Extrême Is Ellis (Extremis)

Iron Man : Extremis par Warren Ellis et Adi Granov

Non, ce n'est pas un graphic novel

Non, ce n’est pas un graphic novel ©Marvel comics

1ère publication le 29/03/14- Mise à jour le 16/07/18

AUTEUR : TORNADO

VO : Marvel

VF : Panini

Tous les scans  ©Marvel comics

En 2006, la série Iron Man a droit à son relaunch et recommence au N°1 sous la houlette du grand Warren Ellis (scénariste) et de l’illustrateur Adi Granov pour un arc narratif en six épisodes. C’est l’occasion pour cette nouvelle et prestigieuse équipe créative de moderniser les origines du héros à travers une aventure high-tech, violente et réaliste, parsemée de flashbacks.

Tout commence lorsqu’un groupe de terroristes aux intentions mal définies s’empare d’un sérum bioélectrique, nommé Extremis, visant à conférer à son utilisateur des capacités surhumaines inédites (une sorte de sérum de « super-soldat » définitif et surpuissant). Il ne faut pas se fier au format graphic novel qu’ont choisi les divers éditeurs pour diffuser cet arc narratif. Il s’agit bel et bien du début de la série régulière (4° du nom). Cela-dit, l’histoire possède un début, un milieu et une fin. Elle peut donc se lire indépendamment et se révèle en définitive très accessible au néophyte. Plus encore, elle peut se lire comme un condensé du concept-même du personnage d’Iron Man, car elle pointe ou développe toutes les thématiques principales de la série depuis sa création par Stan Lee en 1963…

La première chose qui frappe le lecteur dès l’ouverture du récit, c’est la patte graphique de Granov. Celui-ci officie entant qu’illustrateur et porte la triple casquette de dessinateur, encreur et coloriste, ce qui n’est pas si courant dans le monde des comics. En vérité, il utilise un graphisme infographique assez réaliste mais particulièrement glacial. Ce parti-pris peut aussi bien séduire le lecteur que l’effrayer, tant il se différencie du look habituel des comics mainstream. Ses planches, qui ressemblent fortement aux romans-photos du Reader’s digest, possèdent un côté étrangement dérangeant, malsain et familier.

Une esthétique de roman-photo

Une esthétique de roman-photo ©Marvel comics

Ce sentiment est renforcé par un réalisme de tous les instants : Chaque personnage possède un physique immédiatement identifiable et photoréaliste. Chaque explication scientifique paraît crédible (même si l’on n’y comprend pas grand chose). Chaque dialogue sonne juste et naturel.

Les combats, ultra-violents, voire gores (ce qui est extrêmement rare -vous avez dit extrême ?- dans ce genre de série mainstream) parviennent à impliquer viscéralement le lecteur et participent d’une atmosphère particulièrement malsaine, qui pourra rebuter le geek de base amateur de comics old-school avec super-héros gentil en costume d’araignée et super-méchant en costume de mouche…

En parlant de méchant, celui qui nous intéresse ici, habillé et coiffé comme vous et moi, réussit à devenir inoubliable sans aucun artifice particulier, suintant la malveillance avec un naturel et un réalisme carrément flippant (même si le récit aurait gagné en densité et en profondeur en développant les motivations de ce personnage, ce qui l’aurait rendu plus humain, bien que sa haine relativement abstraite suffise à le rendre effrayant).

Un méchant qui ne ressemble pas à un supervilain, c'est un méchant qui fait peur

Un méchant qui ne ressemble pas à un supervilain, c’est un méchant qui fait peur ©Marvel comics

La vision des planches de Granov est au final très particulière. Elle vous donnera par moment l’impression d’avoir récupéré le magasine Nous-Deux de votre grand-mère avec son roman-photo anachronique, mais prendra paradoxalement une dimension supérieure dans les scènes d’action (paradoxalement dans la mesure où l’action aurait dû paraître figée, ce qui n’est pas le cas !), d’une intensité viscérale rarement atteinte !

Mais la cerise sur le gâteau demeure le scénario de Warren Ellis. Il suffit de le comparer à celui de Iron Man : The Inevitable de Joe Casey et Frazer Irving pour mesurer combien le maître s’élève très haut au dessus de la moyenne des productions mainstream habituelles.

Contrairement à la minable mini-série de Casey et Irving (éditée pour faire patienter les fans à cause du retard pris par Adi Granov sur la série principale), Extremis développe un scénario concept d’une richesse hallucinante, creusant dans le sous-texte une véritable réflexion sur les progrès technologiques et les aléas du capitalisme liés à ces derniers, où la course à l’armement règne en maître absolu.

Extremis. Un concept repris pour le film Iron Man 3

Extremis. Un concept repris pour le film Iron Man 3 ©Marvel comics

Comme dit plus haut, à travers le prisme de ce postulat bien réel, Ellis va faire converger toutes les thématiques véhiculées par la série depuis des décennies, notamment la quête de rédemption de Tony Stark, immense et richissime constructeur d’armes, et sa légitimité de héros absolu. Moult questionnements passionnants, appuyés par un art des dialogues consommé, qui aligne les pages de parlote sans que le lecteur ne s’ennuie une seconde !

Un ovni, sémantiquement sombre et plastiquement dérangeant, perdu au milieu de tout-venant super-héroïque mainstream naïf. Du grand art ! La suite de la série, par d’autres auteurs, est disponible dans Iron Man : Programme exécution.

48 comments

  • Présence  

    Je vois que Tornado a répondu à l’appel de Bruce pour avoir du Warren Ellis.

    En relisant ton commentaire, j’ai été jeter un coup d’œil sur celui de « Iron Man inevitable ». S’il était encore disponible, je crois que j’aurais eu du mal à résister à la tentation du duo Joe Casey + Frazer Irving. Peut-être que ce dernier était encore un peu jeune en 2006…

  • bruce  

    Du Ellis sur du Maisntream peut m’interresser.
    Ses ardeurs, comme celles de Morrison peuvent être tempérées.

  • Tornado  

    J’ai trouvé « Iron Man inevitable ». lamentable et… évitable. Dessin, scénario, tout nul.
    Extremis est le plus beau récit sur Iron man que j’ai lu jusqu’ici.

  • Marti  

    Très bonne chronique, qui dit tout ce qu’un lecteur potentiel doit savoir sans rien lui révéler !

    Les dessins d’adi Granov sont criants de précisions et de réalisme, parfaits pour les scènes en armures, mais j’ai quand même parfois du mal quand il ne dessine que des humains, notamment à cause de la couleur que je trouve terne, voire froide… Après cela vient de ma préférence pour les styles qui évitent justement le photo-réaliste, n’appréciant ce dernier que lorsqu’il est utilisé dans des projets où le fond va justifier son emploi (Marvels par exemple), et Adi Granov est koin de faire du « mauvais photo-réalisme » (Greg Land si tu nous lis…). Bref, les goûts et les couleurs.

    Le scénario de Warren Ellis est inspiré, ce qui n’est pas toujours le cas lorsqu’il fait du work-for-hire, touchant à quelques-unes de ses thématiques préférées :

    • Marti  

      l’humain amélioré, la symbiose humain/machine, les intelligences artificielles… Si vous n’avez pas aimé Iron Man III que l’on présente souvent comme l’inspiration principale du film ne boudez pas pour autant cette histoire, elle reste très différente.

      Panini va (encore une fois) la rééditer en format Graphic Novel, soit une édition agrandie des planches qui vous permettra d’admirer le travail d’Adi Granov dans un format qui lui rend honneur, notamment la scène où Iron Man d’introduction où Iron Man décolle depuis son laboratoire. La saga va (est déjà ?) sortir également dans les livres édités actuellement par Hachette revenant sur les grandes sagas Marvel.

      Concernant la suite par les frères Knauf elle ne semble pas avoir marquée les esprits et pourtant je la trouve très bonne, elle adoptait un ton techno-politico-thriller qui sied bien au personnage et qui faisait écho à l’ambiance instillée par Ed Brubaker sur Captain America à l’époque.

      PS : Désolé pour le post en deux parties, erreur de manip’…

  • FredSpawn  

    Trop de réalisme, tue le réalisme… moi j’ai du mal à accrocher à ce style de dessin. Comme tu le dis, j’ai l’impression d’un nous-deux…

    Mais, il est vrai, Warren est GRAND !

  • Tornado  

    Lis ça et on en reparle !

  • jyrille  

    J’ai découvert Granov via ses peintures informatiques à l’exposition Marvel et je trouve que c’est un ilusstrateur hors pair. Cela dit, j’aimerai voir son travail sur une BD car c’est complètement différent. La chronique de Tornado confirme ce que j’imaginais, mais ça donne envie malgré tout, surtout que Warren Ellis est effectivement un grand scénariste.

    • Bruce lit  

      Oh là là, moi je l’ai detesté cette histoire qui tient d’avantage d’un pitch que d’un truc élaboré. Mais il est vrai que Ellis ne m’a jamais vraiment enthousiasmé.

  • tornado  

    Pour moi c’est tout bonnement la meilleure version d’Iron man que j’ai pu lire. Une expérience de lecture viscérale. Tout ce qui fait le mythe d’Iron man est ici présent, mais débarrassé de ses oripeaux infantiles période Michelinie.

  • Nikolavitch  

    Cet arc de Warren Ellis lance en effet une très bonne période de la série, qui va jusqu’à l’immédiat après Civil War et modernise en effet Stark : tout en conservant son côté Howard Hughes d’origine, il intègre la dimension Steve Jobs/Elon Musk de rigueur pour ce genre de personnage à notre époque.

    Et c’est un peu le banc d’essai pour le rôle qu’aura Ellis chez Marvel à partir de là : reprendre un truc en perte de vitesse/oublié, le secouer pour en sortir les tripes, repasser le bébé à d’autres qui auront pour mission de développer les nouveaux éléments/anciens éléments réinterprétés. L’exemple le plus criant, c’est son court passage sur Thunderbolts, qui sert de base à toute la période Dark Reign.

    après, je vous trouve durs avec la mini de Casey. Elle fait pâle figure à côté d’Ellis, c’est clair, mais elle développe bien certaines des fixettes de Casey, déjà constatées sur Wildcats. Mais en effet, son Enter the Mandarin publié peu après, avec les dessins d’Eric Canette, est à la fois plus malin et plus joli.

  • Eddy Vanleffe  

    Extremis, je l’ai parce que je voulais croire à Warren Ellis chez Marvel.
    mais à part nextwave, et Moon Knight, il n’y a jamais brillé…

    Ultimate Fantastic Four? fade et plat
    Ultimate Galactus… il sy’ passe tellement rien que ça en devient un concept…
    Thunderbolts ou comment jeter à la poubelle l’originalité du comics de départ pour en faire une resucée de la suicide squad.
    Secret Avengers: pas mal, one shots, c’est sa force mais ça fonctionne moins bien que chez wildstorm
    Son graphic Novel Avengers rempli de vide lui aussi para militaire…
    à chaque fois, j’ai été déçu, comme si il ne pouvait être soluble dans le Marvel…

    Extremis est jsute pour moi à l’avenant du reste, sans vie, flingué par un Adi Granov qui dessine les mannequins des magasins kiabi avec des perruques dans des postures-roman photos le plus clinique possible, c’est simple on dirait que c’est une BD sur KRAFTWERK…
    Et puis voilà, on rivalise de bons mots pour un simple face à face contre un ancien militaire habillé en jean…
    le discours sur la politique, l’armement, c’est un truc récurrent chez Iron Man rendu réaliste » par le charabia abscons de Ellis qui ne se gène pas de nous faire savoir qu’il est plus malin que nous tout en ignorant la moindre pédagogie…
    Comme d’hab Ellis laisse tout en plan au bout de six épisodes sans développer Extremis, Maya Lopez, les motivations de l’antagoniste, le nouveau supporting Cast etc…

    • Ben Wawe  

      En effet, Ellis ne développe pas et laisse beaucoup en jachère mais, avec le recul et ses autres travaux similaires, on y voit la méthode adoptée pour Marvel depuis une dizaine d’années : reprendre une franchise abandonnée par le public, la relancer sur une voie spécifique qui peut être liée aux origines du personnage ou non (comme T-Bolts ou Karnak), introduire beaucoup de nouveaux jouets dans le bac à sable, réaliser une histoire complète (avec début, milieu et fin) et partir. Libre aux suivants de prendre la relève.
      Ellis ne semble plus intéressé pour construire sur le moyen ou long terme (mais, à regarder sa carrière, ça n’a que très rarement été le cas), et vient maintenant en game-changer, pour bouleverser les règles et refaire partir.
      Ça a fonctionné jusque là : Extremis a permis aux Knauf de livrer une plus longue saga très solide comme le disait Marti, les T-Bolts ont inspiré l’inégal mais rigolo Dark Reign, et Moon Knight est enfin redevenu porteur.

      Maintenant, pour Extremis en tant que tel, la saga a des défauts (jolies illustrations mais planches trop figées et sombres sans décor, facilités de narration, méchant intéressant mais pas creusé, rapidité sur les concepts), mais elle demeure une modernisation idéale et légitime du concept du personnage, respecté loyalement.
      À minima, c’est le point d’entrée idéal pour Iron Man ou retrouver son essence ; cinquante ans après sa création, c’est déjà une réussite éclatante.

      • Eddy Vanleffe  

        Alors je concède le point c’est très « reader friendly ». un bon bon point d’entrée. je ‘na plus cette grille de lecture depuis longtemps, trop plongé que je suis-étais-dans ces univers.
        il est vrai aussi qu’iron Man manque de récits de ce type et donc Extremis n’a pas de concurrent.

        Sur Moon Knight, Ellis parvient à jouer sur ses points forts: il est doué pour les « stand alone ». il en fait six avec six humeurs différentes qui lui permettent de faire un droit d’inventaire sur le personnage, sans le renier, saboter ou quoi que ce soit. il lui donne un ton « planetary » qui peut agacer le « non-fan » mais qui sied bien au récit… la recette fonctionne ponctuellement bien…

        Karnak, j’ai pas voulu essayer…

        • Ben Wawe  

          Ha, je n’avais pas vu la réponse d’Eddy.
          Extremis est un bon point d’entrée ou de retour, oui. Si je n’ai plus non plus besoin de ce genre de truc après 20 ans de lecture hebdomadaire de comics, je dois avouer que je m’étais distancié de Iron Man les années avant Extremis. J’ai commencé les comics avec la fin de Heroes Reborn et le début de Heroes Return, et Busiek m’a plu sur le personnage ; mais pas ses successeurs, qui se sont perdus dans des intrigues nazes (transformer Tony en Hogan Potts pour devenir anonyme) ou mal fichues (l’armure vivante et le retour du méchant coréen original).
          Du coup, Extremis a permis de me replonger dans le personnage, car ça revenait aux bases modernisées. Une porte d’entrée idéale peut aussi permettre d’y revenir en douceur.

          Moon Knight fut plus une mini série d’atmosphère. Elle a surtout servi, à mon sens, à montrer que le personnage peut être sorti de la veine d’Ultra violence gore et glauque où la relance par Huston et Finch des années plus tôt l’avait coincé.
          Encore là, Ellis permet de revenir sur le personnage et d’ouvrir sur autre chose ; c’est pas développé et souvent basique, mais ça ouvre des possibilités et ça fait une bonne bulle d’air.

          Par contre, Karnak est un échec, qui a trop voulu sortir le personnage de son concept, au forceps. On sent d’ailleurs rapidement que Ellis n’est pas à l’aise et comprend s’être trompé.

    • Bruce lit  

      Je précise que je ne suis pas Eddy Vanleffe et qu’il vient de parfaitement résumer tout ce qui me gonfle chez ce scénariste.

      • Ben Wawe  

        Ha ben c’est sûr que si on n’aime pas Ellis, lire ça ne sert à rien. 😀
        Il est tout simplement mon scénariste préféré.

        • Nikolavitch  

          Voilà, je ne suis pas Ben Wave, mais je suis Team Ellis, clairement. D’autant que son sens du dialogue le rend hyper agréable à traduire (pas toujours simple, mais hyper agréable).

          Ses thématiques me parlent généralement, sa narration est d’une efficacité rare (d’autant qu’il expérimente avec), et il a un mauvais esprit qui fait qu’il n’est jamais dupe des matériaux et des forces avec lesquels ils joue.

          • Ben Wawe  

            Entièrement d’accord.
            Je crois d’ailleurs que, au delà de sa narration très fluide, de ses dialogues souvent bien pensés, ce sont ses thématiques qui m’ont accroché le plus ; je suis souvent sur une longueur d’ondes proche, ça aide.

            D’ailleurs, je m’éclate comme un fan boy à dévorer ses Injection, qui sont à mon sens la somme totale de son œuvre.

          • Eddy Vanleffe  

            Je précise que j’aime bien Ellis sur ses trucs à lui et je n’ai pas encore lu Injection mais ça me tente à mort…
            Sur Marvel, je ne l’ai jamais trouvé en « adéquation » avec cet univers…

            les British veulent tellement nous convaincre qu’on aime des conneries pour gamins, que ça phagocyte leur histoires.

            Et puis merde, s’ils aiment pas écrire les super-héros, ils ont qu’à faire autre chose…
            ils le font d’ailleurs depuis quelques années…
            la génération des al Ewing, Dan slott, Lemire etc.. ne sont sans doute pas aussi fulgurants mais ils me semblent plus impliqués…

          • Ben Wawe  

            C’est pas faux que les britanniques veulent souvent donner des leçons sur les comics, et c’est pas faux que Ellis n’est pas forcément à l’aise chez Marvel ; mais.
            Mais je ne vois pas Ellis comme un donneur de leçons cynique et professoral, car qui lit Planetary comprend combien Ellis aime en fait cette culture populaire et veut la servir.
            Mais, aussi, je pense que son rapport avec Marvel est complexe et doit être vu à l’aune des années 90 (la « trahison » de l’annulation rapide de Druid, ses passages si rapides sur Thor et Dr Strange qui, déjà, préfigurent ses futurs passages chez Marvel) et de sa « reprise » comme showrunner de X-Man/X-Force/Génération X. Je pense que, à tort ou à raison, Ellis s’est dit que s’impliquer chez Marvel ne servait à rien car ses titres ne durent pas ; du coup, autant faire juste un relancement et agir comme agent de résurrection plutôt qu’envisager un moyen ou long terme illusoires.

          • PierreN  

            « Sur Marvel, je ne l’ai jamais trouvé en « adéquation » avec cet univers… »

            Même pas sur des titres plus « sombres » comme Doom 2099 ou Hellstorm ?

          • Eddy Vanleffe  

            j’ai pas lu ceux-là…
            j’aimerais lire ses Druid etc…
            j’ai un épisode de Ruins où Quick Silver est cul de jette et Hulk devenu un cancer vivant…
            par contre j’adore les versions dark du futurs que je prends souvent à la rigolade…

  • Tornado  

    Je rejoins les rangs de Ben Wave et Nikolavitch. Mais bon, j’ai déjà dit tout le bien que j’en pensais dans l’article ! 🙂

    Je remarque que, très souvent, quand quelqu’un veut démonter une BD ou un film, il met en avant le fait que les personnages ne sont pas creusés. Je répondrais quant à moi que je n’en ai cure, à partir du moment où l’histoire est bonne. Qu’un personnage ne soit guère fouillé dans une histoire relativement courte avec un début, un milieu et une fin, ça me parait assez anecdotique.
    Du coup je trouve au contraire que le vilain d’Extremis est particulièrement réussi, avec une originalité toute particulière puisqu’il est justement très impersonnel ! A l’arrivée, il est nettement plus flippant que les habituels super-vilains de pacotille et ça c’est un véritable tour de force de la part du scénariste.
    Je ne vois vraiment pas ce que l’on peut reprocher à « Extremis ». C’est extrêmement bien écrit, il y a le fond et la forme, et un vrai sous-texte (et je ne suis pas d’accord sur le fait qu’Ellis donne de la poudre aux yeux parce que j’y ai vu un vrai et un bon discours sur le capitalisme viral).
    Je comprends que l’on n’aime pas la partie graphique par contre. Mais pour le reste, c’est vraiment, vraiment très au dessus de la moyenne.

    Après, c’est vrai qu’il y a chez Ellis, comme Chez Alan Moore, comme chez Garth Ennis, une bonne dose de provoc et moi qui n’aime pas bien les super-héros candides et enfantins, je me reconnais dans cette dimension moqueuse. Je comprends que ça puisse agacer le fan de mainstream (le fan de Busiek, quoi, ce qui est très bien aussi), mais ce ne sont pas des arguments qui feront baisser « Extremis » dans mon estime.

    • Matt  

      « Je ne vois vraiment pas ce que l’on peut reprocher à « Extremis » »

      je l’aime bien mais on pourrait dire que c’est extrêmement froid comme narration. Pas d’émotion, rien.
      Ce n’est pas forcément un reproche mais on peut facilement imaginer que ça ne plaise pas à certains.

      Pour les persos « pas creusés », c’est surtout gênant quand l’histoire est naze en effet. S’il n’y a ni histoire intéressante, ni persos creusés, on s’emmerde en général. Mais il peut y avoir une histoire très classique et simpliste avec des personnages attachants et agréables à suivre, ou une histoire/critique très poussée et captivante avec des personnages génériques.

  • Tornado  

    Oui je suis d’accord.

    Quand je dis « Je ne vois vraiment pas ce que l’on peut reprocher à « Extremis » », je parle de la qualité objective de la chose : C’est du très bon boulot et c’est supérieur à la moyenne du mainstream qualitativement parlant. Après, je suis parfaitement conscient qu’on puisse ne pas aimer. C’est glacial et malsain. Mais ça fait partie du concept et c’est un effet voulu.
    Je parle donc de la richesse de la chose, qui me parait difficilement attaquable. Sinon je comprends qu’on n’aime pas.

    • Ben Wawe  

      Mine de rien, Extremis relance Iron Man idéalement dans le 21e siècle, le prépare parfaitement pour Civil War, et est clairement la base et l’inspiration du film éponyme, qui a lancé dix ans de succès records au cinéma.
      Pas mal, quand même.
      En plus, oui, d’être une très bonne histoire.

  • Tornado  

    Ellis relance-t-il idéalement Iron man ? Je serais tenté de dire oui étant donné que j’ai beaucoup aimé le long run de Matt Fraction (à l’exception des épisodes tie-in à « Fear Itself »), qui en est la suite dans le fond et dans la forme (je n’ai pas gardé un souvenir très marquant du run des Knauf). Et je serais même tenté de dire qu’il a mis le niveau très haut étant donné que je trouve ses six épisodes encore meilleurs que les 60 de Fraction.

    A bien y réfléchir, je prends conscience de la différence dans la grille de lecture qui peut exister entre un lecteur comme Eddy et moi. Là où Eddy regrette que ce ne soit pas un bon lancement de série, je me félicite au contraire qu’il s’agisse d’un récit relativement court et auto-contenu. C’est clair qu’on n’est pas du tout venu chercher la même chose. Il est un lecteur mainstream qui veut lire une série avec sa mythologie et ses personnages. Et moi, pas du tout.

    • Ben Wawe  

      Extremis peut se lire comme les deux, en fait. À la fois récit auto contenu que lancement d’une série, moins en lançant des intrigues ou des personnages que comme déclaration d’intention sur le personnage et son univers ; les Knauf, Fraction et Gillen ont tous basé leurs prestations sur la grille d’écriture de la franchise proposée par Ellis ici.
      Il n’y a que Bendis et Slott qui s’en détachent en proposant d’autres orientations.

    • Matt  

      Je ne suis pas en désaccord avec Eddy quand il dit que certains british qui n’aiment pas les super héros finissent par gonfler à venir nous dire qu’on est cons d’aimer des trucs pour gamins (je ne citerai personne…comme Garth Ennis…oups, je l’ai cité^^ qui ne sait faire QUE ça, détourner les super héros pour s’en moquer, au point qu’au bout d’un moment c’est lassant)
      Cela dit, je n’ai jamais vraiment ressenti que Warren Ellis se moquait des personnages qu’il met en scène.
      Bon ok dans Authority ça se moque des héros qui ne changent pas le monde mais se contentent d’arrêter des voleurs. Sauf que pour moi c’est discutable comme discours. C’est comme dire que les flics ne servent à rien parce qu’ils appliquent juste des lois sans faire de révolution. Sauf que bon…ils sauvent quand même des gens. Et tous les héros n’ont pas le pouvoir de changer le monde (Spider-man n’est pas du niveau de puissance d’un Docteur Manhattan) Il y a de toutes façons une réflexion sur la dictature des surhumains dans Authority.

      Mais dans ses boulots Marvel, je vois le plus souvent ses histoires comme des relectures selon les thèmes qui affectionne et une bonne dose de SF. Pas des moqueries anti-super héros.

      • Ben Wawe  

        Oui, Ellis injecte ses thématiques dans des franchises de super héros, il ne les détourne pas. Pis bon, vraiment, Planetary est la preuve de son amour sincère pour tous les genres, et les super héros y ont une bonne place, et respectueuse.

        • Eddy Vanleffe  

          Alors sur ce point, Oui Ellis aime les super-héros ou plutôt il a une grande histoire de super héros dans sa toutes à pbase de post-humanisme sur fond de drogues, de pouvoir hégémonique sur la planète et de black ops des situations désespérés.
          C’est dans Marvel que je trouve qu’il recase ses fixette aux forceps…
          je suis un gros gros fan de ce qu’il a écrit pour Wildstorm qui rassemblait le meilleur des mondes, sa vision mi tendre-mi cynique du genre sur des personnages assez neufs, dans un discours assez accessible et avec un sens du fun…
          son ironie n’est pas la même que celle de Ennis.
          il est allé au bout de son propos chez Avatar avec un bonne grosse dose de dégueulis et sur Marvel, soit il radote, soit il variante, soit il n’a plus grand chose à exprimer (chose qu’il avoué dans des interviews quand il a entamé sa carrière de romancier qui a ralenti sa production comics)…
          il se contente de pitcher depuis sur des arcs en 6 épisodes. ça doit me frustrer en fait 🙂

  • OmacSpyder  

    Un Graphic Novel aux dessins métalliques et froids. Au scénario remodelant Iron Man et Tony Stark le faisant passer du chevalier en armure à l’homme de fer en soi.
    Et de fait éclairant sous un jour nouveau :
    Qui est Iron Man?
    Entamer sa rédemption de vendeur d’armes en devenant soi-même une arme est pour le moins une flagrante contradiction. Porter une arme pour se sentir libre arrive ici à un point d’arrêt, une extrémité face à des terroristes devenant eux-mêmes des armes vivantes.
    Le reflet dans le miroir, comme souvent avec Tony Stark (quand ça n’est pas au fond d’une bouteille) va mettre à jour ce paradoxe de fer.
    Les dessins de papier glacé collent à l’atmosphère très réaliste et pourtant technologique de cette histoire. Tony Stark vit-il enfermé dans une coquille d’acier de son passé ou dans un instrument du futur? Arriver aux aspects extrêmes de cette question, Ellis propose sa réponse en vue d’une nouvelle propulsion…
    Un article en acier Tornado!

  • Eddy Vanleffe  

    En fait c’est une période de transition qui m’a fait prendre du recul avec Marvel, je l’avoue…
    J en suis pas un intégriste d’iron Man et je n’en ai pas une connaissance absolue..
    Je me range à l’idée que c’est un bon point d’entrée parce qu’à l’exception de Season One, il n’y a pas beaucoup de démarrage/reboot clair, remettant les pendules à zéro pour ce personnage.
    a ce titre, un jeune lecteur qui veut lire un récit moderne et rapide à comprendre, je serais obligé de lui parler de ce titre, en plus on a le même langage que dans les films.
    Je ne l’apprécie pas, personnellement parce que je n’ai pas été bluffé. Vous parlez de l’histoire? il faudrait que je le relise, parce que bon ça m ‘avait paru simple comme un film justement. un nouvel ennemi avec une nouvelle technologie, 1er combat:défaite, cas de conscience, upgrade, deuxième combat: victoire.
    Psychologiquement tony y est bien campé.
    Le truc avec la science de Ellis, c’est qu’on voit qu’il est partisan de certaines théories sur le temps, l’espace, l’évolution etc… il adore le « post-humain » mais j’ai toujours soupçonné ces passages d’être un gros délire, que je n’arrive pas plus à prendre au sérieux que les plans de Fatalis. c’est juste mieux exprimé et plus « sérieux ».
    après, ça c’est moi, je ne suis pas friand des explications « super-science » (qu’est ce que je me suis marré à lire ULTIMATES 2 de Ewing et Rocaford…)

    • PierreN  

      « après, ça c’est moi, je ne suis pas friand des explications « super-science » (qu’est ce que je me suis marré à lire ULTIMATES 2 de Ewing et Rocaford…) »

      Ah, moi au contraire j’ai toujours été friand de ce techno-blabla plus ou moins fantaisiste chez Marvel.

      • Eddy Vanleffe  

        J’avais écrit ça à l’époque sur Ultimate:

        ALL NEW AVENGERS HORS SERIE 1 : THE ULTIMATES

        Al Ewing et Kenneth Rocaford reprennent les rennes d’une série cosmique Marvel remplie de personnages secondaires bien sympathiques… Monica Rambeau a toujours fait partie de mes préférées, sans doute parce que j’ai jamais eu l’impression qu’elle était secondaire (ben c’était une Avenger super puissante à mon époque !)
        Mais bon, on est dans une super-science bourrée d’explications du genre :
        -J’ai trouvé un élément de matière négative primordiale polarisant les flux d’une énergie à condensation inversée pouvant ainsi servir de source infinie pour des univers abstraits uniquement construits sur des concepts de symphonie quantique…
        -Bouge pas, j’ai créé ce disprupteur aléatoire à double réservoir fécale de plasma positronique résurgent !
        -Quoi ?
        -Une machine qui fait « ping » !
        Voilà c’est ça pendant cinq chapitres.
        Ajoutons à cela, dès les première pages une ado qui a trop la « swag » dans l’espace, dansant avec sa copine à travers la galaxie parce que I-phone quantique à triple pulsation ionique hybride capte la dernière daube à la mode. Lorsque elle fait un selfie devant une « brèche cosmique (et quantique)», j’ai failli gerber (ou pulvériser mon énergie négative de substance morte anté-mixion).
        Outre le fait que l’intrigue est incompréhensible et semble même vouloir cacher le vide de celle-ci, les protagonistes appariassent comme le précise un autre buzzuki, comme des doublures des FF. Par contre, j’ai bien aimé l’utilisation inédite de Galactus parce que justement, ça change un peu la grammaire du Géant. Les autres entités cosmiques sont marrantes aussi même si l’identité de l’Exilé est visible tout de suite sans le moindre suspens…
        C’est donc officiel, Secret Wars n’a donc presque aucune conséquences…
        Dans les points positifs, il y a Kenneth Rocaford dont j’adore le style et le découpage reconnaissables entre mille. Il sait se réapproprier les visuels tout en restituant une certaine esthétique classique. S’il n’était pas là pour relever un script bien trop aride et chiant, je n’aurais jamais pris ce bouquin.

  • Tornado  

    J’ai toujours trouvé ces démonstrations scientifiques de pacotille assez délirantes ! Parce que c’est incompréhensible et purement imaginaire, c’est-à-dire que ça ne veut rien dire mais on y croit ! C’est génial parce que cela signifie que le scénariste possède le charisme nécessaire pour nous faire avaler la pilule. C’est poétique !
    Il y a de ça dans « L’Incal », par exemple.

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