Postmodern Attitude – Spider-Man Bleu

Spiderman-Bleu par Jeph Loeb & Tim Sale

1ère publication le 03/12/15-

L’art du rétro intemporel…

L’art du rétro intemporel…©Marvel Comics

AUTEUR : TORNADO

VO : Marvel

 VF : Panini

Cet article est le troisième d’une série de quatre sur les œuvres réalisées par le tandem Jeph Loeb (scénario) et Tim Sale (dessin) autour de l’univers des super-héros Marvel. Ce duo d’auteurs a aussi bien officié chez DC Comics que chez Marvel, pour un certain nombre de mini-séries particulièrement réussies et iconiques, transcendées par un style inimitable.

Cette série d’article est par ailleurs complémentaire de l’article sur l’univers de Batman et sur celui de la mini-série Les Saisons de Superman
Nous avons essayé de démontrer, à propos de Batman, tout l’art de ces deux auteurs parfois injustement critiqués. Nous nous contenterons donc, dans cette anthologie, d’aborder ces mini-séries Marvel sans trop nous attarder sur ce volet… Mais en fait on le fera un peu quand même !
A noter que l’introduction est la même pour chacun des trois articles colorés…

Le sommaire :
1) Wolverine/Gambit – Victimes – 1995
2) Daredevil – Jaune 2001
3) Spiderman – Bleu – 2002
4) Hulk : Gris – 2004

Le blues du super-héros…

Le blues du super-héros…©Marvel Comics

Le projet initial des « mini-séries colorées » de Jeph Loeb & Tim Sale n’est pas, contrairement à ce que l’on entend souvent, de présenter sous un angle original les origines des plus grands héros du label Marvel (Daredevil, Hulk, Captain America et Spider-Man, en l’occurrence). Il s’agit plutôt d’une relecture de ces aventures dans leurs premières années. Ainsi, les deux auteurs vont se concentrer sur une période mythique de chaque personnage et vont en proposer une version développée, davantage postmoderne que simplement « modernisée ».

La différence entre ces deux notions est importante : Une version modernisée consiste à remettre les choses « au goût du jour », c’est-à-dire « à la mode ». Dans certains cas, cela peut fonctionner et permettre aux nouvelles générations de lecteurs de découvrir ces univers sous un angle qui leur convient (le matériel d’époque ayant extrêmement vieilli du point de vue de la mise en forme, de la narration et des dialogues, il peut vraiment rebuter les lecteurs élevés aux images virtuelles).
Mais ce principe de remise au goût du jour peut également être pernicieux et tomber dans le racolage, via une esthétique orientée manga, des dialogues « branchés » hors-sujet et un changement de valeurs, l’ensemble trahissant le matériau originel que constituent ces histoires (je tenterai peut-être un jour d’aborder le « cas Skottie Young », artiste dont le travail m’insupporte au plus haut point pour cette raison en particulier).

Love story

Love story©Marvel Comics

Mettons-nous bien d’accord, il ne s’agit pas d’un principe réactionnaire tendant à prétendre que « c’était mieux avant », mais de rappeler que ce sont des concepts qui ont été créés au début des années 60 pour la plus-part (voire des années 40 en ce qui concerne Captain America !), et qu’ils ne supportent pas n’importe quel traitement. L’intégrité de chaque figure est ainsi tributaire d’un univers précis et codifié, qui prend toute son essence dans le contexte de son époque.
Le projet de Jeph Loeb & Tim Sale vise donc un équilibre entre le passé et le présent, entre le classique et le contemporain. Cela s’appelle le postmodernisme, qui consiste à préserver tous les codes propres à l’intégrité de chaque univers défini, en les mêlant aux canons actuels de mise en forme. Ainsi, les histoires de notre duo d’auteurs ont un look à la fois rétro et moderne. On s’imprègne de l’ambiance esthétique de l’époque telle qu’on pouvait par exemple la trouver au cinéma (une iconologie universelle), à travers les films noirs, les films fantastiques et les serials diffusés dans les salles en première partie de soirée (et qui adaptaient presque toujours des comics !). Mais on opte pour une mise en forme actuelle, où l’art du dialogue prévaut, où la voix off se substitue aux bulles de pensées obsolètes, où la narration se développe davantage sur le vocabulaire graphique que sur le texte…

Au final, les auteurs régurgitent plusieurs décennies de références scénaristiques et esthétiques, nourrissant un scénario qui puise sa densité au cœur de ces références…

La splendide première page de Spiderman : Bleu. Tout est bleu !

La splendide première page de Spiderman : Bleu. Tout est bleu !©Marvel Comics

Spiderman Bleu: Blue note

Lorsque le lecteur ouvre pour la première fois le livre dans lequel se trouve la mini-série Spiderman : Bleu, il ne peut être qu’envahi par la sensation picturale dégagée par la première page. Baignée de la couleur consacrée, celle-ci électrise immédiatement nos yeux d’une sensation purement iconique. Et puis c’est parti pour ne plus lâcher cette histoire magnifique !

Le pitch : Peter Parker, au soir de la Saint Valentin (époque contemporaine de la publication), se remémore sa rencontre avec Gwen Stacy et ses débuts de super-héros. Sa rencontre avec Mary-Jane, Harry Osborn, ses combats de jeunesse avec le Vautour, le Bouffon vert, le Lézard, le Rhino et Kraven le chasseur. La maestria de Jeph Loeb fait que le néophyte apprendra un maximum de choses sur le passé de Spiderman là où le vieux fan revivra avec délice des souvenirs d’enfance. Le tout sans une once d’infantilisme, car les six épisodes sont brillamment racontés et dialogués, de sorte qu’on puisse les lire avec le même plaisir de 7 à 77 ans ! Précisons le afin que cela soit clair : On ne nous raconte rien ici que l’on ne sache déjà si l’on connaît la période référencée, car il s’agit au contraire de nous raconter la même chose, mais d’une façon nouvelle…

Une rencontre marquante…

Une rencontre marquante…©Marvel Comics

Personnellement, lorsque je me suis remis à lire des comics, adulte, et que j’ai relu les Spiderman de mon enfance, j’ai été particulièrement déçu par la narration datée et naïve (pour ne pas dire que j’ai trouvé ça très mauvais) de ce matériel des années 60 et 70, particulièrement enfantin. Spiderman : Bleu a donc été une véritable révélation, la preuve que l’on pouvait raconter une histoire sur ce personnage pour un lectorat devenu adulte, sans pour autant renoncer aux sensations de son enfance.

Cette anecdote me fascine : Alors que j’ai gardé certains numéros des Strange, Titans, Nova ou autres RCM de mon enfance, j’ai immédiatement revendu mes Intégrales Spiderman publiées chez Panini. Elles me sont complètement tombées des mains ! Relire ces vieilles histoires imprimées sur papier glacé, dans une reliure aseptisée, était pour moi hors contexte. La lecture de ces « oldies » était alors une véritable torture en ce qui me concerne (la traduction de Mme Geneviève Coulomb n’y étant certainement pas étrangère), et je regrette presque ce temps perdu à m’obstiner à tout relire (soit les intégrales 1971 à 1980, quasiment d’une traite. Une vraie torture je vous dis !).

Des souvenirs pour les grands enfants…

Des souvenirs pour les grands enfants…©Marvel Comics

Pourtant, lorsque je descends dans ma cave et que j’exhume un vieux numéro de Strange, il y a une certaine magie qui opère. Et je relis parfois avec délice cet épisode où notre héros découvre le clone de Gwen Stacy (« première saga du clone », Strange N° 114), ou celui où il fait la connaissance de la Chatte noire (Strange N°149). Là, dans cette vieille revue à la couverture magnifique, au papier-journal parsemé de jeux et autres publicités d’époque, il se passe quelque chose, quelque chose qui disparait instantanément dès lors que le contenant disparait aussi…
Je ne sais pas comment ont fait Jeph Loeb & Tim Sale, mais c’est cet effet « Madeleine de Proust » (encore !) qui a traversé ma lecture de ce Spiderman : Bleu, sans pour autant la parasiter par des effets infantiles ! Si ça ce n’est pas du grand art !
Inutile de préciser que je ne partage pas l’avis de certains lecteurs, qui ont reproché un côté mièvre et larmoyant à cette mini-série…

Une constante made in Marvel : Un hommage au premier épisode historique de 1962 (époque Stan Lee & Steve Ditko), ici particulièrement cohérent sous les pinceaux de Tim Sale

Une constante made in Marvel : Un hommage au premier épisode historique de 1962 (époque Stan Lee & Steve Ditko), ici particulièrement cohérent sous les pinceaux de Tim Sale©Marvel Comics

Une nouvelle fois, c’est bien ce savant mélange entre le rétro et le moderne qui opère toutes ces sensations.
Le décorum de l‘histoire, le look des personnages, les accessoires, l’architecture, les moyens de transport, tout est de nouveau dessiné dans le contexte de l’époque éditoriale où furent publiés les épisodes originels (les années 60).
Ainsi, le lecteur ne souhaitant pas relire ces histoires pour cause de divorce avec le style old-school de la narration d’antan, les redécouvre par le biais d’une relecture de haut vol, parfaitement équilibrée entre le contexte initial (le fond) et une narration moderne et mature (le forme), évacuant de ce fait tout effet infantile, portée par un art consommé des dialogues et du découpage séquentiel.
Et pourtant, l’histoire, entre les lignes de la naissance de l’amour (et de l’amitié) entre les personnages, n’est qu’une succession de combats entre un super-héros adolescent en costume d’araignée et des supervilains en panoplie d’animaux ringards. Pas vraiment adulte comme terrain ! Il est donc de nouveau remarquable de noter le talent de notre duo lorsqu’il s’agit de trouver l’équilibre idéal afin que le lecteur adulte et exigeant puisse revivre les sensations de son enfance, tout en se délectant d’une lecture universelle, pleine d’émotion, de poésie et d’esprit, parsemée de références culturelles venant étoffer la toile de fond.

Des souvenirs pour les grands enfants… (bis)

Des souvenirs pour les grands enfants… (bis)©Marvel Comics

Notons un changement d’atmosphère par rapport au récit précédent, notamment dans la mise en couleur. Car ici les aquarelles et autres ambiances nocturnes ont laissé la place à des aplats pastel et lumineux, réalisés de manière infographique par le coloriste Steve Buccellato. Et la présence de deux jeunes femmes pour le pris d’une, manifestement, opère une orientation vers un esprit « pinup » en total osmose avec la période référencée…

Opérant le même type de joie de vivre que Daredevil : Jaune, cette nouvelle relecture draine néanmoins dans son sillon des citations picturales qui lui sont propres. Et les quelques soirées étudiantes que vivent les personnages ne sont pas sans évoquer l’ambiance des films de Blake Edwards, le loft des Osborn évoquant plus ou moins The Party, quand les soirées festives rappellent aussi le délicieux Diamants Sur Canapé (et la non moins délicieuse Audrey Hepburn)…
A ces moments là, eu égard à l’atmosphère originelles des épisodes réalisés du temps de Stan Lee, Steve Ditko & John Romita sr, le choix de cette esthétique distincte trouve alors toute sa saveur et sa cohérence…

Deux pinups pour le prix d’une…

Deux pinups pour le prix d’une…©Marvel Comics

Au niveau de l’encrage, également, Tim Sale modifie son trait en fonction de l’esprit de la série. Il opte ainsi davantage pour une ligne claire, tout en épaississant les contours. Chaque apparition du héros et de ses ennemis s’illustre dans une mise en forme iconique inoubliable, où l’épure côtoie la grâce, non sans évoquer les dessinateurs originels relevés plus haut, dans une forme d’hommage référencé. On touche ainsi à un équilibre incroyable entre l’imagerie universelle véhiculée par la série, et une interprétation personnelle particulièrement raffinée.

Certes, cette relecture amène également bien des changements contextuels (je pense notamment à l’appartement que partagent Peter Parker & Harry Osborn, devenu ici in loft luxueux, ainsi qu’à l’âge des personnages principaux et aux événements opposant Spidey à ses ennemis, plus ou moins modifiés), mais sans pour autant trahir l’esprit de la série.

La mini-série est découpée en six chapitres portant chacun le titre d’un standard de jazz de l’époque : My Funny Valentine, Let’s Fall in Love, Anything Goes, Autumn in New York, If I Had You, All of Me… quasiment que des ballades romantiques, proche du blues, d’où le titre de l’album. Notons pour l’anecdote que l’album phare du cool jazz, signé Miles Davis, s’intitulait… Kind Of Blue
Effectivement, les références aux standards de jazz me semblaient prégnantes, et il a fallu un moment pour que j’assimile le truc (merci Présence !) : Le principe du jazz est d’improviser et de réinterpréter une ligne déjà existante, la même chose avec des variations. Et c’est exactement ce que fait Jeff Loeb avec cette mini-série !
Au final, le livre s’écoule tout seul et on le referme avec le cœur serré, bouleversé là aussi par les événements, et désespérés à l’idée de quitter des personnages aussi attachants. En somme, c’est le blues du lecteur de super-héros…
Et accessoirement la plus belle histoire jamais créée sur le Monte-en-l’air de chez Marvel (avis tout à fait personnel et subjectif)…

Le blues du super-héros… (bis)

Le blues du super-héros… (bis)©Marvel Comics

14 comments

  • Bruce lit  

    « La Tornado attitude » 3/4
    Une rousse et une blonde qui se pâment pour lui ! Des vilains terrassés à chaque épisode ! Et Jeph Loeb + Tim Sale à son chevet ! Pourtant, rien n’y fait, Spider-Man a le blues et Tornado l’accompagne à la trompette dans l’ascenseur….
    La BO du jour: Spidey est comme Johnny : Il a le blues. De son côté, Miles Davis, à l’époque où le monte-en-l’air était encore en gestation, livrait son album bleu…https://www.youtube.com/watch?v=JIfdYs8WErM

  • Présence  

    On ne nous raconte rien ici que l’on ne sache déjà si l’on connaît la période référencée. – Nous en avions déjà discuté avec Tornado. Effectivement pour un lecteur assidu de la première période de Spider-Man, Jeph Loeb n’apporte pas grand chose en termes d’intrigue ( ce qui m’avait un peu laissé sur ma faim).

    Tim Sale modifie son trait en fonction de l’esprit de la série. – Tornado exprime très bien l’incroyable travail de cet artiste qui réussit à rester lui-même tout en rendant hommage à John Romita senior pour les scènes civiles, et Steve Ditko pour les scènes de superhéros.

    Ce n’est qu’en lisant l’article de Tornado que j’ai pris conscience de la force de travail de Jeph Loeb qui s’attache à créer une sensation de vague à l’âme, avec Peter Parker repensant à cette époque qu’il regarde avec ses yeux d’adulte, et dont il ressent tout le plaisir, une forme de nostalgie constructive. Sale & Loeb racontent une histoire en déjà connu, en la respectant dans l’esprit, tout en introduisant des variations dans la manière de la raconter (et non dans l’intrigue ou la trame principale).

    Avec le recul, on peut parler d’une interprétation personnelle de ces épisodes (39 & 40, datant de 1966), comme un artiste de jazz se réapproprie des standards pour en donner son interprétation. En ce sens Blue est bien le vague à l’âme, mais aussi cette sorte de fugue de l’esprit dans laquelle l’artiste improvise sur un thème.

    • Tornado  

      @Présence : Aaaarrrrgggghhhh !!!! Tu as trouvé exactement ce qui m’échappait du bout des doigts ! Jaloux je suis !
      Effectivement, les références aux standards de jazz me semblaient prégnantes, sans que j’arrive à en percevoir réellement le sens. C’est toi qui as vu juste : Le principe du jazz est d’improviser et de réinterpréter une ligne déjà existante, la même chose avec es variations. Et c’est exactement ce que fait Jeff Loeb avec cette mini-série !

      • Présence  

        Ce n’est qu’en lisant ton article que j’ai fait le rapprochement entre le manque d’éléments nouveaux dans l’intrigue, le vague à l’âme et ces titres de jazz. Je n’avais pas non plus trouvé tout seul.

        • Matt & Maticien  

          Très belle analyse réalisée à deux. C’est passionnant.

  • Bruce lit  

    1/Toujours pour être en phase avec cette série d’article, je l’ai relu ce matin. je me retrouve totalement avec ce que tu décris: il s’agit d’une plongée mélancolique d’un homme mûr vers une période de transition de sa vie. Celle où Peter Parker a cessé d’être un rat de bibliothèque et que ses pouvoirs lui ont apporté un peu de succès auprès des filles. Il s’agit d’un style que j’affectionne particulièrement finalement complètement analogue à celle de Claremont pour les funérailles de Jean Grey.
    La délicatesse de la mise en scène de Loeb est flagrante à l’ouverture. Spidey jette une rose du haut du pont rappelant la chute de Gwen. Et la première page est raccord avec Daredevil Yellow, puisque Peter dit qu’il préfère s’enregistrer dans sa confession à Gwen plutôt que d’écrire (ce que fait Matt). Cette démarche est encore une fois raccord avec la personnalité des héros: Matt l’introverti et Peter, qui exprime souvent à voix haute ses angoisses durant un combat.
    2/En relisant cette histoire, je me rappelais également à quel point le casting des seconds rôle de Spidey était prégnant: Flash, Robbie, MJ, Harry. Tout cet univers soap était vraiment cohérent.
    Maintenant, j’avoue avoir moins aimé la relecture que pour DD, notamment autour du fait que finalement on ne voit Gwen Stacy qu’une vingtaine de pages dans tout le récit.
    3/ je me rappelle aussi des Strange où internait pour la première fois Félicia Hardy et la rouste que se prenait Spidey avec son bras cassé…
    4/ Un focus sur le personnage de Gwen Stacy arrive bientôt par Thierry Araud.

    • Tornado  

      Oui, je trouve que la délicatesse est le maitre-mot de cette relecture. Un poème imprimé sur une véritable feuille de soie…
      « Cette démarche est encore une fois raccord avec la personnalité des héros » : Je reconnais bien ta passion pour la caractérisation des héros ! 😉

  • PierreN  

    Excellent article sur cette histoire grandiose, avec un avis dans lequel je me reconnais en partie, même si je ne partage pas ce « fétichisme nostalgique » comme quoi une histoire est parfois plus appréciable dans son jus d’origine vf, et quasiment illisible autrement.
    Attention je ne dit pas ça de manière péjorative, je comprend tout à fait cette logique, après tout Strange a grandement participé à mon éducation comics, me faisant même apprécier les Vengeurs de Bob Harras dont je doit être un des seuls fans avec d’autres irréductibles lecteurs français.
    Faut croire que j’ai moins d’attachement au support de la première découverte, et que j’apprécie une histoire en faisant abstraction du contexte initial de la lecture originelle.
    Après quitte à être un peu puriste, j’admet que mon choix se portera plus fréquemment sur les fascicules vo plutôt que les intégrales Panini aux traductions contestables et les revues Lug qui ont souffert de affres de la censure.

    Il y a tout de même un aspect sur lequel je suis assez psychorigide, c’est la colorisation, je n’aime pas qu’une série des années 80 soit réédité avec des techniques de colorisation actuelles, cela crée une impression de décalage plutôt déplaisante. Le charme d’une série liée à une époque particulière, c’est tout un package visuel, et je n’ai pas envie qu’il soit dénaturé sinon cela aboutit à une oeuvre hybride qui ne me convient pas.
    Si je devais faire une analogie, j’aurais tendance à comparer cela à la méthode Lucas, à la fin du Retour du Jedi, lorsque il remplace Sebastian Shaw (un nom facile à retenir pour les fans des mutants) par cette endive fadasse d’Hayden Christensen.
    La nouvelle colorisation plus froide de Killing Joke est objectivement meilleure, mais elle a perdue en chemin un aspect propre à la version d’origine (ce côté saturé limite agressif qui apporte un grain de folie supplémentaire.

  • Tornado  

    @Pierre : Le fait est que je trouve les histoires originelles mauvaises. Certes, j’ai du mal à me remettre dans le moule, mais je ne trouve vraiment pas ça très bon niveau mise en forme. Dans ce cas, seule la nostalgie me permet de franchir le gouffre !

    Sur la question de la colorisation, on en a déjà souvent discuté avec Présence. Il pense à peu-près comme toi. J’ai pour ma part un avis moins tranché.
    Je trouve que certains comics méritent une remastérisation. Certaines oeuvres réussissent à être intemporelles, et passent bien le cap de la recolorisation. Mais effectivement, cela fonctionne uniquement si le lecteur n’est pas trop attaché à l’oeuvre telle qu’il l’a découverte pour la première fois…
    Par exemple, j’ai vraiment apprécié les Conan de Barry Winsor Smith remastérisés (je n’avais jamais lu les comics dans une autre édition). Car les originaux étaient abominables avec les couleurs industrielles d’époque (j’ai vérifié ensuite !) ! Pareil pour le Miracleman d’Alan Moore (premier TPB). Les dessins étaient alors tellement en avance sur leur temps, tellement universels qu’ils tiennent carrément la route avec une nouvelle colorimétrie.
    Inversement, les dessins de Ditko ou Romita Jr (pour faire écho à l’article ci-dessus) sont tellement connotés 60’s qu’il leur faut une mise en couleur au diapason.
    Dans la même logique, la mise en couleur conceptuelle de Barry Winsor Smith sur « Weapon X » est certes vieilliotte, mais tellement liée à la mise en forme qu’elle ne doit surtout pas être refaite !

    Voilà. Une fois encore je ne suis clairement pas un puriste. je pense au « cas par cas ».

  • JP Nguyen  

    Bon, celui-là, je ne l’avais pas autant apprécié que Yellow. La mise en couleur me plaisait moins. Et par le plus grand des hasards, il se trouve que j’avais lu les épisodes originaux en VF, dans le seul album de « l’Araignée » qui m’avait été légué avec la collec de Strange du voisin : « La proie du chasseur ».
    Et même si le trait de John Romita était forcément daté, j’avais trouvé l’histoire agréable à lire (même si simpliste) mais je trouve que ce n’était pas forcément une histoire assez forte pour être revisitée (contrairement aux origines de DD et ses débuts costumés).

    • Tornado  

      Et bien justement, j’ai apprécié que Loeb ait choisi un épisode plutôt enfantin. Car ce mélange de souvenirs et cette « remise en forme » est justement ce que je recherche avec ce genre de lecture. C’est d’ailleurs la raison qui m’a fait tellement aimé le Dardevil de Kevin Smith.
      Je veux dire par là que j’aime qu’un auteur ou un scénariste revisite des plots ou des histoires qui seraient aujourd’hui illisibles pour moi, les transformant en lecture plus élaborée.
      Je me souviens que j’avais cet album quand j’étais gamin (La Proie du Chasseur). Mais je sais aujourd’hui que je suis incapable de relire ça (comme dit plus haut, j’ai essayé !). En revanche, une histoire « forte » comme la mort de Gwen Stacy ou celle de Captain Marvel, je peux encore la lire.

  • Jyrille  

    J’aime beaucoup l’idée de relecture par des morceaux de jazz, avec des variations autour d’un thème, ainsi que l’univers des films de cette époque, mais les scans m’ont moins convaincu que pour Yellow. Je pense donc chercher Yellow en VO et je reviendrai en parler quand ce sera fait. En tout cas, merci Tornado pour cet article encore une fois enthousiaste et enthousiasmant !

  • Thierry Araud  

    Superbe analyse, effectivement. La référence à Miles Davis, m’a scotché : je n’y avais jamais songé. Chapeau bas. Je me suis vraiment délecté de cet article dans la mesure où j’ai relu la mini-série pour mon article sur Gwen. Donc, avec les souvenirs tout frais d’une récente relecture, j’ai encore plus apprécié. Les couvertures originales étaient superbes aussi, assez loin des canons des années 60 et complètement design. Ce sont elles qui m’ont orientée vers la série que je considérais, au départ comme un remake des vieux ASM. Concernant la relecture des Spiderman dans les intégrales Panini, je suis assez d’accord. Mais dans le même temps cela représente aussi une porte ouverte sur ces années fondatrices pour la nouvelle génération qui n’a pas toujours la chance de pouvoir profiter des trésors de la bibliothèque paternelle (ou maternelle, d’ailleurs !). Bref, encore bravo !

  • Tornado  

    Je ne sais pas vraiment à qui s’adressent ces intégrales Panini qui, de surcroit, sont extrêmement chères.
    Ces derniers temps, il y a un réel cafouillage chez les éditeurs de comics VF, et surtout chez Panini mais en même temps y a-t-il eu une seule fois où ils n’ont pas fait un peu n’importe quoi ?
    Aujourd’hui que le papier mat redevient à la mode, les éditeurs ne savent plus où donner de la tête et l’on se perd dans des collections de vieux matériel en papier glacé un coup, en mat un autre coup, et pareil avec le matériel récent !
    Urban Comics a tout compris à une seule et unique reprise où, avec le tome 4 de la collection « Grant Morrison Présente Batman », ils avaient publié la première partie du recueil en papier glacé pour les épisodes récents, et la seconde en papier mat pour les épisodes old-school.

    Mis à part ce contre-exemple, nous n’avons quasiment jamais de véritable belles éditions cohérentes comme en VO, avec un rédactionnel à la hauteur.
    Bien évidemment, les pires sont ces imbéciles de Paninouilles qui poursuivent leurs intégrales en papier glacé aux immondes couleurs criardes qui dénaturent les vieux comics, tandis qu’ils publient une collection « Icon » qui réédite des run récents (par exemple : le run de JMS sur Spiderman) sur papier mat avec des couleurs ternes !
    Et dans les deux cas la présentation est minable, avec des couvertures atroces et un rédactionnel de merde.

    En VO, au moins, on a :
    – Du deluxe en couleur avec moult bonus et un rédactionnel au top (Avec Panini, c’est juste les épisodes avec même pas les couvertures originales au bon endroit -impossible de savoir où termine un épisode et où commence le suivant- pour 30 euros…).
    – de l’Essential en NB à un prix super attractif qui rend justice aux dessins superbes des artistes de l’époque (je plaide pour des collections de ce genre en grand format et en papier glacé parce que le NB profite de ces noirs profonds impossibles à restituer en papier mat. Voir à ce propos la magnifique collection Delirium en VF qui réédite Creepy, Eerie et Vampirella).

    J’aimerais bien trouver un jour une belle édition pour les fans de vintage, exactement ce que fait Delirium, mais pour du Marvel ou du DC, avec en plus les couvertures originales en début d’épisode et quelques documents d’époque, comme dans les « Chroniques de Conan », par exemple.

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