voir cette propension française à ne rien voir au-delà de ses frontières..
Tu n’as pas tort mais je ne pense pas qu’il y ait eu des collabos en Angleterre, puisque pas occupée. Enfin c’est ce que je me dis.
Maintenant je peux ajouter plein de pays à « la résistance », ou tous les enlever, ça ne changera pas vraiment mon propos selon moi.
@Jyrille Pas de collabos au sens technique, mais des sympathisants, parfois en très haut lieu (Edouard VIII notamment…), ou encore un mouvement politique au doux nom de « British Union of Fascists »
Bonjour Doop,
La manière dont une société accepte progressivement de perdre ses libertés […] Être un homme de science devient donc interdit et de nombreux savants, docteurs, archéologues, anthropologues sont ainsi arrêtés et interrogés […] La fabrication progressive de cet ennemi, par le contrôle des médias, du narratif, par ce qu’on appellerait aujourd’hui la post-vérité […]
Un instant j’ai cru être en train d’écouter les nouvelles, ou bien un bilan provisoire du second mandant de Donald !!!
Je t’avoue que c’est pour ça que j’ai voulu le faire. J’avais toujours ça dans la tête. Encore plus actuel que jamais.
Bonjour Doop.
comme tout le monde je connais V mais j’ai très peu regardé. Souvenirs quand même de leur peau de lézard vert sous leur apparence humaine et qu’effectivement les personnages étaient bien formatés dans une approche résistance – dictature qui se prêtait finalement très bien au visionnage. Il y avait un côté addictif dans le format. Je ne boudais pas mon plaisir gamin avec le côté sf.
Très sympa comme article. J’avais un peu peur de sa longueur quand j’ai lu que tu prenais seulement 2 épisodes. J’ai mieux compris à la fin. Du coup cela m’a donné envie de voir cette « mini » série qui semble former un tout.
Excellent. Merci
j’étais parti pour les 4 mais je me suis vite rendu compte qu’il fallait arrêter la..
Super article, Doop ! Ça m’a ramené plein de souvenirs de cette série que j’adorais. J’avais environ 10-11 ans quand je l’ai regardée et je n’avais pas vraiment prêté attention au fait que ça faisait écho à la Guerre Mondiale, et pourtant on est clairement dedans.
J’aimais bien leur voix étrange et un jour ça s’est terminé, il n’y avait plus cette voix qui les caractérisait dans les épisodes.
Je n’avais jamais remarqué que les épisodes duraient une heure et demie, j’étais convaincue qu’ils avaient un format classique.
Merci ! je pense qu’ils.ont été coupés en morceaux pour la télé française
Moi, ce qui m’avait particulièrement frappé à l’époque, c’était de voir cette mini-série de science-fiction diffusée en première partie de soirée sur une des chaînes françaises historiques. C’était du jamais vu, et une des seules fois où j’ai pu parler vraiment de SF dans la cour de récré avec de parfaits inconnus. Je pense que l’allégorie peu subtile à la Résistance lui donnait une légitimité dans ce qui restait au fond une histoire d’hommes-lézards qui veulent nos femmes et notre bouffe… Cette scène d’accouchement…
C’est aussi ma découverte du charismatique Michael Ironside dans le rôle du mercenaire.
Bref, d’excellents souvenirs ravivés par un excellent article, merci ! 🙂
merciiiii