THE BAT(GIRL) IN THE BELFRY: BATGIRL

Un article de   Eddy Vanleffe

VO : DC Comics

VF :  Faut chercher…

Cet article portera sur le personnage de Cassandra Cain qui fut l’héroïne de la série mensuelle Batgirl parue entre 2000 et 2008 sur pas moins de 73 numéros publié par DC comics. 

Y aura-t-il du spoil ? Oui, mais chut!

une Batgirl loin des standards habituels. ©2001-Damion Scott-DC Comics.

Une Batgirl loin des standards habituels.
©2001-Damion Scott-DC Comics.

Le principal ennemi des Super-héros, c’est le temps. Bien que DC existe depuis presque un siècle, l’éditeur a su tourner sa longévité tentaculaire à son avantage.
Marvel applique la technique du passé qui avance. Ainsi le célèbre Iron Man fut d’abord un soutien de l’armée au Vietnam avant d’être marchand d’armes en Afghanistan. Peu de changements mais bon, ça se voit quand même. DC recommence son histoire tous les 25 ans au moyen d’un énorme cataclysme cosmique souvent appelé «Crisis». Mais à ce détail près, ils assument jusqu’à un certain point de faire avancer le temps. Enfin ceci fut vrai jusqu’en 2011, date du NEW 52, expérience éditoriale venant balayer tout ce qui fut écrit et tout recommencer à zéro.

Pourquoi dis-je tout cela? Tout simplement parce qu’au gré des années, chaque personnage de la tapisserie DC s’est vu devenir chef à la tête d’une véritable tribu. Cousins, enfants, disciples, héritiers en tous genres se sont multipliés de manière parfois forcée, parfois naturelle. D’aucuns diront que les «acolytes» viennent dénaturer le héros d’origine, et pourtant, n’est-ce pas une lente et sournoise évolution naturelle qui nous pousse à prendre conjoint, faire des enfants et adopter un chien? Et certains personnages tirent malgré tout leur épingle du jeu.

REMISE EN CONTEXTE OBLIGATOIRE

Il faut en passer par là. Les années 90 sont friandes de longs crossovers passant d’un titre à l’autre comme lors d’une course de relais infernale. Les franchises mutantes proposent d’ailleurs dans ce format le meilleur (X-CUTIONNER’S SONG) et le pire (ONSLAUGHT). La concurrence n’est pas en reste et trouve une façon de faire totalement originale. L’idée de départ sur Batman est de lui faire subir les conséquences d’un simple tremblement de terre d’amplitude 7.6 sur l’échelle de Richter secouant la célèbre Gotham City. Quoi de plus normal que de mettre toute la milice privée de Batman sur le coup?

Ce sera donc conté lors de l’arche narrative «CATACLYSM». Ce séisme provoquera à son tour une grave crise sanitaire lors de «CONTAGION» et finira comme territoire exclu par le gouvernement américain dans «NO MAN’S LAND». Ces histoires se relient donc avec une logique imparable dans une sorte de descente aux enfers inexorable d’autant plus crédible qu’elle est factuelle. Gotham en est réduite à une sorte de cité en ruine, sans électricité, sous embargo. L’armée a évacué la cité mais laisse de nombreux restes derrière elle. Les problèmes humanitaires, de ravitaillement, d’énergie se multiplient dans une zone de non droit total où chaque criminel revendique un quartier, des rues ou un immeuble pour installer une zone d’influence.

Mon père, ce tueur... © 2001-Damion Scott-DC COMICS

Mon père, ce tueur...
© 2001-Damion Scott-DC COMICS

Dans ce climat de guerre civile faisant parfois penser aux reportages sur le Moyen Orient avec plus de nuit et moins de désert, Il est un individu qui brille par son absence: Batman himself dans la personne. La ville n’a jamais été plus mal et le chevalier noir est aux abonnés absents? La réponse ne satisfera pas tout le monde en effet mais elle est toute simple. Bruce Wayne tente par des manœuvres politiques de rétablir la ville en tant que territoire américain. Il doit aussi tenter d’empêcher Lex Luthor de racheter la ville. Bref pour le coup, on a plus besoin du milliardaire que du justicier masqué. Il laisse donc la ville sous la surveillance de son clan et particulièrement à celle, qui de son beffroi peut tout centraliser: Barbara Gordon alias Oracle le cerveau de l’entité BIRDS OF PREY.

Pourtant il en est certains pour qui la présence de la chauve-souris est indispensable, ainsi une mystérieuse jeune femme prend la place du patron et arpente les rues de Gotham afin de faire revivre l’espoir dans l’esprit de ses habitants. Barbara mènera l’enquête afin de découvrir qui ose usurper le poste qui lui incombait du temps où elle avait ses jambes. Elle découvrira que c’est en fait Huntress qui lui a dérobé l’identité de Batgirl. Devant l’adversité, avec douleur, Barbara entrevoit donc la possibilité de laisser quelqu’un reprendre son héritage.
Mais certainement pas Huntress dont l’attitude ne correspond pas, à ses yeux à la hauteur de cette tâche.

On ressent particulièrement la quasi féodalité de cet univers qui à l’inverse de Marvel cultive lourdement les notions d’héritage, de dignité, de rang, de serment et d’adoubement. Barbara et Batman rejettent de concert l’incarnation de Huntress en Batgirl au motif de ses méthodes expéditives, de son manque de discipline et de ses résultats décevants. On imagine mal Barbara accepter de donner son «titre» à celle qui eut une idylle avec Nightwing son ancien amant. La vie lui ayant tout volé, même ses jambes, elle ne peut se résoudre de lui céder ce dernier bastion de fierté.

ENTER: CASSANDRA CAIN

Barbara assure une certaine stabilité dans une certaine zone de Gotham. Elle organise les ravitaillements, gère les médicaments, achemine le tout vers les foyers, organisant des distributions publiques. Elle s’appuie sur plusieurs volontaires bénévoles dont cette étrange jeune fille discrète et mutique qui ne cessera de la surprendre. Incapable d’utiliser les mots elle a pourtant la faculté de parfaitement lire le «langage du corps», parvenant à se faire comprendre par un simple regard, un geste ou une attitude. Rapidement elle montre également une certaine aptitude hors norme pour le combat qui ne va pas tarder à éclater au grand jour.
En effet le père de Barbara, Commissaire Gordon devient la cible des criminels de Gotham notamment Double-Face. L’un des meilleurs tueurs de l’univers DC a été engagé pour l’abattre: David Cain. Le flic moustachu n’a aucune chance mais à l’insu de tous, déjouant les indices et dotée d’un instinct hors du commun, la jeune Cassandra s’interpose et l’assassin renonce instantanément. L’explication est claire, si un baroudeur sans scrupule comme Cain baisse son arme, c’est qu’il a reconnu la fille qu’il a élevée et qui a fui son influence depuis une dizaine d’années.
Batman quant à lui reconnaît chez la jeune fille les tactiques et la philosophie de combat de l’un de ses mentors de jeunesse.
Si la situation peut paraître capillo-tractée, c’est surtout sa mise en image scindée en un triple récit imbriqué qui interpelle.

Kelley Puckett est un scénariste qui a débuté dans l’adaptation en comics de «Batman the animated series», il développe un style de narration très visuel qui va à 100 à l’heure, lorsqu’il passe dans la cour des grands, il peaufine avec l’aide de Damion Scott une manière de mettre en image qui, si elle n’est pas novatrice, s’avère être d’une efficacité redoutable.
L’arc en question se raconte au présent entremêlé de deux flashbacks récurrents, ceux de Cassandra dont on peut commencer à percevoir l’enfance aliénée vouée à l’exacerbation de son instinct de défense, et ceux de Bruce Wayne dont l’entraînement de sa jeunesse auprès de plus grands guerriers l’a conduit à côtoyer David Cain, déjà prédisposé à vouloir supprimer tous les comportements sociaux parasitant l’intelligence de la survie, notamment la parole.

Chacun réalisant à son rythme qu’ils sont en train de tisser un écheveau de relations shakespeariennes particulièrement tendues.
A l’issue de l’intrigue, c’est Barbara qui prend la décision d’adouber la jeune Cassandra devant toute l’équipe réunie et surtout devant un Batman incroyablement passif. Le patriarche de cette famille dysfonctionnelle cède devant les arguments d’Oracle plus émancipée que jamais. Ainsi cette Batgirl est la seule acolyte du chevalier noir à ne pas être directement encadrée par lui-même. Oracle entend bien alphabétiser et éduquer la sauvageonne, ne laissant à Batman que le soin de gérer les ordres de missions.

Un adoubement quasi-médiéval. ©2001-Mike DeodatoJr-DC COMICS

Un adoubement quasi-médiéval.
©2001-Mike DeodatoJr-DC COMICS

Intronisée en grande pompes, cette nouvelle itération de Batgirl ne fit pas grand bruit alors qu’aujourd’hui elle serait sans doute l’égérie d’une génération, jugez plutôt:
Une héroïne déchue paralytique entraîne une jeune métisse asiatique aphasique à la limite de l’autisme?
Même si nous savons bien que le handicap est le parent pauvre des combats pour le droit à la différence, il y a de quoi faire de campagne de pub, non?
C’est donc dans une certaine quiétude que le premier titre régulier dédié à la fille chauve-souris, vit le jour en 2000 dans un début de millénaire décidément bien riche. Cette fois Kelley Puckett se met en devoir de creuser l’histoire personnelle de son personnage fétiche. Il se fait aider au scénario par Scott Peterson et se met un point d’honneur à construire un récit frénétique qui parlera aux adeptes du cinéma de Hong Kong furieux à la manière d’un Tsui Hark.

Toujours flanqué de son compère graphique Damion Scott, il va peu à peu se nourrir du dessin pour un résultat que je n’ai quasiment vu que sur cette série et durant leur prestation qui va durer 37 épisodes. L’artiste lui aussi s’affranchit progressivement des règles habituelles des comics. S’il démarre dans les clous d’un style cartoony plus ou moins inspiré de Bruce Timm, il épaissit son trait, stylise les postures pour n’en garder que la silhouette et y additionne les onomatopées, de plus en plus inspiré du street-art voir même du graph’.
L’ensemble va donner une tonalité assez peu répandue et très visuelle à un titre qui ne mise quasiment rien sur le texte.
Le scénariste joue avec la mauvaise maîtrise du langage de son héroïne, les premiers épisodes pourraient presque passer pour du Sergio Leone. Economes à tout point de vue, les auteurs assèchent l’intrigue pour n’en garder qu’une sorte de story-board raconté, le temps de refaire le point sur l’histoire sur la jeune fille.

Batman en invité prestige tout au long de la série. Tout épaté qu’il soit par la compétence hors norme d’une jeune fille qui s’avère être meilleure combattante que lui-même, il lui décèle des failles qui l’amènent à s’interroger sur les motivations profondes de la nouvelle Batgirl. Un film amateur lui secouera ses certitudes jusqu’aux sphincters. Sur la bande vidéo, une enfant de huit ans ingénue joue à tuer comme le lui a appris son père, sauf qu’elle réalise trop tard que le jeu n’en est pas un et qu’elle égorgé un chef mafieux sous les yeux d’un David Cain empli de fierté. Traumatisée par son propre geste, Cassandra fuguera et vivra dans la rue jusqu’au «No man’s land». On pourra remarquer avec un certain étonnement-ou pas- à quel point Mindy Mac Cready alias Hit Girl dans KICK-ASS, possède la même back-story.

La louve dans la bergerie? ©2001-Damion Scott-DC COMICS.

La louve dans la bergerie?
©2001-Damion Scott-DC COMICS.

D’abord sceptique Batman est convaincu d’une machination. Il confronte Cain qui lui avoue que Cassandra est la seule enfant sur laquelle son «entraînement spécial» a fonctionné… Batman affronte alors une situation inédite. Il va devoir encadrer et protéger un assassin, contrôler sa violence, gardant à la fois espoir en cette nouvelle recrue tout en se questionnant si il ne donne pas la garde du poulailler au renard, voir même au loup… Un discours muet et sans réponse sur l’inné et l’acquis submerge alors l’action toujours aussi chorégraphiée. Dans le doute, le justicier demandera à Barbara à qui Batgirl lui fait-elle penser, la jeune paralysée réfléchit et assène son verdict: «A toi!»

Le scénariste décide secouer rapidement le cocotier et de ne pas laisser le moindre atome de routine. Dès sa première mission elle ne parviendra pas à sauver un homme blessé mortellement, qui lui laisse le soin de transmettre une lettre à son épouse. En rentrant elle me et en tête d’apprendre à écrire.
Par la suite, ignorant toute forme de danger, de prudence ou de repos, Batgirl vole au secours d’un homme mystérieux dont la présence provoque une curieuse guerre des gangs. Si cet individu intéresse tant de monde, c’est pour son habilité à lire et guérir les esprits comme une sorte de neuro-télépathe. Pour remercier Cassandra, il lui déverrouillera son esprit ce qui aura pour effet de lui enlever son instinct de combat. Elle devra tout réapprendre, l’occasion pour un Batman presque soulagé, de reprendre en main son entraînement et de retarder ainsi l’explosion de celle qu’il considère comme un bâton de dynamite à mèche courte.

La transcription graphique du «langage» de Cassandra. Son esprit doit apprendre à fonctionner avec les mots. ©2001-Damion Scott-DC COMICS

La transcription graphique du «langage» de Cassandra. Son esprit doit apprendre à fonctionner avec les mots.
©2001-Damion Scott-DC COMICS

Dès lors ,Cassandra va se montrer sous un jour de plus en plus dur. Elle court toujours autant au-devant du danger soucieuse de bien faire mais aussi, comme commence à le discerner son entourage, à cause d’une certaine pulsion de mort.

Kelley Puckett possède une idée très précise de la personnalité de son personnage et s’évertue à le mettre en scène de toutes les manières possibles, s’appuyant comme toujours sur le talent de Damion Scott qui fait merveille sur les expressions faciales, là où les artistes suivants de contenteront d’en faire une jolie petite asiatique trop mignonne et bad-ass.
A la recherche de rédemption à chaque instant sans jamais le moindre repos, elle fait le bien, tout en méprisant sa propre personne. Détail parmi tant d’autres, Cassandra ne possède pas vraiment d’identité secrète tout simplement parce qu’elle n’a pas d’autre vie que celle de Batgirl. Entraînement, étude de dossiers, missions, manger, s’améliorer sont ses seuls centres d’intérêts. Barbara accomplira un vrai travail d’éducatrice pour la sortir de sa coquille et lui faire connaître le vrai monde extérieur, alors que Batman, plus inhumain que jamais est satisfait d’avoir un soldat acquis à sa cause, même s’il s’en méfie. Quand prenant des balles à la place d’innocents, elle avoue avoir agi d’instinct, il soupire avec soulagement: «c’est bien!» Il la fera même intégrer une équipe de dangereux mercenaires sous couverture.

un combat chorégraphié façon cinéma hongkongais. ©2002-Damion Scott-DC COMICS

Un combat chorégraphié façon cinéma hongkongais.
©2002-Damion Scott-DC COMICS

Une fois privée de sa capacité de lire le langage du corps, Batgirl souffre d’une sorte de dépression cherchant coûte que coûte à compenser, ne supportant surtout pas sa mise sur la touche de son mentor suite à ses blessures. Elle se met alors à la quête des meilleurs combattants qui pourraient lui permettre de ses remettre à niveau. Sans aucune subtilité, Cassandra défie bille en tête Lady Shiva, l’une des meilleurs assassins du monde. Son choix ne s’est pas fait par hasard, elle a reconnue en elle une sorte de sentiment familier à plus d’un titre.

Shiva de son côté écrase la jeune héroïne en lui assénant le fait qu’elle restera médiocre tant qu’elle retiendra ses coups. Par pur orgueil et malgré une fracture à l’épaule, Cassandra parvient à lui porter un direct qui surprendra la guerrière. Séduite et intriguée, Shiva accepte de redonner à Cassandra les clés afin de retrouver son instinct, en échange de la promesse d’un duel entre les deux femmes un an plus tard. Mais cette fois ce serait un duel sans merci jusqu’à la mort. Batgirl accepte. Mieux vaut être talentueuse un an que moyenne toute sa vie. De plus Cassandra confesse que si elle n’est pas une meurtrière, elle est encore moins une perdante.

Pourtant elle va petit à petit perdre un peu le contrôle, méprisant le danger qu’elle occasionne, ravivant la méfiance que peut lui porter le chevalier noir qui va l’isoler et l’éloigner de Barbara afin de reprendre le contrôle sur la moins docile de ses disciples (Damian n’existant pas du tout à ce moment-là de l’intrigue).

Même l'amitié s'illustre au combat...un vrai Conan cette gamine! ©2003-Damion Scott-DC COMICS

Même l’amitié s’illustre au combat…un vrai Conan cette gamine!
©2003-Damion Scott-DC COMICS

BATMAN MEURTRIER?

On le sait, les crossovers intervenant au beau milieu d’une intrigue cohérente, ça peut mettre un sacré bordel et peu de scénaristes savent nourrir leurs propres intrigues tout en illustrant le sujet qui vient parasiter leur histoire. Kelley Puckett n’est pas un auteur resté dans les annales mais pourtant, il parvient à s’attirer deux morceaux de choix en profitant pour répondre aux questions mises jusque-là en retrait.

1-L’identité de Batman
Resituons un petit instant, vous allez voir ça va être marrant:
C’est super simple, c’est un whodunnit:
Arrivée comme un cheveu dans la soupe et pas particulièrement liée à la genèse de Bruce, Cassandra est donc la seule de la Bat-family à ne pas connaître le secret de l’identité de son mentor. Avec malice, Puckett souligne d’ailleurs le peu d’intérêt qu’elle porte à la question.
Une nuit dans le manoir Wayne, une jeune femme du nom de Vesper Fairchild appelle la police, elle est en pleurs et visiblement blessée. Au cours de l’appel, on peut entendre un certain nombre de coups de feu. Un meurtre vient d’être enregistré sur le 911. La police de Gotham ne tarde pas à intervenir, malheureusement trop tard. Le principal suspect n’est autre que ce playboy de Bruce wayne qui a bien du mal à étoffer son alibi et donner le détail de son emploi du temps nocturne à la police, soupçonneuse. Son profil psychologique le prédispose à la violence. Batman finira donc en prison et ce sera à son équipe de réussir à prouver son innocence.

Cassandra a bien du mal à comprendre pourquoi tous ses collègues sont en effervescence pour ce milliardaire dont a elle à peine entendu parler. Barbara l’envoie donc récupérer les pièces à convictions au nez et à la barbe de la police puisqu’elle est la plus furtive du groupe. Les auteurs se font donc plaisir avec une narration séquentielle d’anthologie impossible à restituer en film. Batgirl parvient à utiliser les flashs photos de la police scientifique pour passer un peu partout parmi les policiers sans se faire remarquer. Un de mes meilleurs moments de lecture de comics, un peu après le duel de Elektra contre Kirigi par Frank Miller. Là encore lors d’une séquence mutique Cassandra, seule et à l’écart la famille soudée, déduit seule l’identité du célèbre détective. N’oublions pas qu’elle lit le langage corporel.

2-la reconstitution du meurtre.
Exercice de style totalement gratuit permettant une fois de plus au duo créatif de faire la démonstration de leur virtuosité narrative s’accaparant un nouveau chapitre symbolique au sein d’une intrigue policière, tout en approfondissant d’une manière originale les ressorts humains de leur propre série. Ici, dans une sorte de mime Nightwing et Batgirl tentent de découvrir comment a bien pu être piégé Batman en reconstituant la nuit du meurtre. La méthode du vrai coupable étant disséquée avec soin, son profil renvoie La jeune fille à celle apprises dans on enfance. Pour la suite, on ne spoilera pas une histoire qui mériterait sa propre entrée.
Enfin la série se recentre sur sa propre dramaturgie.
L’année se passe et l’échéance du duel avec Shiva se profile à l’horizon. Cassandra a bien évolué depuis.Elle s’est stabilisée, trouvé dans le clan de la chauve-souris un certain équilibre émotionnel qui a sensiblement résorbé son envie de courir à la mort. Contre toute attente, ce n’est pas grâce à l’amour que ce changement s’est opéré mais par la simple humanisation d’un esprit trop longtemps laissé à l’écart. C’est Spoiler qui a sans le vouloir orchestrer cette évolution. Je suis obligé de m’arrêter quelques mots pour expliquer qui est Spoiler:
Stephanie Brown est la fille d’un super-vilain minable régulièrement envoyé en taule par n’importe qui… En froid avec son père, elle se met en tête de réparer les torts du paternels en devenant une héroïne…totalement maladroite et sans aucun autre don que sa formidable probité. Un sens morale à toute épreuve, mais complexée lorsqu’elle s’intègre à la bande de Batman, dont chaque membre est expert en au moins 25 arts martiaux différents. Elle a du mal à communiquer sauf avec cette étrange Batgirl. Ensemble elles vont s’entraîner et si la jeune maladroite progresse physiquement, c’est d’une manière invisible qu’elle va transformer son amie.

Un duel climax-la violence et le combat en héritage. ©2003-Damion Scott-DC COMICS.

Un duel climax-la violence et le combat en héritage.
©2003-Damion Scott-DC COMICS.

C’est donc au vingt-cinquième chapitre, que la série va atteindre son climax. Lors du duel, Batgirl comprendra pourquoi les mouvements de Shiva lui semblent si familiers et va pouvoir comme dans les bons (et les moins bons) films de kung-fu régler son histoire personnelle, ses origines, jusqu’au secret de sa naissance, découvrir qui elle est au fond d’elle-même et battre Shiva à son propre jeu en stoppant son cœur avant de le faire redémarrer grâce à sa propre technique. S’il faut rapprocher personnage de Cassandra d’un autre, ce sera bien de Gally de GUNNM qui doit elle aussi se décider entre embrasser un héritage génétique violent ou construire son propre destin. Et d’ailleurs à bien y réfléchir ce n’est pas le seul point commun qu’on puisse trouver entre ces deux jeunes femmes fluettes qui surprennent par leurs talents de combattantes hors norme. Cette itération de Batgirl est sans doute l’une des influences venues du manga les mieux digérés de cette époque. Invisible et pourtant au milieu de la figure.

La série maintient par la suite son niveau en continuant de jouer sur la complicité que Batgirl possède avec Spoiler. L’épilogue de BATMAN MEURTRIER amènera la jeune guerrière à confronter une dernière fois son géniteur. Il ne restera plus qu’à explorer le cœur de notre héroïne qui comme un sabre resté trop longtemps à la forge voit enfin la lumière du soleil. C’est au cours d’une mission d’espionnage assez banale qu’elle découvre la nature de genre de sentiments auprès d’Alpha, une sorte de tueur romantique à la James Bond qui ne fera que passer.
Kelley Puckett et Damion Scott n’ont malheureusement plus d’histoires à raconter mais ils auront l’élégance de tirer leur révérence à temps. Bizarrement le monde des comics les oubliera totalement, le scénariste disparaissant totalement de la surface de la planète et l’artiste partant au Japon dans le but de faire de la BD internationale.
Les auteurs suivants ne sauront reproduire ce qui a dû être qu’une sorte d’accident alchimique. Cassandra sous la plume de Dylan Horrocks et Andersen Gabrych deviendra une super héroïne normale enlevant la saveur particulière à ce titre et par la suite tout se délitera inévitablement. J’ai même lu un épisode où Cassandra babillait comme une pie. Bizarre.
DC a depuis progressivement resserré son audience vers les personnages de base, abandonnant en friche toutes les jeunes pousses jusqu’à à les effacer carrément lors du FLASPOINT de 2011. Depuis le DC-REBIRTH, James Tynion IV essaie de réparer les dégâts. Cassandra reparaît soudainement et même si je suis obligé de louer les efforts considérables d’écriture de DETECTIVE COMICS, Orphan le nouvel alias de Cassandra totalement expurgée de son histoire, fait pâle figure. Jolie et souriante, la nouvelle Cassandra peine à s’incarner réellement. C’est bien dommage, comme il est dommage qu’au sein d’une industrie qui cherche à se renouveler en donnant de nouveaux visages variés pour une jeune génération en quête d’une identification plus diverse et plus complexe, n’ait pas pu lui trouver une place naturelle. Celle qui revient aux bons personnages et pas aux portes drapeaux vides qui n’existent que pour véhiculer une idée et non pas une histoire.

Aussi fugace que la fumée, cette Batgirl aura su laisser quelques traces. ©2003-Damion Scott-DC COMICS

Aussi fugace que la fumée, cette Batgirl aura su laisser quelques traces.
©2003-Damion Scott-DC COMICS

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La saga de Cassandra Cain, Batgirl des années post-Cataclysm vous est contée chez Bruce Lit Par Eddy Vanleffe

La BO du jour ; Carrie, cette Outsider…

26 comments

  • midnighter  

    excellent article

  • JB  

    Très forte, cette scène de reconstitution du meurtre de Vesper,surtout quand elle dépasse le simple mime. J’adore le personnage, et ce que j’en vois du film Birds of Prey me fait très peur.

  • Nikolavitch  

    J’aime beaucoup cette série et cette incarnation de Batgirl

    Seul défaut au départ, le mutisme du personnage entraîne pas mal de scènes totalement muettes au début de la série qui du coup manquent pas mal de lisibilité. ça s’arrange assez vite, et mine de rien les auteurs posent assez rapidement une sacrée brique dans la bat-mythologie.

  • Présence  

    Merci beaucoup pour cette présentation qui éclaire un personnage effectivement bien mystérieux. J’avais souvent vu cette Batgirl en image, avec ce costume qui tranche par rapport à ceux du reste de la famille. Quand DC Comics a réédité la série en 2016, j’ai sauté sur le premier tome, et j’aurais bien eu besoin de ton article pour pouvoir comprendre d’où sortait la demoiselle.

    J’ai bien aimé sa réapparition dans Detective Comics de James Tynion IV, mais il est vrai que je n’avais pas la même connaissance que toi du personnage. Au vu de ton article, je me demande si je ne vais reconsidérer le fait de lire les tomes 2 & 3… Je sens mes réticences fondre comme neige au soleil.

  • Manu  

    Un excellent article, très clair, et qui permet de combler certaines de mes lacunes du batverse. Je ne suis pas spécialement fan du dessin, mais je suis d’accord pour trouver le découpage des cases bien rythmé, et l’histoire est prometteuse. Je met ça de côté si une VF sort un jour

    • Présence  

      Sympathique plongée dans le passé : on retrouve TOUT sur internet.

      • Jyrille  

        Ce blog est graphiquement beau en tout cas ! Et tu parles de bds que je ne connais pas du tout, encore une fois ;)

        • Eddy Vanleffe  

          Merci pour Alex et Fred qui tiennent le site ouvert sans moi depuis que j’ai perdu la foi…
          si vous fouiner vous pourrez voir des trucs très immatures de ma part et des purs délires de la part d’Alex,
          on voulait faire un studio de BD sur le modèle des CLAMP et ça a dérivé en blog bd… la plupart du temps, on n’avait peu de vues et la motivation s’est un peu barrée…
          mais on y reste attaché….

  • Matt  

    Intéressant. Je ne connaissais pas du tout.

    « VF : faut chercher »
    Ah…

    Cela dit, je me suis toujours demandé si j’allais franchir le pas de me procurer Non man’s land. Il semble y avoir des mini séries très cool dedans. Mais aussi des machins kitschs plein de costumes nuls façon Azrael et tout. Et beaucoup de tomes à prendre chez Urban…
    Mais le concept de la ville en ruines isolée, de la pègre qui prend le contrôle et de l’absence de Batman est cool.

    • Eddy Vanleffe  

      Merci à tous encore une fois….
      que des commentaires positifs, ça motive… :)

      @JB, comme toujours on a un background rempli de points communs.

      @Alex: le premier tome est pas super lisible? C’est possible après tout je n’ai pas beaucoup de recul. j’ai tellement adoré cette version du perso que je ne m’en suis pas aperçu… j’étais même persuadé du contraire…mais oui clairement on voit un style se peaufiner au fur et à mesure des pages…

      @présence, oui la série est à lire au moins jusqu’au 25… la version de Tynion est pas mal, on sens qu’il a voulu repêcher le personnage mais sans son histoire avec un nom comme Orphan, je ne comprends pas…

      @Manu, le film va venir peu importe ses qualités, cela justifiera peut-être la traduction…. je croise les doigts…

      @PierreN: c’est trop drôle de revoir ça…^^ je radote en fait…jusqu’à mon commentaire sur l’article d’hier qui reprends certains ressentis… je suis un petit vieux…^^

      @Matt. je ne chercherais pas à te convaincre: No Man’s Land C’ est 5 énormes pavés. On ne va pas se leurrer certaines histoires sont moins bien, mais on a pas trop de « superslips colorés à la con »….Azrael s’il apparaît (je ne m’en souviens plus et je ne l’aime pas du tout..^^), c’est vraiment en tant que « homme de troupe du Batman ».
      le perso principal, c’est Gotham…. donc on a des trucs très divers comme le siège d’une églises pleine de réfugiés défendue par Huntress, un truc sur le Pingouin dessiné par D’israeli (très indépendant comme feeling), un faux procès de double face qui s’est entiché de Montoya, le problème de ravitaillement en produits frais qu donne lieu à des accords avec Poison Ivy… Un Luthor qui tente remettre la main sur la ville et Un Bruce Wayne qui le contrecarre. les personnages ont des réactions logiques au vu de la situation de crise et au vu de leurs personnalités..;Rien ne m’a paru incongru et too much…inégal forcément. j’ai même pas tout retenu mais l’histoire principale est un terreau fertile pour raconter plein de petites histoirettes bien sympatoches… je trouve les bat-crossovers bien mieux conduits éditorialement que la plupart chez Marvel

      • PierreN  

        « je trouve les bat-crossovers bien mieux conduits éditorialement que la plupart chez Marvel »

        À l’époque, c’était encore l’editor Denny O’Neil* (et ancien scénariste du Batou) qui supervisait encore l’ensemble, non ? Ceci explique cela.

        *du post-Crisis jusqu’à l’an 2000

        • Eddy Vanleffe  

          a mes yeux, celui de trop c’est war games… redondant à tout point de vue
          Bruce Wayne Murderer/fugitive, c’est peut-être à cause du côté enquête et aux épisodes de Batgirl mais j’ai adoré…

          • JB  

            J’aurais dit War Crimes ou Legacy. War Games au moins a l’utilité de changer la donne à Gotham.

        • Matt  

          C’est 6 pavés No man’s land^^ Pas 5.
          A prix cassé je dis pas non, surtout qu’il prait qu’il y a de bonnes petites séries comme celle avec l’épouvantail qui tient une église en otage ou un truc du genre, une histoire avec Poison Ivy et Clayface.
          Mais j’ai feuilleté quelques épisodes en ligne et certains me font fuir avec la bat family multicolore qui se chamaille…
          Cette notion d’héritage je ne la perçois pas comme toi^^ Je trouve plutôt ça craignos que des gamins et gamines imitent un type comme Batman.

  • Tornado  

    Excellent article, alors que je n’étais pas intéressé du tout par le personnage au départ (de même que je n’étais pas du tout intéressé par le personnage de Batwoman jusqu’à ce que je lise le nom de J.H. Williams III à l’époque).
    En lisant la genèse, on se dit effectivement que cette jeune fille semble être le modèle de tout un tas de super-héroïne badass qui ont émergé depuis, Hit-Girl mais aussi X-23. J’avais adoré les premières mini-séries mettant en scène X-23, et je me dis que cette série Batgirl a l’air largement aussi bien.

  • Jyrille  

    Encore un personnage, un scénariste, un dessinateur, un run que je ne connaissais pas du tout ! Merci Eddy pour ma culture, comme d’hab. J’aime beaucoup ton passage sur l’adoubement, il est vrai que chez DC cela semble revêtir plus d’importance que chez Marvel… Enfin d’après mes faibles connaissances.

    Je ne vois pas trop le rapport avec le passé de Hit Girl, en tout cas pas au début de Kick Ass. Ou alors j’ai oublié des choses (j’ai revu récemment le premier film mais ça fait un bail que je n’ai pas relu la bd).

    Minute relektor : je vais uniquement relever « habilité » utilisé à la place de « habileté », une erreur commune ;)

    Je ne pense pas chiner pour trouver tout ça mais les dessins me plaisent bien. Pas ce que je préfère mais ce n’est vraiment pas déplaisant.

    La BO : bon choix de titre, mais malgré toutes mes tentatives et les présences de Maynard James Keenan et de Paz Lenchatin (sur le premier album au moins pour cette dernière), je n’aime pas ce groupe et ce qu’il propose ne m’intéresse pas. Tu as vu le clip du dernier album qui est un hommage direct à H2G2 et son « Salut et merci bien pour le poisson ? »

    https://www.youtube.com/watch?v=KJZ9DwFTlTU

    https://www.youtube.com/watch?v=r03V9OEJlgg

    • Eddy Vanleffe  

      C’est Bruce qui a dû rajouter la BO, je l’avais oubliée… ^^

    • Matt  

      Ah tiens Eddy, si on joue au Relektor, il y a quand même un truc que j’ai remarqué (et no offense hein ! C’est pas un reproche méchant) : tu bouffes des mots régulièrement^^ A l’écrit. Il manque un mot pas ci, 2 mots sont inversés par là.
      Eh je suis pas parfait non plus hein ! C’est juste une remarque. Des fois je bute et je reviens en arrière pour comprendre tes phrases.

      • Eddy Vanleffe  

        tu as totalement raison…
        la difficulté pour moi en relecture est de « voir » ces oublis…puisqu’en fait… je les vois….
        c’est coton à expliquer…

        mais je ferais encore plus gaffe

  • Chip  

    Merci pour le coup de projecteur qui fait envie – je ne la connaissais que via Orphan.

  • Kaori  

    J’ai le droit de dire que j’adore tes articles, Eddy ??? J’ai le droit ???
    M’en fous des petites coquilles, ça ne gâche rien au plaisir de te lire.

    Cassandra Caïn est un personnage qui ne m’a jamais trop attirée, et ce que tu en dis sur la partie « film Honk Kongais » me rebute encore un peu, par contre tu m’as donné envie de relire BATMAN MEURTRIER ET FUGITIF que j’ai adoré et qui me fait encore une fois réalisé combien depuis 20 ans rien n’arrive à redonner la flamme à la Batfamily.
    Du coup je jetterais peut-être quand même un œil sur cette série, par pure nostalgie.

    Tu soulèves aussi un point très intéressant concernant la personnalité de Batman. C’est le premier choc que j’ai eu en me plongeant dans l’univers DC Comics : une personnalité bien plus sombre et moins honorable que celle présentée au grand public à travers les films et la série animée… Je ne suis pas sûre qu’il serait le super-héros préféré s’il était présenté sous son « vrai » jour…

  • Ben Wawe  

    J’avais lu quelques épisodes dans l’un des magazines Semic sur DC, avec les Outsiders et Teen Titans ; c’était cool. Je trouvais que la série était la plus faible du trio, moins pour sa qualité propre que par le haut niveau des deux autres. Mais la proposition graphique et narrative me plaisait bien.
    Le perso’ était bien écrit et bien animé. Elle n’a jamais retrouvé ce niveau, depuis.
    Faut dire aussi qu’elle était devenue vilaine un moment, aussi…

  • Ben Wawe  

    Ho, et bravo pour ce très bon article, qui donne envie d’y replonger !

  • JP Nguyen  

    Je me joins aux autres pour te féliciter, Eddy, il est au top, ton article !
    Tu me redonnes la nostalgie de cette époque, que j’ai un peu suivi en VO (j’ai lu No man’s Land, New Gotham et Murderer mais pas Fugitive)
    Sur les blogs VO, cette itération de Batgirl était souvent citée comme une référence en bad-asserie. Les dessins ne m’attiraient pas, bien que certains exemples montrés dans l’article soient pas mal du tout. Dans certains visages, je retrouve un peu le style de Joe Quesada…

  • Eddy Vanleffe  

    Merci à tous ceux du soir…^^

    @Kaori
    T’aimes pas le cinéma hong-kongais? tu loupes plein de petites pépites tu sais, notamment sur ce qui a pu ré-nourrir la dimension du combat à min nues dans les comics, sens du la posture, chorégraphies, pourquoi à ton avis tout le monde fait des arts martiaux maintenant (même spider-man élève de Shang-shi).
    Batman Meurtirer etc..est une des mes histoires favorite (pas tous les chapitres ). On va se reparler de cet univers tu verras…
    @Ben.
    Merci d’être passé. Je me souviens de ce magazine (je dois encore les avoir…) cette nouvelle itérations des Teen Titans m’avaient pas emballé. j’étais fan de la précédente de Grayson-Faerber (auteur mésestimé…)
    @JP
    Quesada? j’u avais pas pensé mais bien joué… il y en a aussi…^^

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