From Beyond(Review Black Paradox)

Black Paradox par Junji Ito

Explorateurs de l'inconnu

Explorateurs de l’inconnu

AUTEUR : MATTIE-BOY

VO : Asahi Sonorama

VF : Tonkham

Junji Ito est déjà un habitué de ce blog. Plusieurs de ses histoires compilées dans divers recueils ont été déjà chroniquées ici, comme Tomié , le tunnel , la fille perverse ou le mort amoureux . Cette fois-ci, nous nous intéresserons à Black Paradox .

Attention, cet article révélera quelques points clés de l’histoire.

Contrairement à d’autres recueils, Black Paradox compile des histoires qui se suivent. Bien que chapitrée, on peut considérer qu’il s’agit d’une seule histoire. Un peu comme d’autres œuvres comme le mort amoureux, Remina la planète de l’enfer ou Spirale. Bon…ce n’est pas entièrement exact puisqu’il y a quand même une 2ème courte histoire à la fin du recueil, appelée « la femme langue ».

L’histoire de Black Paradox est celle de 4 personnes qui se sont rencontrées sur le net et décident de se suicider ensemble (ambiance !). Leurs pseudos (les seuls noms qu’ils auront) sont Marseau, Baratchi, Tableau et Pitan. Marseau est une jolie infirmière angoissée de manière maladive par l’avenir, Baratchi est une femme dont la moitié du visage est couvert d’une horrible tâche nécrosée. Tableau ne cesse de voir son Doppelgänger (un double fantomatique annonciateur d’une mort imminente) et décide d’en finir avant que la mort ne vienne le frapper à son insu. Enfin, Pitan est un scientifique ayant servi de modèle pour la création d’un robot ultra-perfectionné qui est admiré à sa place, déclenchant en lui une crise d’identité. Tous semblent finalement obnubilés par leur double(le reflet de Baratchi, le Doppledanger et le robot) à l’exception de Marseau. L’étrangeté de la première histoire réside dans ce rendez-vous entre Marseau et les trois autres personnages qui ne sont pas ce qu’ils paraissent.

Miroir, ô miroir, pourquoi es-tu si cruel ?

Miroir, ô miroir, pourquoi es-tu si cruel ?

Black Paradox fait bien 200 pages. Pourtant tout a l’air de commencer par une courte histoire dont l’épilogue laisse présager que les quatre suicidaires vont renoncer à leur envie de mourir. Pourtant, dès le début de l’histoire suivante, nous reprenons là où nous les avons laissés et ils décident de remettre ça. Comme si Ito n’avait pas prévu à la base de donner une suite à ce premier chapitre.

Le plat de résistance de Black Paradox commence après cette introduction des personnages. Les 4 personnages ont donc survécu. Mais il s’avère qu’ils avaient prévu différents accessoires pour se tuer. Ils optent cette fois pour une overdose de médicaments. Mais cela échouera à nouveau. Enfin…presque. Pitan mourra. Mais il reviendra, les yeux hagards, en balbutiant des choses sur un monde lumineux, hypnotique, qui se manifeste bientôt dans le monde des vivants sous la forme d’étranges sphères faites dans un matériau inconnu. Comment arrivent-elles ? Eh bien Pitan les vomit. Quelque chose d’étrange se passe dans son estomac qui lui sera fatal (euh…une 2ème fois).

Comment on arrête ça ?

Comment on arrête ça ?

L’intrigue va reposer sur la nature de ce monde étrange et des sphères qui vont rapidement fasciner les gens. Mais elles recèlent un dangereux secret que je me garderai bien de vous révéler.
Avant de lire une interview sur Junji Ito, je trouvais qu’il y avait du Lovecraft dans ses travaux. Mais je me disais « Non, ça suffit, tu vois du Lovecraft partout, ça devient une manie ». Mais après que l’auteur a cité Lovecraft comme une de ses sources d’inspirations (parmi des auteurs comme Kazuo Umezu), j’ai compris que ce n’était pas moi qui était obnubilé par Lovecraft (enfin… pas seulement).

Ito aborde des concepts parfois très proches. Cela se sentait déjà dans sa courte histoire « de longs rêves » lisible dans le recueil Le tunnel dans laquelle un homme vivait des rêves longs d’une décennie, d’un siècle…alors que seulement une nuit passait dans la réalité. Il aurait pu simplement être considéré comme fou si ces rêves n’engendraient pas chez lui des transformations physiques radicales sans doute dues à ses fréquents contacts avec un monde « par delà le mur du sommeil ». Ici, Junji Ito réitère le voyage vers un autre monde, un monde lumineux dont on peut revenir avec d’étranges globes lumineux. Mais à quel prix ?

Des portes dimensionnelles en pleine face

Des portes dimensionnelles en pleine face

Si les thèmes abordés peuvent parfois rappeler Lovecraft, sur la forme par contre, c’est bien différent. Mais c’est tant mieux. Combien se sont cassée les dents à vouloir retranscrire en images ce que Lovecraft fait naître en nous par le biais de la suggestion ? Au lieu de ça, Ito y va franchement avec du body horror flippant et des idées étonnantes. Black Paradox n’est pas le travail le plus orienté « horreur » de Ito. Mais il est très intéressant. Il y a un subtil contraste entre le grotesque malsain qu’il utilise souvent et l’inconnu invisible que représente ce monde dont il ne nous montrera presque rien pour en préserver le mystère.

L’horreur visuelle est toujours celle des corps, des humains insignifiants qui subissent souvent l’assaut de forces qui les dépassent. Les portes vers ce monde étrange se manifestent n’importe où. Pourquoi serait-ce l’éternel portail lumineux au milieu d’un champ comme on en voit souvent ? Pourquoi pas une tumeur au beau milieu du cerveau ? Ou dans l’estomac ? Ou sur une vilaine cicatrice sur le visage ? Ou encore dans notre ombre ? Nos suicidaires feront la rencontre d’un scientifique à la morale douteuse qui fera tout pour étudier ces phénomènes en mettant en culture les tumeurs prélevées sur les corps, donnant lieu à des monstruosités organiques répugnantes en guise de portails. Des sortes d’extensions des corps de nos personnages.

C'est ça qu'on appelle une introspection ?

C’est ça qu’on appelle une introspection ?

Ici, Ito rend ses personnages intéressants. Ce qui n’est pas toujours le cas. Parfois ils ne sont que de la chair à canon destinée à mourir de la plus horrible des façons. Pas ici. Ils ont le temps d’être un peu développés et tous ne finiront pas mal. Ce qui ne change pas, c’est la place de l’humanité qui reste insignifiante face à l’univers comme souvent dans ses œuvres. Ce qui est intéressant dans Black Paradox , c’est que cette fois-ci, il y a une métaphore sur l’humanité qui se met elle-même en péril. La fin reste ouverte mais soulève une réflexion qui reste hélas toujours d’actualité.

J’ai lu dans des critiques que certains reprochaient à ce récit de ne pas être vraiment effrayant. Et que pour du Ito, c’était dommage. Un argument avec lequel je ne peux pas être d’accord. Alors en effet, ce n’est pas le récit le plus horrifique de Ito. Mais faut-il forcément que ce soit horrifique pour être bien ? Ce serait une première. Surtout qu’il n’y a rien de plus subjectif que la peur. Ito joue pas mal dans le registre du body horror, un genre auquel je suis assez sensible. Donc je ne peux pas dire non plus que j’ai rigolé en lisant cette histoire (mais alors pas du tout !).

Portail organique

Portail organique

Ce fut pour moi une histoire agréable à suivre, et qui reste assez sinistre grâce au caractère instable des personnages plus obnubilés qu’effrayés par l’inconnu. D’ailleurs, c’est peut être bien une raison qui fait que c’est également moins effrayant pour le lecteur. Les personnages ne sont pas effrayés longtemps par l’inconnu.

Mais au moins, c’est plus original que les hurlements hystériques habituels des histoires d’horreur. Pour ma part, j’en ai assez des intrigues qui reposent sur le personnage principal qui est le seul à voir le surnaturel et se heurte à l’incrédulité des gens durant les ¾ des pages ou du film. Ici, de hauts fonctionnaires vont voir les sphères, être tenté d’explorer ce monde étrange et Ito développera les conséquences sur une société entière de la découverte de ces phénomènes. C’est une approche différente des récits fantastiques qui donne l’impression que les japonais sont habitués au surnaturel, que c’est davantage ancré dans leur culture. Je ne saurais dire si c’est vrai ou si c’est juste l’approche de Ito, mais c’est en tous cas une manière différente de concevoir des récits fantastiques assez bienvenue face à la sempiternelle incrédulité des histoires occidentales qui nous propose toujours 50 pages de déni. Au bout d’un moment, le déni face à une situation surnaturelle se transforme en stupidité. De plus, en explorant cet aspect, Ito peut ainsi beaucoup jouer avec les réactions humaines une fois le surnaturel accepté. Et c’est là qu’il nous dépeint parfois des personnages effrayants d’opportunisme égoïste. Toute la dimension inquiétante ne repose donc pas juste sur le body horror visuel, mais aussi sur les comportements humains. C’était déjà bien le cas dans la courte histoire « les noiraudes » tirée du recueil le tunnel dans laquelle des sortes de boules de poils volantes, chacune issue d’une personne, laissaient échapper tout haut les pensées secrètes de leur propriétaire. Dans cette histoire, un jeune homme obsédé par ces « noiraudes » s’arrangeait pour toutes les posséder et connaitre les secrets de tous. Derrière un concept fantastique qui peut paraître saugrenu, c’était surtout les comportements humains qui étaient mis en avant.

Franchir le portail n'est pas si facile

Franchir le portail n’est pas si facile

La seconde histoire du recueil, « la femme langue » est une courte histoire de monstre plus classique. Pas mauvaise non plus, mais plus anecdotique. Une femme étrange dotée d’une langue énorme et dégueulasse lèche des passants dans la rue qui développent bientôt une sorte d’allergie à une toxine qui les conduit à la mort. Une jeune fille ayant perdu son fiancé et son chien par la faute de cette femme va chercher à se venger d’elle. La nature du monstre est assez grotesque mais ne prête pas longtemps à sourire tant Ito se montre encore une fois sans pitié avec ses personnages.

Ceci dit, sans vouloir donner l’impression que je porte aux nues cet auteur, j’ai souvent la sensation que derrière les hypertrophies organiques qu’il dessine se cache une exagération d’une peur plus réaliste. Je ne parle pas là de la peur des femmes avec des grosses langues, hein. Mais au fil de l’histoire, alors que les victimes de cette femme font la une des médias, les habitants finissent par craindre le contact humain, à l’image de notre héroïne qui évitera d’embrasser son nouvel amoureux à la fin de l’histoire pendant un long moment. C’est comme si Ito nous parlait de la peur ou du dégoût du contact avec autrui, en particulier avec les inconnus. Oh, ce n’est pas un traité de philosophie, surtout dans une histoire aussi courte, mais certains détails ne trompent pas. Les autorités arrêteront temporairement la femme et les analyses ne révéleront aucune trace de toxine sur sa langue. Et durant sa détention, les victimes encore en vie continueront de souffrir de…rien. C’est comme si Ito sous-entendait qu’une bonne partie de la peur et des souffrances était psychologique. Mais bien entendu, c’est une histoire d’horreur. Et pas conséquent, Ito ne fera rien pour rassurer ses lecteurs sur cette crainte de l’autre. Il nous balancera au contraire en pleine figure les pires conséquences possibles.

Où mènera cette curiosité grandissante ?

Où mènera cette curiosité grandissante ?

Glissons à présent un mot sur le graphisme de Ito. Si ses personnages restent assez classiques dans leur design, c’est-à-dire très typés manga, la maestria dont il fait preuve pour mettre en image des concepts visuels malsains est vraiment marquante. Il suffit de voir ce que renvoie une recherche sur Google images lorsqu’on tape son nom. Il fait preuve d’une très grande imagination morbide pour représenter une horreur viscérale souvent associée à la chair, la déformation ou destruction des corps (le body horror quoi, mais à son paroxysme). Il utilise de nombreuses hachures pour les ombres et s’en sert également pour renforcer certains détails anatomiques (joues creusées, cernes sous les yeux) qui donnent aussi aux personnages des faciès inquiétants, hagards, terrifiés.

Par cet artifice, il se dégage de son style une atmosphère pesante et chaque page dépourvue de ces ombres est une bouffée d’air avant de retomber dans les ténèbres. En tant que fan d’horreur assez sensible au body horror, son style m’effraie autant qu’il me fascine. J’ai envie d’en découvrir plus sur cet auteur alors même que le malsain transpire de ses œuvres. Spirale , une autre de ses œuvres, est par exemple une telle folie visuelle qu’elle m’intimide assez. La peur étant cependant au moins aussi subjective que l’humour, sans doute que certains ne ressentiront rien face à ce style d’horreur. Il n’en reste pas moins, derrière le voile visuel, des histoires sombres flirtant avec l’étrange, le bizarre, le morbide où l’espoir est souvent absent.

Il y aurait de quoi avoir peur de son ombre !

Il y aurait de quoi avoir peur de son ombre !

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I Need a Sideshow 5/5
Chez Bruce Lit, on ne rate jamais l’occasion de vous parler du maître de l’horreur japonaise : Junji Ito. Avec ce « Black Paradox », c’est une nouvelle perle Lovecraftienne que Mattie Boy vous fait découvrir.

La BO du jour : le suicide c’est indolore. Croyez-en l’ancien héros des adolescents dans cette délicate reprise du thème de MASH.

17 comments

  • Présence  

    4 personnes qui se sont rencontrées sur le net et décident de se suicider ensemble : effectivement, ça démarre fort. En plus, ils souffrent tous d’un problème d’image ou d’estime de soit, assez aggravé.

    J’ai bien aimé la manière dont tu exprimes les particularités des dessins de Junji Ito, et sa capacité à rendre une atmosphère malsaine. Comme toi, je suis assez sensible à l’horreur corporelle, à cette forme de perte de maîtrise sur ses fonctions corporelles, à subir quelque chose qui nous transforme notre corps défendant.

    • Matt  

      C’est marrant que tu parles de perte de contrôle de nos fonctions corporelles. Je viens de subir une transformation de mon pied suite à une opération sous anesthésie locale avec des bruits de menuiserie qui venaient titiller mes oreilles. Heureusement que je ne voyais pas ce qui se passait. J’ai affronté une sorte d’angoisse on va dire^^

      Chez Ito ça prend des formes complètement dingues. Dans certaines de ses histoires, c’est parfois un peu too much et on serait tenté de ricaner si le ton de ‘histoire n’était pas paradoxalement (encore) très sérieux, cruel et sombre et peu propice à faire sourire.

      • Bruce lit  

        C’est une histoire que je ne connais pas mais qui m’intéresse comme tout ce que Ito a produit jusque là. Le volet histoire complète m’intéresse encore plus. Je note que Ito prend un pitch assez usité pour l’emmener ailleurs : confronter de jeunes suicidaires à l’horreur absolue. Je souscris parfaitement à tes propos : le point de départ des histoires chez Ito pourrait prêter à sourire dans beaucoup de cas. Ce n’est pas un auteur qui me fait peur.
        D’ailleurs, la BD n’est pas un médium qui m’effraie à l’inverse du cinéma par exemple.
        Par contre, rarement il m’a été donné de plonger dans un univers aussi malsain, froid et désespéré. Je pense que Ito serait capable d’écrire un histoire sans éléments fantastiques et parviendrait toutefois à distiller cette impression poisseuse et persistante de malaise.
        Je confirme enfin que les ouvrages du maître sont de plus en plus difficiles à trouver. Le pitch de la femme à langue, c’est du Ito tout…craché. Je veux lire ça !
        Merci de cette découverte.

        • Matt  

          Mais c’est quoi la peur finalement ? C’est se cacher les yeux devant un truc qui choque ou c’est être angoissé par une atmosphère poisseuse et malsaine ?^^

          J’ai appris qu’il allait participer à un projet de jeu SIlent Hill qui a finalement avorté. Dommage parce que Silent Hill on ne peut pas dire que ça stresse ni que ça fasse sursauter comme Residet Evil, mais ça nous plonge dans une atmosphère dérangeante et malsaine. Après avoir joué à Silent Hill 3 il y a des années de ça, un soir, j’étais allé éclairer toutes les pièces de la maison. Le noir m’inquiétait.

          Ito ne me terrifie pas non plus, mais il fascine clairement autant qu’il dérange. Mon expérience la plus bizarre avec lui c’était Gyo dont je t’ai envoyé une critique.
          C’est pas le meilleur de ce qu’il a fait, loin de là. Je préfère Tomié, le tunnel, le mort
          amoureux, Rémina. MAIS j’ai eu un ressenti bizarre qui fait que j’ai aimé autant que j’ai trouvé ça ridicule. Parce que je n’ai pas pu rigoler non plus, et j’ai été pris dans l’ambiance cauchemardesque.
          Rémina est pas mal aussi. Mais la critique arrivera^^

          Euh…sinon j’ai pas compris le thème de la semaine vu la diversité des œuvres. ça tourne autour de l’épouvante on va dire, mais ça veut dire quoi « I need a sideshow » ?

  • JP Nguyen  

    Je n’ai encore jamais rien lu de Ito mais certaines images sont à la fois dérangeantes et fascinantes. Au point que je pourrais être tenté par une lecture, moi qui ne suis pas du tout fan d’horreur.
    Hey, le titre du jour parle bien de paradoxe, non ?

    • Matt  

      Intéressant, ça^^
      C’est vrai que son ses délires visuels sont fascinants autant qu’ils sont malsains. C’est ce qui m’a attiré et m’a fait acheter pas mal de ses mangas.
      Bon, tous ne sont pas du même niveau et tous n’ont pas le même objectif. Certains sont très bizarres et flirtent avec le ridicule. D’autres font frissonner. Mais il y a des récits très bons. Les recueils chroniqués ici par le boss sont tous très sympas. Et j’en ai encore quelques uns à paraître.
      L’ennui c’est que ses mangas sont épuisés et se vendent à prix d’or pour la plupart. Il en reste quelques uns encore dispo comme « le tunnel » ou « le mort amoureux » que je conseille de se procurer avant qu’il ne soit trop tard.
      Cela dit j’ai eu la chance de tomber sur des offres raisonnables (une en Martinique d’ailleurs)

  • Matt  

    @Bruce : Puisque je mentionne Kazuo Umezu comme une des inspirations de Ito, tu conseilles quoi de lui ? La maison aux insectes tu me disais. Et ça fait un moment qu’il me tente. Mais à part ça ? Tu as lu la femme serpent je crois. Et le vœu maudit ?
    Ses séries plus longues comme l’école emportée me tentent déjà moins parce que…ben…c’est plus long, il y a plein de tomes^^

    • Bruce lit  

      Alors concernant Umezu j’ai lu La maison aux insectes et La Femme Serpent tous deux chez Lézard Noir pour des éditions soignées. Je te recommande vivement La maison aux insectes qui est formidable. C’est encore des nouvelles horrifiques où l’on perçoit de manière limpide ce qui a pu fasciner Ito là dedans. Il y a plus d’humour noir, moins de gore, mais ça reste très impressionnant et ce d’autant plus que réalisé dans les années 60 ! Je n’en revenais pas, tant le trait est contemporain.
      La femme serpent est une nouvelle sympa, mais les histoires annexes plus dispensables à mes yeux.

      • Matt  

        Ok.
        C’est un peu pareil pour certains recueils de Ito. Ceux chroniqués ici sont bons. Mais j’ai été un peu déçu par le cirque des horreurs, le voleur de visages et la ville sans rue. Tous comportent des histoires sympas, mais ont des histoires annexes plus dispensables aussi.
        Mais je retiens notamment celle des épouvantails dans le recueil « le voleur de visages ». Quelqu’un plante un épouvantail à côté de la tombe de sa fille et celui-ci se met lentement à prendre les traits de sa fille. Au final tout le village plante son épouvantail pour le plaisir un peu morbide de revoir les traits de leurs proches.

  • Tornado  

    Et bien, toi qui as peur des histoires sur l’horreur corporelle, tu es servi pour le coup !
    Comme d’habitude avec les mangakas, le pitch me plait. Et comme d’habitude je passerais mon tour à cause du format.
    Mais mais mais, maintenant que j’y pense, Matt, toi qui n’aime pas David Lynch, qu’as-tu pensé d’Elephant man ???

    • Matt  

      Je crains l’horreur corporelle, mais quand on lit de l’horreur, on aime ressentir quelque chose, non ? C’est paradoxal la peur aussi^^

      Elephant Man est un bon film. Certes c’est du Lynch mais je ne suis pas obtus au point de tout rejeter ce qu’il a fait. Pour le coup ce n’est pas un film dans lequel il se perd dans des délires symboliques incompréhensibles (pour moi). Donc je l’ai bien aimé. Une jolie histoire triste d’un type sur lequel la nature s’est acharnée à tout faire de travers…

      • Bruce lit  

        Elephant Man : il existe chez moi deux grilles deux lectures totalement contradictoires de ce film qui m’avait bouleversé enfant.
        La première, est la lecture humaniste que l’on sait.
        La deuxième est une vision plus perverse de l’humanité : bourgeois et badauds sont des voyeurs de la pire espèce qui jouit du malheur d’autrui. Merrick passe du cirque forain au cirque bourgeois de l’hôpital. Les deux finiront par avoir sa peau. Quant à Merrick on peut être aussi être estomaqué dans cette vision (et cette vision seulement si l’on choisit de la retenir) par l’incroyable masochisme qui ne se sera jamais révolté contre personne, notamment à l’hôpital où il est en relative sécurité. Il joue lui aussi une comédie sociale en prenant le thé. Jamais il est en colère ? Jamais il a envie de tout détruire ? De se venger ? De baiser une femme plutôt que ce petit bisou sur les lèvres d’Anne Bancroft.
        Dans cette interprétation, John Merrick est un homme qui choisit de rester attaché à sa laisse.
        J’avais eu cette conversation avec un psychanalyste lors d’un séminaire qui avait été troublé par cette vision noire du film.
        Un film double. Comme tout ce que Lynch a commis. Où aucune version ne l’emporte sur l’autre.

        • Matt  

          Hum…moui.
          Je ne suis pas convaincu que tout le monde devrait avoir ce genre de réaction de vengeance, de violence. ça ne m’a pas tellement traversé l’esprit. Si Merrick a grandi comme un esclave soumis, il peut aussi se voir comme tel, se considérer comme un monstre qui ne mérite pas qu’on l’aime. Pour se révolter, il faut une certaine force de caractère, d’estime de soi, de courage. S’il se voit en victime qui d’un seul coup se retrouve mieux traité par des personnes plus attentionnées, il peut déjà simplement se sentir heureux que sa vie change à ce point, et apprécier chaque attention envers lui.

          Je ne peux pas parler pour tout le monde, mais il me semble que quand t’es malheureux, usé, fatigué, la violence est loin. Tu essaies juste d’apprécier chaque moment qui te fait te sentir moins nul. Les choses très simples deviennent agréables. Un geste de tendresse qu’on te donne plus appréciable qu’une envie égoïste de découvrir le sexe. Si on lui avait proposé, Merrick aurait surement été touché et tenté. Mais aller prendre ce qu’on ne te donne pas, ce n’est pas l’état d’esprit d’un homme brisé qui essaie de remonter la pente selon moi.
          ça doit dépendre aussi des gens mais pour le coup je n’ai absolument pas trouvé anormal le comportement de Merrick qui est simplement un type qui se voit comme un sous-homme.

          • Bruce lit  

            Oui, c’est vrai, tu es dans le vrai Matt.
            Mais nos pensées ne sont pas si opposées : le film montre la vie d’un homme brisé qui n’aura eu qu’une vision très partielle de l’humanité. Je trouve quand même que certaines scènes sont à double lecture. Il s’agit certainement du premier film m’ayant fait pleuré.
            Notamment celle où avant de mourir Merrick est applaudi au théâtre. Son courage, son humanité est reconnu par la société anglaise. Il rentre, il comprend qu’il ne pourra jamais plus heureux que ce soir là et décide de mourir comme un homme.
            Mais, comme on est chez Lynch, on peut aussi se demander qu’est ce que cette société applaudit ?

          • Matt  

            Oui, ils applaudissent peut être un phénomène de foire.
            Mais au final pour Merrick qui est assez naïf, l’important c’est qu’il s’est senti bien. On le voit plus tôt, quand des gens de la haute société lui rendent visite, cela reste d’une certaine façon un phénomène qui rend les gens curieux. Et le médecin regrettera aussi d’en faire une attraction. Mais ça reste tellement différent des rapports que Merrick avait eu avant qu’il peut tout de même en retirer quelque chose d’agréable.

            Je ne sais pas à quel point cela s’éloigne de l’histoire du vrai Merrick. Mais en tous cas, je crois qu’on peut dire que ce mec n’a pas été gâté. Les malformations ça existe toujours mais à ce point là…

  • Jyrille  

    Depuis le temps que vous en parlez, il va falloir que je tente cet auteur un jour. Ici, cela a l’air plus marrant, car le concept de gens qui se suicident ensemble est toujours une source de quiproquos possibles. Cela dit, ça existe (en tout cas, j’en avais entendu parler il y a quelques années). Je ne suis pas du tout à l’aise avec le concept de body horror mais bon, il faut bien se cultiver. J’aime bien quand tu développes certains points de réflexions sur les facettes de la peur ou de l’humour.

    Quant à la BO, j’adore. Marilyn Manson n’est bon que pour ses reprises ou presque.

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