BULLSHIT DETECTOR: COMMENT PLANTER SON RETOUR –ET UNE SERIE- EN DIX LECONS (X-MEN REVOLUTION)

Bullshit Detector : X-Men Revolution par Chris Claremont.

Un hurlement à la lune expectoré par EDDY VANLEFFE

VO : Marvel

VF : Panini (Kiosque)

1ère publication le 8/10/20 – MAJ le 18/08/21

Nous allons faire ici le tour de l’accident éditorial que fut X-MEN REVOLUTION qui démarra sur la série X-MEN au numéro 100 pour s’achever au 109 et qui  concerna aussi les Uncanny X-Men 381 à 389. Le tout fut publié dans la revue en France par Panini de X-Men 53 à 61 et jamais réédité en librairie depuis.

La biographie artistique de Chris Claremont a de quoi en surprendre plus d’un. Comment le type qui a pu faire la pluie et le beau temps sur Marvel durant les années 80, en régnant de manière autoritaire sur le monde mutant pendant 17 ans et en faire une locomotive au succès à la fois commercial et critique, s’est retrouvé à presque tout louper depuis jusqu’à devenir l’image même de l’auteur ringard et poussiéreux?

Après un passage en dents de scie chez DC comics, le scénariste revient au bercail en toute discrétion pour quatre épisodes anecdotiques de WOLVERINE  et pour finalement se refaire la main sur une série qui à son image, est toujours respectée pour son passé prestigieux, mais qui ne parvient plus à renouveler l’intérêt: c’est-à-dire, les FANTASTIC FOUR.

En 2000, les choses changent, le cinéma fait les yeux doux pour la première fois de manière crédible et rentable aux comics et le tour des mutants est enfin arrivé. Un tournage est en préparation mais la franchise X commence à donner de sérieux signes de faiblesses sur le support papier. En un mot comme en cent, plus personne ne comprend plus un traître mot de ce qui se passe à l’intérieur d’un comics mutant. C’est le bordel!

L’une des dernières décisions de Bob Harras en tant qu’éditeur en chef de Marvel sera donc de muter Claremont peinard sur les Fantastiques  sur la franchise qui a fait son renom. Sur le papier cela semble faire sens. Motivé par la perspective d’un nouveau contrat mutuel, l’auteur s’exécute en bon employé qu’il est.

Tâtant le terrain, il pose la question sur le film à venir et on lui répond sans ambages: ce projet va sûrement se planter, aucun acteur n’est vraiment connu, ou alors à la télé. Le réalisateur en a visiblement rien à foutre du comics, les photos montrent des gars en motards, bref… on s’en fout. Le dernier succès à la mode, c’est Matrix, c’est là qu’il faut se diriger et improviser.

A partir de là, c’est la catastrophe à tous les étages.

1-LA TECHNIQUE DU GAP

C’est une technique qui consiste quand les artistes sont pris par le temps, à tout remettre à  plat en disant: «Six mois plus tard…» on présente alors une situation neuve qui doit servir de tremplin pour de toutes nouvelles intrigues.  Le scénariste comblera les trous au fur et à mesure.

C’est une technique employée à tout de bras et souvent n’importe comment. Une facilité scénaristique artificielle pour ceux qui ne veulent pas s’embarrasser de faire le service après-vente de la continuité. Parfois cela donne de bonnes choses comme le PUNISHER de Garth Ennis et Steve Dillon. Le personnage était devenu un peu n’importe quoi en se réincarnant en une sorte d’ange fantôme. L’auteur irlandais, a simplement replacé Frank Castle dans un contexte plus habituel, identifiable en balayant l’intrigue précédente en un pavé narratif sans l’occulter. Six mois plus tard les choses pouvaient reprendre, le lecteur n’était pas perdu: Frank flinguait du truand, voilà!

L’éditeur n’excluait pas à l’époque de faire une mini-série pour raconter ce qui était arrivé entre les deux, mais voilà on n’en avait même pas vraiment besoin. Dans le cas des X-Men on les avait laissés sur l’histoire des Douze que personne ne saurait résumer sans réviser quatre articles Wikipédia. Six mois plus tard, donc, Diablo est devenu prêtre, Kitty Pryde commande des x-men de manière assez dirigiste sur une navette spatiale en orbite, Colossus roule des bécots à Malicia réalisant qu’elle n’absorbe pas ses pouvoirs sur l’acier, Jean Grey a perdu sa télépathie et  il y a tout un tas de nouveaux méchants appelés les NEO parce que quitte à s’inspirer de Matrix, on chope juste des noms au hasard… Certains sont sur la lune les autres répartis un peu partout, l’équipe n’existe plus mais part en mission quand même. Dites vous bien que rien ne sera expliqué. Essayons de résumer. …NNNNNNNGGGHH….J’y arrive pas !

Ils ont dû arrêter la production de ce comic, les lecteurs devenaient aveugles.
©2000-Leinil Yu-Marvel Comics

100111000111000…..amideje…………………REBOOT………………..

Une nouvelle race appelée les NEO agresse Kurt en train de prier pieusement dans son église new yorkaise. Ces «nouveaux mutants» l’ont bien mauvaise et ont décidé de massacrer les X-Men, pour une raison des plus obscure. Apparemment, sans faire exprès les mutants de Xavier seraient la cause de leur disparition en tant qu’espèce que personne  d’ailleurs ne connaît. Contrairement à Claremont, la parlotte, ce n’est pas leur fort et ils vont faire perdurer ce malentendu pendant plusieurs épisodes. 

Ailleurs sur la  station spatiale du professeur Corbeau, Kitty Pryde fait la fête avec Colossus, Psylocke,  un nouveau Thunderbird (un vrai indien celui-là) et Malicia après avoir fait d’importants travaux de modernisation. Mais un autre Néo s’est infiltré, il sabote la station les X-men vont donc devoir sauver l’équipage et amener une navette en catastrophe sur terre au cours duquel Kitty disparaîtra. Ailleurs Jean Grey, Tornade, Cable et Gambit se baladent à Venise en plein carnaval, ils vont aussi subir une attaque de la part d’un autre groupe de Néo. Oui parce que le Néo est composé de plusieurs tribus agissant indépendamment des autres mais dans le même but. Nous allons donc être présentés en quelques pages à plusieurs dizaines de personnages, sans que les enjeux soient vraiment clairs. On peut donc faire le même reproche que les fans adressent assez régulièrement au film PROMETHEUS, à savoir qu’on s’en tape de ce qui arrive, on ne connaît même pas les personnages…

Et ça, c’est le pitch. C’est-à-dire un petit résumé sur le pouce des premiers épisodes des deux séries que reprend Chris Claremont à savoir les X-Men 100 et Uncanny X-men 381. Où sont les autres? Aucune idée. Rien n’est introduit, les auteurs espèrent que nous aurons la patience d’attendre qu’ils aient trouvé une explication. Un bordel a remplacé un autre bordel.  La lecture est brouillonne et l’action poussive.

2– LES REGLES DE BASE: AUX FRAISES

Nous avons bien ces trois commandos distincts et parfois rivaux que sont l’équipe de Domina qui perdu ses enfants-une faute qu’elle impute aux enfants de l’atome, LE GOTH et les LOST SOULS. D’autres antagonistes  interviennent comme les «Crimson Pirates»Nous devinons que certains membres ont des intérêts divergents et des intrigues de cour. D’autres encore auraient dû être appelés à devenir de nouveaux membres des X-Men comme Sketch qui doit avoir trois répliques au total. Mais tout s’écroulera après un face à face bien fade laissant les deux partis sur un statu quo en suspens.

C’est peut-être enfoncer  des portes ouvertes, mais un récit doit avoir un début, un milieu et une fin. La technique du «gap» escamote d’entrée de jeu le début.  Mais le pire c’est qu’il n’y a pas de fin, non plus. Nous n’avons qu’un gros milieu d’histoire escamotée. Le Neo commence comme un changement en profondeur de paradigme. Un truc que Claremont a voulu très ambitieux. A plusieurs reprises, il indique la rupture qu’il veut amorcer, à commencer par la désintégration d’une équipe désormais protéiforme et un retour aux métiers civils comme la prêtrise de Diablo ou la clinique de Cecilia Reyes. Il esquisse aussi toute une société autour des Neo qu’il n’aura jamais le temps de mettre en scène.

Domina…domine (-eh-) les Neo…Dommage que plus personne ne se rappelle d’eux !
©2000-Leinil Yu-Marvel Comics

«Vous avez tué nos familles Mutants! Vous allez mourir Kiaï! »
« Non c’est pas nous ! »
« Vous êtes sûrs ? »
« On était en vacances sur la station Avalon avec les Acolytes ! »
 « Ok, on doit réfléchir !»

La suite? Jamais! Scott Lobdell se chargera de les rapprocher de Magneto qui dirige Genosha et Morrisson se débarrassera de Genosha en une page. Bella ciao, bella ciao, bella ciao ciao ciao…

3-IL FAUT REVISER SON WHO’SWHO

Dès les premières pages, lorsqu’on mentionne le professeur Corbeau, on serre les dents. Ce personnage est un scientifique pro-mutant ami de Charles Xavier qu’on a du voir apparaître dix fois et la plupart du temps dans le premier passage de Dave Cockrum. Charlotte Jones fait plus tard un petit tour aussi pour dire bonjour et disparaître aussitôt. Le sénateur Kelly qui se morfond sur la tombe de sa femme renvoie à une péripétie du Seuil du péril. 

Ces scènes, si elles peuvent pour le complétiste être de petits cadeaux ,illustrent pourtant le manque d’intérêt du run. Le retour d’un personnage apprécié au détour d’un twist engendre souvent le plaisir chez le fan de retrouver de vieux amis et de prendre ainsi de manière détournée de leurs nouvelles. Mais qui se soucie des figurants quasi anonymes vieux de plus de trente ans? Claremont tente de reconstituer son univers de poche personnel qu’il avait su il est vrai, habiter d’un tas d’être vivants attachants. Stevie Hunter la prof de danse de Kitty, Sharon l’infirmière des New Mutants, les parents Grey, Amanda Sefton etc…  mais ici, en plus de ne susciter aucun émoi, ils ne viennent qu’encombrer d’avantage des pages qui décidément sont privées de respiration.  Enfin les jeunes lecteurs, n’auront qu’une seule réaction: Qui c’est c’ui là?

Au départ Chris Claremont voulait rajouter une nouvelle X-woman artiste portant le sobriquet de Sketch. Bon ben…raté!
©2000-Adam Kubert-Marvel Comics

4-LA MARVEL WAY OF SCRIPTING : ARME A DOUBLE TRANCHANT QUI FAIT DEUX FOIS PLUS MAL

Pourtant on ne peut pas dire que Chris Claremont n’a pas d’histoire à raconter. Le fait qu’une version mutante des Hommes de Neandertal (les Néo-suivez quoi!) ayant survécu à l’insu de tous pendant toutes ces années en parallèle, est une piste inédite.  Le fait d’exploiter une conséquence de «l’histoire des douze» pour nourrir son scénario pourrait être bien vu même. Mais il faut pouvoir le raconter. Chris de son côté veut trop bien faire, aller trop dans des directions divergentes et amener  trop de choses. En plus il pratique ce que l’on appelle la «marvel way of scripting». Cette division du travail peut obtenir de bons résultats et a donné des ailes à pas mal d’artistes qui se sont vu souvent devenir des auteurs complets. Le scénariste résume son intrigue, laisse le découpage au dessinateur et dialogue les planches terminées.

Auparavant Claremont eut affaire à Dave Cockrum John Byrne, John Romita jr, Paul Smith, Frank Miller ou même Marc Silvestri d’excellents story-teller capables d’improviser des arrières plan pour épaissir l’intrigue, de mettre des gags visuels et de rendre reconnaissable un perso au premier coup d’œil. Avec eux, pas besoin d’en rajouter. Il suffit de mettre ce qu’il faut. Chris est déjà naturellement verbeux, mais lorsque les décors ne sont pas clairs, les intervenants non plus, alors on est obligé pour être compréhensible de rajouter les lieux, les enjeux, les personnages, leur pensées, le moment de la journée, bref tout dans le texte. C’est indigeste au dernier degré. Les planches de Leinil Francis Yu sont illisibles, on y comprend rien, on ne sait pas où on est, qui agit. Parfois on ne discerne plus les intérieurs des extérieurs. Le coloriste non plus ne semble trop comprendre car tout devient bleu sauf quand ça pète  ou tout devient orange fluo. C’est un concours au plus gros sabotage. La course poursuite entre le Néo, Diablo et Cecillia Reyes est un cas d’école de ce qui ne faut pas faire. Dois-je dire qu’Archangel  et Charlotte Jones débarquent sans qu’on sache vraiment pourquoi. Il ont vu de la lumière, ils sont rentrés.Sur l’autre série Uncanny X-Men, Adam Kubert s’en sort bien mieux, en aérant ses planches, donnant de la grâce à Jean et Ororo et illustrant de manière originale et fort jolie il faut l’avouer les délires mentaux-onirique de son scénariste. Ce n’est pas simple, mais c’est agréable à regarder au moins. Du coup les personnages semblent s’amuser et non pas passer de dédales en ruine en dédales en ruine.

Pendant ce temps Wolverine se balade dans les égouts avec Danielle Moonstar sans aucune espèce de raison avec son sac à dos, il explore comme Dora. Au bout de trois épisodes, c’est plié, tout le monde sait- les auteurs compris-qu’on ne redressera pas la barre. Kubert est mystérieusement muté pour laisser sa place à Salvador Larroca. Tom Raney et Tom Derenick se chargeront des fill-in. Au final nous aurons cinq dessinateurs sur dix-neuf épisodes… Depuis Leinil Yu travaille avec des auteurs qui lui écrivent des scripts complet jusqu’à la description du papier peint; c’est plus sûr.

L’onirisme mental, toujours un «claremontisme» où Adam Kubert peut s’en donner à cœur joie !
©2000-Adam Kubert-Marvel Comics.

5- UNE ESTHÉTIQUE RATÉE

L’opération «REVOLUTION» fut l’un des premier reboot de la franchise depuis la profonde refonte que la gamme avait connue avec Jim Lee en 1991. Depuis lors, peu de changements cosmétiques ou  d’effectifs, tournant autour d’un noyau relativement stable à savoir le couple Summers, un Wolverine plus ou moins poilu etc.

En 2000, le staff devine qu’il faut dire «au revoir» au design des années 90. il faut changer, mais pour mettre quoi? Le résultat est confondant de nullité, détruisant l’iconsime de mise au profit d’un manque flagrant d’inspiration. En gros on est dans la caricature. Épaulettes encore plus grosses, plus de poches, plus de trucs métalliques qui ne  servent à rien et des lanières, des tonnes de lanières. Le fauve se retrouve affublé de grosses lunettes  aux verres rouges. A-t-il attrapé les rafales optiques de Cyclope? Ou la cécité de Matt Murdock? Cable a un masque qui ne lui couvre qu’un œil et une sorte de Hallebarde. Pas moyen de dessiner Ororo en moins de cinq heures, les artistes en ont tellement marre qu’elle change de tenue au bout d’un arc. Diablo a un costume mais il passera la moitié du temps en chemise de nuit, c’est mieux pour le confort et puis c’est hypoallergénique. C’est tellement moche que Logan aurait menacé Leinil Yu lui même pour garder son slip bleu et ses épaulettes. 

Sans prendre de haut des artistes par ailleurs talentueux, il est manifeste que le constat d’échec se voit à la première couverture. Toute cette garde-robe a bien été rendue au secours populaire mutant et il n’y a d’aventure que quelques artistes historiens qui parfois osent esquisser de nouveau les froufrous de cette période décidément maudite.

6-LES PUTAINS DE CROSSOVERS A INTÉGRER

Pour son retour spectaculaire, Chris dispose de dix-neuf épisodes et un Annual. C’est peu quand on considère que la première moitié est consacrée à changer de paradigme en ajoutant ces fameux NEO.  Puis deux crossovers viendront briser le tout dans un chaos assourdissant et pourtant totalement oubliés. MAXIMUM SECURITY d’abord. Pour résumer, les humains sont considérés soudainement comme nocifs pour l’univers et un conseil exceptionnel, une sorte de G20 des galaxies décrètent que la Terre servira de planète prison pour l’univers entier. L’occasion est trop belle pour les survivants de la planète D’BARI  détruite par le Phénix, de se venger de Jean Grey qui a du mal à expliquer:

«Ce n’est pas moi, j’étais dans la mer, dans un cocon.  C’est le Phénix avec ma tête, c’est dingue le nombre double que j’ai…Demandez à  Madelyne Pryor ..Quoi ma fille aussi c’est Phénix!….Non mais je la connais pas moi, j’ai jamais accouché, vous m’avez pris pour qui? La sainte Vierge? Je ponds pas des messies par portée de douze!».

L’occasion aussi de voir le retour de Bishop (il était parti? il ne manquait à personne celui-là). Une fois le malentendu dissipé, on va se jeter à cœur perdu dans le crossover DREAM’S END réunissant les deux séries X-MEN, BISHOP et CABLE devant déjouer un attentat contre le sénateur Kelly. Dans le chaos on perd plusieurs personnages et on va faire un petit deuil avant de passer la main à Scott Lobdell qui fera un arc de nettoyage pour laisser le champ libre à Grant Morrisson.

7-LE SUCCÈS DU FILM: MAUVAISE SURPRISE TOTALEMENT IGNORÉE

Personne n’osait vraiment croire au succès du film de 2000. Le scénario passe entre les mains de plusieurs script-doctors (dont Joss Whedon) et la Fox a semble-t-il déjà à l’époque avoir des relations distantes avec Marvel.  Aussi c’est un retro-pédalage total qui s’opère quand les retours montrent un engouement absolument pas anticipé. Quand le film sort, on est en plein «foutoir-Néo». Accoler en vitesse le logo du film sur les comics ne sert déjà plus à rien à ce stade.  Tous ceux qui sont en manque de pognon piquent une crise. On aurait dû profiter du succès de film et pas se taper ces délires incompréhensibles.

Claremont  et Bob  Harras sont vite désignés comme responsables du manque à gagner.  Le scénariste  qui était accueilli comme le messie six mois auparavant, est devenu le chewing-gum sous la chaussure de Marvel. En coulisses son départ est déjà acté. Il n’a plus le temps que de boucler une histoire et encore il faut loucher sur le film d’où le Sénateur Kelly, une Mystique  avec des écailles qui se fait poignarder par surprise,  un crapaud tout en langue qui ne sait pas ce qu’il fait là et un Sabretooth incrusté sur l’intrigue façon Photoshop. On râle aujourd’hui  sur le MCU mais finalement les changements sont souvent mieux géré que dans ce fourre-tout sponsorisé par doliprane©.

8-HOMMAGE-AUTO CITATION ET PANNE D’INSPIRATION

L’hommage au passé glorieux de Marvel ne date pas d’hier, déjà dans les années 70, on pouvait constater de multiples renvois à l’ère Stan Lee/Jack Kirby, mais là c’est édifiant.  Je disais plus haut que la première intrigue impliquait le sauvetage d’une navette Starcore. Si cela peut faire sourire  certains fans nostalgiques, on ne peut retenir un certain doute quant au manque d’inspiration tant cela reprend certains éléments de la saga du Phénix originale.

Mais ce n’est pas tout. Entre le Wolverine dans les égouts, le duel entre deux candidats pour sélectionner un nouveau leader, les rappels plus tard à responsabilité de Jean vis-à-vis des derniers survivants de la planète détruite par le Phénix noir, une nouvelle campagne électorale de Robert Kelly qui devra déjouer encore un attentat terroriste histoire d’éviter de mettre le feu aux poudres, c’est un festival de plots sortis e la chambre froide de Claremont qui rejoue la partition qu’il a maintes fois joué, sauf qu’autrefois, c’était une sonate au piano et là du cornet à piston.

Le logo du film apparaît pour faire le lien, mais l’illustration montre bien le fossé.
©2000-Salvador Latroca-Marvel Comics

9-LA DIRECTION A CHANGE VEUILLEZ  VOUS ADRESSER A CE NOUVEAU NUMERO…

Comble de malheur,  suite à de nombreux  de désaccords, L’équipe éditoriale de Marvel change du tout au tout. Bob Harras et l’arrière garde des comics des années 1990, fait place à l’étoile montante Joe Quesada. Dessinateur ultra-doué, il s’est également auto-édité sous le label indépendant EVENT (tiens donc? ) avant de reprendre le label «MARVEL KNIGHTS» . En l’espace de quelques mois, il parvient à se tailler une réputation qui séduit le nouveau patron Bill Jemas qui en profite pour le placer à la tête de la maison des idées. Ils vont donc transformer la vénérable entreprise selon deux axiomes, le premier est «continuity is bullshit» et l’autre «fini le comics de papa». Le carnet d’adresse de Quesada est plein à craquer d’artistes indépendants et il convient de mettre en préretraite tous les vieux croutons. Chris Claremont sent donc de très près le couperet qui fauche en plein vol les John Byrne et les Kurt Busiek.

Néanmoins il est hors de question de lui confier une locomotive. Tous ses plots sont stoppés et ses projets refusés (une mini mettant en scène Kitty Pryde dans l’espace faisant le lien pour son retour). A la place il pourra faire joujou sur une série secondaire avec les personnages dont personne ne veut vraiment.  Ne pouvant faire autrement, il parvient à caser les pistes de sa nouvelle histoire dans l’épilogue de son court run «révolutionnaire» à savoir un grand voyage à la recherche des «Livres de Destinée» ouvrant la voie à sa prochaine série dédiée aux voyages et à l’exotisme: X-TREME X-MEN

10- NE PAS ECRIRE UN COMICS CONTRE SON GRÉ

Chris Claremont est un modèle de diplomatie. Même si on sent une frustration fleurir à chaque virgule, il exerce un devoir de réserve qui pourrait confiner à l’hypocrisie. Personnellement je ne pense pas. Il avoue à demi-mots avoir jalousé Morrisson. Il aurait aimé que le reboot se fasse après les retours de film,  en tirer les conclusion et pouvoir profiter des mêmes opportunités que l’ auteur écossais.  Il aurait eu aussi plus de temps pour terminer son passage sur les Fantastic Four tout en pouvant peaufiner le concept qu’il a du jeter à la poubelle.

Il confesse aussi d’avantage se voir en éditeur des mutants qu’il connaît mieux qui quiconque qu’en scénariste estimant n’avoir plus vraiment de matériel à donner. Pas un mot sur d’éventuels regrets mais son départ précipité  de la première famille Marvel où il retrouvait une seconde jeunesse transforme la mésaventure en double échec personnel alors que l’éditeur surpuissant a déjà écrasé le tout sous une tonne de crossover aussi nuls que rentables.  Depuis, Claremont a eu l’opportunité de rectifier le tir avec un énième retour bien plus décent et une sorte d’épilogue dans la maxi-série X-MEN LA FIN. Pourtant l’existence d’un projet X-MEN FOREVER prouve que Marvel est toujours prête à lui confier ponctuellement des séries parallèles inoffensives avant le mettre dans une sorte d’antichambre vide. Salarié mais sans travail réél, il n’est pourtant pas question de confier le père adoptif à la concurrence. Son nom irrémédiablement attaché à une marque disparaît lentement derrière une forêt d’auteurs qui jusqu’ici ne sont jamais parvenu à s’extraire de son ombre.

Mais que serait un comics de Claremont sans femme ligotée ?
©2000-Leinil Yu-Marvel comics.

CONCLUSION: RESPONSABLE MAIS NON COUPABLE

Si Chris Claremont a signé ces épisodes oubliés, il en ressort pourtant et cela il y a déjà vingt ans à peu près tout ce qui ne fonctionne pas dans le milieu de comics de super héros. Auteurs mutés presque contre leur gré comme des joueurs de la Juventus, des directives éditoriales allant dans tous les sens et un succès demandé de plus en plus à court terme ne permettant pas aux auteurs de s’exprimer et la part artistique totalement ravalée derrière le merchandising. Le résultat dans ces cas là sans étonner personne est souvent médiocre, aliénant un auteur à la fois, grignotant également petit à petit l’intérêt de ces illustrés. Joe Quesada et Bill Jemas ont un temps renversé la tendance mais ont  été bien vite recadrés par les banquiers qui gèrent désormais l’imaginaire. Des banquiers qui scient la branche sur laquelle ils sont assis.


La BO du jour: REVOLUTION: «Don’t you know my friend that you can count me out»

35 comments

  • JB  

    Ah, Sketch et ses pouvoirs de fan-art bdsm…

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