UNE DECENNIE MUSICALE DE MERDE – Top10 2010-2019

UNE DECENNIE MUSICALE DE MERDE – Top10 2010-2019

Un top de PATRICK 6

«C‘était la meilleure des époques, c’était la pire des époques »

Comme vous le savez tous nous avons basculé il y a quelques mois de cela dans une nouvelle décennie. La période idéale en somme pour les bilans et les regards en arrière… En bon maniaque obsessionnel des Top 10 et des classements en tous genres, j’avais initialement pensé à faire un classement de mes albums préférés parus entre 2010 et 2019. Dix ans, un Top 10, ça coule presque de source (que voulez-vous on est fan de HAUTE FIDELITE ou on ne l’est pas !) Et puis une discussion mouvementée avec une de mes contacts sur Facebook m’a fait changer d’avis. Je soutenais que les 10 dernières années (je suis même monté à 20 tant que j’y étais) avaient été moins marquantes musicalement parlant que les précédentes. Bien évidemment on me soutenait avec virulence le contraire… (Les gens peuvent être contrariants vous savez).

Alors soyons clair et évitons les malentendus : non je ne pense pas que la dernière décennie soit moins créative que les 60 précédentes. En vertu de quoi la musique serait-elle morte avec le suicide Ian Curtis ou celui de Kurt Cobain ?

Cependant force est de constater qu’aucun style musical nouveau n’est apparu ces 20 dernières années. Précédemment on pouvait aisément rattacher (au moins) un style musical à chaque décennie : 50’s Rock’n’roll, 60’s Psychédélisme, 70’s Punk, 80’s New wave, 90’s Grunge… Chacun d’entre vous, selon ses gouts, peut aisément changer le style à rattacher à la période concernée (Hey qui suis-je pour vous juger si vous rattachez le Disco aux 70’s !!?)

Bref tout ceci est fini depuis longtemps, de nos jours c’est chacun pour sa peau, les mouvements collectifs sont tombés en désuétudes. Bon pourquoi pas après tout. Autres temps, autres mœurs, on ne pouvait quand même pas espérer que l’âge d’or de la musique pour les masses allait durer pour toujours.

Bon alors je vous vois venir, vous allez me dire « Ouuh le vieux con réac qui pense que c’était mieux avant !» Que nenni ! Il y a dieu merci beaucoup de très bons disques sortant régulièrement. Cependant la crise du disque étant passé par là l’expérimentation musicale n’est plus vraiment d’actualité.

Bon alors voilà la situation : l’industrie du disque s’est effondrée. Vendre des disques n’est désormais plus suffisant pour faire vivre des musiciens (« Si tu aimes les groupes tu vas les voir en concert et tu achètes leurs tshirts » semble être le nouveau mantra Rock’n’rollien). L’heure n’est plus à l’expérimentation, les ingénieurs du son fous comme Martin Hannett ne pourraient plus exister de nos jours ! Qui pourrait encore financer des heures de recherches musicales en studio ?

Tout n’est pas noir ceci dit : les groupes inconnus ont désormais accès à un public bien plus large qu’à l’époque du vinyle roi. Ils ne dépendent plus de maisons de disques (qui se servaient TRES généreusement au passage). Bref en supprimant les intermédiaires c’est maintenant directement du producteur au consommateur (ou devrais-je dire du musicien à l’auditeur). D’autant plus que l’avancée des techniques a rendu la création musicale possible depuis son propre salon.

Bon devons-nous en déduire que notre époque est condamnée à la créativité bon marché et aux productions cheaps ? Et bien c’est justement là qu’intervient mon Top 10 ! Je me suis amusé à lister les 10 groupes ayant, selon moi, le plus fait avancer le Schmilblick durant cette dernière décennie, en jouant la surprise ou la créativité.

10 – LIESA VAN DER AA « Troops » 2012                

On commence en beauté avec la jeune Liesa Van Der Aa. Originaire d’Anvers et de formation classique (elle a commencé le violon à 5 ans), elle s’est éloignée de son héritage classique avec la maturité pour se tourner vers des sons plus contemporains, sous l’influence de mentors tels que le Velvet Underground.

Artiste protéiforme elle s’essaie aussi bien au théâtre, qu’à la réalisation et bien évidemment à la musique ! A 25 ans elle enregistre son album « Troops » à Berlin avec le producteur d’Einstürzende Neubauten, Boris Wilsdorf. Elle l’a intégralement composé seule en n’utilisant que du violon et des multitudes de pédales d’effets ! Joué de manière tout à fait inattendue le son du violon est torturé, saturé, parfois dissonant mais toujours intriguant !

Privilégiant l’expérimentation, elle compose une musique hybride mélangeant classique, avant-garde atmosphérique et bien sûr Rock !

09 – ANNA VON HAUSSWOLFF « Dead magic » 2018

S’il y a bien une artiste qui n’a pas peur de prendre des risques c’est bien Anna Von Hausswolff ! La Suédoise multi-instrumentiste pour son 4ème album nous amène une nouvelle fois dans des contrées fantasmagoriques (et disons le vaguement inquiétantes). Composé de 5 titres (durant 9 minutes en moyenne) l’album égraine les ambiances tourmentées et étranges.

« Dead magic » a été enregistré dans une église à Copenhague par producteur Randall Dunn – qui officie habituellement pour le groupe de Drone Metal américain Sunn O))). Il tenait en effet à ce que l’orgue de cette église soit l’instrument principal du disque. Dès lors, en toute bonne logique, l’album sonne aussi religieux qu’effrayant. Une sorte de BO de film d’épouvante. Un étourdissant crescendo apocalyptique quelque part à mi-chemin entre le Drone et du Folk Gothique.

Alors ok ce n’est pas forcément le disque que je recommande si vous avez envie de faire la fête, mais si vous vous donnez la peine d’aller au-delà de du voile opaque et quelque peu lugubre qui entoure ce disque vous y trouverez une beauté à nulle autre pareil !

08 – OM « Advantic songs » 2012

OM ? Mais qu’est-ce que c’est que ça ? Un groupe de supporters Marseillais ?? Non point, il s’agit d’un groupe Californien n’ayant probablement jamais entendu parler de l’équipe phocéenne ! Même si cela ne s’étend pas réellement le groupe est issu de la scène Doom. Le groupe s’est progressivement éloigné de ce style pour se tourner vers l’acoustique sous haute influence orientale ! L’accent est mis sur l’ambiance bien plus que sur le côté métallique. L’empreinte de Dead Can Dance (dont nous parlerons plus bas) sera manifeste tout au long de ce disque. Appelant tout aussi bien à la méditation transcendantale qu’au repli introspectif, l’album vous bercera de ses percussions hypnotiques et de ses rythmes incantatoires. Une étonnante succession de plages musicales tout aussi bien calmes que menaçantes !

La pochette (comme souvent) reprend une iconographie abrahamique (il s’agit ici de St Jean Le Baptiste). Ceci dit l’ésotérisme du groupe est tel que chacun est libre d’interpréter cette pochette comme bon lui chante. Ce qu’il faut avant tout retenir c’est ce son phénoménal et étrange (on ne sera pas surpris d’apprendre que Steve Albini a produit 2 de leurs albums précédents). Plus chuchoté que réellement chanté, le disque est avant tout basé sur des rythmes tribaux lancinants, ce qui n’est absolument pas gênant tant les morceaux ont une indéniable qualité de composition intrinsèque.

L’orchestration (surtout des cordes, des instruments traditionnels et des percussions) évite dieu merci les récifs de la World music pour conserver un aspect plus personnel. Foncièrement originale, leur musique les éloigne définitivement de toutes possibilités d’étiquetage. L’OM vous offre un voyage mystique en terre inconnue. Il n’appartient qu’à vous de vous embarquer.

07-ANOHNI « Hopelessness » 2016

Anohni, alias Antony Hegarty (l’ancien chanteur d’Antony and the Johnsons) est un cas quasi unique dans l’histoire de la musique moderne ! Tout d’abord pour sa voix incroyablement habitée et dense. Si on l’écoute sans avoir l’image, on jugerait entendre une femme noire, digne héritière de Nina Simone ou Billie holiday, mais non… Antony est né en tant qu’homme caucasien en Angleterre. Sur la pochette de son premier album avec les Johnsons il posera néanmoins habillé en Drag queen. Il produira ensuite une poignée d’albums aussi flamboyants que mélancoliques (notamment le sublimissime « I am a bird now » en 2005).

En 2016 pour entériner son statut de femme transgenre, Antony féminise son prénom et sort son premier album sous le nouveau nom d’Anohni. A nouveau patronyme, nouveau style musical. Désormais l’électronique a pris le pas sur le piano. L’artiste affirmait vouloir s’affranchir de la tristesse inhérente à sa précédente incarnation. Bon de ce point de vue là, on ne peut pas dire qu’Anohni ait franchement réussi son pari tant la mélancolie règne toujours en maitresse absolue sur son œuvre. Par contre l’aspect symphonique et les arrangements somptueux de cordes ont désormais laissé leur place à un son synthétique froid et sophistiqué.

Par ailleurs le discours c’est nettement plus politisé. Fini les Love songs dépressives, Anohni dresse désormais un constat foncièrement pessimiste sur l’évolution de notre monde. Outre son discours écologique fort, le disque évoque également les droits des transgenres, ainsi que les dérives politiques et économiques de nos sociétés occidentales.

Anohni accouche d’un chef d’œuvre magistral en risquant de remettre en cause la formule qui avait fait sa gloire. Hors norme qu’on vous dit.

6 – OTHER LIVES « Tamer animals » 2011

Originaire de l’Oklahoma (au Sud des Etats-Unis), the Other lives est un quintet aux antipodes des groupes de Country locaux. Impossible d’étiqueter leur musique tant elle se révèle aussi personnelle qu’inattendue.

La première chose qui s’impose à l’écoute de cet album est la qualité des compositions et la finesse des arrangements. L’aspect symphonique est ici prédominant. Pour autant le groupe évite la surenchère en dissimulant leur lyrisme derrière de fines mélodies. Les sonorités sophistiquées ne servent ici qu’à servir la gravité de la musique.

L’atmosphère du disque évoque un peu le psychédélisme des années 60-70. Plus encore l’influence d’Ennio Morriconne semble se tapir dans l’ombre des compositions somptueuse de The Ohter lives. En dépit d’une apparence Folk le groupe s’éloigne résolument des grands espaces des plaines du Far West. S’il est bien question ici de cinémascope, ce sera surtout pour admirer des paysages crépusculaires et solitaires. Une ambiance de douce mélancolie semble y régner pour notre plus grand plaisir.

Un album hanté, dense et habité.

5 – NICK CAVE « Ghosteen » 2019

Un fantôme adolescent.

Une allusion littérale au fils du chanteur, décédé en 2015 suite à un accident tragique (intervenu alors qu’il était sous l’emprise du LSD). L’album de Nick Cave, sorti l’année suivante « Skelton Tree » (pour l’essentiel écrit avant la tragédie) était déjà immensément mortifère, sombre et tourmenté, mais comparé à ce nouvel opus il passe carrément pour la Compagnie Créole sous acide ! On va bien s’amuser.

Bon remettons les choses dans l’ordre pour les néophytes. Nick Cave est un vieux de la vieille. Revenu de tout, après des débuts trashs et déjantés au sein des Boys next door en 1978, puis de The Birthday Party en 1980. Il a tout essayé, donné dans tous les excès, les overdoses Nicky les enchaine comme d’autres enfilent les perles. Lassé par ces dérives, le chanteur a peu à peu endossé le costume à l’élégance sobre du crooner crépusculaire.

Décharné et aride « Ghosteen » se nourrit d’ambiance Bluesy ou même Jazz, mais le tout revu à la sauce minimaliste et dépressive. Tournant le dos délibérément à ce qui avait fait sa gloire (les guitares), Nick Cave donne désormais le premier rôle aux claviers. Les nappes de synthés brumeuses occupent à présent une place maitresse (au point d’éclipser totalement la 6 cordes). Ethérée et désertique la musique laisse le soin au chanteur d’apporter la mélodie en même temps qu’un spleen résolument désespéré.

L’album se divise en deux disques, si l’on en croit son auteur, le premier album est « consacré aux enfants » et le second se centre sur « leurs parents ». Le premier CD se compose de chansons (si toute fois on peut encore appeler ces traits de désespoir pur « des chansons »), alors que le second est plus atmosphérique, à la limite de l’instrumental.

Ce disque a autant servi d’expiation et de catharsis à son auteur qu’il servira à vous emporter par son désespoir contagieux. (Glad to be sad, ok, mais évitez quand même de faire prendre du LSD à vos enfants hein…)

4 – DEAD CAN DANCE « Anastasis » 2012

Puisque nous sommes au rayon “vieux de la vieille” restons-y, avec Dead Can Dance, les dieux vivants des années 80 ! Le duo a été fondé en 1981 en Australie par Lisa Gerrard et Brendan Perry. Ils se sont séparés en 1996 après avoir sorti 7 albums studio (tous fondamentaux, tous indispensables) et avoir enfanté (involontairement) une ribambelle de groupes catalogués « Heavenly voices » …

Chacun de leur côté, Brendan (et surtout) Lisa ont sorti une pléiade d’albums solo et de musiques de films (plus ou moins inspirées selon le cas). C’est à la surprise générale que, 16 ans plus tard, le groupe se reforme ! Autant dire ce qui est, les retours des gloires défuntes rock’n’rolliennes sont généralement synonymes d’opportunisme et d’albums ratés. Cependant dans le cas de DCD c’est exactement le contraire ! Le groupe pour son majestueux retour a produit un album profond et habité et, à mon sens, bien plus réussi que le « Spirit chasser » de 1996.

On retrouve avec joie l’univers intact du groupe : mysticisme, rythmes incantatoires, percussions orientalistes et chant aux accents liturgiques. Le duo est heureux de se retrouver et cela s’entend ! Les 8 titres qui composent le disque (d’une durée moyenne de 7 minutes) permettent à l’auditeur de s’immerger dans l’atmosphère de cet album captivant. La voix féérique de Lisa Gerrard n’a pas changé et nous emporte toujours dans un autre univers avec son langage imaginaire (mais qu’étonnement tout le monde comprend).

L’album fait office de synthèse de toutes les incarnations précédentes du groupe : une touche de Gothique ici, un zest de World music par-là, un brin d’onirisme planant par ici… Le tout soudé par une vraie cohérence stylistique et esthétique.

Seul petit bémol plus qu’une œuvre d’un groupe on sent bien que ce retour est avant tout à l’initiative de Brendan Perry (il est à la base de la plupart des morceaux, même si, bien évidemment l’apport de Lisa Gerrard est indéniable). Ainsi le choix du chanteur a été de mettre en avant les synthés (là ou autre fois de vraies cordes étaient conviées à l’enregistrement du disque). Conséquence logique le disque manque d’impact et perd un peu en puissance. Mais bon à ce niveau d’excellence je chipote vraiment…

03 – MONO « For my parents » 2012

Mono est tout simplement mon groupe japonais préféré de tous les temps. A tel point que faire apparaitre ce groupe dans ce Top m’est apparu immédiatement comme une évidence. Cependant le choix de l’album m’a été beaucoup plus difficile tant je les aime tous ! Quoi qu’il en soit j’ai choisi « For my parents » car c’est le plus « Pop » (si toute fois ce terme a le moindre sens dans le cas de Mono). Il est plus mélodique et plus mélancolique que les précédents (et pour cause ! Le groupe venait juste de s’affranchir de la houlette de Steve Albini, producteur de leurs précédents albums). Le disque se rapproche un peu de (l’extraordinaire) BO du film The Fountain.

Quoi qu’il en soit le groupe continue à faire évoluer la formule qui a fait son (relatif) succès depuis sa fondation (en 2000) : étaler des arrangements somptueux de corde, les faire progresser dans un lent crescendo (compter 7 ou 8 minutes par morceaux) puis les faire exploser dans une apocalypse de guitares saturées et de larsens.

La musique, uniquement instrumentale, est destinée à vous emmener dans un voyage émotionnel et introspectif. Alternant les atmosphères douces et planantes avec des conclusions aussi dissonantes que violentes, le groupe déstabilise son auditoire, qui ne sait tout simplement plus sur quel pied (ne pas) danser !

Comme le titre de l’album l’indique le groupe a spécialement tenu à retourner à leurs racines et rendre hommage à leurs parents. « Nous espérons que cet album sera un cadeau d’enfant à parent. Alors que tout le reste continue à changer, cet amour reste une constante à travers le temps »

Onirique et rêveur l’album est l’occasion parfaite de se remémorer son enfance, se rappeler d’où l’on vient et le chemin que l’on a emprunté pour arriver à la situation actuelle. Se présentant comme une lente spirale hypnotique et ascensionnelle, le groupe appelle définitivement au rêve, à la nostalgie et à la mélancolie.

02 – ALCEST « Kodama » 2016           

Un groupe français à la 2ème place de mon Top de la décennie ! Qui l’eût cru ?

Alcest est l’un des rares groupes pour lesquels un nom de style musical a été spécialement créé : le Blackgaze ! (Bon ok s’ils n’ont pas été les premiers à emprunter cette voie, ils furent au moins ceux qui l’ont mené dans sa forme la plus aboutie). En résumé il s’agit ici de mêler le Black Metal et le Shoegaze ! (Hard et New Wave – pour simplifier à l’extrême-).

Après l’album précédent « Shelter » aux accents très Pop (avec un petit côté Rock Héroïque), presque lumineux (blasphème), Alcest revient à ses ténèbres adorées !

Profond et sombre, l’album mélange hardiment guitares saturées, caisses claires et chant fantomatique ! N’essayez pas de comprendre ce que dit le chanteur (Stéphane Paut alias Neige), car sa voix est volontairement noyée. Le chant est ici traité à égalité avec les autres instruments. Pour comprendre les textes (noirs et tourmentés, vous vous en doutez) il vous faudra vous reporter au (somptueux) livret. Le chant (fragile et fluet, passant au sein du même morceau de la douce mélodie au cri cathartique) n’est absolument pas prédominant.

L’album aurait pu s’appeler « Spleen et idéal » tant il fait rimer béatitude hypnotique avec le désespoir le plus noir ! La mélancolie est bien évidemment prépondérante et le groupe nous invite à un voyage contemplatif. A travers une théâtralité manifeste le groupe évoque tout aussi bien la difficulté de s’intégrer à la société, que l’évolution négative de notre monde. Empreint de spiritualité fantomatique (le coté Black Metal), Neige évoque le déséquilibre criant entre nos sociétés industrielles et le monde naturel.

Comme son titre l’indique l’album tire son nom du folklore japonais (« Kodama » signifie « Esprit d’arbre » aussi bien que « Echo ») et le dessinateur Hayao Miyazaki fait parti des références avouées du chanteur. L’influence nipponne se retrouve dans la musique aussi bien qu’au travers de sa superbe pochette !

En tous points remarquable, Alcest a su mélanger des influences qui paraissaient à priori irréconciliables, pour mieux les dépasser et créer un univers personnel, puissant et onirique.

01 – GODSPEED YOU! BLACK EMPEROR “Alllelujah ! Don’t bend, ascend” 2012

Les grands maitres du genre ! Alors en introduction précisions que Godspeed you ! Black emperor est bien le nom du groupe et non pas celui de l’album. Le collectif de Montréal (8 membres, mine de rien) étant habitué aux titres à rallonge et aux concepts alambiqués.

Fondé en 1994, Godspeed (pour les intimes) a sorti 6 albums tous publiés par le label Constellation. L’étiquette « Post Rock » a sans doute été créée pour ce groupe ! Bon pour les néophytes précisons que le Post-Rock se caractérise par l’utilisation d’instruments habituels (j’ai failli dire « classiques ») dans le Rock, mais joués de manière totalement inhabituelle ! Des boucles sont utilisées en veux-tu en voilà, les guitares électriques sont jouées avec des archets, etc… Un début de morceau tout en douceur avec une fin apocalyptique est habituellement la structure de ce genre musical (instrumental pour l’essentiel).

Si le groupe a surtout marqué les années 2000, avec notamment son prodigieux «Lift Your Skinny Fists Like Antennas to Heaven » (des titres à coucher dehors qu’on vous dit), il continuera cependant à illuminer la décennie suivante avec leur mélange d’ésotérisme et d’introspection à coup de larsens dans la tronche.

Pour faire plaisir au taulier de ce blog, signalons que le groupe est souvent assimilé au Pink Floyd du début des années 70 (Meddle en tête). Je ne cautionne pas nécessairement ce comparatif, mais il faut bien faire des efforts pour attirer le chaland… Du reste n’hésitons pas à le dire, le groupe brasse allégrement de multiples influences : Electro, Jazz, Psychédélique, Drone, Kraut, Noise… J’en passe et des meilleures.

Quoi qu’il en soit, vous l’aurez compris, la mélodie n’est pas nécessairement la priorité du groupe. Déstructurée et chaotique la musique du groupe vous prend aux tripes et exprime avant tout une urgence et un malaise intérieur.

Au niveau duré des titres c’est la fête, cet album ne compte que 4 titres, dont deux durent 20 minutes ! Amis des Pop-songs fluides et linéaires passez votre chemin ! Godspeed n’est pas le genre de groupe que l’on écoute en fond sonore, apprécier leur œuvre demande une immersion et un investissement personnel important.

Impossible de qualifier la musique du groupe sans tomber dans les superlatifs : planante, envoutante, hypnotisante, bouillante, furieuse… et surtout totalement barrée ! Bref ça part dans tous les sens, prenant le risque au passage de perdre une partie de leur auditoire, mais les risques, le groupe n’a jamais eu peur d’en prendre ! Aussi intransigeant qu’intègre, Godspeed continu sa démarche jusqu’auboutiste sans se soucier de l’adhésion des masses. Et paradoxalement chacun de leur album se retrouve en tête des ventes ! Incroyable.


47 comments

  • Kaori  

    Bien joué Patrick. A part Mono et DCD, je ne connaissais aucun groupe. Et je ne connaissais aucun des titres de ce top.

    Dans l’ensemble, j’aime bien. Je veux dire par là qu’il n’y a aucun titre qui m’a fait coupé le son. C’était même agréable.
    J’ai eu un coup de coeur pour Other Lives et pour Alceste. J’adore cette manière de traiter la voix comme un instrument, à égalité avec les autres instruments. Ca donne un rendu vraiment particulier, très réussi. C’est la première fois que j’entends quelque chose comme ça.

    Concernant Mono, j’ai découvert ce groupe pendant le confinement, sur une playlist commune. Le morceau s’appelait Ashes in the snow. J’ai adoré. Magnifique titre qui aurait sa place dans un film… (d’ailleurs j’étais persuadée que c’était tirée d’une BO !)

    J’ai de quoi faire quelques recherches, maintenant !

  • Eddy Vanleffe  

    Re-Hello Patrick !

    Bon je suis un peu comme toi. Ton article m’a incité à tenter selon mes sensibilités de trouver des « sons » ou des « groupes » nouveaux et le seul « trend » que je peux voir se dessiner ces derniers temps ce sont d’un part ceux qui veulent reproduire un « feeling » historiquement marqué un peu comme si un compositeur s’astreindre r à faire une pièce selon les canons de Bach voire même d’un type d’œuvre très codifiée come un ballet ou un prélude. Dans cette catégorie on trouve pléthore à la fois dans le metal ou dans cette fameuse synthwave (que penses-tu de ce mouvement ? ) des nostalgiques ? Des passeurs ? Ou des fumistes ?
    Peu importe le plaisir s’il est là…
    Je connais un petit groupe de mon coin (au chômage technique forcé) appelé CLEYTONE. C’est dans la mouvance Rival sons.
    je serais incapable de vous dire si c’est commercial ou non, mais sur scène le batteur assure un show incroyable et très vivant.
    La deuxième tendance serait de mélanger deux trucs très divisés en leurs temps. Ce n’est pas neuf puisque RAMMSTEIN ou RAGE AGAINST THE MACHINE a largement popularisé tout ça. Mais ça se généralise un peu tous azimuts. Grosse mouvance entre FOLK et metal ou programming.
    Je te préviens donc par rapport à la liste que j’ai mis au-dessus, c’est fort ambiance païenne la plupart du temps.
    Mais je réitère sur THE HU à peu près la seule interface que l’on pourrait avoir avec le folklore mongol…
    Présence a mis HEILUNG sur FB et je suis envouté à mon tour. Quelque part on a une recherche du son similaire à certains expérimentateurs comme DEEP FOREST voire même Mile Oldfield…
    Et oui putain il faut que j’achète du Alcest…

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