Chasseur de déprime (The Mandalorian)

The Mandalorian – saison 1, de Jon Favreau

Une traque de JP NGUYEN

 Il a une grosse fourchette dans le dos mais ce n’est pas un second couteau (c) Lucasfilms

Il a une grosse fourchette dans le dos mais ce n’est pas un second couteau
(c) Lucasfilms

Le 12 novembre 2019, un peu plus d’un mois avant la sortie de l’épisode IX qui devait conclure la troisième trilogie Star Wars (et prétendument toute la saga des Skywalker), le service de streaming Disney+ diffusait le premier épisode du Mandalorian, une série créée par Jon Favreau, à qui l’on doit les débuts cinématographiques réussis d’Iron Man dans les années 2000. La saison 1 comporte 8 épisodes, d’une quarantaine de minutes chacun et met en scène un chasseur de prime, le Mandalorien, issu d’un peuple de guerriers et revêtu d’une armure similaire à l’ombrageux Boba Fett, apparu dans la trilogie originale.

Attention, dans cet article, les spoilers ne garderont pas tous leurs casques…

Au départ, cette série ne m’intéressait pas plus que ça. Et puis, fin décembre, j’ai eu l’opportunité de me mater les huit épisodes en trois soirs, captivé par une histoire fort classique mais permettant de se replonger avec un plaisir un peu coupable dans l’univers étendu de Star Wars. La série se passe quelques années après LE RETOUR DU JEDI. L’Empereur a disparu mais les troupes impériales sont toujours disséminées dans la galaxie et la Nouvelle République a quelques peines à asseoir son autorité. Même s’il porte une armure Mandalorienne et exerce la profession de chasseur de primes, le protagoniste de la série est bien un nouveau personnage, distinct de Boba Fett.

Dès le départ, à l’occasion d’une traque ordinaire, on nous le présente comme un professionnel accompli, une sorte de Josh Randall de l’espace, et si, contrairement à un certain griffu canadien, il ne claironne pas qu’il est « le meilleur dans sa partie », on nous le fait clairement comprendre… Mais ce chasseur exceptionnel a aussi des besoins financiers importants (même s’il est loin de garder tout l’argent pour lui, on l’apprend plus tard) et les mises à prix ordinaires ne représentent plus un enjeu suffisant pour lui. Fort opportunément, Greef Karga, le chef de la Guilde des Chasseurs de Primes de la planète Nevarro, le met en relation avec « le Client », un commanditaire prêt à payer le prix fort pour une cible mystérieuse, dont l’identité reste secrète, seulement désignée via un capteur de position.

Clairement, c’est pas un petit Mickey… Enfin si, un peu quand même…

La capture de la cible ne sera pas une sinécure mais, à la fin du premier épisode alors que « Mando » touche au but, il découvre que la cible n’est autre que… Baby-Yoda ! Nan, je vous rassure, il ne s’agit pas du personnage de Maître Jedi apparu dans L’EMPIRE CONTRE-ATTAQUE mais d’un enfant (enfin, âgé de 50 ans, quand même) issu de la même race que Maître Yoda. Cette race n’ayant pas encore été nommée dans les films ni dans l’univers étendu (contrairement aux Wookies, par exemple), pour se simplifier la vie, on continuera dans la suite de l’article de l’appeler « Baby Yoda »… Dans la série, c’est « l’enfant » et il n’a toujours pas de nom à la fin de la saison 1…

Bon, arrêter de vous spoiler, je dois. La suite, point ne vous raconter, je vais. Les développements et les épisodes suivants beaucoup appréciés j’ai. Même si certaines facilités et coïncidences j’ai repérées. L’ambiance générale et le rythme de l’action un bon moment m’ont fait passer…
Mes excuses, par le langage de Yoda contaminé, j’ai été !
Bon, en fait, dans cette saison 1, Baby Yoda ne cause pas du tout. Mais il contrôle la Force (oui, sans s’être entraîné avec un Maître, de quoi faire s’étrangler certains puristes, ou de quoi étrangler les personnages qui voudraient du mal à son bienfaiteur Mandalorien).

De moi, de nombreuses peluches et figurines se vendront ! (c) Lucasfilms

De moi, de nombreuses peluches et figurines se vendront !
(c) Lucasfilms
Source CNET

Le Guerrier et l’Enfant, c’est une recette assez connue, qu’on nous a déjà mitonnée un certain nombre de fois : en manga avec LONE WOLF & CUB, en comics avec ROAD TO PERDITION, au cinoche avec LEON… Mais, comme qui dirait, c’est comme la brandade de morue, quand c’est bien fait ça peut être très bon ! (Et si vous n’aimez pas la brandade, remplacez ça par le plat de votre choix…). « Lorsque l’enfant paraît », les gros durs révèlent souvent leur côté tendre et les combattants auparavant uniquement motivés par l’argent gagnent un supplément d’âme…

En parlant d’âme, j’ai aimé retrouver cette atmosphère particulière d’un pan de l’univers Star Wars. Des tas d’aliens, des droïds, un puits de congélation carbonique, des sauts dans l’hyper-espace, et des duels au pistolaser pour une poignée de crédits : une plongée nostalgique dans le Far-Space. L’épisode VII m’avait déçu en nous infligeant un pur remake de l’épisode IV, avec des personnages moins charismatiques et une furieuse impression de tourner en rond. A bord de son vaisseau, le Razor Crest, le Mandalorien nous emmène dans une autre frange de la Galaxie Star Wars, la fameuse « Bordure Extérieure » parsemée de planètes reculées où évoluent des êtres peu au fait de la « Grande Histoire ». Après les trois premiers épisodes qui forment un arc complet, les trois suivants sont indépendants, s’essayant à plusieurs genres. Le 4 est un hommage évident aux Sept Samourais, le 5 est une compétition assez convenue avec un aspirant chasseur de primes et le 6 raconte un assaut contre une prison spatiale. Enfin, la saison se termine par une intrigue en deux parties, qui voit apparaître un adversaire de gros calibre et disparaître certains alliés du Mandalorien.

Ils ne reviendront pas tous en saison 2…  ( c ) Lucasfilms

Ils ne reviendront pas tous en saison 2…
( c ) Lucasfilms -
Source Fullplot

Grâce au format sériel, THE MANDALORIAN explore, par petites touches, la personnalité de son « héros », régie par un Code rigide, digne de la Loi Spartiate (on peut d’ailleurs noter une certaine ressemblance au niveau des casques des 2 civilisations…) et surtout traumatisé par une perte brutale subie dans l’enfance (oui, comme un certain Bruce Wayne, mais sans le collier de perles et avec un droïd de combat à la place de Joe Chill). La série donne aussi plus de consistance à la légende des Mandaloriens, pour ceux qui ne se seraient pas plongés dans les comics ou les séries animées dérivées comme CLONE WARS ou REBELS. Le Beskar, métal mandalorien aux propriétés remarquables, capable de résister aux sabres-lasers, joue un rôle important dans l’intrigue. Un soin particulier est également apporté à l’arsenal du chasseur de primes, qui s’étoffe au fil de la saison, sachant qu’il démarre déjà avec un blaster et un fusil-sniper à des cartouches désintégrantes !

Le rôle-titre est détenu par Pedro Pascal, paraît-il connu pour avoir joué dans GAME OF THRONES . Comme il n’enlève son casque que pour une courte scène face à un droïd, c’est surtout par sa présence physique et sa voix qu’il donne corps au guerrier en armure. Parmi les seconds rôles, j’ai aimé revoir Carl Weathers (Apollo Creed dans ROCKY) dans le rôle du roublard Greef Karga. L’ancienne soldate rebelle Cara Dune, interprétée par Gina Carano, est également un personnage agréable à suivre, une sorte de Xéna la Guerrière galactique. Quant au vétéran Nick Nolte, il donne vie à Kuiil, le fermier/mécanicien de la race des Ugnaught, avec un visage totalement transformé sous lequel on reconnaît pourtant les traits de l’acteur. Le droïd IG-11, robot-assassin reprogrammé en infirmier, vient compléter avec une touche d’humour loufoque le clan des alliés du Mandalorien. Heureusement, on n’atteint jamais le niveau de Jar-Jar Binks…

Une première saison qui fait mouche  ( c ) Lucasfilms

Une première saison qui fait mouche
( c ) Lucasfilms -
Source Slashinfilm

Et dans le camp d’en face, on croisera Werner Herzog ( !), dans le rôle du client et surtout Giancarlo Esposito, dans le rôle du Moff Gideon. La toute dernière image de la saison laisse d’ailleurs entendre que le personnage est encore plus puissant que ce qu’il a pu montrer, puisqu’il détient une arme des plus remarquables (et non, ce n’est pas une Etoile de la Mort, ça tient pas bien dans les poches).

De bons acteurs pour camper des personnages un poil clichés mais plutôt attachants, des effets spéciaux du même niveau qu’au cinoche, une réalisation discrète mais efficace, chaque épisode a tout ce qu’il faut pour ne pas s’ennuyer pendant 40 minutes. Visuellement réussi, le générique de fin dont les images changent à chaque fois, affiche de superbes illustrations comme un clin d’oeil aux comics et jeux de rôle qui ont étoffé l’univers de Star Wars) tandis que l’OST de Ludwig Göransson se paye le luxe d’affirmer sa personnalité tout en revendiquant une certaine filiation avec les thèmes historiques de la franchise.

Après le gloubi-boulga de la trilogie de JJ Abrams/Rian Johnson, la série était attendue au tournant. Un mandat lourd où rien (hem hem) ne semblait gagné d’avance mais un pari gagné à l’arrivée, du moins pour votre humble serviteur-spectateur. En se concentrant sur une intrigue à moins grande échelle, voire sur des chapitres quasi-anecdotiques, THE MANDALORIAN propose un divertissement jouissif, qui ne révolutionne rien mais assure bien le taf. Je ne pense pas qu’on puisse y trouver une multitude de niveaux de compréhension ni des messages d’une absolue profondeur mais je ne bouderai pas mon plaisir, car, comme évoqué plus haut, dans le genre, c’est très bien fait et bien mieux conçu que la récente trilogie.

Une ombre au tableau : la série est proposée par Disney+, ce qui signifie qu’il faut payer un abonnement de plus pour y accéder (comme dirait Mando : ‘ « Casquer, telle est la Voie ! »). Cependant, il se murmure qu’il existe aussi un Côté Obscur du Net où rodent les sombres seigneurs Siths alternatifs… Mais si vous me demandez leur localisation, je resterai muet comme Baby-Yoda !

 Lone Wolf/Mando and Baby Cart/Yoda  ( c ) Lucasfilms

Lone Wolf/Mando and Baby Cart/Yoda
( c ) Lucasfilms
Source Imqur 

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La BO du jour :
C’est pas du John Williams, mais c’est cool quand même :

36 comments

  • Kaori  

    Remets-toi bien, JP…

    Pour ma part, j’en suis à la moitié de la saison 1. Et je viens seulement de percuter que le titre de l’article n’était pas « chasseur de prime » !!! Bien trouvé, ce jeu de mot, car c’est très vrai !

    Un autre truc : quand j’avais écouté le générique la première fois, en lisant l’article, je n’avais pas du tout aimé. Maintenant, c’est tout autre chose !

    • JP Nguyen  

      Ah, le générique, un cas typique où après avoir vu la série, il devient tout de suite plus évocateur ! Je l’aime bien, ce générique. Pour un morceau assez court, il comporte plusieurs passages sympatoches (le début qui colle bien avec une traque, le milieu qui évoque une bataille triomphante…)

      • Kaori  

        Il fait très western… Au début un air qui me rappelle les Incas, puis cette musique western, et en enfin ce passage triomphant qui rappelle John Williams et Star Wars. Et la fin qui reprend un peu tout ça, très sympa.

        Je crois que ça révèle ce que représente le générique d’une série pour moi. Il y a forcément une valeur affective.

  • Nikolavitch  

    Bon , enfin vu la fin… franchement, c’est pas mal. Un bon western spatial tout simple et bien mené, avec parfois de grosses surprises de casting (vous auriez reconnu Clancy Brown, vous ???)

    Bref, j’ai aimé.

    • Kaori  

      Oui je l’avais reconnu !! Bon, évidemment, je n’étais pas sûre, mais ce type est unique ! Trop contente de le voir là-dedans !

      J’en suis justement à cet épisode (6, le prisonnier) qui m’a rappelé ces films comme Alien 3 ou The thing… Très bien foutu.

      Je regarde les deux derniers ce soir. Hâte !

  • Kaori  

    Saison 1 finie hier.

    J’avoue que j’ai une certaine affection pour la scène du début avec les deux « motards-stormtroopers » (je sais que chaque stormtrooper a un nom en fonction de son habit etc, mais alors là, je n’y connais rien…)
    Le coup de « moi j’ai compris… Toi t’as pas compris ?? » me fait beaucoup rire… C’est bien la première fois que je trouve des stormtroopers expressifs !!
    Ah, et la scène de tirs aussi, m’a bien amusée. Enfin une explication !!!
    Bref, c’était bien sympa tous ces petits clins d’œil aux trilogies (jar(Jar Binks…)

    Sinon, j’ai une question, j’ai dû rater un truc, mais c’est quoi ce pendentif que « Mando » donne à sa copine et qu’il retrouve autour du cou de « Baby Yoda » ?

  • Tornado  

    J’avais complètement oublié de venir faire mon compte rendu ici…

    Je me suis régalé !
    Pour le moment le script ne casse pas trois pattes à un canard mais j’ai enfin, depuis Rogue One, retrouvé les sensations de mon enfance au pays de Star Wars.
    J’ai adoré revoir ces créatures et machines de la trilogie originelle, tous ces personnages qui sonnent comme ceux de l’époque (Carl Weathers par exemple), le fait que le héros ne montre jamais son visage, tout ce mystère qui colle à la peau de chaque épisode. Le divertissement parfait.
    J’ai vraiment hâte de voir la saison 2 et je me languis de découvrir la prochaine série Star Wars sous ce format (Obiwan Kenobi ?).

    • JP Nguyen  

      Cool !
      Ca me fait penser qu’il faudrait que je fasse un retour sur les séries Watchmen et Star Trek Discovery, essayées après les articles parus ici…
      Je m’y attèle de ce pas…

  • Matt et Maticien  

    Le confinement donne un peu de temps et je regarde les premiers épisodes sur la chaîne D. Je partage le constat général : un vrai bon moment SW avec une ambition et une réalisation maîtrisées. Le scénario est pour l’instant prévisible mais reste agréable. Je suis à la moitié de la série, mon seul regret le fait de ne pas pouvoir binge watché ;) les 4 derniers épisodes. La chaîne en sort un par semaine pour fidéliser les nouveaux arrivants.

    Le titre est bien trouvé ;)

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