Vivre vite, mourir jeune, faire un beau cadavre (Deadly Class)

Deadly Class par Rick Remender et Wes Craig

Kill for me !

Kill for me ! © Image Comics

Un conseil de classe signé BRUCE LIT

VO : Image

VF : Urban 

Cette review portera sur les volumes 5 et 6 de la série Deadly Class scénarisée par Rick Remender et illustrée de bout en bout pas Wes Craig qui assure également les couvertures de chaque épisode. Il s’agit des numéros américains 22 à 31.  Les couleurs sont de Jordan Boyd. Il est indispensable d’avoir lu la série dans sa continuité. Traduction Urban de qualité toujours assurée par Benjamin Rivière. 

Cet article est dédié à l’ami David Bréhon et à mon frangin qui m’a offert le premier tome de cette série.

Pour éviter le conseil de discipline, j’ai évité de spoiler au maximum. 

Comme Jeff Lemire, Rick Remender est partout, avec plus ou moins de bonheur, mais qu’on ne s’y trompe pas : son oeuvre maîtresse, son Preacher à lui, ce sera Deadly Class, une série sur laquelle on a pas assez écrit chez Bruce Lit mais dont on ne vous dit que du bien depuis le premier volume.

Rappelons le pitch : une mystérieuse école recueille des orphelins, des marginaux et des individus violents pour en faire des assassins. Nous y suivons une promotion menée par deux adolescents de 15 ans : Marcus Lopez qui a vu sa famille mourir sous ses yeux et sa copine Saya dont les origines sont enfin dévoilées ici.

Le quotidien de ces adolescents est exploré avec subtilité par Remender qui, parfois à la limite de l’écriture gonzo, écrit avec ses tripes la formation de ces gamins à l’âge adulte. Leurs doutes, leurs espoirs, leurs désillusions, leurs difficultés relationnelles sont les mêmes que celles des individus normaux, le 4 ème permettant de ressentir de l’attachement pour ces jeunes désaxés violents et drogués.

Les origines de Saya imaginées par Remender sont à la hauteur du charisme du personnage

Les origines de Saya imaginées par Remender sont à la hauteur du charisme du personnage© Image Comics

Jason Aaron avait déjà surfé sur ce concept dans un arc de son Wolverine et les Xmen, où on assistait le sourire aux lèvres à la formation de super vilains au club des damnés. C’était tellement gros que c’en devenait irrésistible : comment décapiter proprement, empoisonner sans connaissance en chimie ou cacher les corps. Mais là où Aaron posait les bases d’une comédie super héroïque en 5 épisodes, Remender construit une série longue où il propose au lecteur de comics son lot de séquences choquantes entremêlées de souvenirs personnels, de culture rock et de sa vision des années 80 (l’histoire se passe en 1987).

Comme dans son Uncanny X-Force, ses héros sont sur de mauvais rails par malchance, mauvais choix ou manque de guidance. Il est clairement montré que la violence comme le côté obscur de Star Wars est la voie la plus facile, la plus séduisante pour des hormones qui ne demandent qu’à se révolter contre une société nourrie d’inégalités, d’injustices et de droits à géométrie variable. Ajoutons à cela que nous sommes aux Etats-Unis, un pays pas forcément porté sur le droit social sous la présidence de Reagan.

L'Allemand Helmut défend de toute son âme le jeu Donjons et Dragons

L’Allemand Helmut défend de toute son âme le jeu Donjons et Dragons© Image Comics

Autrement dit, nous suivons cette Deadly Class  dans ce que beaucoup d’entre nous ont connu même sous des cieux plus européens : la voie de garage, celle dont on sait qu’elle nous isole à jamais des autres et nous conforte dans l’amertume et la rage d’une société à deux vitesses.  Remender écrit ici la meilleure version alternative des X-Men jamais créé : cette école accueille toutes les nationalités, nos héros viennent du Nicaragua, du Japon, d’Allemagne de l’est, d’une réserve indienne ou du Mexique.  Ce n’est pas le moindre des talents de rattacher comme le fit Claremont en son temps, chaque personnages à ses origines et d’être capable de leur donner une voix spécifique à chacun.

Si l’école des X-Men permet  d’exploiter ses dons pour une meilleure intégration des adolescents mutants, la Deadly Class forme à la désintégration de toute structure sociale et avant tout des élèves eux-mêmes. On leur apprend à tuer leurs amis, à ne faire confiance à personne, prôner une forme à peine pervertie de l’individualisme américain et pérenniser ainsi un système qu’ils souhaitaient combattre à la base.  Le crime a sa hiérarchie, ses strates sociales,  ses codes de l’honneur et ses bassesses. Très vite, les élèves les plus normaux se révoltent contre l’autoritarisme de cette école, cherchent à s’en échapper et trouver une rédemption impossible au vu des crimes commis. Une thématique déjà brillamment abordée lors la saga de l’ange noir.

Une nouvelle promo mortelle, forcément mortelle

Une nouvelle promo mortelle, forcément mortelle (et pas fan de Chris de Burgh)© Image Comics

Lorsque commence ce volume 5, Remender écrit clairement la saison 2 de Deadly Class. Au terme d’une Battle Royale organisée par l’école en guise d’examen de fin d’année (en clair, tuez tous vos amis avant qu’ils ne vous tuent), nous retrouvons Saya traumatisée d’avoir  massacré ses amis.  Comme la logique d’Apocalypse, seuls les plus forts ont survécu et sont promus leaders de l’école. Comme après une guerre, Remender écrit ses victimes, ses planqués, ses résistants, ses collabos qui construisent leur légitimité en transformant leur force en droit, leur ancienneté en autorité.

Il introduit une nouvelle promotion en parvenant à nous faire oublier l’ancienne  tout en gardant les codas de sa série. Les héros découvrent l’école, sa violence, partent en virée avant de croiser les survivants de la première saison.En gros, Remender écrit son deuxième couplet d’une chanson appelée Deadly Class.  Son histoire se répète mais ne fait jamais de surplace.

La culture rock a une place essentielle dans la série

La culture rock a une place essentielle dans la série© Image Comics

Ses personnages parlent mais ne bavardent jamais. Ils échangent leurs point de vue sur la société souvent par le biais de leur positionnement de leur culture musicale.  Remender maîtrise sa culture rock et sait en jouer pour en ménager des effets comiques. C’est quoi sa playlist idéale pour passer une journée sur une plage mexicaine ? Euh….7 Seconds des Cure ! On y discute aussi longuement de hard rock allemand couplé au jeu de rôle Donjons et Dragons par opposition aux tafiolles des Smiths ou U2.  Remender consacre de longues pages à l’avènement de MTV  qui  désintégra sur l’autel du divertissement la culture jeune née du rock.

Ce qui saute aux yeux, c’est que finalement les codes de cette comédie trash adolescente sont les mêmes que les films pénitentiaires : même logique de clans, de famille, de taupes et de projet d’évasion : de l’école mais aussi de soi même. Comment choisir le bon chemin, les bons amis, suivre la voie du crime aiguë, excitante mais sans avenir ou celle de la classe moyenne sécurisée et faussement épanouissante dans une prison invisible ?

Répète après moi : la vie est belle !

Répète après moi : la vie est belle !© Image Comics

Dans ce contexte, la vision du rock, musique hors la loi et déviante par définition ne peut que coller à cette peau si fragile d’ados en quête de tellement d’autres ailleurs. La norme rend t’elle normal ou encore plus cinglé? Le bonheur est-il fatal ou la lueur d’espoir d’une vie de souffrances ? Que l’on adhère ou pas au taux de criminalité de ces jeunes désaxés, ces questions tout le monde se les pose un jour et Remender fait de véritables dissertations jamais laborieuses à lire.

Tout ce petit monde s’engueule joyeusement, se réconcilie, échange ses points de vue sur l’intégrité  et les idéaux.   Ça baise, ca se drogue, ça se trahit,  ça fait n’importe quoi, ça vit à cent à l’heure avec la menace des mafias mexicaines et japonaises aux trousses de morveux   rappelant ce que la jeunesse a de plus  attachiante:  voir le monde avec des certitudes fondées sur l’inexpérience et cette innocence entremêlée de culpabilité. Cette fureur de vivre rappelant celle de Brando dans l’Equipée Sauvage :
-Hey Johnny contre quoi tu te révoltes ?
-Qu’est ce que tu me proposes ?

Le découpage de Wes Carig suit celui à la hache d'Helmut

Le découpage de Wes Craig suit celui à la hache d’Helmut© Image Comics

Alors que Marvel nous propose depuis des années des portraits d’adolescents plus stupides et stéréotypés les uns que les autres pour vendre du papier, Remender prend le contre-pied de son ancien employeur en ressuscitant cet âge si intense, où tout est une affaire de vie et de mort, où l’on préfère crever plutôt que  de vieillir, avec quelques ninjas au cul de préférence.

Deadly Class propose une exploration authentique et excentrique de l’adolescence.  Furieux sans être nostalgique (on est jamais dans ce revival étouffant des 80′s et encore moins dans le c’était mieux avant), absurde, drôle et touchant, portée par un idéalisme et un amour de la vie aussi tordu que rafraîchissant, Deadly Class continue d’être une série exceptionnelle.

Un âge Borderline porté à son paroxysme trash par des auteurs à l'unisson

Un âge Borderline porté à son paroxysme trash par des auteurs à l’unisson © Image Comics

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On vous reparle de Deadly Class, la meilleure recréation des X-Men par un Rick Remender au sommet de son art. Mais qu’est ce qui en fait une série exceptionnelle? Découvrez-le chez Bruce Lit !

La BO du jour : pour bronzer dans la joie, les héros de Deadly Class écoutent ce morceau….

49 comments

  • JP Nguyen  

    @Omac et Bruce : achtung, grossière erreur sur la référence au Hokuto : les attaques tranchantes, c’est l’école du Nanto, or Toki n’en fait pas partie…
    Il aurait fallu citer Rei, Shin, Shew ou Souther…

    • OmacSpyder  

      @JP : Merci de la correction. J’ai confondu Toki et Rei.
      J’aimais beaucoup en plus ce perso, Rei, dans la série! :)

  • Jyrille  

    Super article Bruce (j’ai fini la relecture du tome 5 et la lecture du 6). Je repasserai m’étendre plus longuement plus tard.

  • Jyrille  

    En fait je ne sais pas quoi dire tellement je suis d’accord avec ton article et tellement j’aime cette série. Mon travail préféré de Remender pour l’instant, et de loin. Sans doute parce que c’est une série très rock n roll, qui parle de musique avec une justesse assez rare. Je ne maîtrise pas toutes les référence d’ailleurs, il y a pas mal d’albums cités que je ne connais pas (le Viva Hate de Morrissey par exemple), notamment les albums et les groupes de métal chers à Helmut. Va falloir que je fasse des recherches…

    Pour le reste, je comprends parfaitement ta référence aux X-Men. Mais le point fort, c’est que même en intégrant une nouvelle équipe, Remender nous fait aimer ses personnages en quelques planches. J’aime tous les personnages, même les salauds, qui ont leurs faiblesses et leur humanité. Je suis totalement d’accord avec ta conclusion, il n’y a aucune nostalgie là-dedans, et le monde semble encore plus impitoyable que maintenant. D’ailleurs, il rejoint la conclusion de l’article sur Pandemonium de Mattie, merci les bds !

    La BO : chef d’oeuvre.

    • Bruce lit  

      Oh p’naise, qu’ils sont moches !
      On verra bien….
      Actuellement je regarde Riverdale et je trouve ça plutôt pas mal

      • Jyrille  

        Ah, j’ai vu quelques bouts d’épisodes puisque toute ma progéniture est à fond dedans. Mais ça ne m’intéresse pas. Sherlock, je le répète, est une série géniale. Je viens de la terminer, je suis triste.

        • Bruce lit  

          J’ai vu les deux premières saisons de Sherlock. C’est inventif dans la recontextualisation du personnage. Pour le reste j’ai trouvé les enquêtes sans rythme et très froides.

      • Jyrille  

        Produit par les frères Russo quand même… je les admire un peu beaucoup depuis Cap 2. Et le dernier Avengers ne me contredit pas.

  • Bruce lit  

    J’aime pas du tout. C’est trop propre, trop léché tout ça bordel. DC est une BD punk ! et l’esthéthique n’est pas là. Pas plus que la carrure des personnages : Saya, Maria, Marcus ont l’air de tous sortir d’un concert de Miley Cyrrus. Caca….

    • Jyrille  

      Je suis d’accord avec ton ressenti esthétique mais j’attends tout de même de voir plus qu’un trailer pour me faire une idée. Cela a l’air très fidèle, la BO va forcément être bonne (vieux con inside), il faut voir un épisode ou deux en entier je pense.

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