Il faut choisir : le chihuahua ou le malade de la grippe ? (Prez)

Prez 1 par Mark Russel & Ben Caldwell

ParPRÉSENCE

1ère publication le 20/01/17 – MAJ le 23/05/20

 

 En route vers la nouvelle frontière


En route vers la nouvelle frontière© DC Comics

VO : DC

VF :  Uraban – (A venir)

Ce tome est le premier d’une série indépendante de toute autre. Il comprend les épisodes 1 à 6, ainsi que la Sneak Peek, initialement parus en 2015, écrits par Mark Russel, dessinés par Ben Caldwell, encrés par Mark Morales, mis en couleurs par Jeremy Lawson.

L’histoire se déroule en 2036, aux États-Unis. 2 candidats sont en lice pour la Maison Blanche. Malgré les différentes promesses électorales faites aux industriels financeurs de campagne des différents états, ils n’arrivent pas à être départagés.

Les lois ont un peu évolué. En particulier l’âge pour être président a été abaissé à 18 ans, et il est maintenant possible de voter par Twitter. Dans le même temps, une vidéo d’une jeune femme (Elizabeth Ross, surnommée Beth) est passée au stade viral sur internet. On la voit s’apprêtant à nettoyer une grille de cuisson dans un établissement de restauration rapide, et ses cheveux se prendre dans le broyeur du siphon d’évier. Contre toute attente, c’est elle qui est élue présidente, du simple fait de sa popularité dématérialisée.

En route pour la gloire !

En route pour la gloire !© DC Comics

Malgré la mort de son père (terrassé par la grippe féline, faute d’avoir pu se payer des soins par manque d’argent), Beth Ross accepte. Elle doit éviter de se faire embobiner par les intérêts d’industriels bien intentionnés (dépités de ne pas rentrer dans les sommes qu’ils ont investies auprès des candidats évincés), de se faire tirer dessus. Elle doit également composer son gouvernement et commencer à agir. Parmi les premières crises à affronter, se trouve une crise sanitaire : juguler l’épidémie du virus de la grippe féline, trouver un traitement et le rendre disponible et accessible à tous les citoyens.

Contre toute attente, DC Comics (dont Vertigo est une émanation) décide de publier cette série de politique fiction avec le logo DC, malgré son caractère adulte. Cela avait déjà été le cas pour les premières apparitions de Prez (alors un certain Prez Rickard, créé en 1973 par Joe Simon & Jerry Grandenetti) dont les aventures ont bénéficié d’une réédition en recueil : Prez: The first teen president. Le postulat de départ reste identique : un jeune adulte (18 ou 19 ans) accède à la présidence des États-Unis. Cette fois-ci, il s’agit d’une jeune femme (blanche quand même), avec des épisodes écrits par Mark Russell, satiriste mordant, auteur de God is disappointed in you, dessiné par Shannon Wheeler.

Le nounours robot d'aide en fin de vie, trop zélé

Le nounours robot d’aide en fin de vie, trop zélé© DC Comics

Le point de départ s’avère très ludique : enfin une personne nouvelle en politique va pouvoir dépoussiérer des pratiques qui semblent l’apanage de professionnels déconnectés du peuple qu’ils sont censés représenter. Qui plus est, Beth Ross est adulte (au sens légal du terme), mais n’a pas encore 20 ans, c’est-à-dire qu’elle est encore habitée par un idéalisme, pas encore la proie du cynisme qui vient avec les années. Pour autant, en soi, ce n’est pas un gage suffisant pour aboutir à un récit de politique fiction intelligent et débarrassé de démagogie réductrice, du type tous les politiciens sont pourris. Les auteurs mettent bien en scène des politiciens et des barons de l’industrie, mais pas de la même manière. Ces derniers sont représentés sont forme d’individus portant costard et cravate, mais avec une icône à la place du visage. Les auteurs indiquent ainsi qu’il s’agit d’incarnation d’une branche industrielle ou d’un lobby, plus que d’une personne. L’industrie de l’élevage porcin a droit à une tête de cochon, celle des laboratoires pharmaceutiques à une tête de chien tenant une seringue dans sa gueule, celle de l’armement à une bombe, celle du tabac à une tête d’ours, etc.

Les hommes politiques sont représentés comme de véritables individus, avec un vrai visage. Mark Russell les dépeint comme des personnes intégrées dans un système qu’ils ne maîtrisent pas, et dont ils sont plutôt les jouets. Par exemple, dans le cadre de la campagne politique pour l’élection, le sénateur Jay Thorn doit accepter de se soumettre à un vidéocast réalisé par 2 adolescents, sa responsable de campagne lui indiquant qu’ils disposent de 500.000 suiveurs. Il se retrouve à essayer de parler enjeux politiques et sociaux, dans le salon d’un des parents d’un des vidéocasteurs, alors que les 2 tapent son postérieur avec des raquettes de ping-pong pour faire de l’audience. L’autre candidat est dépeint comme maîtrisant toutes les ficelles du système et les utilisant pour générer des profits, dans une démarche capitaliste des plus franches.

Les intérêts des multinationales incarnées par des individus à tête d'icône

Les intérêts des multinationales incarnées par des individus à tête d’icône© DC Comics

C’est dans ce contexte que Beth Ross est élue à la présidence, alors qu’elle ne doit rien à personne. Ben Caldwell la représente comme une personne saine de corps et d’esprit, sans exagération de ses attributs sexuels. Elle sourit régulièrement de manière naturelle, sans volonté de séduction artificielle. Elle arbore différentes tenues au cours de ces 6 épisodes, sans adopter de formalisme particulier, sans provocation vestimentaire non plus. D’une manière générale, tous les personnages ont une apparence normale, légèrement simplifiée, avec de temps à autre une expression faciale un peu appuyée pour mieux rendre compte de son état d’esprit ou pour un effet comique.

L’artiste a la lourde responsabilité de concevoir un environnement d’anticipation (à 20 ans dans le futur) tout en restant visuellement cohérent. Les vêtements correspondent à une mode vaguement améliorée, sauf pour les costumes cravate qui restent identique à l’état actuel. Il y a quelques gadgets technologiques légèrement améliorés par rapport à 2016. Quelques éléments appartiennent plus au registre de la science-fiction : les drones distributeurs de tacos, un robot ours d’aide en fin de vie, les robots de défense et de sécurité et un avion.

L'écœurant concept de Sickstarter

L’écœurant concept de Sickstarter© DC Comics

Ben Caldwell réalise des dessins au dosage très particulier. Il sait construire une prise de vue, pour éviter l’accumulation de têtes en train de parler, par le biais de changement d’angle, l’élargissement du cadre, du déplacement des personnages et de leurs activités. Il faut en sorte que la narration conserve un premier degré suffisant pour raconter l’histoire, sans que les autres éléments narratifs ne prennent le dessus. Il se sert de l’infographie pour intégrer des écrans d’information, ou des bandeaux défilants en bas des écrans. Le lecteur attentif peut ainsi repérer que l’un des personnages possède un exemple de God is disappointed in you, qu’un bandeau défilant évoque la sortie du film Aquaman IV, qu’un autre diffuse une information relative à Burnside (un quartier de Gotham), etc. En fonction de son envie, le lecteur peut donc s’amuser à déchiffrer ces messages (certains étant à l’envers, car vus à travers les écrans) ou les ignorer (sans perdre d’information essentielle pour la compréhension de l’intrigue).

Mark Russell fait entièrement confiance au dessinateur pour intégrer les éléments comiques de type visuel, sans les souligner par les dialogues ou une cellule de texte. Il peut s’agir d’un élément visuel évident, comme un robot de défense se parant d’une perruque blonde pour montrer l’éveil de sa personnalité. Il peut s’agir d’un affrontement physique entre 2 pandas au premier plan, pour montrer que tout est transformé en spectacle, sur la base d’un critère mignon déconnecté de tout sens. Il peut également s’agir d’une blague récurrente, comme les coiffures improbables et ambitieuses d’Amber, la présentatrice d’une émission mêlant débats et divertissement (plus le deuxième que le premier). Ben Caldwell intègre également les résultats des sondages en instantané sur la popularité des 2 intervenants en fonction de ce qu’ils racontent, pour illustrer des pratiques de divertissement déconnectées des enjeux bien réels.

De superbes coiffures pour Amber

De superbes coiffures pour Amber© DC Comics

Mark Russell concocte une narration intelligente et sophistiquée qui ne joue pas sur le divertissement facile et basique, flattant les bas instincts du lecteur ou de la populace. Il raconte son histoire au premier degré, avec cette jeune femme qui a la tête sur les épaules, peu d’illusion, mais une forme de naïveté découlant de son manque d’expérience. Il y a donc une progression narrative logique, commençant par établir les circonstances de son élection et ce qui l’a rendue possible (à commencer par les votes par tweet). Il y a ensuite sa prise de fonction et les tâches auxquelles elle s’attèle. Ainsi construite sur des fondations solides, l’histoire peut développer d’autres thèmes. Le scénariste se tient à l’écart de la facilité qui consiste à décrire les politiciens comme étant tous pourris. Ils les montrent comme des individus participant d’un système dont ils sont autant les acteurs que les victimes (à commencer par ce pauvre chasseur de votes, obligés de se soumettre à la fessée par raquette de ping-pong).

Mark Russell s’attaque plutôt au système. Il peut effectuer des constats basiques : comment supporter que la populace soit prête à donner de l’argent pour le prochain chihuahua de Paris Hilton, plutôt que pour aider à financer le traitement hospitalier d’un malade (par le biais d’une appli appelée Sickstarter) ? Le nom de Sickstarter (construit à partir de celui de Kickstarter, un site de financement participatif bien réel) est aussi démoralisant que plein d’espoir. Il est démoralisant parce qu’il souligne que la santé n’est pas toujours traitée comme un droit, et peut être réservée aux plus riches. Il est également porteur d’optimisme parce qu’il évoque la possibilité d’une aide participative pour chaque citoyen.

Chaque seconde compte pour les clients d'Amazon

Chaque seconde compte pour les clients d’Amazon© DC Comics

Le scénariste montre les effets de la dérégulation, par le biais de l’aménagement d’une loi sur l’implantation des abattoirs au profit de l’industrie porcine. Il se livre à un décorticage aussi savant que drôle sur la valeur en actions d’un laboratoire pharmaceutique qui augmente d’autant plus qu’il promet un produit efficace qui ne sort jamais. Il décrit la méthode de Fred Wayne qui a bâti un empire en concevant un algorithme d’écriture automatique. Des ordinateurs écrivent tous les textes possibles et imaginables, des êtres humains les lisant par la suite pour en extraire tout ce qui est intelligible (produisant ainsi l’ensemble des textes pouvant être écrits par l’humanité).

Mark Russell s’attaque également aux jeux de téléréalité prêt à tout pour l’audience, à commencer par l’humiliation et l’automutilation des candidats (une séquence terrifiante tellement elle est proche de l’existant). Il raille le principe qui veut que pour être plus en sécurité, il vaut mieux acheter plus d’armes. Il se moque des comportements débiles au nom de la liberté, par exemple au travers d’une association de défense des virus, au motif de protéger toutes les formes de vie. Il tire à boulet rouge sur l’hypocrisie du capitalisme. Il s’en prend à l’externalisation des prestations pour que l’entreprise garde les mains propres (il s’agit ici de l’externalisation de la torture pendant les interrogatoires, dans un centre de détention de supposés terroristes).

Un homme politique sérieux passant par les fourches caudines du divertissement

Un homme politique sérieux passant par les fourches caudines du divertissement© DC Comics

L’auteur a une dent contre les sociétés de service qui pressurisent leurs employés en décomptant leur temps de travail à la seconde près (le lecteur reconnaît immédiatement une société de vente en ligne imposant des cadences délirantes au personnel qui prépare les colis, dont le nom commence par ama et finit par zone). Il en profite au passage pour pointer du doigt l’exigence d’instantanéité du consommateur crétin et impatient comme un gamin.

Arrivé en fin de volume, le lecteur se rend compte qu’il a le sourire aux lèvres depuis le premier épisode, qu’il s’est pris d’intérêt pour les changements mis en œuvre par Beth Ross, qu’il apprécie son bon sens pas partagé par tout le monde). La narration bénéficie de dessins agréables à regarder, intégrant de nombreux éléments sans paraître surchargés. Le fond du récit constitue une charge contre le capitalisme et la manière dont le système social le perpétue et promeut ses valeurs de manière insidieuse, jusqu’à les rendre naturelles et faire croire qu’il n’existe pas d’alternatives au système de valeurs qui en découle. Les créateurs savent utiliser des composantes sociales à bon escient (comme les hacktivistes ou les nouvelles technologies, sans tomber dans la démagogie).

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LA BO du jour : la dernière fois qu’il y a eu une femme à la présidence de la république américaine, ça a été plutôt rock’n’roll…

https://www.youtube.com/watch?v=1i4EnjRKVQw

27 comments

  • Matt  

    ça a l’air très sympa dis donc.
    Une vraie critique sociale.
    D’autant plus que ce que tu évoques me parle. Notamment concernant l’externalisation des services et les conditions de travails des sociéés de service. C’est un truc qui m’effraie dans ma branche car il y a un paquet de boulots dans lesquels les techniciens sont envoyés 2 jours de suite au même endroit à 300km parce que même si 2 clients se trouvent dans la même ville, pour le gestionnaire de la boite c’est 1 intervention = 1 déplacement chronométré et tarifée. Faut pouvoir facturer le déplacement au client aussi donc on repart et on revient. Peu importe si c’est une perte de temps pour le client ou de la fatigue pour le salarié.
    Je n’ai pas encore bossé là dedans heureusement mais des collègues si. Ils arrivent à rendre des boulots intéressants oppressants et chiants.
    Et dans mon boulot actuel, bien que j’adore les conditions de boulot, je suis un kleenex jetable (ils me jettent pour la 5eme fois dans une semaine)
    Bref…
    Je crois que dans le contexte actuel avec ce qu’est devenu le monde du travail et celui de la politique, on n’aura jamais assez d’œuvres de ce genre qui les critiquent.
    J’ignorais les conditions de boulot des employés d’Amazon cela dit. J’avoue ne pas m’être renseigné.

    ça me fait penser à ces techniciens et sous-traitants qui bossent pour Orange. L’un d’eux m’a dit (hors intervention, parce que je l’ai connu par un collègue) que si le client ne donne pas une note d’au moins 9/10 au technicien, pour Orange c’est comme si c’était 0 et ils se font pourrir.
    Déjà donner des notes c’est assez spécial. Un « satisfait » ou « non satisfait » suffirait. Mettre des notes sur 10 incitent les gens à pinailler (« oh celui-là il était en retard de 5min et il n’a pas dit bonjour à mon fils, je lui mets 6/10″)
    En plus de ça si faut être au top pour ne pas se faire pourrir par la société mère…mais c’est quoi ces conditions de boulot ?
    On est traité et noté comme de la marchandise.

    • Présence  

      On est traité et noté comme de la marchandise. – C’est assez effrayant et humiliant. Il y a de plus en plus de gestionnaires, et de moins en moins de personnes qui produisent des biens tangibles. Chaque système de notation incite les individus à adopter des stratégies pour avoir des bonnes notes, plutôt que pour réaliser un service ou un produit de qualité. Ce sont de systèmes qui comportent en eux leur propre faille et leur propre incitation à les contourner.

  • Matt  

    Bon…je me suis laissé emporter^^
    Le comics a l’air sympa, le dessin plutôt attrayant.

    Juste un truc en fait, mais plutôt pour Bruce : en quoi ça rentre dans la catégorie sexxxy girls ?^^
    Ouais ok y’a une fille présidente…m’enfin…

    • Bruce lit  

      @Matt: eh ! l’intelligence c’est sexy non ? :)

      • PierreN  

         » l’intelligence c’est sexy non ? :) »

        C’est en tout cas ce que dit Irene Adler dans la seconde saison de Sherlock.

        • Bruce lit  

          Élémentaire mon cher Pierre N !
          @Matt : la thématique devait s’appeler Girl Power. Mais c’est un terme emprunté aux Spice Girls que je n’aime pas beaucoup. Et si je l’enchainnais avec la thématique SExe, je ne voulais pas non plus associer les femmes au sexe de manière maladroite. D’autant plus que pour FR, on garde une thématique, donc un nom. Sexxxxy girls est donc une appellation générique qui tenter d’évoquer plusieurs aspects des femmes : leur jugeotte, leur sensibilité , leur charme et bien sûr leur pouvoir érotique.

          @Présence : j’ai moyennement aimé Prez. J’y reconnais volontiers toutes les vertus que tu prêtes mais j’ai eu du mal avec l’aspect global de la chose. C’est un peu l’écriture zapping que je reprochais à de Connick mais en plus intelligent, plus réfléchi. On passe souvent dans Prez du zapping des médias aux conseils d’administration et à la vie de l’héroïne. C’est trop d’informations d’un coup pour moi. Je n’aime pas quand tout est développé de manière égale sans aucune hiérarchie. Mais je confirme la causticité et l’ironie cinglante du truc.

  • Jyrille  

    Je repasserai plus tard mais je peux d’ores et déjà dire que cela m’intéresse fortement ! Merci pour la découverte Présence !

    • Présence  

      Depuis la rédaction de cet article, il y a eu un bémol de taille. Selon toute vraisemblance, les ventes n’ont pas été satisfaisantes, et la deuxième moitié (épisodes 7 à 12) a été annulée par DC Comics, et réduite à un épilogue de 12 pages.

      • Matt  

        Hélas je vois mal ce genre de comics être super populaire.
        ça tient la route quand même sans suite ou…bof ?

        • Présence  

          Dans le contexte de séries à suivre, j’ai pris l’habitude de lire chaque tome pour lui-même, plutôt que pour ce qu’il promet par la suite. Le voyage offert par ce tome est d’une grande richesse, mais il manque quand même la deuxième partie de l’histoire. C’est donc à chaque lecteur de voir si ça l’intéresse, en fonction de ses attentes.

          Sous un angle positif, il est sûr que je lirai le premier tome des Flintstones (la famille Pierrafeu), écrit par Mark Russell et dessiné par Steve Pugh. J’espère un bon niveau sarcastique et observateur, peut-être le pendant américain de Silex and the City, mais avec une sensibilité moins délicate.

  • Tornado  

    @Présence : Ouch ! Tu me coupes dans mon élan, là… :(

    Comme le dit Matt, il n’y aura jamais assez de créations de ce genre pour dénoncer les meaux de nos systèmes politiques et sociaux.
    Et ce comics est un véritable récit d’anticipation puisque les USA viennent d’élire Trump, un vieux porc qui n’a jamais étudié la politique et qui n’est qu’une star du showbiz et de la téléréalité. Un mec qui sait faire du twit et qui, d’ailleurs, est tellement infantilisé par le système qu’il continue, même après son élection, à insulter les gens sur Twiter !!! Incroyable (Russel = Visionnaire).

    • Présence  

      Plus je regarde le mode de communication de Trump au travers des éditorialistes américains, plus je suis soufflé par ce nouveau palier dans la société du spectacle. Il peut dire ce qu’il veut, vrai ou faux, et son contraire le lendemain. Il peut insulter qui bon lui semble, juste pour agiter le bocal. Il ne se sent pas tenu pas ses promesses électorales, ce qu’il affiche avec une franchise désarmante. Il donne l’impression de se lancer dans une privatisation du gouvernement, avec des profits à la clé pour ses proches et protégés. Quelles que soient ses déclarations, les journalistes sont désarmés pour lui répondre, pour le contrer. C’est un spectacle monstrueux.

      • Matt  

        Sans vouloir faire le démago, ce qui fait peur c’est de se dire que c’est peut être ça la face cachée des politiques. Sauf que Trump ne se donne pas la peine de la cacher.
        Parce que bon…ce serait connu si les politiques ne pensaient pas surtout à leur gueule et à ce qu’ils peuvent gagner le temps de leur mandat. Ils sont si déconnectés du peuple comme tu le dis, et ils ne semblent tellement pas intéressés de remédier à cela, que c’est difficile de se dire qu’ils ont vraiment envie de bien faire.

      • Tornado  

        Pour moi, Trump incarne, en tout cas pour l’instant, la vraie décadence de notre civilisation. Cette décadence n’est pas dans ce qu’il dénonce, mais bel et bien dans ce qu’il incarne. Un peu comme ce qu’avait prédit Robert Howard dans les années 20.
        Du coup, la vision de Russel est édifiante. Même si son élue fictive est finalement positive parce que, dans un avenir de cauchemar, c’est plutôt une Kim Kardashian qui pourrait être élue, c’est-à-dire une personne sachant créer le buzz sur son apparence et ses frasques davantage que sur ses idées bien réelles. Un véritable cauchemar de décadence.

        • Présence  

          Concernant Donald Trump, j’ai peine à croire que les républicains aient pu le choisir comme candidat car sa vie atteste qu’il ne respecte aucune des valeurs morales prônées par ce parti. C’en est hallucinant.

          Je ne m’en étais pas rendu compte et tu as entièrement raison. Beth Ross est désignée présidente par un processus totalement bidon, alors que Donald Trump a été élu dans le processus démocratique de son pays. A l’inverse, elle cherche à réaliser de bonnes choses en appliquant de réelles valeurs morales, alors que Trump semble bien parti pour se servir avant toute chose, avant toute idée d’intérêt public. Ces 2 personnages (difficile pour moi de voir Trump autrement que comme un personnage en ce qui concerne son image publique) sont des doubles inversés.

          • Jyrille  

            Elu avec le système démocratique mais avec trois millions de voix de moins que son adversaire malgré tout…

          • Présence  

            @Jyrille – Ce qui ne l’a pas empêché de twitter qu’il avait aussi gagné le vote populaire, alors que les chiffres attestent du contraire. Il me fascine dans sa façon monstrueuse de tout nier, tout réécrire à son avantage, dans une forme de double-pensée orwelienne. Il n’y a pas de système électif parfait et le peuple ne peut que l’accepter en l’état, ou exiger de ses représentants qu’il évolue. Mais Trump avait manœuvré pour s’en sortir la tête haute quel que soit le résultat. En martelant depuis le début que les élections étaient truquées, il pouvait expliquer ainsi la victoire éventuelle de Clinton, et même prétendre que les résultats chiffrés sont faux, et auraient été en sa faveur s’ils n’avaient pas été truqués. Trop fort !

            Plus fort encore, je suis ébahi par la manière dont il arrive à ne pas voir sa position affaiblie par les soupçons d’interventionnisme russe. C’est un monstre en communication. Les journalistes respectant les règles de la démocratie n’ont aucune chance face à lui, comme les journalistes russes face à Poutine.

            Un témoignage concis et explicite d’un journaliste russe :

            https://medium.com/@alexey__kovalev/message-to-american-media-from-russia-6e2e76eeae77#.wh7ewctiw

          • Jyrille  

            Merci beaucoup pour l’article, c’est très intéressant. Cela me rappelle la stratégie de communication des Le Pen et la preuve que la discussion ne sert à rien avec des gens malhonnêtes. Pire, j’ai lu un article qui prouve que les faits ne suffisent jamais à convaincre (je collerai le lien plus tard). Je me suis également rendu compte qu’il était vain de vouloir changer l’opinion des gens. Si cela arrive, c’est personnel, ils le font car leur expérience, leur vie, leur a prouvé qu’ils avaient tort ou avaient une vue biaisée. La seule action possible est de débattre sans jamais être donneur de leçons, simplement en expliquant son point de vue. Convaincre, à ce stade, n’existe pas.

  • JP Nguyen  

    Merci pour ce topo sur cette série à laquelle je ne me serais pas intéressé sinon. Présence, you are the Prez’ !

    @Matt : Pour la sous – traitance et la notation chez un certain opérateur, ayant accès à des sources très proches du dossier, je peux te dire que la réalité est plus complexe et plus contrastée.

    • Matt  

      Je me suis dit que tu en saurais plus compte tenu de ton boulot.
      Bon…cela dit je n’ai pas inventé les suicides et le harcèlement moral qui a lieu chez eux…

  • Jyrille  

    Présence, comme d’habitude, tu transformes chaque chronique en analyse pointue mais trépidante, chaque paragraphe a son lot de révélations et de cliffhangers. Je l’ai dévoré. Pour moi, prez, c’est le nom du président dans l’Incal de Moebius et Jodorowski, je l’utilise depuis mes quinze ans comme si c’était un vrai mot, je suis donc touché de voir qu’une série de qualité en porte le titre.

    Tu me refroidis avec la nouvelle de l’abandon, mais qui sait, peut-être que ce tome a lui seul vaut le coup. Pour ce qui est de tes remarques sur Trump et la déshumanisation du travail je te rejoins complètement, et je partage les craintes de Matt.

    Je travaille dans le service, mais pas dans le domaine de la livraison ou de la production, je travaille sur des projets et je suis plutôt un ouvrier de grande classe, même si souvent je pense être un esclave (ce qui n’est évidemment pas le cas, je suis payé, j’ai des droits, des congés, des jours de maladie etc…), je ne pense pas que le travail va forcément devenir ce type d’oppression. Il existe déjà, depuis longtemps (les caissiers et caissières de supermarchés peuvent en parler), mais ce qui est plus récent, c’est que tout peut disparaître, et pas seulement les usines à l’autre bout de la planète. Le service peut être délocalisé en Pologne ou dans les pays du Maghreb, et de plus en plus de robots sont développés pour prendre la place des humains. Il peut s’agir de simples programmes informatiques qui gèrent des planning de réservation de salle, ou de distribution de courrier, voire même de comptabilité. J’ai vraiment l’impression que nous touchons à la fin du capitalisme tel qu’il a vécu et perduré, que nous allons forcément vers un autre modèle.

    « Chaque système de notation incite les individus à adopter des stratégies pour avoir des bonnes notes, plutôt que pour réaliser un service ou un produit de qualité. Ce sont de systèmes qui comportent en eux leur propre faille et leur propre incitation à les contourner. »

    Qu’est-ce que c’est bien dit. Oui le système de notation n’est pas fiable ni même pertinent. Je le sais bien, puisque je suis moi-même chargé d’évaluer quelques-uns de mes collaborateurs. Comme nous avons carte blanche, j’ai toujours décidé de m’entretenir avec les collègues pour que nous élaborions ou revoyions leurs « notes » ensemble, et je n’ai jamais eu aucun refus ni aucune réclamation, quand bien même je me montrais négatif. Car le vrai but d’une évaluation ne vise qu’à améliorer ou recadrer, ce ne sont que des béquilles. Je l’ai souvent dit en réunion lors des passages en revue de nos collaborateurs, et tout le monde s’accorde sur ce point. Nous nous basons plus sur le ressenti, les besoins, les messages que nous recevons et ceux que nous donnons. Mais je sais que j’ai de la chance, le département où je travaille n’a quasiment que des responsables formidablement humains. Chez mon client actuel, ils ont encore ce genre de vieille notation, comme pour des fonctionnaires. Cela n’amène que des frustrations, même pour les personnes bien notées.

    • Présence  

      Sur les systèmes de notation et autres stratégies managériales, il y a un livre qui met bien en lumière leurs limites : Les stratégies absurdes de Maya Beauvallet.

      https://www.amazon.fr/strat%C3%A9gies-absurdes-Comment-faire-croyant/dp/2757842064/ref=sr_1_1?s=books&ie=UTF8&qid=1484985064&sr=1-1&keywords=strat%C3%A9gies+absurdes

      Sur la notation des fonctionnaires, il me semble que le dispositif a évolué, avec un abandon de la note pour la fonction publique territoriale, pour reprendre le modèle du secteur privé, avec objectifs personnelles et objectifs de service, mais sans les (maigres) éléments de récompense en cas d’atteinte de l’objectif, ce qui vide le dispositif de tout sens.

      Je partage entièrement ton avis sur la robotisation des tâches, ce qui supprime des emplois, et rend fou le consommateur / client qui ne peut plus que répondre aux questions fermés d’un système incapable de gérer les cas particulier, sans pouvoir expliquer son cas particulier. Pire encore, une part significative de la vie quotidienne de l’individu est maintenant gérée par des automates qui imposent des règles et des modes de fonctionnement conçus pour minimiser les coûts. Il n’y a qu’à penser à l’application automatisée des gestions de compte bancaire. Mais dans le même temps, certaines applications performantes ne sont pas loin de tenir de la magie : celles qui permettent d’avoir le trafic en temps réel sur son téléphone portable, et qui calculent en temps réel l’itinéraire le plus rapide.

      • Jyrille  

        Comme toi, je suis toujours épaté par les nouvelles applications, la facilité de certaines choses alors qu’avant tout était plus complexe (je le vois aussi grâce aux GPS, mais aussi au smartphones… du coup, j’ai aussi tendance à oublier des noms de musiciens ou d’acteurs, ce qui m’arrivait moins avant, puisque le net est accessible depuis sa poche). J’en ai déjà parlé pour la musique mais aussi pour les bds, pour se renseigner, bref, notre consommation change, mais également notre dépendance à ces outils, et la généralisation de toute l’administration et des services en ligne. Je prends mes rdv chez le médecin via un site web désormais. Cela reste effrayant. Pour moi, nous sommes vraiment dans l’ère cyberpunk, mais il faut croire que le futur est moins sombre que ce que les auteurs de ce genre ont dépeint dans leurs romans.

  • matt  

    Ah tiens ça sortirait enfin chez Urban en septembre ? Pinaise, pas trop tôt
    Et sujet encore complètement d’actualité^^

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