Qu’importe le flacon pourvu qu’on ait l’ivresse…(TIntin et la toison d’or)

Tintin et le mystère de la toison d’or par JJ Vierne

Article de : TORNADO

Première publication le 02 mai 2014. Mise à jour le 29 septembre 2019.

Tintin et le mystère de la toison d’or est un film franco-belge réalisé en 1961 par une bande de cinéastes aujourd’hui complètement tombés dans l’oubli! Si l’on enlève les noms de Georges Wilson (le père de Lambert !), qui interprète le Capitaine Haddock, ainsi que ceux de Dario Moreno et Charles Vanel, tous les noms qui défilent au générique de cette première adaptation des aventures de Tintin en chair et en os sont de parfaits inconnus au royaume des cinéphiles ! Les premières images du film enfoncent le clou : Il s’agit assurément d’une vieillerie obsolète telle qu’on en fait plus ! Du cinéma à la papa daté et périmé ! Car, de la musique au jeu des acteurs, tout sonne « vieux et naze » dans « Tintin et le mystère de la toison d’or ».

Et pourtant… Dès que Jean-Pierre Talbot (l’acteur qui joue Tintin) fait son entrée, avec une réplique très fidèle du château de Moulinsart en arrière plan, toute la sincérité de cette adaptation s’impose dans notre inconscient. L’univers d’Hergé est là, authentique, vibrant et pur.

Une image célèbre : Des personnages en chair et en os !

Une image célèbre : Des personnages en chair et en os ! Source : Amazon 

Nous nous laissons alors emporter par cette aventure surannée qui, en un instant, nous offre une visite guidée dans le vieil Istanbul des années 60, puis à Athènes, et jusque dans le monastère d’une délicieuse île grecque. Et puis, sans que l’on s’en aperçoive, nous regardons le générique de fin, en regrettant de quitter ces personnages si familiers. Il n’y a pas autre chose à dire, Tintin et le mystère de la toison d’or est un film charmant, naïf et désuet, comme les souvenirs de notre enfance…

Durant près d’une heure et quarante minutes, on a beau relever tous les détails les plus kitsch, de l’interprétation de Jean-Pierre Talbot (qui joue comme une patate mais qui s’en sort miraculeusement grâce à son physique bondissant et une belle maitrise de la « savate » !) à la barbe postiche ridicule du Capitaine Haddock (qui commence au dessus des narines !) en passant par les aboiements de Milou (enregistrés et samplés en boucle !), tout est authentiquement Tintin !

Et bien qu’il y manque toute la toile de fond de l’œuvre d’Hergé (c’est-à-dire son humanisme croissant et la création de récits comme des miroirs de leur temps – oui parce que regarder Tintin jeter ses emballages dans les rues d’Athènes, ce n’est pas très bien, ça !*), l’esprit de l’aventure sortie du coin de chez nous est bien présent.

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Le Professeur Tournesol, plus vrai que nature ! Source Allociné  ©Splendor Films

Et puis, à bien y réfléchir, comment imaginer un personnage qui hurle des quolibets comme « Bachi-bouzouk » ou « Moule à gaufre » si ce n’est enrobé d’une patine naïvement imagée ? Hergé avait beau crier sur tous les toits qu’il concevait ses histoires « comme au cinéma », son univers était tellement inféodé à sa planéité de papier qu’il fallait faire des choix en termes d’adaptation… Un cinéma aujourd’hui impossible à concevoir. Sincère et décomplexé. Naïf et pur comme… une bande-dessinée.

A la même époque, Philippe de Broca réalisait deux adaptations officieuses des aventures de Tintin avec L’Homme de Rio et Les Tribulations d’un chinois en Chine**. Deux films qui bénéficient aujourd’hui de la reconnaissance de l’intelligentsia cinéphile. Pendant ce temps, et bien que j’adore les deux films de Philippe de Broca, je constate malheureusement que « Tintin et le mystère de la toison d’or » suscite rires et condescendance dès que son titre est prononcé. Et c’est bien dommage…

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Visez-moi cette magnifique barbe postiche Source Allociné : |Copyright Splendor Films

* : Une scène aujourd’hui inconcevable : Tintin et le Capitaine Haddock ressortent d’une échoppe turque, enlèvent l’emballage des potiches qu’ils viennent d’acheter en souvenir, puis les jettent sans vergogne au milieu d’une rue toute propre ! Deux sales touristes n’entretenant aucun rapport avec l’humanisme d’Hergé !!!

** : Il est aujourd’hui de notoriété publique que ces deux films avec Jean-Paul Belmondo témoignent d’une volonté, de la part de Philippe de Broca, d’adapter les Aventures de Tintin de manière officieuse, puisqu’il avait essuyé les échecs dans ses multiples tentatives de le faire de manière officielle !

7 comments

  • Matt & Maticien  

    Un beau souvenir effectivement. Je me souviens également de des lectures répétés de l’album film : un livre au format BD publié chez Casterman avec un texte d’André Barret et Rémo Forlani et 120 photos du film.
    Ce sont mes neveux qui maintenant maltraitent ce livre.

    Je vous livre un extrait de l’introduction :

    « C’est au château de Moulinsart que tout a commencé. Il faisait beau ce matin là, très beau, un vrai temps de vacances et nous n’avions qu’une idée, le professeur, le capitaine et moi : savourer les délices d’un repos bien mérité… Mais le facteur survint, porteur d’une lettre postée à Istanbul.

    Une lettre qui annonçait au capitaine Haddock une stupéfiante nouvelle : une de ses vieux camarades, un ami à qui il avait sauvé la vie jadis au large de Sumatra, le commandant Thémistocle Paparanic, venait de mourir. Le capitaine Haddock ne put retenir un sanglot, sanglot qui se mua en rugissement quand son oeil se porta sur le second paragraphe de la lettre… Thémistocle Paparanic léguait au capitaine Haddock son bateau « La Toison d’Or ». Le capitaine Haddock avait juré de ne plus reprendre la mer, il avait juré de ne plus succomber aux charmes épuisants de l’aventure. Mais ce bateau, ce bateau qui lui tombait du ciel… La tentation était trop forte. »

  • Présence  

    Pareil : j’ai beaucoup lu l’adaptation en livre illustré par les photographies. C’était une époque où le magnétoscope n’existait pas encore.

  • Tornado  

    Il me semble également avoir eu ces adaptations. Mais c’est un souvenir très ancien !

  • Jord Ar Meur  

    Ce film là, je l’ai vu pour la première fois à la télé dans les années 60. Par contre je me rappelle très bien avoir été voir sa suite « Tintin et les Oranges bleues » au cinéma avec ma grand-mère l’année de sa sortie en salle. Et, bien plus tard, le dessin animé « Tintin et le Lac aux requins » passait l’après-midi dans un cinéma de quartier spécialisé dans des films différents le soir.

  • Matt  

    Je ne sais plus si ce sont des passages de ce film ou de « Tintin et les oranges bleues » que j’ai vus il y a pas mal d’années sur le câble. Au début en effet je m’étais dit « houlà c’est quoi cette adaptation kitsch ? » et finalement j’avais trouvé ça sympathique, respectueux de l’esprit de la BD. ça donnait surtout l’impression d’un film fauché mais avec du cœur.

  • Jean-Luc Rémy  

    Bravo Tornado ! Votre article m’a donné envie de voir ce film que je n’avais jamais osé regarder de peur d’être déçu. Merci

  • Tornado  

    Merci. C’est un vieil article, écrit avec les pieds, mais c’est gentil ! :)

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