LOVEcraft, ETC.

Encyclopegeek : Les films inspirés de l’œuvre d’HP Lovecraft

Par : TORNADO

Demandez le programme…

Demandez le programme…

Cet article vous propose un tour d’horizon sur les adaptations de l’écrivain H.P. Lovecraft au cinéma et à la télévision.

Sur le principe, il promet d’être un peu long mais pas exhaustif pour autant. Vous pourrez donc le lire d’une traite si vous êtres gourmand et que le sujet vous passionne, ou au contraire y picorer quelques chapitres par ci, par là, car il est découpé de manière à ce que chaque film y possède son propre éclairage.

Nous vous proposons un tour d’horizon en passant en revue chaque film sélectionné, dans l’ordre chronologique…

L’écrivain de Providence, ici sous la plume du grand Mike Mignola.

L’écrivain de Providence, ici sous la plume du grand Mike Mignola

Par où commencer ? Ah ! oui :
Nous n’allons pas parler de tous les films inspirés de Mr Howard Phillips. Ce ne serait franchement pas une sinécure. Ainsi ferons-nous l’impasse sur une palanquée de films, bons ou mauvais (pardon aux fans de Sam Raimi), car nous allons nous concentrer sur les adaptations les plus franches, à défaut d’être les meilleures. Nous ferons ainsi l’impasse sur tous les films qui ne gardent que « l’esprit de Lovecraft » (et ils sont légions), de même que ceux qui n’en restituent que les éléments linguistiques, comme la saga des Evil Dead et des films d’horreur putrides de Lucio Fulci, qui ne reprennent que les noms de la mythologie lovecraftienne tels le Necronomicon, Arkham ou Dunwitch. Nous ne parlerons pas non plus de la saga Alien et de The Thing  de John Carpenter, œuvres évidemment inspirées du maître de l’horreur indicible, pas plus que de La Cabane dans les Bois et ses Grands Anciens. De même que nous éviterons les films reprenant le bestiaire pisciforme hérité du Cauchemar d’Innsmouth tels Le Continent des Hommes Poissons (1978) et autres Monstres de la Mer (1979), voire même le séminal L’Etrange Créature du Lac Noir (1954).
Non.
Nous nous contenterons seulement des adaptations qui puisent leur script dans le matériel littéraire du mythe de Cthulhu…

 THE classique…


THE classique…

1) La Malédiction d’Arkham

Pour ceux qui ont déjà lu l’article dédié à Roger Corman sur le cycle dédié à Edgar Poe, vous pouvez déjà passer à l’étape suivante…

Voici la toute première incursion officielle dans l’univers de Lovecraft de l’histoire du cinéma.
Le pitch : Au XVIII° siècle, dans la bourgade d’Arkham, le sorcier Joseph Curwen a établi une relation avec les démons d’une réalité parallèle. Il accouple ces monstrueuses créatures avec les femmes du coin, qui mettent au monde des êtres difformes !
Brûlé vif par les habitants du village, il jure de se venger et porte sa malédiction sur tous leurs descendants.
Un siècle plus tard, Charles Dexter Ward, son héritier, arrive à Arkham…

Avec La Malédiction d’Arkham, le réalisateur Roger Corman décide de s’éloigner de l’univers d’Edgar Poe, à qui il dédiait jusque là tout un cycle de films, pour approcher celui de Lovecraft. Samuel Z. Arkoff & James H. Nicholson, les producteurs, lui imposeront tout de même de mêler cette nouvelle influence à celle de Poe. Mais le film deviendra, envers et contre tous, la première adaptation cinématographique de l’univers de l’écrivain de providence.
Ainsi naquit le mariage entre les poèmes de Poe et les nouvelles de Lovecraft, qui allait, l’air de rien, devenir une constante en ce qui concerne la transposition sur grand écran du maitre de l’horreur indicible, comme nous le verrons plus bas…

Et le cinéma s’intéressa à Lovecraft…

Et le cinéma s’intéressa à Lovecraft…

Si La Malédiction d’Arkham porte en version originale le titre The Haunted Palace, un poème d’Edgar Poe, il s’agit bel et bien d’une adaptation libre des contes de Lovecraft, avec de ci de là des éléments empruntés à certaines nouvelles, comme L’affaire Charles Dexter Ward ou Le Cauchemar d’Innsmouth. Le poème de Poe est cité par écrit à deux reprises (comme souvent dans la série des films de Corman). Mais pour le reste, le film est une adaptation Lovecraftienne.
Le scénario intègre même plusieurs éléments liés à la mythologie de l’écrivain horrifique, tel le Necronomicon, les Profonds de Dagon et les Grands Anciens Cthulhu et Yog-Sothoth…

Comme à son habitude, Corman décide de préserver davantage l’esprit à la lettre et opère une synthèse conceptuelle des éléments issus de son matériel littéraire. Et il faut croire que ce concept deviendra une constante pour toutes les adaptations futures dédiées aux écrits de Lovecraft…

A travers la caméra du réalisateur, les éléments gothiques et horrifiques deviennent d’envoûtantes enluminures faites de brumes colorées et de manoirs menaçants se découpant sous la pleine lune. La photographie, somptueuse, fait naitre l’épouvante dans un écrin cobalt, qui suggère l’horreur des événements plus qu’il ne la montre.

Et le cinéma s’intéressa à Lovecraft…

Quelque chose du Cauchemar d’Innsmouth…

Il y aurait beaucoup à dire de cette œuvre fédératrice, pourtant pas exempte de défauts. Car il apparait aujourd’hui bien naïf de voir tous les ancêtres du village d’Arkham, remplacés, un siècle plus tard, par leurs descendants incarnés par les mêmes acteurs !
Néanmoins, l’importance du film dans l’histoire du cinéma est telle qu’il ne faut pas la prendre à la légère. Outre le fait qu’il s’agisse de la première adaptation des écrits de Lovecraft et un cas d’école dans le mariage entre son influence et celle d’Edgar Poe (qui fut tout de même l’inspiration principale du jeune Lovecraft à ses débuts), il est également important de noter que La Malédiction d’Arkham est un film précurseur sur le thème de la « possession » (thème repris deux ans plus tard dans La Tombe de Ligeia, du même Corman)…

Désormais naïve et surannée, parfois surjouée mais toujours splendide d’un point de vue plastique, cette œuvre classique du cinéma fantastique ne fera aujourd’hui plus peur à personne. Mais elle n’en demeure pas moins une première pierre à l’édifice du thème qui nous intéresse ici.
A noter la présence, auprès de Vincent Price, acteur « cormanien » en diable, de Lon Chaney Jr, autre grand acteur spécialisé dans les films d’horreur (la plupart des monstres de la Universal , certes, mais aussi le rôle de Lenny dans Des Souris et des Hommes !), dont ce fut l’un des derniers rôles…

 And Boris Karloff Meets Lovecraft...

And Boris Karloff Meets Lovecraft…

2) Die, Monster, Die !

Le pitch : Stephen Reinhart, un étudiant américain, se rend dans la ville d’Arkham, en Angleterre, afin d’y retrouver sa fiancée. La jeune femme vit dans le vieux manoir familial, éloigné de tout et craint par les habitants du village. Aussitôt arrivé, Stephen se heurte à l’hostilité du patriarche, Nahum Witley, avant de découvrir son abominable secret…

Die, Monster, Die ! (rebaptisé un temps Le Messager du Diable en VF !) est un film américain réalisé par Daniel Haller en 1965. Il s’inscrit dans la même collection des adaptations d’Edgar Alan Poe que le cycle de Roger Corman et fait partie des quelques exceptions (avec le sympathique film à sketches Twice Told Tales et le guignolesque Le Croque-Mort s’en Mêle) qui furent réalisés par d’autres artisans. Daniel Haller était d’ailleurs le directeur artistique de Corman sur les autres films de la série, avant de venir ici faire ses premières armes entant que réalisateur…

Bonjour, je vous présente Mister Poulpe...

Bonjour, je vous présente Mister Poulpe…

Cette énième production liée officiellement à Poe n’est certes pas la meilleure. Haller n’a pas le talent de Corman et sa mise en scène se révèle peu inspirée, souffrant d’un cruel manque de rythme et de poésie.
Quelques séquences sont néanmoins réussies, comme nous le verrons plus bas. Car il est temps de préciser (mais vous l’avez sans doute deviné petits coquins) que Die, Monster, Die ! est, à l’instar du film précédent, moins une adaptation d’Edgar Poe qu’une relecture de l’œuvre de Lovecraft !
Le scénario puise ainsi plusieurs éléments du script dans La Couleur Tombée du Ciel avec, en guise d’assaisonnement, quelques détails issus de L’Horreur à Dunwitch ; tandis qu’il ne garde de l’univers de Poe que les réminiscences des films de Roger Corman. Certains détails ont été modifiés par rapport à l’œuvre de l’écrivain de Providence (Arkham se trouve désormais en Angleterre), mais le script est tout de même le premier, dans l’histoire du cinéma, qui tente d’approcher une nouvelle de Lovecraft de manière aussi directe.

Boris Karloff trouve qu’il y a une drôle de couleur qui est tombée du ciel...

Boris Karloff trouve qu’il y a une drôle de couleur qui est tombée du ciel…

Sur ce dernier point, Die, Monster, Die ! se révèle très intéressant car, s’il souffre d’une mise en scène pataude et d’un scénario fluctuant, il parvient à installer un climat glauque et putride assez réussi et l’on ressort du film avec un arrière goût de relents malsains, et ce malgré son aspect suranné et ses effets spéciaux à l’ancienne !
Fidèle à l’écrivain de Providence, Haller montre l’horreur moins qu’il ne la suggère, mais réussit néanmoins une poignée de scènes horrifiques qui ne font pas dans la dentelle !
Il bénéficie enfin de la présence de l’acteur Boris Karloff qui, même très âgé (il décèdera en 1969), continue encore de jouer les monstres !

Orange mécanique à Dunwitch…

Orange mécanique à Dunwitch…

3) La Malédiction des Whateley

Le pitch : Susannah Whateley est l’héritière du vieux moulin de Dunwitch, une île isolée proche du Massachusetts. C’est là qu’elle vivait avec ses parents lorsqu’elle était enfant. Elle y revient ainsi de nombreuses années plus tard, avec son mari, Mike.
Arrivés sur les lieux, Susannah et Mike doivent faire face à l’attitude hostile des habitants de l’île, qui semblent vivre en marge du progrès. Ces derniers leur déconseillent d’approcher du moulin, réputé hanté par une créature démoniaque. Ethan Whateley, un cousin éloigné de Susannah, entreprend par ailleurs de faire des avances libidineuses à la jeune femme. Qu’à cela ne tienne, Susannah est bien décidée à profiter de son héritage…

Ce film, réalisé en 1967 par David Greene, est une exception puisqu’il ne s’agit pas à proprement parler d’une adaptation de Lovecraft mais de l’écrivain August Derleth. Celui-ci était néanmoins, comme le furent Lyon Sprague de Camp et Lyn Carter pour Robert E. Howard, un collaborateur posthume de l’écrivain de Providence, dans le sens où il poursuivra le Mythe de Cthulhu d’après ses notes. La Malédiction des Whateley s’inspire d’ailleurs directement de deux des nouvelles les plus emblématiques de Lovecraft : L’Abomination de Dunwitch et Le Cauchemar d’Innsmouth.

Oliver Reed a une idée qui le démange…

Oliver Reed a une idée qui le démange…

Le film est d’autant plus une exception qu’il semble lorgner davantage sur le cinéma underground des années 68 que sur les films du studio American International Pictures de Roger Corman.
Il dégage ainsi une atmosphère beaucoup plus naturaliste et distille une angoisse plus diffuse et malsaine que les autres adaptations lovecraftiennes de l’époque.
En chef de gang, le cousin Ethan, interprété par un Oliver Reed déchainé (et vraiment très impressionnant), n’est d’ailleurs pas sans rappeler le personnage principal d’Orange Mécanique. La comparaison avec Stanley Kubrick s’arrête là car La Malédiction des Whateley reste un petit film fantastique de l’ordre de la série B. Mais il mérite le détour pour son approche naturaliste et son ambiance psychédélique, que vient appuyer une bande son dominée par des improvisations jazzy.

Le décorum cher à Lovecraft est tout de même très atténué, les habitants de Dunwitch ressemblent davantage aux rednecks de Délivrance qu’aux Profonds d’Innsmouth et le réalisme prend le dessus lors d’un twist final venant balayer la malédiction et son monstre caché dans le vieux moulin…
Il n’en reste pas moins une déclinaison intéressante de l’univers lovecraftien et un film unique en son genre dans la série que nous vous proposons ici.

Mais c’est horrible !

Mais c’est horrible !

4) Horreur à Volonté

Réalisé en 1969 par Daniel Haller (encore lui) au sein du studio American International Pictures (encore lui aussi) le film porte le titre original de The Dunwitch Horror, ce qui tombe bien, puisqu’il s’impose comme une adaptation plus ou moins officielle de la nouvelle L’Abomination de Dunwitch, en tout cas bien plus directe que le film précédent.

Le pitch: Dans le manoir de Dunwitch, le sorcier Watheley aide sa fille à accoucher de l’enfant qu’elle a obtenu de son union avec le grand ancien Yog-Sottoth. Une vingtaine d’années plus tard, l’enfant en question, qui se nomme Wilbur, cherche à consulter le Necronomicon, enfermé dans la vieille bibliothèque d’Arkham. Pour ce faire, il séduit la jeune bibliothécaire et l’emmène avec lui. La pauvre fille ne sait pas que Wilbur envisage de reconduire l’union démoniaque par laquelle il furent conçus, lui et son frère, ce dernier demeurant caché pour une raison inconnue…

Ne lisez pas ça malheureux !

Ne lisez pas ça malheureux !

Bon… Il convient d’avouer que ce film n’est pas une éclatante réussite. Situé au carrefour d’une époque qui voit le déclin d’un certain cinéma horrifique (dominé en grande partie par la Hammer ), qui sera bientôt remplacé par une nouvelle vague de films d’horreur, portés par des cinéastes de la trempe de Roman Polanski, William Friedkin ou Tobe Hopper, il fait un peu figure de parent pauvre du genre.

Bien que son aspect indolent soit probablement un effet de style destiné à ménager une certaine montée de l’épouvante (il semble évident que Daniel Haller s’inspire du classique de la Hammer Les Vierges de Satan), The Dunwitch Horror souffre clairement d’un rythme hiératique qui rend très longues les quatre-vingt-dix minutes que dure le métrage. Fait de bric et de broc pour un budget modeste, le film aligne les décors naturels et les décors de studio (sans oublier les stock-shots) sans véritable harmonie et flirte bien souvent avec le Grand-Guignol.

Le casting n’est pas mauvais et l’acteur Dean Stockwell (principalement connu pour son rôle de Al de dans la série Code Quantum) côtoie la charmante Sandra Dee, célèbre pour les moqueries adressées à son endroit dans le film Grease (!), qui vient ici terminer sa courte carrière cinématographique…

Ça a l’air beau vu d’ici !

Ça a l’air beau vu d’ici !

On ne peut nier que ce petit classique possède toutefois le charme de ces films de l’aube, à travers lesquels les artisans tentaient d’adapter l’inadaptable, compte tenu qu’ils ne possédaient absolument pas les moyens de leurs ambitions. Ils s’attelaient néanmoins à la tâche, avec du cœur, du carton-pâte et du système D, et c’est grâce à cette alchimie qu’aujourd’hui nous possédons ce patrimoine, au sein du cinéma de genre. Un patrimoine qui nous offre la perspective de nous plonger dans nos univers de prédilection, car il convient d’avouer que le cinéma n’adapte pas tous les jours l’œuvre de Lovecraft de manière aussi directe. Soit une bonne raison d’accorder un peu de valeur à ces exceptions qui ne confirment pas la règle…

Ça cartoon !

Ça cartoon !

5) Réanimator

On fait un bon dans le temps étant donné que le cinéma des années 70 semble n’en avoir rien à foutre de notre bon monsieur Lovecraft (quand bien même sa mythologie est pillée l’air de rien de tous les côtés), et on arrive en 1985 avec Re-animator .   Le film ayant été chroniqué ici , nous ne nous attarderons pas trop. Mais un peu quand même…

Réalisé en 1985 par Stuart Gordon et produit par Brian Yuzna. Librement inspiré de la nouvelle Herbert West, Réanimateur, Re-animator
n’est pas le conte le plus lovecraftien qui soit (l’écrivain, parait-il, détestait ce récit qu’il considérait comme un produit de commande insipide), mais plutôt un manifeste du cinéma gore décomplexé à une époque où le genre était extrêmement populaire, à la fois sur les écrans de cinéma et dans les vidéoclubs, permettant aux adolescents de frissonner le samedi soir entre copains…

Lorsque j’étais moi-même adolescent, je détestais ce style de film car les outrances sanguinolentes me révulsaient. Mais mes copains m’obligeaient à regarder ces œuvres impies avec eux, les salopiots ! Du coup, j’ai fini par assimiler cette dimension gore et j’ai appris à m’en amuser. Bien des années plus tard, je décidais donc de redécouvrir ce film de Stuart Gordon qui m’avait tant écœuré dans ma jeunesse…

Ahahahah ! On fait moins les malins, là !

Ahahahah ! On fait moins les malins, là !

Première surprise : La chose à très bien vieilli ! Les effets spéciaux ont beau être datés, ils sont tellement soignés et efficaces qu’ils tiennent encore très bien la route malgré le fait que l’on comprenne parfaitement comment fonctionnent ces trucages à l’ancienne. Comme on dit depuis, c’est ce qui fait tout le charme de ce type de série B !

Seconde surprise : Le scénario est également impeccable, qui déroule une histoire universelle à base de réflexions sur les dangers d’une science exercée sans conscience. Plus proches d’un Frankenstein que des habituels contes du Mythe de Cthullu, la nouvelle de Lovecraft comme le film de Stuart Gordon forment en définitive une « jolie » fable sur la création. Ou quand l’acte créateur ne peut se jouer des valeurs inviolables.
Dernière surprise, mais moindre dans la mesure où le film bénéficie d’une solide réputation en la matière : Son humour noir est encore parfaitement vivace, et toute cette débauche de barbaque, si elle reste glauque et macabre, n’est finalement jamais malsaine puisque tout est raconté avec une férocité et un second degré jubilatoire et décomplexé. Une forme de cartoon perverti, en quelques sortes !
A noter la superbe bande-son, avec son thème qui sonne comme un remake du Psychose de Bernard Herrmann !

Allez hop ! : Le temps a fait son office : Voilà un nouveau classique du cinéma fantastique…
Par la suite, Stuart Gordon et Brian Yuzna, de même que leur acteur principal Jeffrey Combs, se feront une spécialité des adaptations plus ou moins officielles de l’univers d’H.P. Lovecraft. On va voir ça juste en dessous…

C’est dans le titre : Apparemment c’est du Lovecraft...

C’est dans le titre : Apparemment c’est du Lovecraft…

6) Aux Portes de l’Au-delà

Stuart Gordon & Brian Yuzna se retrouvent donc en 1986 pour Aux Portes de l’Au-delà (From Beyond en V.O.). Le pitch s’inspire de la nouvelle De l’Au-delà, écrite par H.P. Lovecraft en 1920 au sein de son cycle d’histoires macabres.

Bien que le film ne soit pas très long (il dure 86 mn dans sa version uncut), il s’agit tout de même d’une extrapolation assez poussée de la nouvelle originelle de Lovecraft qui n’excédait pas les douze pages et qui était assez ramassée. En réalité, Gordon & Yuzna ne gardent que le sujet de départ (un scientifique crée une machine qui lui permet de percevoir l’existence d’autres réalités dimensionnelles, notamment en stimulant la glande pinéale), ainsi que le nom du personnage principal (Crawford Tillinghast, interprété par Jeffrey Combs). Autour de ce postulat, Gordon & Yuzna viennent greffer d’autres personnages et développent un récit original, dont le but semble être de poursuivre celui de Lovecraft et de l’emmener le plus loin possible, dans une fuite en avant strictement horrifique.
Fidèles à eux-mêmes, les cinéastes font rapidement basculer le récit dans une avalanche d’effets gores et d’effusion d’hémoglobine, en usant et abusant d’effets spéciaux animatroniques et de maquillages en tout genre, afin de transformer leurs personnages en créatures cauchemardesques telles que Lovecraft lui-même n’osait nous les décrire.

Ouch ! même Monsieur Lovecraft, il aurait été dégoûté !

Ouch ! même Monsieur Lovecraft, il aurait été dégoûté !

Les admirateurs de l’écrivain de Providence le savent : Celui-ci travaillait davantage sur l’ambiance de ses histoires que sur une visualisation franche de l’horreur. La peur indicible était sa spécialité et il s’aventurait rarement sur le terrain du sexe et du gore craspec. En ce sens, Gordon & Yuzna nous proposent ici une forme de relecture, qui oserait tout ce que le créateur du Mythe de Cthulhu ne se permettait pas, en donnant à cette dimension littéralement horrifique, dans le sens visuel du terme, une illustration extrême, dans laquelle la chair et le sang ne font que s’exposer dans toutes leurs effusions.

Le résultat est glauque à souhait, mais échappe encore une fois au malsain grâce à un parti-pris qui verse clairement dans le Grand-Guignol, voire dans l’humour noir vachard. Le spectateur choisit donc de rire plutôt que de vomir face à cette débauche d’éclaboussures sanguinolentes et de transformations cauchemardesques, les personnages devenant rapidement fous, ne pensant qu’au viol et au cannibalisme…

Cette fuite en avant grotesque et théâtrale fixe toutefois très vite les limites du film entant qu’adaptation au sens strict, puisqu’il s’écarte d’emblée de sa référence littéraire pour devenir un trip dégoûtant, certes cathartique, mais réservé à un public averti, voire un public, ma foi, assez particulier…
Pour le reste, il s’agit d’un exercice de style fascinant qui interroge clairement les créatures fragiles que nous sommes, soumises à nos propres frontières physiques, ici éclatées dans une exploration de ce que nous pourrions devenir, si nous avions le pouvoir de nous en affranchir…

Grrrr… Raaaahhhh… Mmmrrrrwwwhaaaahahahahaha…

Grrrr… Raaaahhhh… Mmmrrrrwwwhaaaahahahahaha…

7) Re-animator 2 – Bride of Re-animator

C’est Brian Yuzna tout seul (scénario, production, réalisation) qui nous offre la suite de Re-animator en 1989.
Le récit originel de Lovecraft ayant été publié sous la forme d’un feuilleton en plusieurs épisodes, il était logique que le cinéma en fasse une série de films. Dont acte.
On retrouve ici l’originalité du premier opus, avec sa transposition des éléments lovecraftiens (la ville d’Arkham, l’université Miskatonik) dans l’époque contemporaine des années 80.

Par rapport à la nouvelle originelle, cette suite se révèle plus fidèle que le film précédent. Elle lui emprunte effectivement beaucoup plus d’éléments, notamment en adaptant clairement les derniers épisodes du feuilleton lovecraftien. Mais paradoxalement, elle s’en émancipe un peu plus afin de rendre à César ce qui lui appartient en insistant sur le séminal Frankenstein de Mary Shelley entant que source naturelle. Et ce sont également ses transpositions cinématographiques qui sont invoquées, puisque toute la partie dévolue à la « fiancée du Ré-animator » est pensée comme un hommage au magnifique La Fiancée de Frankenstein , réalisé en 1935 par James Whale, qui demeure aujourd’hui encore la plus belle de toutes les adaptations dédiées au roman de l’écrivaine.

m>Kathleen Kinmont se prend pour Elsa Lanchester !

Kathleen Kinmont se prend pour Elsa Lanchester !

Re-animator 2 – Bride of Re-animator est une suite en tout point réussie, qui oublie, comme souvent avec Yuzna ou Gordon, son matériel lovecraftien pour aller voir ailleurs en cours de route, et surtout pour offrir aux spectateurs un trip gore et délirant assez extrême pour l’époque.

Bien des années plus tard, en 2003, Brian Yuzna récidivera avec Beyond Re-animator. Mais comme son titre l’indique, on sort du cadre initial de l’adaptation de la nouvelle de Lovecraft pour raconter la suite des aventures d’Herbert West (désormais en prison), de plus en plus déconnectées de ses origines littéraires. A bien des égards, d’ailleurs, ce troisième opus fait penser au film Frankenstein et le Monstre de l’Enfer , dernier Frankenstein de la Hammer, au concept tout à fait similaire…

Quant à Stuart Gordon, on le reverra en 2005 sur une adaptation lovecraftienne dans la série anthologique Masters of Horror, le temps d’un épisode (Le Cauchemar de la Sorcière) en forme de variation autour de la nouvelle originelle (La Maison de la Sorcière). Un exercice beaucoup plus classique que les films cités ci-dessus (également plus fidèle malgré, comme toujours, de nombreuses digressions), profitant pleinement de son format télévisuel de 60 mn.

Entretemps, Gordon & Yuzna se retrouveront sur le film Dagon dont nous parlerons plus tard. Car, pour l’heure, nous faisons une pause et vous proposons de nous retrouver très bientôt pour la suite de notre article…

Brian Yuzna & Stuart Gordon reviendront bientôt…

Brian Yuzna & Stuart Gordon reviendront bientôt…

—–

Reanimator ?  Aux portes de l’horreur ? Horreur à volonté ? 

Les adaptations cinématographiques de Lovecraft sont légion. Aidez Tornado dans la première partie de son dossier consacré au papa-pieuvre à choisir la meilleure. 

BO : Black Sabbath – Behind the Wall of Sleep

Du Lovecraft en musique ? Moult groupes de hard rock s’y sont essayé. Mais le premier restera toujours le premier…

55 comments

  • Eddy Vanleffe  

    à propos de film quelqu’un a v u le diptyque Le territoire des ombres, film espagnol mettant en scène Aleyster Crowley et le mythe Chtulu de manière un peu trop littéral à mon gout mais bon…

Leave a reply

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *