Lorsque la parodie s’auto-parodie !

Kickass 2 par Millar et Jr Jr

Première publication le 11 sepetmbre 2014 ( !) . Mise à jour le 07 décembre 2014.

Street Fighters 2 !

Street Fighters 2 !©Marvel

Fort du triomphe BD et Ciné de Kickass 1 , Mark Millar a fondé son label modestement intitulé Millarworld . C’est ainsi , notre homme exsude la confiance en lui et en son oeuvre .Alors que penser de Kickass 2 ?

Après les événements de la première saison , notre jeune héros souhaite fonder une ligue. Hit Girl tente de retrouver la vie d’une fillette de 11 ans.

Red Mist souhaite commettre l’attentat le plus sanglant de New York depuis le 11 septembre.

Et n’oublions pas que ce jeune Norman Osborn connait l’identité secrète de notre ami.

Ceux qui avait adoré la première partie seront en terrain connu : Parodie réaliste du monde des super héros , dialogues souvent désopilants, ironie omniprésente et une maîtrise admirable du rythme de l’histoire.

Une ligue de pequenauds ordinaires

Une ligue de péquenauds ordinaires©Marvel

Tout ça se lit encore une fois à une vitesse effrénée , et le Cliffhanger final promet une rebondissement certain pour la suite de la série.

Dessinateur emblématique de Marvel, John Romita Jr, aidé d’un encreur et d’un coloriste remarquable, est au sommet de son art. Et se croit chez Avatar ou Dynamite : le sang gicle à tout va , amputations, décapitations , énucléations , le tout avec humour pour éviter les haut le coeur.

Seulement voilà , la politique de Kickass n’ a pas varié d’un Iota . La force du concept de Millar ( que se passerait t’il dans le monde réel pour un gamin se prenant pour un super héros ?) fait aussi sa faiblesse.

Miam, des bonnes boulettes de viande !

Miam, des bonnes boulettes de viande !©Marvel

Comme dans les Comics, un enterrement donne lieu à un affrontement sanglant. Mais dans la vraie vie , c’est impossible. De même que ces histoires de mafia tirées par les cheveux ou ses violences urbaines. En parodiant les super héros, Millar quitte le réel pour créer des héros qui appliquent le code des comics à une réalité fantasque.

Hit-Girl est un personnage très attachant mais fait trop souvent office de Deus Ex Machina de Millar. Encore une fois , il est difficile de gober qu’une gamine de 11 ans soit si puissante et arrive à battre en duel une Spetsnaz .

Les Spetsnaz, c’est naze !©Marvel

Enfin , on peut ne pas être totalement convaincu par le style de l’auteur. Millar joue à fond la carte de la parodie, de l’humour noir et de l’ultra violence référentielle . Soit . Mais il se cache derrière son histoire. A aucun moment ne transparaît ses convictions personnelles, existentielles, politiques ou sociétales, a l’inverse d’un Garth Ennis , qui en jouant sur le second degré de ses histoires , prend le risque de donner ses opinions sur ce qu’il dénonce .

Chez Millar on ne sent pas la sensibilité voire la révolte d’un Ennis , l’érudition d’un Morrison ou les angoisses d’un Ellis. Il se contente de privilégier la forme sur le fond et de faire le malin au mépris parfois de la cohérence de ses personnages .

Une guérilla urbaine peu crédible…©Marvel

L’amie de Kickass est victime d’un viol collectif et mortellement blessée . Deux séquences lui sont consacrées de manière désinvolte alors qu’un Ennis justement se serait livré à un plaidoyer féministe dont il a le secret . Ce n’est pas la première fois : Dans Wanted et Nemesis, il livrait également ses personnages féminins à des viols en banalisant ce crime abject et sans compassion pour ses victimes . C’est gratuit, inutile voire idiot .

A force de privilégier ce rythme haletant , les personnages perdent toute crédibilité … ce qui éloigne la série de son objectif initial : faire du super héros réaliste !Kickass reste un divertissement de qualité de par son humour souvent irrésistible ; Romita sait rendre l’affrontement final avec Red Mist burlesque à souhait . Mais il ne fait aucun doute que Millar cible de jeunes lecteurs friands de lecture Mainstream . Comme il ne fait aucun doute que Millar prépare sa prochaine adaptation cinéma, très imbu de lui même. Mais il lui manque le petit supplément d’âme d’un Garth Ennis ou d’ un Alan Moore dans Top 10, pour faire de Kickass autre chose qu’une parodie régressive .

Millar aime violer ses personnages féminins...

Millar aime violer ses personnages féminins…©Marvel

 

26 comments

  • Tornado  

    Je n’ai lu que le premier !
    Par contre j’ai vu les deux films. Je n’ai pas tellement aimé le premier mais le second, qui adapte celui-ci, je l’ai beaucoup aimé.
    Il y a parfois une vraie toile de fond chez Millar. Sur « Ultimates », « Kickass 1 », « Authority » et même « Civil War », il développe des pistes de réflexion passionnantes sur des thèmes particuliers et égratigne furieusement l’Amérique impérialiste.

  • Bruce lit  

    Je ne sais pas. Je n’ai pas lu Authority et n’ai pas bcp apprécié Ultilmates. Dans CIvil War, il ne se mouille pas beaucoup quand même. Et lui ? Il est dans quel camp ? Je n’ai jamais trouvé chez Millar, les parenthèses incroyables d’Ennis. Regarde The Boys.
    Même lorsqu’il traîne les Xmen dans la boue, Ennis est capable d’ouvrir des parenthèses réussies sur le destin de parents endeuillés par la perte d’un enfant. Chez Millar, tout est prétexte à la parodie, à la rigolade, à la critique de surface ( plutôt bien fait, j’en conviens ) mais il ne gratte pas beaucoup.

  • Présence  

    Mais dans la vraie vie , c’est impossible. – De mon expérience de lecteur, tous les comics de superhéros qui prétendent au réalisme ont rapidement besoin d’intégrer des éléments relevant de la licence artistique (= irréalistes) pour entretenir l’illusion de la possibilité de l’existence des superhéros.

    Ça commence dès le moment où le scénariste a besoin de disposer d’un ennemi pour son héros, ou de moments d’action. C’est parti pour des patrouilles dans les quartiers mal famés avec flagrants délits à tire-larigot, pour des agressions où il n’y a aucun doute possible sur les coupables, etc. Ça continue avec les capacités physiques forcément extraordinaires du héros parce qu’il doit triompher à la fin, etc.

    Stan Lee avait vendu ses premiers superhéros sur ce thème : des personnages avec des problèmes de tous les jours, du commun des mortels. Puis Jim Shooter avait lancé le New Universe (en 1986) pour Marvel, avec le même slogan. Au bout de quelques épisodes, l’anticipation et le fantastique s’insinuent dans le récit.

    Chez Millar on ne sent pas la sensibilité voire la révolte d’un Ennis , l’érudition d’un Morrison ou les angoisses d’un Ellis. Il se contente de privilégier la forme sur le fond et de faire le malin au mépris parfois de la cohérence de ses personnages . – Il est quand même possible de voir émerger un thème ou deux, à commencer par la réussite à force de volonté et de travail (à l’image de Millar lui-même).

    • jyrille  

      Superbe analyse que je partage à 100%. Autant dire qu’après Kick-ass, j’ai été très refroidi par cette histoire amorale et finalement sans âme ni discours, qui se complaît dans la violence gratuite, se trahit elle-même en devenant une histoire de super-héros basique. Par contre je n’ai pas vu le film, je devrai sans doute.

      Millar chez The authority oui, Millar dans 1985 aussi, même The Chosen et The Ultimates, mais pas là.

      • Nicolas  

        Je suis d’accord avec toi, Jyrille, 1985 et The Authority étaient des oeuvres interessantes, mais Millar a clairement dérapé dans l’auto-suffisance et la complaisance.

        • jyrille  

          Oui. Je pense que le fait que le premier Kick-Ass soit écrit en même temps que le film a donné une perception différente à son auteur. Comme dit Présence, l’émergence de la réussite. Par contre, sur les conseils de Bruce, j’ai acheté Hit-Girl, et ces épisodes ne sont pas honteux, mais pas très profonds non plus.

          • Nicolas  

            Du fast-reading, comme les All-New X-Men ?

  • Nicolas  

    Bon article Bruce, bien écrit. En fait je trouve la violence gratuite de Kick-Ass absolument écoeurante, de même ses raccourcis scénaristiques avec le viol et les bastons dans la rue. Le mec qui se fait castrer par un chien, on l’a vue dans Preacher. C’est se genre de comics propre à me dégouter des super-héros : violents, surréaliste et donc pas du tout réalises, manquant de charme, de l’humour et de la tendresse des comics d’autrefois, quand nous avions 20 ans.

    Enfin bref, Millar dérape compêtement.
    De même Garth Ennis avec The Boys, alors que j’ai tant aimé Hellblazer et Preacher.
    Quand Cassidy abuse de Tulip, Ennis en parle avec tact, pudeur et sensibilité, trois chose dont Millar semble incapable, c’est du voyeurisme.

    En ce qui concerne le dessin de Romita jr : consternant. Dessins haché, baclés, ou est le Romita des Années 80 et 90, celui qui gagnait en maturité avec le Daredevil de Miller ?

    C’est un comics pourri avec la prétention d’être une oeuvre mature et réaliste.
    Voilà.

  • jyrille  

    Bruce a raison, et oui, Nicolas, c’est du fast reading (jamais lu All-New X-Men), mais plutôt bien fait. Ce KA 2 reste un bon divertissement, mais que je ne conseillerai pas à de jeunes ados.

    • Nicolas  

      Pour moi la différence entre K.A et All-New X-Men en tant que fast reading, c’est que K.A est trash et de mauvais gout tandis que X-Men reste lisible pour les dialogues de Bendis mais finalement risible dans son concept despremiers X-Men qui évoluent à notre époque, alors qu’il créent un fameux paradoxe spatio-temporel.

      Et j’adore Stuart Immonen, tandis que je trouve les dessins de Romita Jr. baclés.
      Enfin pour ce que j’en dis.

  • Tornado  

    Dans « Civil War », Millar a fait très fort avec le personnage de Captain America. Le mettre immédiatement, lui, l’étendard de son pays, du côté des résistants, c’était un coup de génie. Là il prenait clairement position !
    De ce fait, il retournait les USA sur eux-mêmes, face à leurs propres démons. C’était magistral. Non, franchement, ses oeuvres « digest » ne devraient pas nous faire oublier qu’il nous a offert des chefs d’oeuvres à la pelle. Son mauvais goût dérange forcément. Mais il possède une puissance narrative et conceptuelle qui met la claque à 90% des scénaristes qui s’affolent autour de lui.

    • Bruce lit  

      @Tornado : Il donnait également des arguments très forts à Iron Man. Le résultat final penche du côté d’Iron Man, mais mIllar se positionne t’il clairement sur une démocratie en danger ? Je ne crois pas mon souvenir.
      La force et la faiblesse de Millar : une écriture punchy, zapping qui s’attarde finalement peu l’âme des personnages.

  • Manticore  

    Millar est un opportuniste qui base surtout ses scénarios sur la surenchère. Aucun propos à développer, en dehors de la satisfaction immédiate du client. Dommage… du temps de Superman Adventures, voire de Red Son, il avait démontré de l’invention et du fun.

  • Tornado  

    « The Authority », « Red Son », « 1985 », « Civil War », « Kickass 1 », « The Ultimates »… Un très beau palmarès quand même !
    « Chosen », « Wanted » et « Superior » ne sont pas mal non plus si j’ai bien compris (je ne les ai pas lus).
    Je milite sur le fait qu’il ne mérite pas tant de haine. Ses oeuvres sont immédiatement cultes, malgré tout.
    « The Authority » et « The Ultimates » font partie des meilleurs comics de super-héros que j’ai lus de tous les temps. Cela me suffit pour le défendre.

    • Bruce lit  

      Je ne hais pas Millar. Je le répète ! Demain, je dirais même du bien de Hit Girl. Je n’ai revendu ni Chosen, ni civil war. Oui, la critique de Bush est claire, nette et précise dans CW. Mais à mon sens, et je l’ai déjà écrit ailleurs, critiquer Bush ne me semble pas difficile. Vanter les mérites de l’armée et des militaires, voila un truc inattendu que fait souvent Ennis qui me surprend.

  • Tornado  

    @Bruce : J’ai lu « Civil War » deux fois et je ne suis pas d’accord avec toi : « Cap » est le véritable héros (et martyr) de cette saga. « Iron Man » est le méchant. Il faudra aux auteurs suivants (Fraction en particulier) beaucoup de travail pour réhabiliter Tony Stark entant que héros légitime.

    • Stan FREDO  

      Je crois avoir compris que le personnage d’Iron Man, pas clair au sein des ex Illuminati néo New Avengers, va poursuivre dans le dérapage…

  • Tornado  

    Le fait que Stark gagne la Guerre civile est une véritable prise de position : Les résistants, aussi prestigieux, iconiques et respectables soient-ils, courbent l’échine et finissent pas se soumettre à l’impérialisme américain. le message est basique, mais il est très fort et sans appel. Dans le genre, je ne connais pas une meilleure prise de position. Dans « Ultimates », la toile de fond est d’ailleurs exactement la même, sauf que cette fois on positionne le lecteur uniquement du côté de « plus fort », c’est-à-dire « Big Brother » !

    • Stan FREDO  

      Je n’ai pas tout-à-fait la même analyse car cette « victoire » d’Iron Man se retrouve si facilement usurpée par le Bouffon Vert, avec des conséquences hallucinantes tant elles sont terribles, que le Cap’ ne peut que revenir dans la statue du Commandeur. Mais, bon. J’ai lu tout cela il y a maintenant un certain temps et dans ma mémoire immédiate rien ne reste imprimé 😉

  • Tornado  

    Je me souviens qu’à l’époque Iron man était devenu tout puissant. Il était à la tête du SHIELD et commandait l’Initiative. Bref, il avait pris le pouvoir et tous les « vrais » super-héros qui n’étaient pas recensés craignaient sa présence.

    • Nicolas  

      C’est l’essence même du totalitarisme,

  • Julien  

    En effet pour ce kick ass 2 c’est assez paradoxal, dans le sens ou je trouve que le film (Kick-Ass 2) a mieux réussi son virage et s’inscrit plus dans le registre « super-héros » dans le monde réel (notamment avec la palanquée de nouveaux persos et leurs costumes et « pouvoirs » dignes d’un cosplay au rabais) XD

  • Bruce  

    Je n’ai toujours pas vu kickass 2. C’est aussi bien que le premier ?

  • Julien  

    Il est complètement différent de la version comics (ce qui n’est pas forcément un mal, je ne vais pas forcément au cinoche pour voir un copier/coller de ce que j’ai lu, cf: Watchmen et Sin City). Mais je trouve le côté super-héros de la vraie vie (avec du coup costume un peu « faits-maison ») plus réussie ! Le film est un mix de hit-girl et Kick-Ass 2 dans les très grandes lignes….Perso je l’ai trouvé pas trop mal ^^

  • Bruce  

    Bon ca fait deux films en deux jours que tu me persuades de voir Julien !

  • Julien  

    LoL ^^
    Ben tu me diras ce que tu en as pensé (si tu as le temps de les regarder)

    (Super est le meilleur des 2 pour moi…. ;p )

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