Enter Sandman

Sandman volume 2 par Neil Gaiman et Collectif

Ce commentaire est basé sur la réédition d’Urban Comics. Toutes fois les Scans alterneront entre les différentes versions publiées depuis 1990.

Eeeexit Light !

Eeeexit Light !

Ce volume regroupe les arcs Le pays du rêve et la Saison des brumes , ces deux épisodes figurant parmi les favoris des fans .

Dream Country :

Voila le genre d’exercice auquel excelle Neil Gaiman. Ayant enfin trouvé le ton de la série, il propose des histoires indépendantes de la continuité qui se bouclent en 22 épisodes.

On ne peut que s’agenouiller devant la maîtrise narrative de Gaiman , ses idées , son sens de la chute , d’autant plus que si l’on se situe dans le contexte de l’époque , il fallait s’appeler Rob Liefeld pour vendre des comics…

Chapitre 1 : Calliope / Une muse est séquestrée par différentes générations d’écrivains qui la maltraitent pour obtenir des idées pour leurs romans.

On apprend au détour que Calliope a eu un enfant avec Dream , Orphée , qui jouera un rôle crucial dans le dénouement de la saga . Gaiman met en parallèle l’emprisonnement de la Muse avec celui de son amant .

Mais il traite surtout de la froideur nécessaire de l’écrivain , magicien qui capture les mots comme les êtres vivants , dans son acte de création.

Caliope une muse qui ne s'amuse pas beaucoup...

Caliope une muse qui ne s’amuse pas beaucoup…

Face à l’angoisse de la page blanche la fin justifie les moyens . Et lorsque Dream donne à Richard Madoc le pouvoir d’avoir des idée infinies , le résultat est proprement épouvantable . Et renvoie au proverbe : attention à ce que tu veux , tu pourrais bien l’avoir .

Chapitre 2 / Un rêve de Mille Chats . Peut être mon histoire préférée de toute la saga . Une histoire où les héros sont les chats . La dimension onirique de la série bat son plein . Les chats ont un messie qui leur révèle l’origine du monde et qu’il suffirait que les félins parviennent à unir leurs rêves pour retrouver leur ascendant sur l’humanité .

Chandman !

Chandman !

On apprend que le Sandman influe sur tout être vivant y compris les animaux . Nos matous sont connus pour être les seuls mammifères à rêver comme nous . La chute de l’histoire est splendide .

Chapitre 3 / Le songe d’une nuit d’été . L’histoire la plus célèbre et primée de la série .

Dream demande à Shakespeare d’organiser une représentation en plein air de sa fameuse comédie en face des vrais Puck , Obéron et Titania . Le résultat , magnifiquement illustré par Charles Vess est vertigineux . Gaiman raconte l’histoire imaginaire d’un personnage réel ( Shakespeare) racontant une histoire imaginaire à des personnages inventés mais supposés réels ! (une aspirine quelqu’un ?) .

Dream joue au fantôme avec William Shakespeare !

Dream joue au fantôme avec William Shakespeare !

Il se permet d’imaginer la conception d’Hamlet , directe conséquence de la rencontre du grand Will avec ces créatures. Il met en scène la pièce fantastique de Shakespeare où Puck usurpe l’identité de l’acteur qui joue un usurpateur. Et le roi des rêves paie un humain pour le faire rêver ! C’est beau , lyrique, drôle, érudit et accessible contrairement au 3/4 de la production de Grant Morrison

Outre ses effets miroirs aux degrés infinis (comme la famille de Dream ! ), Gaiman continue sa réflexion sur l’art de conter une histoire . Comme Richard Madoc du chapitre 1 , Shakespeare est un écrivain obsédé par les mots , les histoires qui utilisent chaque cauchemars de sa vie ( la perte d’un enfant ! ) comme matériaux à son inspiration . Les coulisses du rêve ne sont pas celles que l’on croit et Gaiman écrit un chef d’oeuvre inoubliable de mélancolie champêtre .

Puck, une créature aussi farfelue quinquiétante

Puck, une créature aussi farfelue qu’inquiétante

La saison des Brumes

Gaiman après avoir parsemé son récit de « nouvelles » reprend une narration classique de Dream . Il est temps pour Morphée de payer son orgueil. Il y a des siècles , il a condamné Nada son amante à l’enfer pour l’avoir rejeté . Il se prépare à réparer cette erreur en allant défier Lucifer.

Sauf que Gaiman compare Dream à ses lecteurs ! Vous vouliez un combat entre deux Dieux ? Du sang ? des pouvoirs ? Dream, comme le lecteur se prépare à une explosion de violence et fait ses adieux . Sauf que Gaiman veut raconter une autre histoire qui apparait en filigrane tout au long de la série. Les Dieux sont les jouets des hommes. Et non l’inverse .

Le mauvais caractère de Dream fait même pleurer la Mort ! Un calin ?

Le mauvais caractère de Dream fait même pleurer la Mort ! Un calin ?

Y ‘a t’il besoin d’une incarnation de la Destruction après l’invention de l’arme atomique ? Et lorsque Lucifer lassé d’être le bouc émissaire de la mauvaise conscience des hommes remet la clé des enfers à Dream , c’est une autre divinité démissionnaire que la série met en scène .

Face à la rigidité de notre héros obsédé par ses responsabilités divines , Lucifer ( ici dessiné comme le jeune David Bowie ) apparait étonnamment sympathique et .. humain ! L’enfer n’a plus besoin de lui , il renonce à ses responsabilités envers les hommes qui se débrouillent très bien et part en exil sur terre observer les couchers du soleil .

Lucifer, un ange aux ailes coupées par...Dream !

Lucifer, un ange aux ailes coupées par…Dream !

Dream lui , hérite de la clé de l’enfer , un objet dont il n’a pas voulu et dont il ne sait que faire . Survient alors une congrégation de Dieux venue de toutes les cultures : japonaises , nordiques ( un Thor encore plus ridicule que chez Marvel ) , égyptiennes et chrétienes . Tous veulent récupérer l’Enfer pour renforcer leur culte et attributs … Gaiman réussit dans cet arc à faire dialoguer diverses divinités dans une sorte de convention divine . La déesse des chats subit les outrages sexuels de Thor . Les elfes se livrent à la débauche sexuelle . Le chaos est présentée sous les traits de la fille de Gaiman .

Sandman continue d’être ici l’histoire de tous les possibles et des correspondances. Dream se rend compte que les Dieux changent malgré leur natures parfaites. Qu’il parvient , lui l’être si pâle,supposément au dessus du bien et du mal , à accomplir des actes de bonté et de compassion envers l’autre . Et que cette humanité le conduit progressivement à sa perte .

Comment leur dire a Dieux ?

Comment leur dire a Dieux ?

Gaiman réussit le tour de force de parsemer son récit de citations érudite ( Milton , Dante ) tout en restant divertissant . Car les personnages qu’il met en scène sont des archétypes qui ne peuvent qu’interpeller son lecteur ( la Mort , le Destin etc). Ce qui est formidable , c’est que chacun de ses récits joue un rôle dans le destin final de Dream. Chaque histoire renferme un petit détail qui reviendra  ultérieurement .

Gaiman agit comme le Balzac des comics . Il est le grand créateur de personnages mortels et divins se côtoyant sur des siècles aux interactions abyssales. Et éveille l’appétit du lecteur de Comics Lambda pour d’autres créatures fantastiques que ceux de l’industrie américaine .

Love it to death...

Love it to death…

Urban continue de rééditer l’oeuvre majeure de Gaiman sur papier Mat avec des couleurs retravaillées . Et plus de 240 pages de bonus , dont l’indispensable Sandman Companion où Gaiman dialogue avec un journaliste autour de chaque chapitre de ses histoires !

Également au programme les crayonnés de Charles Vess si beaux que l’encrage en devient superflu . Grosse bourde cependant chez Urban où le traducteur situe l’action de Shakespeare en 1693 …Soit presque 70 ans après la mort du dramaturge … Un must qui vaut son prix et qui presque 20 ans après sa sortie initiale et des centaines de lectures continue de faire rêver ….

6 comments

  • jyrille  

    Je ne regrette aucunement les achats de ces Urban qui font un super boulot. Il va m’en falloir du temps pour lire tous les bonus… J’en suis au tome 3, c’est différent, mais ce tome 2 m’a clairement happé, encore plus que le premier, et ton commentaire transcrit parfaitement mes sentiments lors de la lecture. Dans les bonus il est dit que l’épisode sur les chats est un des préférés des fans, et je pense le faire lire à mon fils (mais uniquement celui-ci, le reste est quand même très dur, très adulte, très horrifique parfois).

    Le plus marrant, évidemment, c’est que j’ai eu un mal fou à lire l’épisode sur Shakespeare : je n’ai absolument pas de références en la matière, n’ayant jamais lu l’auteur, et je suis nul en mythologie. Du coup cet épisode, très écrit qui a gagné un prix de littérature (et pour lequel les règles ont changé après ça afin que cela ne se reproduise plus), m’a freiné dans ma lecture du tome. Et toi tu dis que c’est plus simple à lire que du Grant Morrison, que j’adore ! C’est fou non ?

    Tiens, dans le tome 3, il y a beaucoup de fan arts en bonus, dont un magnifique de Moebius, ça te donnera une idée de son dessin ;)

    • Bruce lit  

      Je n’arrive pas à savoir pourquoi j’aime Gaiman et pas Morrison : les deux sont intelligents, cultivés, aiment l’horreur et les références littéraires. Un poil mégalo, auto suffisants. Et en y réfléchissant, effectivement l’histoire de Shakespeare n’est pas si bien amenée que ça pour le profane.
      Merde, tu me poses une colle là…

      • jyrille  

        Je pense que j’aime Morrison car il n’a jamais une approche linéaire de ses histoires, alors que Gaiman a un vrai don de conteur, mais toujours très droit dans le déroulement, se concentrant sur son intrigue principale à chaque épisode.

        C’est vrai que l’histoire des chats est vraiment bonne, et je suis en train de relire une série qui (je l’espère) ne vous est pas connue, où un des épisodes y ressemble beaucoup. Il faut vraiment que je me mette à écrire…

        • Bruce lit  

          C’est peut être ce volet surréaliste je m’enfoutiste bourré de drogues qui m’agace chez Morrison. Tu as sûrement raison, je pense être plutôt conservateur sur l’approche linéaire que j’aime carrée, claire et simple.

          • jyrille  

            Content de t’aider à y voir plus clair ! Les drogues et le je m’enfoutisme, c’est très rock n roll, comme peut l’être Le roi des mouches…

  • Présence  

    Dream country – L’un de mes tomes préférés de cette série. Calliope : l’histoire que je préfère parmi les 4, malgré mon admiration sans borne pour la délicatesse des dessins de Charles Vess (la pièce de Shakespeare). Neil Gaiman maîtrise à la perfection l’art de la nouvelle, de la densité narrative satisfaisante à la conclusion inattendue et éclairante. En outre, chacune de ces nouvelles enrichit l’un des 2 thèmes principaux de la série : l’inéluctabilité du changement, et l’art de conter une histoire. Chacune peut être corrélée avec le parcours de Morpheus.

    Ton commentaire de « La saison des brumes » : à nouveau je te tire mon chapeau pour une analyse pénétrante mettant en lumière les éléments qui sont autant d’évidence… après t’avoir lu. J’avais fait l’effort de relire tous les tomes de la série dans un temps relativement court et comme toi j’avais fait le constat de tous ces éléments secondaires qui façonnent le destin final de Morpheus.

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