Le bon pasteur risque sa vie pour ses brebis (Soda)

SODA par Philippe Tome, Luc Warnant & Bruno Gazzotti

AUTEUR : MATTIE-BOY

VF : Dupuis

1ère publication le 18/10/17 – MAJ le 06/10/19

Des titres qui détournent des citations religieuses

Des titres qui détournent des citations religieuses© Dupuis

Aujourd’hui nous allons parler de SODA . Non, pas la série TV navrante avec Kev Adams mais la série de BD franco-belge du scénariste Philippe Tome publiée depuis 1987 et qui, au même titre que Natacha  dont j’avais déjà parlé dans un article, tient une place importante dans mon propre développement de passionné de bandes dessinée.

Je dirais même qu’on tient sans doute ici LA série qui a chamboulé plein de choses chez moi. La BD qui m’a poussé à dessiner de longues BD policières avec des fusillades, des poursuites, etc. (avant je faisais des petits gags ou histoires comiques). C’est la BD qui m’a appris comment dessiner des flingues et les voitures (mon dieu ! Celle qui m’a volé mon innocence d’enfant !)…au point que je me suis mis à dessiner uniquement des voitures américaines même quand mes histoires se passaient ailleurs.

Attention, tous les spoilers que l’article révélera pourront être retenus contre lui. Mais en attendant, il ne gardera pas le silence.

Il faut savoir que SODA fait partie de la collection Repérages de Dupuis, une collection plus orientée action et aventure et destinées à un lectorat un peu plus âgé. Par conséquent, on peut dire que SODA est la BD qui m’a doucement fait glisser de la BD pour enfants comme Spirou , Tintin (n’y voyez aucun sous-entendu péjoratif, je signale seulement que ce sont des BD qui peuvent s’adresser aux plus jeunes sans pour autant être interdites aux adultes) à un genre de BD davantage pour ados/adultes. Sans être du Garth Ennis (loin de là quand même), c’est une série de BD parfois sanglante et avec quelques allusions sexuelles. Mais c’est surtout une foutue bonne BD ! Voilà.
J’ai lu l’équivalent du premier et du 3ème album dans plusieurs numéros de Spirou magazine, toujours ceux hérités de mon cousin. Pour le reste, on m’a acheté les albums. Pour ne pas écrire un article trop long, je vais construire ce dernier un peu sur le même modèle que mon article sur Natacha . Je vais parler globalement des 9 premiers tomes (sur 13) en me penchant plus longuement sur mes albums préférés.

Des fusillades et des cascades en voiture

Des fusillades et des cascades en voiture© Dupuis

Alors de quoi ça parle pour commencer ?
SODA est un surnom construit à partir de la première syllabe du nom de famille du héros, et de la première syllabe de son prénom. Nous suivons donc les aventures de David Solomon, lieutenant de la police new-yorkaise qui héberge sa mère chez lui. Et si vous avez remarqué, il n’a que 3 doigts à la main gauche et porte toujours un gant. Si vous vous demandez pourquoi, vous ne le saurez jamais.

Vous allez vite comprendre que cette série a toute sa place sur ce blog de passionnés de super-héros. La mère de David, Mary, n’est pas sans rappeler la tante May de Peter Parker alias Spiderman. C’est une vieille dame au cœur fragile qui est persuadée que son fils est pasteur. Elle habite normalement à Providence mais avait peur de laisser son fils seul dans la grosse pomme. Plutôt ironique puisque cette cohabitation complique fortement la vie de Soda qui s’arrange pour revêtir une identité secrète, mais uniquement pour sa mère. En effet il joue le jeu d’un pasteur. Sa mère sort peu et regarde peu la télé. Son fils fait donc en sorte de ménager son cœur et se change tous les jours dans l’ascenseur pour revêtir ses habits de fonction (il est cela dit rarement en uniforme mais porte des vêtements civils d’inspecteur). Ça, c’est pour l’élément de fond qui reste là d’album en album. Chaque tome raconte ensuite une histoire policière indépendante. Et bien entendu, cet aspect de la vie de notre héros lui jouera parfois des tours.

L’ascenseur comme vestiaire

L’ascenseur comme vestiaire© Dupuis

Les 2 premiers tomes sont dessinés par Luc Warnant, les 10 suivants par Bruno Gazzotti qui a donné l’identité visuelle la plus connue de la série, puis le dernier album (qui est d’ailleurs une tentative de ressusciter la série qui a semble-t-il échouée) par Dan Verlinden.

Si les 2 premiers albums n’ont pas ma préférence en matière de dessin, le style de Warnant étant encore un peu trop caricatural avec des personnages à grosses têtes et des flingues énormes, on tient cela dit là 2 des histoires parmi les plus noires.

Un ange trépasse

Le premier album nous montre Soda à la poursuite d’une fugitive nommée Larcey, une jeune ex-interne d’un hôpital soupçonnée de trafic de stupéfiants qui lui confiera avoir été piégée par son ancien patron, le directeur de cet hôpital, le docteur Lincoln. Ce dernier aurait profité de son inexpérience pour la faire assassiner (au moyen d’un mauvais dosage de médicament) de potentiels donneurs pour faciliter des expériences de greffes au profit de ceux qui peuvent allonger la monnaie. Et à présent, un tueur à gages avec une tronche d’oignon, Stuart Callaghan (surnommé « viande hachée »), est à ses trousses pour la faire taire. Soda va se retrouver à essayer d’aider la jeune femme…mais rien ne finira bien.

 

Action, corruption, tragédie

Action, corruption, tragédie© Dupuis

La structure du récit reste encore assez peu travaillée dans ce premier album. Nous découvrons les tenants et les aboutissants de l’enquête en majorité via les explications données par Larcey. Soda n’aurait pas eu le début du commencement d’une piste si elle ne lui avait pas tout expliqué. Cela fait un peu trop « dialogue d’exposition » mais pour le reste, on n’est pas en manque d’action, de poursuites, d’histoires de corruption au sein de la police, de tragédies et d’une fin impitoyable. Un bon tome d’introduction.

Lettres à Satan

Le tome 2 est le récit le plus glauque et sanglant de la série. Cette fois-ci, on a droit à un flash back sur la vie de Soda avant qu’il ne devienne flic (et alors qu’il avait tous ses doigts), peu de temps après son arrivée à New York. A cette époque, il vit seul dans un véritable taudis entouré de voisins tous à moitié dégénérés ou simplement démunis (alcooliques, paranoïaques, prostituées, etc.). Il y rencontre un écrivain de bas étage, auteur de romans de gare sanglants et sympathise avec lui. Ce dernier lui explique que pour se soulager, il est bon d’exprimer la violence qu’on a en nous par écrit. Un sujet carrément adulte pour le coup.

Le fantasme de tuer

Le fantasme de tuer© Dupuis

L’écrivain va lui fournir une vieille machine à écrire archaïque et Soda va se mettre à tuer de différentes façons ses voisins de manière fantasmée par écrit. Jusqu’à ce que ses voisins se fassent tuer de la même manière qu’il l’a décrit.

Il y a un jeu amusant dans cet album entre cette mystérieuse machine à écrire sur laquelle est gravée le mot « Thanatos » et la véritable cause des meurtres. Soda n’est pas une BD fantastique, on le sait, les meurtres sont le fait d’un homme qu’on soupçonne assez vite mais l’atmosphère crade et sombre de cette BD, ainsi que la fin mystérieuse qui se déroule des années plus tard alors que la mère de David a ressorti la machine à écrire des affaires de son fils contribuent à teinter le récit de mystère. Un très bon deuxième tome, très noir, une vraie plongée dans la perversité humaine, surtout pour une BD de chez Dupuis destinée à un public de jeunes adultes datant de 1988. Pas grand-chose pour les enfants ici. Il y a des meurtres sanglants, des fantasmes pervers, un Soda qui couche avec sa voisine prostituée (même si cela reste hors champ), etc.

Le death note ?

Le death note ?© Dupuis

Tu ne buteras point

Avec l’arrivée de Bruno Gazzotti et de son style de dessin plus fin et moins caricatural dans le tome 3, la série se teinte d’un peu plus d’humour. Mais bon ça reste de l’humour destiné aux ados/adultes. Il y a des coucheries par ci par là et toujours des morts. On y fera la connaissance de Linda, la nouvelle co-équipière de Soda.

Cette fois-ci, le révérend McIntire, l’oncle de Soda, un véritable pasteur doit accompagner son neveu et par conséquent celui-ci va tenter de conserver les apparences pour que son oncle ne révèle pas tout à sa mère. Soda et son oncle vont donc accompagner les flics lors d’un transfert de prisonniers sous couvert d’une demande de la police d’avoir un prêtre auprès des condamnés. Mais tout va bien entendu partir en vrille quand les prisonniers vont réussir à s’échapper. C’est un album fort sympathique qui, faute de proposer l’histoire la plus passionnante nous offre des moments forts et des personnages hauts en couleur comme l’oncle de David qui sous ses airs très pieux et pudiques s’avère être une armoire à glace adepte de boxe.

L’oncle de David plongé dans un monde de criminalité

L’oncle de David plongé dans un monde de criminalité© Dupuis

Dieu est mort ce soir

Un de mes albums préférés. Et je vais spoiler un peu pour vous expliquer pourquoi. Le pitch est assez simple mais très bien raconté. Raphaëlson, alias « Magic Sam » est un tueur à gages qui a l’habitude de recevoir de son employeur le nom de sa cible sur un billet de banque. Ce billet va se perdre suite à un concours de circonstances avant que le tueur ait pu le lire, et passer de main en main. Toute la BD ressemble à un duel entre le flic et le premier véritable adversaire charismatique de la série. On voit d’ailleurs évoluer le tueur de son côté, enfermé dans sa chambre noire à développer des photos.

Ex-marine formé au tir à l’intensificateur de lumière, Magic Sam finira par retrouver le billet et découvrir sa cible en se rapprochant au plus près de la mère de David. La narration est le point fort de ce tome qui nous propose de voir évoluer les adversaires chacun de leur côté en même temps que la personne qu’on soupçonne être la cible, un très puissant homme d’affaires du nom de William Scott Ingram (le « Dieu » du titre) qui regarde ses congénères comme s’il s’agissait de fourmis du haut de sa tour de verre. Un brin d’humour noir viendra teinter la fin quand Soda parviendra à arrêter Magic Sam mais que le tir raté de ce dernier provoquera l’arrêt cardiaque de sa cible. Contrat rempli.

Des scènes muettes efficaces sont souvent de la partie

Des scènes muettes efficaces sont souvent de la partie© Dupuis

En guise d’apartés, tout au long de l’album on nous dresse plusieurs portraits de personnages allant du rédacteur de journal ruiné au gosse de ghetto en passant par le médecin victime de chantage. Le destin de ces personnes s’avérera lié à Ingram dont la mort aura finalement des conséquences positives sur eux. Au-delà du simple affrontement entre deux hommes, ce tome nous dresse un portrait des inégalités qui règnent dans la ville, d’hommes qui gouvernent en crachent sur les plus petits, et bouscule notre sens de la morale avec cette mort d’un « Dieu » légalement « innocent » finalement libératrice.

Fureur chez les saints

Je passerais plus vite sur ce tome 5. La fille d’un comptable véreux qui a accepté de témoigner contre ses ex-patrons est kidnappée par une bande de mafieux qui se cachent dans un monastère. Soda ira infiltrer l’endroit en se faisant passer pour un révérend et tentera de les coincer. C’est un tome sympathique mais plus anecdotique. L’intérêt principal vient de l’ambiance qui règne dans ce type de lieu. On ne voit pas souvent un monastère comme théâtre d’actes criminels et de fusillades. La partie infiltration est aussi intéressante, confrontant le désir des moines de vivre en reclus à la réalité du dehors qui s’est frayée un chemin dans leurs murs.

Une belle représentation de New York : peuplée, vivante, étouffante

Une belle représentation de New York : peuplée, vivante, étouffante© Dupuis

Confession express

Ce tome 6 est assez spécial. C’était celui que j’aimais le moins quand j’étais plus jeune, et puis j’ai appris à l’apprécier par la suite. La mère de David doit passer des examens cardiologiques à l’hôpital. Notre héros, habillé en révérend tout du long et agissant en dehors de ses heures de servies, va pourtant se retrouver mêlé à une affaire criminelle. Tout d’abord une femme va se faire renverser par un camion devant lui. En tentant de la sauver, elle va lui révéler que ce n’était pas un accident, qu’on cherchait à la tuer. En fouillant son sac, il va trouver une adresse qui va le conduire à un appartement, et à un pyromane déjanté qui essaie de faire disparaitre toutes les preuves. L’enquête est en réalité bien ficelée, à base de révélations étonnantes comme le fait que la jeune femme était en réalité un travesti avec ce que ça implique sur son identité que Soda n’avait pas compris. Histoires de famille, trahisons, chantage, assassinant du maire de New York programmé par d’étranges tueurs, et tout ça dans la même journée.

L’histoire est bien fichue et va à 100 à l’heure, Soda étant sans arrêt obligé de courir rejoindre l’hôpital pour s’enquérir de l’état de sa mère. Etant lui-même habillé en pasteur, il se heurte aussi à d’autres flics ou au FBI qui le prennent…ben…pour un simple pasteur qui fourre son nez partout. Il y a pas mal d’humour aussi dans cet album avec des criminels souvent ridicules, bien que dangereux. Peut être que c’est cela que je n’avais pas trop aimé plus jeune. Il n’y a pas de grand méchant charismatique dans cet album ni de grosse scène d’action. Et Soda n’arrête pas lui-même la moitié des truands. Mais à présent j’ai grandi, et je trouve l’histoire originale et sympathique.

Une affaire menée à 100 à l’heure digne d’un 24H chrono

Une affaire menée à 100 à l’heure digne d’un 24H chrono© Dupuis

Lève-toi et meurs !

Le tome 7 est encore un de mes albums préférés. Cette fois-ci, contrairement aux autres albums ou on avait toujours droit au monologue de Soda comme voix off qui nous expose sa vie, son envie de tout expliquer à sa mère sans jamais oser, la voix off est celle d’un ripoux, un flic du nom de Danny qu’on nous présente dès le début comme une ordure qui a « choisi » Soda pour une mission dont on ignore tout.

On suit surtout l’histoire de son point de vue, on le voit tout faire pour parvenir à ses fins quitte à laisser mourir un collègue et ami de Soda, le sergent Balesteros (surnommé « Baleinos » à cause de son poids), tout ça pour réussir à devenir le nouvel équipier du lieutenant. Le personnage ne nous deviendra pas sympathique mais de la même manière qu’on peut adorer détester un personnage intelligent capable de manipuler son entourage, on a envie de voir jusqu’où il va aller et pourquoi. Et c’est quand il parvient à convaincre Soda de suivre son plan qu’on aura nos réponses. Que cherche à faire Danny ? Ses motivations sont-elles compréhensibles ? N’est-il pas devenu bien pire que celui qu’il traque ? Un excellent album avec moins d’action mais beaucoup de manigances et un sacré bon « portrait d’une ordure ».

Un antagoniste prêt à aller très loin

Un antagoniste prêt à aller très loin© Dupuis

Tuez en paix

Le tome 8 est un peu plus porté sur l’humour bien que parsemé de moments sérieux. Comme la scène d’ouverture dans laquelle Soda arrête un criminel puissant dans un abattoir et descend son fils qui lui servait de garde du corps. Furieux, le père promet de détruire la vie de Soda et parvient grâce à ses contacts en prison à lancer un contrat sur la tête de la mère de notre héros. Va s’ensuivre une série d’évènements tantôt sérieux, tantôt comiques selon le profil des tueurs qui veulent tous la prime et vont se tirer littéralement dans les pattes, volontairement ou non. On pensera au tueur qui trafique l’ascenseur pour provoquer la mort de Mary, mais dont le piège causera la mort d’un autre tueur qui n’était pas au courant. Cela devient un gros bazar dangereux au milieu duquel Soda devra encore une fois sauver les apparences et défendre sa mère à son insu. Un bon album, sans être le meilleur.

Des scènes d’action parfois sinistre et sanglantes

Des scènes d’action parfois sinistre et sanglantes© Dupuis

Et délivre-nous du mal

Le tome 9 voit notre héros et sa mère retourner à Providence. En effet, Mary souhaitait revoir sa maison à la campagne et son fils l’accompagne. On retrouvera aussi l’oncle de David apparu dans le tome 3 dans cet album.

Seulement voilà…le défunt père de Soda, autrefois shérif de Providence, a laissé derrière lui des truands minables qu’il n’a jamais pu arrêter. Et pour cause, David découvrira une lettre dans laquelle son père explique qu’il était payé par les truands locaux pour fermer les yeux. Il parle de ses regrets mais aussi de ce qu’il pensait plus important : sa famille, et le fait de leur épargner la misère. On découvre finalement que c’est parce que le père a fini par en avoir assez de fermer les yeux qu’il a été tué. Il n’y a pas beaucoup d’humour dans ce tome. Le seul élément un peu comique est le fait que les truands se font eux-mêmes un film en voyant débarquer le fils de leur ancien shérif, soupçonnant qu’il n’est pas vraiment pasteur, et que sans leur paranoïa, David n’aurait sans doute rien découvert.

A part cela, et malgré le côté cul-terreux abrutis de certains des criminels, ils ne prêtent pas spécialement à rire tant ils sont traités avec réalisme. Eh oui, tous les truands de fiction ne sont pas des mecs charismatiques dont on peut admirer l’habileté, tels des super vilains. Là ce sont des types minables et dangereux qu’on a surtout envie de voir échouer.

Rattrapés par le passé

Rattrapés par le passé© Dupuis

Je ne parlerai pas trop des 4 tomes suivants pour ne pas trop m’éterniser. Ils m’ont laissé une moins bonne impression. Le 10 ne fait que mettre en scène un Soda amnésique qui se prend vraiment pour un pasteur pendant les 2/3 de l’album pour se finir sur un gros gunfight qui lui rend la mémoire. Je ne me souviens pas trop des 11 et 12. Dans mon souvenir ils restaient sympathiques, rien de honteux, mais moyens. Même sur la partie graphique, Gazzotti se montrait un peu avare en décors. Et je n’ai pas lu le 13 sorti des années après. Je considère les 9 premiers albums comme les meilleurs. Le 9 se termine d’ailleurs sur une note de réalisme triste qui touche au passé du héros et qui peut marquer une fin de série.
Je ne peux pas être complètement impartial avec cette série tant elle m’a forgé aussi en tant que dessinateur amateur. Mais je ne pense pas me tromper en énumérant ses qualités : des histoires parfois teintées d’humour mais réalistes et sombres sur le fond, la ville de New York très vivante avec de nombreux portraits de personnages secondaires disséminés au fil des histoires (et beaucoup de figurants dans les décors), des scènes d’action efficaces, un dessin fin et agréable, des thèmes adultes même si enveloppés dans un emballage « ado » tout de même loin de la noirceur d’un Garth Ennis ou Jason Aaron (mais ce n’était pas le même public), et enfin des personnages réussis. Soda est un idéaliste mais pas au point d’être trop naïf. Il tue si nécessaire, protège sa famille. La mère de David, bien que souvent à l’ouest, est la bonté incarnée et donne de la force à son fils. Quant aux collègues de Soda, c’est surtout Linda qui prend de plus en plus d’importance au fil des tomes. D’ailleurs un élément sympa des albums 10 à 12 est la relation entre Soda et Linda qui évolue un peu. Sans être intimes, ils deviennent bien plus complices.

Est-ce que vous pourrez trouver ce que vous aimez en termes de réalisme dans cette série policière si vous avez déjà lu les BD adultes les plus noires du monde ? Peut être pas. Mais il faut remettre les choses dans leur contexte. C’est une BD « jeunesse » et cela reste très bien raconté, Philippe Tome ayant toujours été un scénariste qui, faute de toujours imaginer des intrigues originales, sait les raconter de manière captivante. Vous trouverez donc surement un bon divertissement. Ce fut en tous cas pour moi un très bon premier pas en douceur vers des BD plus sombres.

Linda et Soda se rapprochent sur la fin de la série

Linda et Soda se rapprochent sur la fin de la série© Dupuis

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Certaines BD’s comptent plus que d’autres. Pour Mattie Boy, c’est Soda, les aventures d’un faux prêtre flic.  Pour Bruce Lit, il passe en revue pas moins de 9 tomes ! ‘Pourrez pas dire après que vous ne saviez pas !

La BO du jour : Soda, une BD qui explose tout ?

70 comments

  • Jyrille  

    Je viens de lire le tome 4, DIEU EST MORT CE SOIR. C’est brillant. Ca part assez simplement sur une histoire de billet de banque à récupérer mais au final, les liens tissés par Tome, totalement improbables mais bien trouvés, font de cet album une vraie réflexion sur le statut des gens, leur vie, et ce sans aucun temps mort. Hyper efficace, ça me rappelle même The Wire.

    • Matt  

      Bah tu vois qu’il n’y a pas que le tome 1 qui vaut le coup^^
      Oui il est très chouette le 4.

      • Jyrille  

        Clairement toute la série vaut le coup, mais pour l’avoir découvert à sa sortie en prépublication, je pense que aucun tome ne surpassera jamais le premier pour moi. C’est sans doute mon premier contact autre que cinématographique avec du vrai polar.

  • Jyrille  

    Tome 5 : un vrai film d’action mené tambour battant, on pense à DIE HARD avant tout. Excellent. Je souligne que bien que je les aie lues, je n’en avais aucun souvenir.

    • Matt  

      J’aime l’ambiance de ce tome dans le monastère.
      Après c’est malgré tout peut être le moins bon de la série selon moi niveau histoire ou originalité. ça fait le job niveau action, mais il n’y a pas le supplément social/politique du tome 4, pas de portrait de personnage complexe comme dans le tome 7, pas non plus d’humour efficace comme dans le 3 ou le 8. Il est un peu plus « linéaire » et simpliste celui-là. Mais pas mauvais non plus.

  • Jyrille  

    Tome 6 : encore un excellent film d’action rythmé et plein de détails vivants et authentiques.

    • Matt  

      A la première lecture je n’avais pas trop aimé celui-là. Pas de grand méchant que Soda affronte, il fait à peine la moitié du boulot, certains mafieux meurent de manière un peu ridicule et par la faute d’agents qu’on ne connait pas. ça m’avait fait bizarre quand j’étais ado et que je voulais voir Soda à l’action^^ Ce tome est différent à ce niveau là.
      Mais en tant qu’adulte maintenant, j’ai pu apprécier la façon dont on te raconte plein de choses qui se déroulent en même temps aux 4 coins de la ville (donc forcément Soda ne peut pas tout faire tout seul^^), et oui comme tu dis plein de détails vivants, plein de lieux bourrés de civils, etc.

  • Jyrille  

    Tome 7 : excellent. Un ton différent, beaucoup moins d’action, toujours implacable sur la situation du monde, de la justice, des sdf etc. Concis, cynique et brillant. Cela pourrait être un scénario d’un Dirty Harry (comme Magnum Force).

    • Matt  

      Ouais, un de mes préférés celui-là. La voix off qui n’est pas celle de Soda mais du flic ripoux est une super idée aussi. Et un adversaire sérieux pour Soda.

  • Jyrille  

    Tome 8 : comme tu dis, il navigue entre sérieux et humour celui-ci, c’est un peu dommage, il n’a pas une direction claire, car l’histoire globale est très tragique. Bon album tout de même, avec un très bon découpage.

  • Jyrille  

    Tome 9 : un retour aux sources, presque une origin story, très réussi et très émouvant. Fun fact : dans l’avant-dernière planche, Gazzotti met en scène les larrons de la série INNOMABLES.

  • Jyrille  

    Tome 10 : bien marrant celui-ci même si mineur. Un peu de légèreté a du bon.

  • Jyrille  

    Pour info, ma librairie a tout changé, s’est presque agrandie et a donc tout remanié dans les rayons. Soda ne fait plus partie des rayons jeunesses mais tout simplement du rayon franco-belge par série (pas les indépendants, les one shots, les autres formats etc).

    Tome 11 : un excellent polar, avec un ton encore plus adulte, où Soda se demande si il ne va pas ne pas faire son devoir et où son rapport avec Linda devient concret. Très bon album.

  • Jyrille  

    Tome 12 : encore un excellent polar, qui dévie sur l’espionnage cette fois-ci. Un peu comme le tome 13 d’ailleurs. Ici le dessin est déjà à moitié fait par Gazzotti et à moitié par Olivier Labalue, d’où sans doute en effet un peu moins de détails dans les décors. Mais on n’y rigole pas du tout tout en liant encore plus Linda et Soda.

    • Matt  

      Dans ma tête les tomes 11 et 12 se mélangent. Je sais qu’il y a une histoire de tueur à la tronçonneuse, et aussi que Soda et Linda récupèrent de l’argent et se disent limite qu’ils pourraient le garder. Mais je crois que je mélange les 2 là déjà^^

      Pour les autres avis je suis d’accord avec toi. Le 10 est moyen, juste une histoire d’amnésie et un mega gunfight à la fin.

      • Jyrille  

        Tout ce que tu racontes, c’est le tome 11. Le tome 12 parle de trafic de plutonium.

      • Matt  

        Avec un vieux malade comme antagoniste à la fin ? Qui tousse et se fait défoncer à cause de ça ?

        Mes souvenirs sont super flous sur ces 2 tomes^^

        • Jyrille  

          Oui ça c’est le 12.

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