Les dignes héritiers de Starlin

Les gardiens de la Galaxie: Héritage par Dan Abnett, Andy Lanning et Paul Pelletier

1ère publication le 24/11/15- Mise à jour le  30/03/18

Reload !

Reload !

AUTEUR : PIERRE N

VO: Marvel

VF: Panini

Ce volume Deluxe de Panini propose les 6 premiers épisodes de la série Les Gardiens de la Galaxie. Les scenari sont de Dan Abnett et Andy Lanning tandis que Paul Pelletier dessine. 

Lorsque l’équipe des gardiens de la galaxie est créé à la fin des années 60, elle est essentiellement constituée au départ de second couteaux, guère susceptibles d’atteindre la consécration de l’adaptation hollywoodienne (et pourtant).

Cette première mouture est relativement connue des lecteurs français pour la brève présence de la série dans la revue Titans, vite remplacée par l’adaptation d’une autre franchise SF plus lucrative qui cartonne durant cette seconde moitié des années 70 et tout autant actuellement (Star Wars bien sûr).

L’équipe au grand complet

L’équipe au grand complet

On en retiendra notamment la participation au scénario du génial Steve Gerber, souvent surnommé le Grant Morrison des années 70 en raison de ses idées barrées.Celui-ci n’est autre le créateur d’Howard the duck, un personnage qui récemment a eu droit à un retour en grâce inespéré, malgré le nanar de George Lucas, en raison de son bref caméo à la fin du long-métrage consacré aux gardiens.

L’équipe d’origine a également accédé à plus de notoriété grâce à son intégration dans la Korvac saga des Vengeurs, qui n’a d’ailleurs pas forcément bien vieilli, Jim Shooter ayant souvent tendance à user des mêmes ficelles narratives dès lors qu’il occupe le poste de scénariste, et notamment en ce qui concerne l’utilisation de personnages omnipotents façon deus ex machina, souvent bien pratiques pour conclure une intrigue (l’event Secret Wars originel et son Beyonder bien souvent encombrant car trop puissant). Suite à cela le groupe apparaît de moins en moins, aboutissant à un long hiatus après la parution de la version pas spécialement mémorable des années 90 signée Jim Valentino (le moins prolifique des Image boys).

La première équipe venue du futur

La première équipe venue du futur

Le premier arc du relaunch de 2008 (lancé juste après Annihilation: Conquest) donne le ton avec une introduction  placée sous le signe d’un rythme frénétique qui fait la part belle aux scènes spectaculaires. La bonne idée qui se dégage tout de suite de cette relance exemplaire, ce sont les débriefings post-mission qui facilitent les transitions et d’avoir un accès à posteriori sur le point de vue des personnages à propos de cette situation. Cette parenthèse dans le temps permet aux protagonistes de commenter ce qu’ils ont vécu peu avant (ce qui donne lieu à des commentaires acerbes et sarcastiques, et plus largement à des touches d’humour bienvenues).

Ce procédé narratif astucieux permet de structurer l’histoire en terme d’équilibre rythmique (à l’instar du premier Robocop entrecoupé de reportages télé qui amènent une autre optique, un regard sur les médias familier pour nous lecteurs puisque c’est un motif éminemment millerien). D’ailleurs cela ne tombera pas dans l’oreille d’un sourd, puisque cet élément sera repris plus tard sans vergogne par un Bendis en manque d’inspiration sur ses trop nombreuses séries vengeresses.

Ça va barder !

Ça va barder !

Tout cela provoque un effet de contraste très réussi (entre ce qui s’est passé et la façon dont cela a été perçu) mettant en valeur le sens de la dérision des scénaristes, et il en faut dans un récit qui implique notamment des concepts originaux et pour le moins insolites, comme le QG Nulle Part situé dans la tête tranchée d’un Céleste abritant un microcosme de diverses peuplades, et dont le chef de la sécurité n’est rien de moins qu’un chien télépathe russe !

Sur la partie graphique, le talentueux Paul Pelletier officie avec un rendu proche du style d’Alan Davis, mais avec tout de même moins de finesse et d’élégance dans le trait et plus de force brute au niveau de l’impact visuel, rappelant également du coup le style de Dale Keown de la grande époque (la période du Panthéon qui reste un des moments les plus mémorables du run de Peter David sur le géant de jade, mais bon je ne suis pas objectif sur le sujet puisque j’ai commencé les comics avec Future Imperfect).

Le débriefing une pause salutaire histoire de souffler un peu entre deux cataclysmes

Le débriefing une pause salutaire histoire de souffler un peu entre deux cataclysmes

Et puis s’ajoute également à cela des réminiscences de John Byrne (l’influence première de Keown, comme quoi tout se recoupe !) que Pelletier va jusqu’à citer directement, le temps d’un hommage référentiel très bien intégré, par le biais de la swipe d’une planche de la mythique Dark Phoenix saga.

À la base de cette longue saga (Annihilation, Annihilation: Conquest, War of Kings, Realm of Kings, Thanos Imperative) dans lequel s’intègre la série, un noyau dur de personnages fait office de repères pour le lecteur, en particulier Nova/Richard Rider et Peter Quill/Star-Lord. Rider représente au début du premier crossover le jeune candide tandis que Quille fait figure de vétéran aguerri, plus cynique et pragmatique, et leur évolution progressive sera au coeur de l’histoire. Dans la dernière phase, ils sont logiquement mis en avant pour le dernier baroud d’honneur dantesque que constitue le crossover Thanos Imperative.

Drax se prend pour Wolverine

Drax se prend pour Wolverine

Il est primordial de réussir la caractérisation du leader du groupe, Abnett et Lanning l’ont bien compris, et leur approche du personnage de Star-Lord s’éloigne de ce qu’il pouvait être à ses débuts pour faire de Quill un chef faillible mais déterminé et bien intentionné, qui veut bien faire mais pas toujours de la manière la plus adéquate (la révélation à la fin du premier volume en est une bonne illustration).

Point de table rase en perspective au niveau de la continuité, car les deux scénaristes anglais qui travaillent ensemble depuis pas mal de temps (DnA comme les fans les surnomment ont depuis cessé de collaborer en raison d’une bisbille) procèdent à un travail d’inventaire, puisque l’équipe originelle est réutilisée afin de donner une certaine légitimité à la nouvelle.
Ayant à disposition un large vivier de personnages, ils ont du coup l’opportunité rare de développer ce versant spatial qui a toujours eu tendance à être moins mis en avant que celui de DC, en prenant en compte les apports de Starlin et Kirby (Kang, Magus, ou encore l’église de la vérité dirigé par des fanatiques, une création de Starlin qui est connu pour avoir la dent dure envers la religion dans certaines de ses oeuvres).

Dans l’espace, personne ne vous entend prier

Dans l’espace, personne ne vous entend prier

La série en elle-même fonctionne sur les bases posées par l’excellente mini-série Annihilation: Conquest – Star-Lord de Keith Giffen, qui réintroduit dans l’univers 616 des personnages laissés sur le carreau depuis plusieurs décennies :
-Star-Lord qui a eu droit a une brève heure de gloire grâce au trio Claremont/Byrne/Austin
-Rocket Raccoon le raton laveur adepte des armes lourdes comme Cable (n’étant toutefois pas un cliché ambulant des travers des comics mainstream des années 90 comme peut l’être le fils Summers) et dont on doit la création à Bill Mantlo le scénariste de Rom Spaceknight
-Groot un rescapé de ces comics de monstres typiques des tendances des années 50
-Phyla-Vell la nouvelle Quasar, une des dernières représentantes de la lignée des Mar-Vell (vu que son frangin Genis a apparemment fini en apéricubes)
-Et bien sûr Adam Warlock, Drax et Gamora, les créations fétiches de Starlin au même titre que le titan fou
Cette équipe a tendance à être instable et conflictuelle car construite dans l’urgence, au point que l’on se demande s’ils vont s’écharper tel Cyclope et Thunderbird au début des X-Men de Wein et Claremont.

La dynamique de groupe est ainsi construite au coeur de l’action, la menace commune semblant être le seul motif valable d’unité. Ceux-ci sont souvent dépassés par les événements car impliqués dans des conflits galactiques de grande ampleur faisant passer World War Hulk pour une querelle de cour de récré en comparaison.
C’est justement cet axe global moins centré sur la terre qui permet aux personnages d’avoir une toute autre perspective:  par exemple le Nova terrien Richard Rider trouve  au moment de son retour sur terre que la situation des héros au sortir de Civil War est aberrante, surtout quand elle est comparée à l’échelle de ce qui se passe au fin fond de l’univers.

Chez les gardiens, le recrutement se fait autour d’un verre (dans le Starlin bat tiens tiens)

Chez les gardiens, le recrutement se fait autour d’un verre (dans le Starlin bat tiens tiens)

Tout au long de cette saga, la surenchère de puissance au niveau des antagonistes est devenue de plus en plus forte (à la manière de Dragon Ball chaque ennemi est plus fort que le précédent) au point que le fil rouge de l’histoire est que ces conflits à répétition qui ébranlent les fondations de l’univers risquent de provoquer à terme une brèche dans l’espace faisant office de portail vers une autre dimension belliqueuse. Les deux scénaristes ont fait ainsi preuve d’une collaboration prolifique que j’aurais tendance à considérer comme les auteurs des seuls crossovers Marvel potables de ces quinze dernières années (Schism et Original Sin de Aaron font figure d’exception).

À propos de ce genre d’histoires, le second arc de la série fonctionne justement en tant que tie-in à Secret Invasion, bien représentatif de la médiocrité des crossovers de l’époque (et même actuellement étant donné que Axis n’a pas relevé le niveau) mais qui a débouché sur quelques bonnes histoires annexes qui fonctionnent sur un axe moins global plus nuancé à base de paranoïa généralisée.
Cet arc s’intègre dans ce cas de figure car il profite de l’aspect huis clos pour aboutir à pas mal de tensions, surtout à partir du moment où tous sont soupçonnés d’être des skrulls, qui sont au passage représentés comme n’étant pas tous mauvais par nature, les extrémistes étant ceux qui attaquent la terre.

Gare aux imitations

Le vaisseau d’Albator ? 

Cette période s’est achevée plus tôt que prévu, car faute d’équipe créative pas assez bankable, les ventes ayant tendance en plus à baisser dangereusement dès lors qu’il n’y a plus d’events pour soutenir les séries régulières (après tout ce genre n’a pas toujours été un hit commercial, comme le démontre l’adage bien connu du cosmic don’t sell/le cosmique ne vend pas).

Mais tout cela c’était avant que Bendis ne s’accapare ce coin de l’univers Marvel et vienne y foutre le boxon, rendant pénible ce qui était au départ appréciable. Sa version de Star-Lord est par exemple bien différente de la précédente, devenant plus désinvolte, plus proche de la version ciné que des modèles sur lesquels il lorgne comme Han Solo ou Malcolm Reynolds de la série Firefly.
L’omniprésent scénariste réussi même l’exploit de rendre la série principale bien fade et mollassonne, au moment même où l’impulsion provoquée par le succès du film pousse les éditeurs à multiplier les spin-offs dans une logique bien mercantile, histoire de presser le citron jusqu’au bout, au point que la plupart des membres ont droit à leurs propres séries.

Cette gestion piteuse est aux antipodes du run de DnA qui reste une période phare, constituant un récit trépidant, riche en rebondissements, rythmé, avec des enjeux forts, multipliant les sub-plots et les cliffhangers autour de diverses factions dont les rapports de force en perpétuelle évolution provoquent des changements majeurs dans l’échiquier géo-politique de cette partie de l’univers Marvel, établissant ainsi une cosmogonie cohérente et structuré, dont le souffle épique n’a rien à envier à celui des meilleurs blockbusters de ces vingt dernières années.

Gare aux imitations !

Gare aux imitations !

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En 2014, les spectateurs étonnés découvrent des superhéros Marvel semblant sortir de nulle part : les Gardiens de la Galaxie. Cette incarnation signée Dan Abnett & Andy Lanning vous est présentée par Pierre N, dans toute son inventivité.

36 comments

  • Yuandazhu kun  

    Merci Présence t’es royal ! dans le classement y a quand même les 2 premières places occupées par des oeuvres de Starlin…(une obsession ? Non juste le gros lourdeau fan de Starlin…)…Un peu surpris d’y trouver certains titres genre planète Hulk (qui est sympa mais tout de même bourrin) et par l’absence d’autres (cube cosmique ou es-tu ?)…

    • Présence  

      Je relance d’une série qui m’a beaucoup plu : les 2 saisons des Ultimates, écrites par Al Ewing.

      • Fred Le mallrat  

        Yep : pas mal du tout Ultimates 2 qui remet pas mal de nouveautés ou en tout cas de changement dans le cosmique.
        Plus interessant en tout cas que les autres séries cosmqieus du moment.

        De toute facon, il y a ce souci de devoir tout rattacher à la terre ou à un terrien pour le gros du lectorat… qui implique les « performances » de sertes comem Thor, GoG ou Doc Strange…
        Perso, j adore justement ses séries quand il n y a pas d alter ego humain, de retour trop souvent sur terre etc etc.. On lit pas Daredevil ou Spider-Man quand on lit Thor ou Guardins, quoi.

  • Fred Le mallrat  

    GoG de DNA!! Quand Bendis ne faisait pas du avengers , on avait quand même des séries qui duplicait les avengers (equipe dysfonctionelle soit sur le terrain soit en interne, triangle amoureux, conflits) avec GoG ou Agent Of Atlas..

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