Prenez vos désirs pour des réalités (Sous les pavés)

Sous les pavés par Warnauts & Raives

C'est le printemps

C’est le printemps

Un pavé de PRESENCE

VF : Le Lombard

Tous les scans de cet article : ©Warnauts/Raives/ Le Lombard 2018

Ce tome comprend une histoire complète indépendante de toute autre. Il est paru en avril 2018. Le scénario est écrit par Éric Warnauts, les couleurs sont réalisés par Guy Servais (surnommé Raives), et les dessins sont le fruit d’une collaboration entre ces 2 créateurs. Raives & Warnauts ont collaboré sur de nombreux albums et sur plusieurs séries comme L’Orfèvre, Les suites vénitiennes, ou celle immédiatement antérieure à commencer par Les temps nouveaux 1 – Le retour.

Le 03 mai 1968 à Paris, un haut fonctionnaire appelle le ministre de l’Intérieur pour faire un point sur la situation à la Sorbonne. Il explique que des militants d’extrême droite sont en train de remonter le boulevard Saint-Michel, pour aller casser du gauchiste dans la cour de la Sorbonne. Le ministre donne l’ordre au préfet de police de faire évacuer la Sorbonne, par les forces de l’ordre. Il s’en suit une intervention violente et des échauffourées. Le 19 juin 1968, Jay Ferguson (ressortissant américain de 23 ans) est interrogé par le commandant de police Coutelis, à la direction de la police judiciaire. Il lui montre des photographies prises par Ferguson pendant les échauffourées. Retour au 18 mars 1968, Didier saint-Georges rend visite à Jay et remarque les nombreuses photographies d’une même jeune femme. Il propose à Jay de la retrouver en se allant à la fac de Nanterre, où il se rend directement dans le bureau de Bénédicte Dupont, la responsable du département étudiants. Ils trouvent le nom et l’adresse de la jeune femme : Françoise Bonhivers, habitant dans le septième arrondissement de Paris.

Dans l’appartement de Françoise, Sarah Tanenbaum, nue sur le lit, asticote Armand Dussard (médecin, propriétaire d’une clinique) avec qui elle vient de faire l’amour, sur la brièveté de l’acte. Il part un peu pensif, vaguement culpabilisé. Françoise revient après avoir fait les courses. Les 2 femmes évoquent la situation à la fac de Nanterre. Elles sortent dans une fête, le soir même et elles rencontrent Jay Ferguson et Didier Saint Georges. Le 09 avril 1968, sur le quai de Montebello, les 5 amis se rencontrent : Jay Ferguson, Didier Saint Georges, Sarah Tanenbaum, Gilles Dussard (étudiant en médecine, fils d’Armand Dussard) et Françoise Bonhivers. Le 06 mai se produisent des échauffourées dans le Quartier Latin, avec des rues dépavées, des barricades, et des affrontements contre les CRS. Françoise et Jay qui se trouvaient sur place ont réussi à se mettre à l’abri pendant la charge des CRS. Le lendemain, ils prennent un café dans le septième arrondissement ; ils sont rejoints par Gilles. Ensuite Françoise et Jay se rendent à la fac de Nanterre, en se confiant sur leur histoire personnelle respective.

La situation n'est pas sous contrôle

La situation n’est pas sous contrôle

Quelle gageure que d’évoquer les événements de mai 1968 en 72 pages de bande dessinée ! Non seulement le mouvement a été documenté profusément, mais en plus sous des angles différents montrant son caractère protéiforme et complexe, ne serait-ce que les plans politique, social, culturel, idéologique, économique. Éric Warnauts & Raives ne se contentent pas d’aligner des lieux communs sur mai 1968, pour en brosser une image d’Épinal. Ils ont choisi de raconter les événements à l’échelle de 5 individus, en se focalisant un peu plus sur la relation entre 2 d’entre eux (Françoise et Jay), en montrant les événements par leurs yeux.

Néanmoins leur narration ne se limite pas à une suite de scènes de rue ou de discussion, où les personnages se retrouvent au milieu des manifestations et des barricades. Comme dans leur trilogie précédente, ils utilisent également des inserts d’émissions radiophoniques sous la forme de cartouche de texte de la largeur de la page de manière sporadique (à 4 reprises), et les personnages échangent des informations sur les événements et les commentent, avec une conscience politique plus ou moins développée. Ils discutent également avec d’autres personnes venant apporter une opinion avec un point de vue différent et complémentaire. L’ensemble s’avère très dense en information, tout en donnant l’impression d’être léger à la lecture du fait de l’histoire personnelle des protagonistes. Les auteurs ont choisi un déroulement chronologique, en indiquant les dates de chaque scène, avec le dispositif narratif de l’interrogatoire de Jay Ferguson qui se déroule a postériori, mais sans pour autant introduire un jugement de valeur avec le recul que procure la connaissance du déroulement des événements.

La déposition de Jay Ferguson

La déposition de Jay Ferguson

De fait le lecteur se plonge dans une bande dessinée d’excellente qualité, à commencer par la narration visuelle. La reconstitution historique est impeccable qu’il s’agisse des modèles de voiture, de la mode vestimentaire, ou des différents accessoires. Raives & Warnauts détourent leurs personnages et les autres éléments de décors d’un trait un peu lâche, apportant une forme de spontanéité rendant les cases plus vivantes. Raives complète les informations visuelles ainsi encrées, par une mise en couleurs très riche, effectuée à l’aquarelle. Cette méthode lui permet de rendre compte de manière organique du relief des surfaces détourées, de l’ambiance lumineuse et des ombres fonçant certaines zones, des irrégularités de certains supports, ou encore des éclairages très particuliers, comme les couleurs psychédéliques dans une boîte. Il est indéniable qu’un des attraits visuels supplémentaires de cette bande dessinée réside dans sa dimension touristique.

Les pages proposent une promenade dans le Quartier Latin, avec des façades haussmanniennes reconnaissables, un urbanisme parisien authentique, des alignements arbres bien respectés, etc. Le lecteur peut constater que les artistes ont bien fait leur travail de référence, à la fois avec des documents d’époque, mais aussi avec une observation des artères concernées. Ils ont su combiner les 2 pour que leur narration ne donne pas une sensation de dessins figés par une reproduction trop appliquée de photographies d’époque, ni une reconstitution prenant trop de libertés.

Crayonnés & planche finale

Crayonnés & planche finale

Dès la deuxième page le lecteur peut apprécier la qualité de la narration visuelle des auteurs, avec une séquence de 3 pages muettes montrant les manifestants se rapprochant de la Sorbonne, puis la charge des CRS. Les artistes savent montrer des individus normaux avançant calmement d’un pas décidé, mais aussi l’efficacité des forces de l’ordre, sinistres dans leur uniforme noir. Le lecteur se délecte d’autres pages muettes, lors d’une nuit d’émeutes avec incendie de voitures (pages 36 & 37), pour un début de soirée plus calme passée en solitaire par Françoise (page 42), pour une soirée d’étudiants (page 52), pour l’état d’un immeuble après le passage des CRS (en page 61, mais complété par 2 bandes de texte). Le lecteur apprécie également la direction d’acteurs, de type naturaliste, sans exagération dramatique, lui donnant le sentiment de côtoyer de vrais individus. Au fil des séquences, il apprécie de découvrir une image inattendue, qu’elle soit ordinaire (comme le bureau de la responsable du département des étudiants), ou plus spectaculaire (comme un magnifique coucher de soleil sur la Tour Eiffel).

Au travers de cette bande dessinée, le lecteur revit une partie des événements de mai 1968, dans une reconstitution documentée et intelligente, rendue plus vivante par les croisements et les interactions des 5 personnages principaux. En fin de volume, il découvre 2 pages texte de consacrées à la chronologie des événements de l’année 1968, du premier janvier au 31 décembre. Cela le conforte dans le fait que les auteurs savaient qu’ils ne pouvaient pas tout condenser en 72 pages. Là encore dans cette frise chronologique, ils ont fait des choix. À la lecture, il apparaît qu’ils ont souhaité donner une ouverture sur d’autres pays : États-Unis, Tchécoslovaquie, Espagne, Vietnam, Allemagne, etc. Il y figure également des événements qu’ils n’ont pas intégrés dans leur bande dessinée, comme la marche de trente mille étudiants jusqu’à la tombe du Soldat Inconnu en chantant l’Internationale, le 07 mai 1968. Ils intègrent également d’autres éléments majeurs non liés à mai 68, comme la deuxième greffe de cœur réalisée par le professeur Bernard au Cap (02/01/68), les dixièmes Jeux Olympiques d’hiver (février 68), la victoire d’Eddy Merckx au Paris-Roubaix (05/04/68), la deuxième partie de la frise se concentrant sur les faits majeurs de la résolution de la crise de mai 1968 et les faits majeurs internationaux.

Après le passage des forces de l'ordre

Après le passage des forces de l’ordre

Arrivé à la fin du tome, le lecteur est en droit de se poser la question de ce qu’il a vraiment lu. Il s’agit donc par la force des choses d’une reconstitution partielle et partiale des événements de mai 1968. En premier lieu, il se demande à quoi sert vraiment le dispositif narratif de l’interrogatoire se déroulant après les événements principaux. Finalement les auteurs ne s’en servent pas vraiment comme d’un outil pour introduire un recul et donc un éclairage a posteriori avec la connaissance de ce qui s’est passé. Ils l’utilisent une fois ou deux pour montrer le décalage entre la déposition de Jay Ferguson et ce qui s’est vraiment passé, mais sans effet comique ou accusateur, ni pour Ferguson, ni pour le rôle de la police. Ayant refermé la BD, le lecteur se dit qu’ils l’ont utilisé pour lui montrer ce qu’il reste des faits au travers de ladite déposition : des événements dépassionnés, privés de ressenti, de l’exaltation qui a donné une partie de son sens à l’implication des uns et des autres.

À plusieurs reprises, le lecteur observe que les auteurs insistent sur la violence des forces de l’ordre, envers la jeunesse qui manifeste. Les 2 premières pages muettes condamnent sans appel cette violence. En page 38, une jeune femme explique qu’elle a vu un CRS la viser, un autre explique comment les habitants leur versaient de l’eau dessus pour atténuer les effets des gaz lacrymogènes. Mais en page 48, un adulte (le père dans une famille bourgeoise) explique que les médias font en sorte de ne jamais parler des violences commises par les manifestants, en particulier contre les CRS. Dans le contexte du récit, cette phrase devient ambivalente car elle est prononcée par un individu incarnant l’ordre établi, une forme d’autorité paternaliste.

Les affrontements

Les affrontements

En fonction de sa sensibilité, le lecteur peut partager le point de vue clairement affiché des auteurs, ou s’en tenir au fait que pour beaucoup d’étudiants ce fut un premier contact avec une violence relevant d’une situation de combat qu’ils avaient pour partie provoquée. Au cours de la lecture, le thème de la lutte des classes ressort également à plusieurs reprises, en particulier au travers de la possibilité du rapprochement du mouvement étudiant, avec les revendications des ouvriers et la grève générale. La chronologie en fin de volume permet de se faire une idée plus nuancée de ce rapprochement potentiel. Par ailleurs les auteurs développent également le thème de l’émancipation de sa classe sociale avec un avis tranché : toute tentative est vouée à l’échec, que ce soit pour Françoise dont les valeurs sont incompatibles avec celles de la classe de la grande bourgeoisie, ou pour Gilles qui ne peut pas renoncer aux plaisirs matériels que lui procure l’argent.

Avec cette bande dessinée, les auteurs réussissent le pari un peu fou de présenter leur vision de mai 68, sans sacrifier à ses différentes dimensions et sans s’éparpiller. Le lecteur en ressort avec la sensation d’un récit très cohérent, bien nourri, sans volonté de faire croire qu’il couvre tous les aspects de ce mouvement. Il a passé un moment de lecture très agréable grâce aux planches magnifiques des artistes, prenant le temps de la lecture pour mieux la savourer. Il en ressort un peu dépité quant au bilan que dressent les auteurs, bilan formulé par Bouba en page 46, indiquant que la classe ouvrière n’est plus une classe révolutionnaire et que les étudiants ne sont que l’avant-garde d’eux-mêmes. Dans le même temps, il constate également que les personnages ont tous été transformés par cette expérience, la majeure partie en mieux, et que même si les auteurs ne mettent pas ce point en avant, les étudiants ont pu faire entendre leur voix, ce qui a donné lieu à des transformations durable en profondeur, vers une société moins paternaliste et plus participative.

Année érotique moins 1

Année érotique moins 1

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Et puisque l’ambiance est pavée de bonnes intentions, commémorons avec Warnauts & Raives les événements de Mai 68. Review complète, sexe libre et riz cantonais chez Bruce Lit.

Le tube de 68 :

19 comments

  • Barbuz  

    Je vois que tu es toujours aussi enthousiaste au sujet de ce tandem artistique. Tes articles sur « Les Temps nouveaux » m’avaient déjà convaincu de la qualité du travail du duo. Les dessins ont l’air magnifiques. Une BD sur mai 68 éloignée des poncifs habituels, c’est intéressant, ça.
    Excellente collection que « Signé », qui parvient à conjuguer excellence et originalité.

    • Présence  

      Merci d’être passé. Effectivement, le tandem Warnauts & Raives figure parmi mes créateurs franco-belges préférés.

  • Bruce lit  

    D’ores et déjà, cette BD est un échec !
    - Faire 72 pages au lieu de 68, quelle idée….La BD peut être un point d’entrée idéal d’événements que je ne connais que dans les grandes lignes. Les dessins me plaisent, ils me rappellent à certains moments ceux de Bonin dans leur colorisation. Je pourrais me laisser tenter à l’occasion.

    les étudiants ne sont que l’avant-garde d’eux-mêmes Je ne comprends pas cette phrase.

    Ce qui est amusant avec Mai 68, c’est que ses partisans comme tu le soulignes pensent avoir échoué voire se sont embourgeoisés tandis que leurs détracteurs les accusent d’avoir réussi à ruiner l’autorité et l’ordre français.

    • Présence  

      L’une des facettes des événements mises en avant par les auteurs est les assemblées d’étudiants dans les universités occupées, pour débattre d’autogestion. La remarque sur l’avant-garde induit que ces assemblées n’ont pas débouché sur beaucoup de choses concrètes, et que les réflexions n’avaient d’application pratique que pour les cursus d’université, et pour rien d’autre à l’échelle de la société française.

      Je n’avais jamais lu cette synthèse sur l’échec pour les partisans et la réussite aux yeux des détracteurs ; c’est une belle formule.

  • Jyrille  

    Ahah bien vu Bruce pour le nombre de pages…

    J’avoue ne connaître que très peu le déroulement de mai 68 et de cette année folle. Pour cette raison et pour le voyage touristique qu’elle propose, je serai bien tenté de lire ceci. Il faut que je me trouve une médiathèque…

    Mais je n’aime pas du tout les dessins. Raives est-il le même Servais des années 80, celui dont j’ai oublié de te parler puisque je sais que tu as chroniqué pas mal de ses albums sur ton autre blog ? Je crois que je fais une sorte d’allergie à ce type de dessin réaliste. Cela m’avait même un peu gêné en lisant Le sursis de Gibrat (alors qu’objectivement, le dessin de Gibrat est magnifique). Un peu comme si je relisais des bds des années 80 dans les années 2000 et 2010, qu’elles n’avaient pas su évoluer. C’est comme Ballade au bout du monde (je n’ai lu que les quatre premiers tomes), histoire prenante et dessins gênants.

    Merci pour le tour d’horizon en tout cas, je sais désormais de quoi il en retourne ici.

    La BO : un classique.

  • Tornado  

    Le parti-pris naturaliste pourrait ne pas m’attirer. Mais d’un autre côté, il y a ce volet de reconstitution historique dont je suis friand. Alors… pourquoi pas !

    Difficile de parler de Mai 68 en donnant une opinion arrêtée. D’un côté, on admire cet élan révolutionnaire de la part d’une jeunesse qui ne voulait pas s’en laisser compter. Mais d’un autre, on constate aujourd’hui que la jeunesse en question a reproduit, avec le temps, la bourgeoisie d’alors et, là c’est encore pire : Les retombées de cette philosophie libertaire ont amené, petit à petit, cette schizophrénie actuelle, où la bienpensance hypocrite côtoie, comme si tout était naturel, une diminution constante des libertés. Notamment des libertés d’expression. Drôle d’époque que celle qui consiste à fêter Mai 68 50 ans plus tard…

    • Présence  

      Il m’a fallu un peu de temps pour comprendre à quoi s’applique la diminution constante des libertés d’expression, mais j’ai fini par me souvenir de tes exemples. Cette liberté est très relative : il est possible d’être pointé du doigt pour du politiquement incorrect, mais il est aussi possible de déverser sa haine et ses idées puantes en bénéficiant d’un anonymat total sur internet.

      Pour autant, les événements de mai 1968 ont également conduit à une grève à l’ORTF (Office de radiodiffusion-télévision française) ayant abouti à une réforme en profondeur, et une prise d’autonomie progressive.

  • Bruce lit  

    Je note quand même une composition rusée de la couverture, pas immédiatement parlante. La fameuse plage sous les pavés aux pieds de la jeune fille et l’asphalte en bleu mer. L’identité des personnages est coupée. Les événements sont plus grands qu’eux, seules restent leurs intentions. Entre espoir et échec inévitable.

    • Présence  

      Non seulement Warnauts & Raives sont des professionnels compétents avec une longue expérience, mais en plus ils mettent en oeuvre une narration très riche jusque dans leurs couvertures.

  • OmacSpyder  

    Un article fort détaillé quant au contenu et un constat mitigé sur la bd comme il fut fait des « événements » de Mai 68 dont on dira qu’ils relevaient davantage de l’émoi, d’ailleurs, que de l’événement.

    J’aurais préféré de fait, je pense, un dessin plus poétique que réaliste. Puisque Mai 68 n’est pas un événement en soi mais un émoi, il eût été intéressant de le traiter ainsi. Et de passer par un graphisme poétique.
    Car en effet nul ou peu de changement concret issu de Mai 68, car ce furent les structures, au sens du structuralisme, qui furent bouleversés plus que les situations.

    Lacan énoncera à ce sujet : « En tant que révolutionnaires, vous êtes des hystériques qui réclament un nouveau maître. Vous en aurez un. » Et nous l’avons eu, en effet – sous la forme du maître postmoderne « permissif » dont la domination est d’autant plus forte qu’elle est moins visible. Les tenants de l’autorité regretteront la perte de l’autorité paternaliste, les tenants de Mai 68 endosseront cette nouvelle distribution.
    Mai 68 fut une révolution, au sens où la structure du pouvoir a fait un quart de tour pour revenir à un nouveau rapport au Maître qui ne fut pas subversif mais juste, encore une fois, un quart de tour sur l’horloge structurelle : « Plus ça change, plus… »

    • Présence  

      Il ne me reste donc plus qu’à aller décoder l’article de wikipedia sur le structuralisme pour pouvoir faire semblant de comprendre cette remarque.

      Je pense avoir mieux saisi la remarque sur le nouveau maître. Pour avoir écouté une ou deux émissions de France Culture sur mai 68 (c’est le mois ou jamais), il apparaît effectivement un nouveau maître, ou au moins de nouvelles règles, certaines constructives, d’autres tout aussi contraignantes que les précédentes. Je n’arrive pas à résoudre ce paradoxe de la nécessité d’imposer d’apprendre à des élèves, à ses enfants, d’utiliser un schéma de pédagogie contraignant, pour qu’ils puissent au final penser par eux-mêmes. Pour en avoir déjà fait l’expérience en tant qu’intervenant, il arrive toujours un moment où la méthode participative trouve ses limites et où il me faut imposer une méthode, cadre attendu par certains, cadre contre lequel d’autres se rebiffent.

      • OmacSpyder  

        Les structures renvoient à ce qui régit les relations et donc grosso modo au discours dominant. Et ça rejoint ce que tu évoques de ton expérience pédagogique : les Pink Floyd ont eu beau chanter « We don’t need your education », le Maître d’avant, figure du savoir incarné a laissé place non pas à une pédagogie participative mais bel et bien à un maître s’appuyant sur le savoir collectif pour canaliser le savoir qui émane de l’expérience de ces petits sujets.
        Il n’y a qu’avec l’expérience psychanalytique ou la maïeutique socratique que l’on parvient à faire émerger un savoir du sujet lui-même.
        D’où mon image de « un quart de tour », et non pas une révolution…

        • Présence  

          Merci pour ces explications qui m’étaient fort nécessaires (j’ai également jeté un coup d’œil très rapide à l’article wikipedia). Le rapprochement avec une analyse systémique m’a permis de me raccrocher à quelque chose de plus familier.

          Je n’avais pas conscience que l’expérience psychanalytique ou la maïeutique socratique permettaient de faire émerger un savoir du sujet lui-même, faute de culture personnelle. Merci pour cette passation de savoir qui m’incite à à considérer cet échange sous un angle d’analyse transactionnelle, de maître à élève. :)

  • JP Nguyen  

    Le dessin est maîtrisé, c’est sûr, mais je ne suis pas vraiment fan de ce style… Je ne saurais dire pourquoi exactement. C’est un peu froid et figé par endroit.
    Concernant le sujet, c’est vrai qu’on entend les deux sons de cloche… On reproche à mai 68 d’avoir tout changé dans le mauvais sens ou au contraire de ne pas avoir assez fait bouger les choses… Personnellement, je dois avouer une pointe d’agacement quand certaines personnes de la génération mai 68 passent à la télé pour donner des leçons genre « nous, on a bougé pour changer les choses, alors vous les jeunes, c’est à votre tour… »
    Je lirais peut-être ça un jour en médiathèque.
    J’apprends qu’il y a deux Servais, merci pour ma culture (même si on m’a dit que ça ne « Servais » pas à grand chose de le savoir…)

    • Présence  

      C’est froid et figé. – Peut-être, mais les couleurs sont chaudes et vivantes.

      N’étant pas très friand des cours d’Histoire (ce sera l’euphémisme du jour), ce genre de bande dessinée me permet de me cultiver en y prenant plaisir (et en plus j’aime beaucoup les dessins, je ne sais plus si je l’ai déjà dit).

      En fait c’est grâce à la question de Jyrille que j’ai enfin trouvé le courage d’aller vérifier pour les 2 Servais, chose indispensable car j’avais fini par faire la confusion dans une poignée de mes commentaires. En fait, ça servais à quelque chose pour moi.

  • Patrick 6  

    Je ne vais pas te faire le coup du « Je n’aime pas les BD Historiques » avec l’article qui va suivre je ne vais pas être crédible ^^
    A vrai dire je les aime surtout lorsque l’histoire (avec ou sans grand H) est contée via le prisme de l’intime ou du romanesque, plus que par celui du pédagogique. Manifestement ça a l’air d’être le cas ici donc c’est parfait ;) Je pense que je me laisserais tenter à l’occasion si je tombe dessus (à Tokyo ? Ahah aucune chance) même si paradoxalement je bloque un peu sur les dessins, qui ne me parlent pas réellement (indépendamment leur évidente maitrise graphique). A suivre donc…
    Ceci dit j’aime bien ta phrase « les étudiants ne sont que l’avant-garde d’eux-mêmes » qui explique la semi-réussite/semi-échec de mai 68. Exactement comme la Commune de 1871, la révolte n’était pas un mouvement populaire et national, mais principalement local ou et dans l’ensemble limitée à une seule caste sociale (ici les étudiants). D’où une certaine isolation et un manque relatif d’impact…

    • Présence  

      Étant littéralement subjugué par les dessins, je ne peux pas comprendre qu’ils ne parlent pas à tout le monde. :) :) :)

      L’isolement du mouvement étudiant est évoqué de loin, par l’impasse du rapprochement avec le mouvement ouvrier.

  • Jyrille  

    Merci beaucoup pour les précisions, il y a donc deux Servais ! Mais le second semble de la même école que le premier. Je devrai retenter Servais malgré les mauvais souvenirs de lecture que j’en ai. J’ai vieilli, peut-être trouverai-je cela plus pertinent aujourd’hui…

    Je crois avoir lu le Vol du corbeau mais dans ce cas sa lecture m’a moins marqué que celle du Sursis. Je te les conseille néanmoins, ne seraient-ce que pour les dessins, et une narration impeccable.

  • Présence  

    Ça m’est arrivé à plusieurs reprises de constater que mon jugement de valeur avait évolué pour des dessinateurs, certains en mieux, d’autres en moins. J’éprouve moins d’a priori de type vieillot ou daté, étant devenu plus sensible à la dimension narrative que tu évoques.

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