Des idoles aux pieds d’argile (My heroes have always been junkies)

Death or glory par Ed Brubaker et Sean Phillips

Article de PRESENCE

VO : Image Comics

VF : Delcourt

Portrait troublant © Image Comics

Portrait troublant
© Image Comics

Ce tome contient une histoire complète (quasi) indépendante de toute autre, qui ne nécessite pas de connaissance préalable d’une autre série. Cette histoire est parue en 2018, directement sous la forme d’un récit complet, sans prépublication. Le scénario est d’Ed Brubaker, les dessins et l’encrage de Sean Phillips, et la mise en couleurs a été réalisée par Jacob Phillips. Cette bande dessinée compte 66 pages.

Quelque part sur une plage de Californie, proche de Santa Teresa (non loin de San Jose), Ellie a enlevé ses chaussures, et se tient les pieds dans l’eau. Une femme âgée approche en promenant son chien, lui faisant observer la beauté du paysage. Ellie lui adresse la parole et lui parle d’une chanson de Vic Chesnutt (1964-2009) évoquant un jeune homme nageant dans la mer et s’étant éloigné plus loin qu’il ne pensait, non pas en train d’agiter les bras pour faire signe, mais en train de se noyer. La dame se demande si Ellie va bien. Quelques jours auparavant, Ellie était admise dans un établissement de soin spécialisé dans les cures de désintoxication, un centre de réhabilitation pour drogués. Elle participait à une séance de groupe, sous la houlette de Mitch, où la parole était monopolisée par Todd. Ce dernier racontait une histoire incroyable au cours de laquelle il s’était retrouvé dans un squat pour acheter sa dose, alors qu’un rival était survenu et avait ouvert le feu. Il avait dû se cacher sous un cadavre. Elle sait pertinemment qu’il ment et que tout est inventé.

La veille au soir, Ellie s’était introduite dans le bureau des soignants et avait consulté le dossier des patients de son groupe. Elle y avait découvert que Mitch avait en fait dépensé l’argent de son ménage dans des clubs de striptease et qu’il s’était fait passer pour un drogué auprès de son épouse pour ne pas à avoir à avouer la vérité.

Quel mythomane, ce Mitch ! © Image Comics

Quel mythomane, ce Mitch !
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C’est ensuite au tour de Lois de prendre la parole pour évoquer sa dépendance aux antidouleurs, puis à Ken pour son addiction à la cocaïne. Elle-même a été admise 3 jours auparavant, amenée par un oncle lui ayant bien fait comprendre que c’était sa seule chance. Skip (un charmant jeune homme) intervient pour dire que la confession est un baume apaisant pour l’âme. Mitch indique à Ellie que c’est à son tour de s’exprimer. Elle cite Keith Richards, disant que le pire qu’on puisse dire à propos de l’héroïne donnera toujours envie à quelqu’un d’essayer. Mitch ne comprenant pas très bien où elle veut en venir, elle continue pour indiquer qu’elle n’est pas sûre qu’être abstinent est désirable. Elle cite l’exemple de David Bowie, Brian Wilson, Lou Reed qui ont réalisé leurs meilleurs disques en étant sous-produit psychotrope. Mitch lui planifie un rendez-vous particulier avec la docteure Patti.

Voilà une production de Brubaker & Phillips originale à plus d’un titre. Pour commencer, ils ont choisi de publier cette histoire d’un seul tenant, sans prépublication, ce qui est exceptionnel dans le système de production américain des comics. Ils ont dû estimer que le respect du modèle économique en place n’était pas approprié pour une histoire relativement courte, mais qu’elle méritait une sortie dans un format avec couverture rigide. À la lecture, il apparaît qu’il s’agit d’un récit consistant auquel ce format sied bien. Ensuite, ils n’ont pas choisi de rattacher cette histoire à une de leur série, à part incidemment. Cela signifie que si le lecteur ne connaît pas la série Criminal des mêmes auteurs, le récit ne perd rien en cohérence pour lui. S’il connaît cette série, l’apparition de Leo le temps d’une page n’apporte pas de sens supplémentaire au récit.

Des moments de détente hors du temps © Image Comics

Des moments de détente hors du temps
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Enfin, la mise en couleurs n’est pas réalisée par Elizabeth Breitweiser, coloriste attitrée de Sean Pillips depuis plusieurs années. Jacob Phillips ne démérite pas. Dans un premier temps, le lecteur voit bien que la conception de la mise en couleurs diffère des œuvres précédentes de Phillips. Puis il remarque que Jacob Phillips utilise des teintes différentes de celles de la palette de Breitweiser, en particulier du rose en aplat. Il laisse aussi plus de place au blanc de la page. Il réalise une mise en couleurs adulte, sachant doser les aplats, les discrets effets de mouchetis, les débords, et la juxtaposition de 2 nuances d’une même teinte. La mise en couleurs serpente élégamment entre naturalisme et impressionnisme, apportant des saveurs aux formes détourées, sans écraser les traits de contour, sans supplanter les dessins, en harmonie avec eux.

Comme à son habitude, Sean Phillips réalise des dessins dans une veine descriptive et réaliste, avec une impression de contours qui auraient mérité d’être un peu peaufinés. Mais en y regardant de plus près, le lecteur est impressionné par la précision des tracés sous une apparence de simplicité et d’évidence. L’artiste pèse chaque élément de chaque case. Les costumes sont choisis avec soin, en fonction du protagoniste, de sa personnalité, de sa position sociale, de son occupation. Le jeu des acteurs donne l’impression d’observer des individus croisés dans la rue, réagissant normalement et sans emphase aux situations dans lesquelles ils se trouvent, à ce qui leur est dit, avec un naturel confondant, tellement évident que le lecteur éprouve la sensation qu’ils sont juste à côté de lui.

L'art de la tentation © Image Comics

L’art de la tentation
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Le lecteur voit la dame sur la plage, réagir à la tension de la laisse du fait des mouvements du chien. Il regarde les participants au groupe de parole, notant leur regard se porter ailleurs alors qu’ils effectuent l’effort de mémoire pour se souvenir de ce qu’ils ont vécu, pour préparer leur prochaine phrase. Il se retrouve fasciné par le langage corporel d’Ellie alors qu’elle initie le jeu de la séduction avec Skip, en notant les tensions perceptibles dans le corps de celui-ci alors qu’il réagit inconsciemment aux signaux émis par Ellie. Il voit toute l’expérience acquise par la docteure dans sa mine désabusée, sa certitude qu’Ellie et Skip ne sauront pas faire preuve d’assez de discipline pour se débarrasser de leurs mauvaises habitudes. S’il n’y fait pas attention, le lecteur n’a même pas conscience de toutes les informations portées par les dessins, tellement ils semblent évidents et faciles.

Sean Phillips est tout aussi habile et élégant dans sa manière de représenter les décors. Il sait qu’il peut s’appuyer sur Jacob Phillips pour apporter des informations de texture ou de relief par le biais de la mise en couleurs. Il ajuste donc son degré de détails en fonction des besoins de la scène, avec comme objectif une lisibilité immédiate. Ainsi s’il regarde uniquement les traits encrés dans la scène d’introduction, il n’y a que quelques traits fins et des tâches noires qui ne semblent pas figurer grand-chose. Pourtant le lecteur voit l’eau miroiter, le sable crisser et l’humidité imprégner les rochers. La complémentarité entre couleurs et traits est tellement extraordinaire qu’il est possible de ne pas s’en rendre compte.

Un art de la couleur épatant © Image Comics

Un art de la couleur épatant
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Du coup le lecteur éprouve l’impression dans chaque scène de se trouver sur les mêmes lieux que les personnages quel que soit le degré de détails. Il peut très bien y avoir une façade représentée de telle sorte à percevoir le volume du porche, des escaliers, du balcon, que de simples traits pour les plis d’un drap, la sensation d’immersion est aussi intense. En outre, alors que le récit repose essentiellement sur les dialogues et la voix intérieure d’Ellie, la narration visuelle reste diverse et variée, à la fois pour les activités des personnages, à la fois pour les différents lieux. Le lecteur a l’impression de lire un roman avec les commentaires d’Ellie, en même qu’il lit les images, tellement la coordination entre scénariste et dessinateur est élevée. À l’opposé de textes et images redondants, le partage entre les deux est si bien pensé que qu’il ne se remarque pas et que les deux s’enrichissent et interagissent avec efficience. Il ne note qu’un seul faux pas : Jean-Paul Sartre se promenant sur les Champs Élysées, au milieu des fiacres, étrange anachronisme.

Le lecteur croit immédiatement en l’existence d’Ellie car il perçoit plusieurs aspects de sa personnalité, ses contradictions, ses convictions, ses plaisirs. La narration est ainsi faite qu’elle est en est le centre, en étant à la fois présente dans toutes les séquences, et avec les cartouches de texte portant sa voix intérieure. Même si cette histoire n’est pas inscrite par ses auteurs dans la série Criminal, le titre et le flux de pensée d’Ellie ne laissent pas de place au doute : ses actions la placent du mauvais côté de la loi. Le lecteur se prête au jeu d’interpréter ses phrases, ses actions et ses émotions en supposant qu’il y a anguille sous roche. Même si Ellie ne ressemble pas à une femme fatale, il n’y a pas de doute que la fréquenter nuit gravement à la santé. En outre, elle a acquis la conviction que l’usage de drogues récréatives est de nature à améliorer la vie. Elle s’est bâti toute une mythologie personnelle à partir des musiciens, surtout des chanteurs, ayant créé sous influence, en y ajoutant quelques artistes triés sur le volet comme Jean-Paul Sartre et Vincent van Gogh.

Le premier souvenir associé à la drogue © Image Comics

Le premier souvenir associé à la drogue
© Image Comics

Ed Brubaker sait de quoi il parle en matière de musiciens drogués, et a même pu en faire une sélection indicative de la personnalité d’Ellie : Vic Chesnutt (1964-2009), Keith Richards, Billie Holiday, Gram Parsons (1946-1973), Elliott Smith, David Bowie, Lou Reed, Brian Wilson. Il construit ainsi son personnage, indiquant que l’élément déclencheur a été une K7 audio de sa mère, et la confirmation est venue à l’écoute de Billie Holiday at Carnegie Hall (1956). Alors qu’il est entièrement accaparé par l’intrigue (découvrir l’objectif réel d’Ellie), le lecteur apprend des bribes de son enfance et les expériences qui ont façonné sa relation avec les produits psychotropes.

Ed Brubaker s’est fixé un défi déraisonnable : parler de l’usage de drogues récréatives au travers d’un personnage ambivalent. Il lui fait même énoncer le risque avec la citation de Keith Richards indiquant qu’il est impossible de parler de drogues sans supprimer son pouvoir de séduction ou de fascination. Même si le récit commence dans un centre de désintoxication, il n’y a pas de jugement moral, pas de leçon de morale. Il n’y a pas non plus de scène de défonce, ou de bad trip, ou encore de sevrage. La dépendance reste en arrière-plan, mais elle n’est pas totalement absente. Ellie et Skip ne sont pas encore à l’étape où toute leur vie est consacrée à atteindre la prochaine dose. Dans le même temps, ces 2 personnages principaux sont dans la fuite, le lecteur ne peut pas les envier. Ils sont consommateurs de drogue pour supporter leur condition, pour vivre des moments plus heureux que ceux que la réalité leur apporte. En outre, en focalisant le récit sur Ellie, Ed Brubaker donne l’image d’une personne uniquement intéressée par elle-même, incapable de se mettre à la place de l’autre.

Ed Brubaker & Sean Phillips sont toujours aussi en harmonie entre eux, réalisant une narration qui semble avoir été pensée et mise en œuvre par un unique créateur. L’artiste raconte visuellement l’histoire avec une simplicité et une évidence telles que le lecteur trouve tout naturel et crédible. L’histoire propose une véritable intrigue, avec des personnages complexes et attachants, sans être sympathiques. Au travers de l’histoire personnelle d’Ellie, les auteurs abordent la question de la fascination vis-à-vis de la drogue, de la manière dont un individu peut concevoir ce produit comme étant une source de plaisir désirable, avec une approche psychologique subtile et convaincante. Ils ne cherchent pas à convaincre le lecteur de la dangerosité ou de l’innocuité des produits psychotropes, ni à montrer leurs effets, juste comment un individu peut le voir comme une substance désirable, au-delà de ses effets euphorisants ou psychotropes. 5 étoiles.

La grande Billie Holiday © Image Comics

La grande Billie Holiday
© Image Comics

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Spin-off de la fameuse série CRIMINAL, MES HEROS SONT TOUS DES JUNKIES, la nouvelle collaboration entre Ed Brubaker et Sean Phillips a déjà conquit son lectorat. Le rapport complet de Présence chez Bruce Lit.

J’aime pas la drogue, mais la drogue m’aime bien.

25 comments

  • Bruce lit  

    Comme toi j’ai bcp apprécié l’insertion de la culture rock dans ce récit de Brubaker. Je trouve d’ailleurs que la meilleure partie reste dans le centre de désintox. On y trouve une « fraîcheur » relative inédite chez Brubaker. Même les dessins de Phillips sont moins ratatinés qu’à l’accoutumée. Très déçu par la deuxième partie malgré l’apparition de Leo, je trouve que ça va trop vite, que les personnages n’ont pas vécu tout ce qu’ils avaient à vivre. Baclé mais bon.

    • Présence  

      Ça ne pouvait pas durer bien longtemps : les commanditaires d’Ellie attendaient des résultats, et ils avaient les moyens d’accélérer le processus.

      Je ne décèle aucune forme de bâclage dans ce récit : étirer l’histoire aurait étiré l’intrigue sans raison. Ellie a une mission à accomplir, et elle a déjà tiré sur la corde avec leur escapade dans la résidence secondaire. Au travers de cette brièveté, l’intention des auteurs est de montrer qu’il n’y avait rien d’autre dans leur relation, rien de plus.

  • Jyrille  

    Comme je n’ai jamais lu un seul tome de Criminal ni un seul de Fatale, j’ai très envie de m’offrir ce recueil, qui en plus d’être intrigant, possède une couverture et un titre très accrocheurs. J’adore vraiment cette couverture.

    Merci donc pour ton article didactique et très recherché quant à ces références musicales, tout comme son analyse, ton point de vue, est amené et développé. Je craquerai donc possiblement ici pour mon premier Brubaker Philips…

    La BO : ça va.

    • Présence  

      Cette histoire (quasi) indépendante se suffit à elle-même et se positionne au croisement entre le récit de genre (polar) et le roman naturaliste. Elle en est donc plus facile d’accès parce qu’elle ne nécessite pas de connaitre les codes du polar, ou de les apprécier a priori.

    • Eddy Vanleffe....  

      FATALE possède vraiment une atmosphère particulière très envoûtante, c’est ma préférée du duo…

      • Matt  

        Tiens moi ça ne m’intéresse pas du tout.
        J’aime bien les séries du duo, mais je préfère Brubaker sur des séries de type polar réaliste (Velvet, Fondu au noir).
        Là le délire nazis démons je sais pas quoi dans Fatale…ça ne me fait pas envie.

        • Présence  

          Fondu au noir : une série extraordinaire, magnifique, et très noire comme son titre l’indique.

          • Bruce lit  

            Message de Tornado toujours bloqué (arrêtez de m’envoyer des liens, l’antispam risque de vous bloquer définitivement. On a peut-être la solution pour débloquer Tornado mais c’est un vrai casse tête : le wordpress l’a bloqué sans que l’opération soit réversible.)
            J’ai évidemment acheté cet album entant que complément à la série CRIMINAL. Maintenant que je relis ton article (j’ai dû lire le commentaire Amazon un peu trop vite), je m’aperçois qu’il ne s’agit pas vraiment d’un complément à la série mais bon, je ne pense pas avoir fait un mauvais achat quand même…
            Tiens, j’ai acheté la chose en même temps que SHIPWRECK, ce dernier ayant été acheté à cause de toi. Ce qui devient suffisamment rare (je veux dire que j’achète des comics à cause de toi, tout simplement parce que j’achète beaucoup moins de comics qu’avant (limite peau de chagrin en comparaison)), pour que je ne le fasse pas remarquer…

            Et sinon j’ai trouvé passionnant ton paragraphe à propos du travail sur la couleur. Chapeau l’artiste !

          • Présence  

            @Tornado – Si je me livre à l’exercice de supprimer mentalement la couleur des illustrations présentes dans l’article, je me rends compte de ce qu’apporte Jacob Phillips à la narration, ce que racontent les couleurs. Ceci m’a beaucoup impressionné, parce qu’Elizabeth Breitweiser ne raconte pas la même chose avec ses couleurs.

          • Matt  

            @Présence : j’ai beaucoup aimé Fondu au noir. Au départ la fin est frustrante mais au final réaliste et noire. On n’aura pas satisfaction, le monde est pourri…

            Je pense m’intéresser à Kill or be killed du duo d’auteurs.
            Criminal je sais pas…peut être si ça sort en gros bouquin intégrale mais là 7 tomes…ça prend de la place.
            T’as préféré quelle série toi ?

          • Bruce lit  

            Criminal sans hésiter.

          • Présence  

            Il m’est difficile de répondre à ta question, non par esprit de contradiction, mais parce que ‘ai lu ces différentes séries (Criminal, Incognito, Fatale, Velvet, Fondu au noir, Kill or be Killed) sur une période de 10 ans (2009-2019), donc mon regard a également évolué. Dans mon souvenir, je préfère Fondu au noir (mais je les aime tous, y compris Sleeper), parce qu’il est plus compact, avec une maîtrise épatante des conventions du polar, une distribution de personnages bien pensée et… autant que je recopie ma conclusion pour le tome 3 VO :

            Avec The fade out, Brubaker & Phillips reviennent au genre polar, dans une forme plus aboutie. Il s’agit cette fois-ci d’un roman de par l’ampleur du récit, avec une distribution de personnages étalée sur toute l’échelle sociale (avec un gros paquet au bas de la classe moyenne), sur plusieurs générations, chacun étant le produit de sa culture et de ses expériences passées. Sean Phillips est magistral de bout en bout pour donner vie aux personnages et les faire évoluer dans des environnements crédibles, historiques et substantiels. Ed Brubaker est terrifiant de bout en bout pour montrer les individus prisonniers de leur milieu socio-culturel, soumis à des forces arbitraires sur lesquelles ils n’ont aucune prise, dans une réalité qui n’a aucun regard pour la vie de l’individu. Ce roman noir ne se contente pas d’être une reconstitution historique divertissante, c’est aussi un regard décillé sur les illusions de l’individu, la difficulté d’être, l’abus de pouvoir sous toutes ses formes, et par absence sur la nécessité d’une structure capable d’assurer un minimum de protection pour tous (car il n’y a pas de forts).

          • Matt  

            Euh merci, mais en fait je demandais plutôt ta préférée entre Criminal et Kill or be killed. Vu que je possède déjà Fondu au noir.
            Bruce, tu devrais le lire d’ailleurs.

          • Présence  

            Oups, pardon, je n’avais pas compris la question.

            Ma réponse est de même nature. Criminal est une série d’histoires courtes dans un univers partagé assez lâche, alors Kill or be killed est une histoire complète. Sous réserve d’accepter l’existence potentielle du surnaturel dans KobK, cette série me semble la plus accessible, et la plus gratifiante en termes de lecture. Pour apprécier toutes les saveurs de Criminal, il vaut mieux disposer d’un peu de culture polar, pour se rendre compte comment Brubaker revisite les différents sous-genre du polar. Dans ce format d’anthologie de miniséries, certaines parlent forcément plus que d’autres. Du coup ma préférence va à Kill or be killed.

          • Matt  

            Ok thanks. Y’a moins de tomes en plus, ça m’arrange^^

        • Bruce lit  

          Je pense au contraire que tu aimerais FATALE, Matt avec plein de moments Lovecraft dedans.

          • Matt  

            Peut être.
            Mais quand je pense à Brubaker je me dis pas « chouette, le roi du fantastique et de la SF avec des monstres »
            Le mec m’a plus marqué avec ses polars réalistes. Exception avec son Iron Fist qui est plus fantastique mais centré tout de même sur les querelles de familles, les secrets, etc.

          • Présence  

            Il y a potentiellement un gros monstre dans Kill or be killed.

          • Eddy Vanleffe....  

            Matt, on est clairement dans le ton d’un Brubaker habituelle, sauf qu’il y a une touche de fantastique… très feutrée et lovecraftienne, je trouve ça plutôt cool au contraire que Bru fasse autre chose de temps en temps…

        • Eddy Vanleffe....  

          cool! je vais lire ça…

  • Kaori  

    Merci pour cet article très parlant, Présence.

    Je suis bluffée par ton analyse des dessins et des couleurs, je me suis demandée si ce n’était pas Tornado derrière tout ça ;)
    J’aime comme tu nous impliques dans le plaisir que tu as eu à lire cette BD, ce qui en devient communicatif.

    Pour le récit, j’ai du mal avec ce thème, ce qui fait que malgré tes éloges et le dessin très poétique, je pense passer mon chemin.

    • Présence  

      Je n’ai pas de formation artistique et je suis incapable de dessiner quoi que ce soit, comme si j’étais resté bloqué en 2ème année de maternelle. Mais d’un autre côté, je me rends bien compte que mon plaisir de lecture est également fonction des dessins. Du coup, j’essaie de faire de mon mieux pour indiquer ce qui m’a plu en eux.

      Le thème reste assez particulier puisqu’il s’agit d’assister au comportement d’une personne particulièrement toxique pour ceux qu’elle côtoie. Comme le dit si bien Jean-Pascal, Ed Brubaker nous rend complice en faisant de nous des voyeurs passifs.

  • JP Nguyen  

    Je l’ai lu hier soir en prévision de l’article. Ma première lecture a été un peu trop rapide, mais je me le referais bien à l’occasion.
    Constat : Brubaker est toujours un aussi bel enfoiré avec ses personnages. Il les torture avec sadisme et compromet le lecteur en le rendant complice.
    L’apparition de Leo Patterson et son rapport avec l’histoire constitue un twist que je n’avais pas vu venir…

    • Présence  

      Je n’aurais jamais imaginé qu’il puisse y avoir un lecteur assez consciencieux pour se préparer à l’article : respect.

      Je n’avais pas vu venir la fin, mais je me doutais bien qu’il y aurait un coup fourré, que ce ne serait pas qu’un bluette où tout finit bien… quelle garce…

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