Petite mort et Nécromancie (les Bd érotiques de Magnus)

Les BD érotiques de Magnus par Roberto Raviola

Une couverture qui annonce la couleur

Une couverture qui annonce la couleur © L’echo des savanes/Albin Michel Cornelius/Delcourt

AUTEUR : MATTIE-BOY

VO : Edifumetto

VF : L’echo des savanes/Albin Michel puis réédition chez Cornelius/Delcourt

Aujourd’hui on va se pencher (sic) sur 2 BD érotiques de Roberto Raviola alias Magnus.

Comment ? Vous vous dîtes que c’est curieux que je me lance dans cette chronique alors que j’ai déjà déclaré ne pas aimer les BD porno ? (« ouais, t’avais honte de l’avouer en fait »).
Eh bien oui, mais dans le cas présent ce sont plutôt elles qui sont venues à moi (« ben voyons…et elles se sont lues toutes seules ? »).

Cela remonte au lycée pour les 110 pilules  , et quelques années plus tard pour Nécron   que j’avais trouvée sur un marché aux puces (« et pourquoi tu l’as prise celle-là, hein ? Elle t’a sauté dessus comme une puce aussi ? »).

Si vous permettez, je dois faire taire une petite voix dans ma tête qui voit de la mauvaise foi partout. Cela dit, c’est vrai qu’il ne s’agit pas là de lectures que l’on s’empresse de montrer à tout visiteur, mais plutôt celles qu’on garde planquées dans un coin. En parler sur ce blog (sous couvert cela dit de mon identité secrète…) représentera donc un exercice cathartique.

Magnus n’a pas réalisé uniquement des BD érotiques mais ce sont pourtant bien ses créations adultes qui l’ont fait connaître (assez tardivement d’ailleurs). Ses premières BD Kriminal et Satanik avec Max Bunker au scénario témoignaient cela dit déjà d’un goût pour l’érotisme et la violence propres à la BD « de genre ». Dans les années 60 en Italie, c’est l’époque des fumetti neri (des BD dans lesquelles le personnage principal est un malfaiteur, comme Diabolik inspiré par Fantomas).

Dans le domaine de l’érotisme, Magnus a travaillé avec les maisons d’édition italiennes Erregi et Edifumetto actives à partir de 1972 et dont les œuvres érotiques sont arrivées en France par le biais de la filiale Elvifrance.
Magnus publiera la série Nécron dans ces BD petit format avant de se lancer dans les 110 pilules pour L’Écho des Savanes, un projet plus ambitieux lui donnant plus de liberté graphique.

J’ai choisi de ne pas parler de ces BD en respectant leur ordre de parution mais plutôt dans l’ordre de découverte pour moi. C’est donc avec une approche un peu nostalgique de ma première découverte du sexe en BD que je vais aborder cette chronique.

Les femmes de Magnus

Les femmes de Magnus © L’echo des savanes/Albin Michel Cornelius/Delcourt

 

Les 110 pilules

Tout commence avec un ami qui me prête les 110 pilules   au lycée, une BD de son père qu’il était à présent en âge d’avoir lue lui aussi. Ben ouais entre mecs, on se prête des trucs coquins des fois. C’était la première fois que je voyais une BD avec des scènes de sexe. Et j’ai bien pris soin de la cacher aux yeux de ma mère en rentrant ce soir-là.

Les 110 pilules  est une adaptation (ou relecture) d’un célèbre roman anonyme chinois, le Jin Ping Mei   datant du XVIème durant la dynastie Ming en un one-shot de 46 pages. Plus précisément d’un passage traitant de l’addiction au sexe d’un marchand. Dans la BD, on suit l’histoire du marchand Hsi-Men Cheng qui se verra offrir 110 pilules mystérieuses par un moine. Des pilules ayant le pouvoir d’augmenter la vigueur sexuelle (l’ancêtre du viagra en somme) Mais ce sont des produits puissants dont il ne faut pas abuser. Une pilule à la fois, et seulement durant la pleine-lune, lui dira le moine.

Vous voyez venir le problème ? Hsi-Men ne saura pas résister à la tentation d’en faire voir de toutes les couleurs à ses 6 magnifiques femmes (Dame Lune, Tournesol, Œil de Neige, Tigre de Jade, Madame P’ing et Lotus d’Or). Il consommera donc trop de pilules en trop peu de temps et en subira les conséquences. La maladie va le frapper, ses organes sexuels vont en souffrir et il finira par en mourir. La BD traite du danger de l’addiction aux plaisirs intenses de la débauche qui se font au détriment de la santé. Sur la fin, Hsi-Men sera dans un sale état et rendra son dernier souffle à 41 ans.

L'excès n'est jamais bon

L’excès n’est jamais bon © L’echo des savanes/Albin Michel Cornelius/Delcourt

Graphiquement, si on occulte le fait qu’aucun personnage n’a le type asiatique (mais finalement, c’est aussi le cas dans les mangas, non ?), les planches sont de toute beauté. Il y a un énorme travail réalisé sur les décors et costumes. Magnus déploie un talent incroyable pour donner à la BD une atmosphère exotique envoutante. Ce souci du détail se retrouve aussi dans les personnages. Les femmes de Hsi-Men ont toutes des corps et des visages différents. Magnus ne se contente pas de leur donner à toutes le même corps classique de la femme parfaite. L’une est plus maigre, l’autre plus ronde, etc.

Lotus d’or, la plus sensuelle et débauchée de toutes ses femmes tient un rôle important, et c’est peut être la seule qui est marquante, ce qui est un peu dommage.
Certes c’est une BD érotique, même porno car les scènes sont très explicites (mais assez courtes) et je me doute que les lecteurs ne cherchent pas l’histoire du siècle dans ces pages, mais il y a un tel soin apporté au dessin et à l’ambiance qu’il est regrettable qu’on ait du mal à s’intéresser aux personnages. C’est surement propre au genre et c’est pourquoi je ne suis guère client. Hsi-Men est le maître, ses femmes lui sont soumises, il est capricieux et orgueilleux, et finalement on se fout pas mal qu’il meure. Vous me direz que c’est peut être voulu. Mais alors où chercher le personnage attachant ? Parmi ses femmes ? A part sa première femme (Dame Lune) qui souffre de la débauche de son mari mais qui reste trop peu présente, et Lotus d’or la jalouse opportuniste, les autres n’ont pas d’intérêt.

Donc on suit une histoire classique avec un graphisme magnifique mais on ne s’implique pas trop dans le récit. Le seul aspect qui permet à Hsi-Men d’être un personnage plus nuancé est sa relation avec sa première femme comme je l’ai dit. Hsi-Men l’aime vraiment et souffre d’être rejeté par elle. Lors d’un passage où elle s’inquiète pour le futur de son époux dont aucune des femmes n’a pu lui donner une descendance, Hsi-Men cessera un instant de penser à ses propres plaisirs et se rapprochera à nouveau de son grand amour. Mais ça ne durera pas. Hsi-Men est un drogué.

Lotus d'or, la jalouse

Lotus d’or, la jalouse © L’echo des savanes/Albin Michel Cornelius/Delcourt

A noter que cette BD fut censurée en Italie à cause de scènes trop explicites. Et il est vrai que même si Magnus se s’étale pas dans des scènes interminables, on a l’occasion de tout voir : fellations et pénétrations explicites, sodomies, etc (vous noterez que je n’en montre pas trop dans les scans). Après c’était une autre époque. De nos jours, quand on constate que certaines BD dîtes « classiques » peuvent nous en montrer beaucoup ( Neonomicon d’Alan Moore par exemple), eh bien ça choque moins. On se dit qu’il y a 20 ans, certaines BD classiques auraient eu droit à l’appellation « érotique ». Donc le porno des 110 pilules, ce n’est pas non plus très choquant.

Pour les amateurs du genre, c’est certainement une vraie bonne BD. Moi, elle m’a fait découvrir un dessinateur de talent et apprécié ses belles femmes…mais j’attends autre chose d’une BD. Surtout que son côté très réaliste et sérieux ne nous épargnera pas les aspects moins charmants de la débauche (relations peu ragoutantes avec prostituées, transsexuels) ni les détails de la phase de maladie avec hémorroïdes, couilles enflées, etc. Moins sexy d’un coup…
En BD, je tolère mieux le sexe quand c’est plus mignon comme Sunstone ou alors drôle et irréaliste.

De magnifiques décors

De magnifiques décors © L’echo des savanes/Albin Michel Cornelius/Delcourt

Ce qui m’amène à parler de la seconde BD porno que j’ai lue (pas la série entière) de Magnus (avec Ilaria Volpe au scénario). Une BD que j’ai donc trouvée sur un marché aux puces dans son édition chez Albin Michel il y a un paquet d’années déjà.

Ça y est, j’ai bien noyé le poisson en parlant d’une BD aux qualités visuelles indéniables et à l’ambition scénaristique louable malgré son scénario assez classique sauvé par l’ambiance exotique réussie ? Bon…alors je peux parler à présent de la première BD avec laquelle Magnus s’est fait vaguement connaître en France :

 

Nécron

Ahem…alors ici, on est dans le gros délire bis complètement déviant et débile.

Nécron est à la base une BD parue en Italie dans des petits formats noir et blanc considérés comme des « bandes dessinées de gare » dans lesquels se côtoyaient des récits d’aventures et érotiques à la qualité fluctuante. Certains grands noms de la BD érotique ont commencé dans ces « fumetti » (BD italiennes). Souvent il s’agissait donc de BD aux dessins simples car il fallait produire vite et il y avait certaines contraintes : peu de cases par pages. Une ou deux seulement à cause du petit format carré des fascicules. Le style de Magnus est donc bien plus épuré que dans les 110 pilules et ne permet pas des pleines pages, des découpages originaux ni rien. A ce titre, la version française chez Albin Michel a été remontée pour tenir sur du A4 et ne permet pas de se rendre compte des contraintes du format d’origine. Et au passage la traduction est pleine de fautes. On sent que ce genre de BD bénéficiait des meilleurs traducteurs…
Malgré ça, le dessin de Magnus reste clair et précis.

Nécron, le colosse mort-vivant

Nécron, le colosse mort-vivant © L’echo des savanes/Albin Michel Cornelius/Delcourt

Bon…après cette explication sérieuse, je vais perdre toute crédibilité en prenant le risque de vous dire en quoi consiste Nécron .
Frieda Boher, scientifique nécrophile se crée une sorte de monstre de Frankenstein avec un sexe hypertrophié et un cerveau sous-développé (« appartenant à un scénariste de BD d’horreur ») histoire d’assouvir ses pulsions déviantes et va chercher à s’enrichir/régner sur le monde/des trucs du genre en échafaudant des plans foireux avec son monstre Nécron (c’est lui), également cannibale, qui bouffera et baisera un peu tout sur son passage, laissant des tas de cadavres que sa maîtresse chevauchera parfois quand elle ne les transformera pas en divers monstres recousus.

Voilà…

Attendez, ne partez pas ! Déjà pour vous calmer, sachez que ce n’est pas plus tordu que les épisodes de Crossed par David Lapham qui ont eu droit à un article sur ce blog. Et toc ! C’est bon, vous êtes restés ? Je continue.
Nécron, c’est un peu une ode au mauvais goût. Mais parodique. Un peu comme si on mélangeait Bas taste ou Braindead  (2 films de Peter Jackson de sa période « gore » moins connue du public) avec un porno. C’est complètement con, totalement décomplexé et politiquement incorrect, mettant en scène une héroïne maléfique et amorale…et pourtant quasiment pas choquant. Enfin…ça ne m’a pas choqué comme le Crossed de Lapham qui trône fièrement dans les rayons de comics classiques, lui.
En fait, rien ne se prend au sérieux. Le ton est léger, comique et plein d’autodérision (la citation sur le cerveau d’un scénariste de BD d’horreur en est un exemple) malgré les excès divers.

Frieda Boher nous refait Reanimator en version érotique

Frieda Boher nous refait Reanimator en version érotique © L’echo des savanes/Albin Michel Cornelius/Delcourt

Alors après vous allez me dire… »mais Braindead  mélangé à du porno, ça n’a pas l’air super excitant en fait » et…vous aurez raison. Même si Frieda est agréable à regarder (si on aime les garçonnes à lunettes), le sex-appeal n’est pas vraiment l’intérêt principal de la BD. Nécron est surtout une BD d’horreur grotesque. Bon…il y a du porno bien sûr, et Nécron se promène sans arrêt avec son gourdin à l’air, mais c’est davantage à prendre pour un excès supplémentaire. Comme il peut y en avoir dans Neonomicon ou encore le Crossed de Lapham (je ne vais pas le lâcher lui).

Et contrairement à ce dernier, même si rien ne nous est épargné (cannibalisme, tortures, mutilations, déviances sexuelles) Nécron  ne provoque jamais vraiment l’écœurement (bon, ça dépendra des gens, n’y montrez pas à vos gosses non plus !) car les délires gores de Magnus tiennent plus du grand guignol d’un cartoon d’Itchy et Scratchy tiré des Simpsons   que d’un réalisme crasse. Cela tient au trait rond et élégant de Magnus, à un ton parodique de films de série Z naïfs et à la tête de con de Nécron qui viennent complètement dédramatiser l’ensemble. Après je n’ai pas lu toute la série, il paraît que ça va crescendo dans le délire politiquement incorrect.

Nécron a cassé le monsieur…

Nécron a cassé le monsieur… © L’echo des savanes/Albin Michel Cornelius/Delcourt

Après, attention ! Je ne suis pas en train de dire que c’est de la grande BD. Disons que c’est passable. C’est rigolo mais jamais hilarant, et la narration est quand même assez naïve. Volontairement sans doute. Mais ça ne casse pas 3 pattes à un canard pour autant. C’est juste une curiosité de la BD érotique complètement conne qui m’a fait sourire et dont l’impudence lui aura permis de rester un minimum connue alors que de nombreuses publications issues de ce domaine peu glorifiant de la BD porno pas chère ont du tomber dans l’oubli. C’est surement ce que cherchaient Magnus et Ilaria Volpe (je n’ai pas trouvé qui se cache sous ce pseudo). Quitte à produire de la BD de gare, autant faire un truc provocateur plein de délires pervers gratuits tournés en ridicule pour que ça reste dans les mémoires.

D’une certaine façon, je préfère un gros délire au 10ème degré de ce genre qu’une production de type « torture-porn » premier degré sérieuse qui fait semblant d’avoir un message profond à passer. Encore faut-il que ça fasse sourire, évidemment. Et l’humour, c’est quelque chose d’extrêmement subjectif.

Nécron, un abruti amoureux de sa tortionnaire de maîtresse

Nécron, un abruti amoureux de sa tortionnaire de maîtresse © L’echo des savanes/Albin Michel Cornelius/Delcourt

Histoire de faire mon intello plein de mauvaise foi qui veut noyer le petit sentiment de honte qu’il ressent à parler d’une BD de mauvais goût, je dirais qu’on peut faire un parallèle entre Nécron  et tout le cinéma italien bis des années 70/80 qui a eu son lot de films d’exploitation gores à base de cannibales, de zombies, etc. L’époque où ce genre de films était diffusé dans des cinémas de quartier si chers à Jean-Pierre Dionnet (qui aura d’ailleurs tenté de faire connaître Magnus en publiant Les brigands dans Métal Hurlant) qui présentaient sans distinction au public à la fois des films de genre ou des pornos. Je n’ai pas connu cette époque mais j’ai vu pas mal de films, et Nécron ressemble à un pastiche de tous ces films d’exploitation et autres nanars.

Quand je disais que c'était con…

Quand je disais que c’était con… © L’echo des savanes/Albin Michel Cornelius/Delcourt

La partie la plus difficile de cet article, outre le fait de devoir assumer ce que j’ai dit, c’était la notation. Ben oui… les 110 pilules  c’est somptueusement dessiné et considéré comme un incontournable de la BD porno, mais l’histoire centrée sur l’addiction au sexe et les personnages peu intéressants sont des choses que je n’apprécie pas spécialement. Même si objectivement, c’est une sorte de conte moral de qualité. Donc dois-je mettre 5 étoiles alors que je n’ai pas vraiment envie de relire cette BD ?

Quant à Nécron , c’est affreusement idiot et de mauvais goût mais avec une atmosphère de nanar comique qui peut plaire à un public de niche. Alors que dire ? Que c’est nul ? Que c’est sympa pour ce que c’est ? Que ça vaut le coup d’œil quand même ? Que vous pouvez vous en passer ?

Toutes ces phrases sont valables. Cela dépend vraiment de chacun. Des sentiments contradictoires se bousculent dans ma tête. Et donc la note sera juste la moyenne histoire d’équilibrer ces sentiments.
Parfois, on aimerait pouvoir parler de BD sans avoir à leur donner une note. Parce qu’en ce qui me concerne, ce ne sont pas des œuvres après lesquelles je vais courir mais je ne regrette pas pour autant d’avoir mis le nez sur ces créations un peu underground. Elles m’auront au moins fait connaître un dessinateur talentueux qui aurait mérité de percer dans la BD grand public même s’il a longtemps eu mauvaise réputation « grâce » à l’intelligentsia frileuse qui le jugeait trop vulgaire. Que ce soit à tort ou à raison (chacun jugera), il ne mérite pas de sombrer dans l’oubli et c’est à présent une erreur réparée puisque ces 2 BD ont été rééditées respectivement chez Delcourt et Cornelius.

On termine sur une belle planche pour faire passer la pilule (une seule, on a dit !)

On termine sur une belle planche pour faire passer la pilule (une seule, on a dit !) © L’echo des savanes/Albin Michel Cornelius/Delcourt

——

 

Alors qu’il fait dehors un froid de canard déchaîné, les p’tits gars de chez Bruce Lit continuent de vouloir se mettre à poil pour braver la vague de puritanisme qui Trump énormément. Mattie Boy par exemple a décidé de prendre la pilule : celle de Magnus et ses ouvrages érotiques !
La BO du jour : La BD, un art populaire, suffisamment pour diffuser de la pornographie dans les rayons. Tout comme cette chanson d’Elli Meideiros qui , comme les Sucettes de Gainsbourg, fit danser la France profonde (sic) avec cet hymne au cunnilingus. Yummy !

16 comments

  • JP Nguyen  

    Très chouette article avec un super boulot de contextualisation agrémenté d’éléments subjectifs racontés sur un ton enjoué !
    Maintenant, sur les BD elles – même, je passe. …

  • Tornado  

    Je ne connaissais pas du tout. Merci pour la découverte et pour les dessins, qui sont superbes, c’est vrai.

    « Les petits formats noir et blanc considérés comme des « bandes dessinées de gare » dans lesquels se côtoyaient des récits d’aventures et érotiques à la qualité fluctuante ».
    C’est avec ce genre que j’ai découvert mes premières BDs érotiques. Il y en avait plein en haut des armoires, chez mes parents. Des trucs qui devaient trainer là depuis des lustres, dans l’oubli le plus total ! Je me suis mis à fouiller et je les ai découvertes (j’avais peut-être quoi, 10 ou 11 ans).
    J’en ai toujours une petite dizaine qui trainent dans un coin. J’ai pensé faire un article un jour dessus, pour rigoler. Mais je ne suis pas sûr que ça vaille le coup. Ou alors juste pour le concept de l’article.

    Matt : Le gars qui est entrain de se spécialiser dans les articles inattendus ! 🙂

    • Matt  

      Merci à vous.

      « Le gars qui est entrain de se spécialiser dans les articles inattendus  »

      En fait je ne pensais pas écrire un tel article. J’étais un peu gêné. J’ai d’ailleurs commencé par un article sur une BD très soft gentillette (pas encore publié) avant de repenser à ces BD et aux jolis dessins de Magnus. Et je me suis dit que ce serait l’occasion de tenter un truc en relevant le défi de Bruce.

      Pour le type de BD que c’est, c’est quand même de bonne qualité. Après je comprends bien que JP fasse l’impasse. Je n’ai pas moi-même envie de m’acheter ces BD (même si je suis curieux de voir la qualité de la réédition de Necron dans son format d’origine chez Cornelius)
      Après c’est quand même super beau graphiquement donc je voulais en parler.
      Et d’une certaine façon, même si Necron c’est très bête, ça m’a fait davantage sourire que les 110 pilules (en même temps c’est pas le but des 110 pilules d’être drôle). Et comme je préfère le sexe et les trucs trash quand ça ne se prend pas au sérieux, ça passait bien. Mais c’est clairement de mauvais goût et ça n’a d’intérêt que pour le côté irrévérencieux potentiellement jouissif pour les amateurs. Mais comme tu le dis, ce n’est pas de la grande BD et ça ne vaut pas forcément le coup de se les procurer.

  • Présence  

    J’ai souvent hésité à lire les 110 pilules, sans jamais sauter le pas, et je me souviens avoir feuilleté à plusieurs reprises Necron à la FNAC, sans non plus aller jusqu’à le lire. Ton double article est donc fort bienvenu en ce qui me concerne. Merci.

    Comme JP Nguyen j’ai également apprécié les éléments de contextualisation. Tu exprimes fort bien le rapport ambigu qu’on peut avoir avec une BD de cul, comme s’il fallait y trouver un intérêt supplémentaire à simplement une lecture à une seule main. C’est un paradoxe qui me semble difficilement dépassable du fait de la forme de tabou, ou plutôt d’intimité qui est consubstantielle de l’activité sexuelle. Dès que le sexe constitue un centre d’intérêt significatif dans une BD, il a tendance à occulter tout le reste, et à provoquer un classement X. De ce que tu expliques, ce n’est pourtant qu’une composante pour 110 pilules, et même pas forcément la plus importante. Mais cet ouvrage est systématiquement rangé dans les ouvrages pornographiques.

    Il est évident qu’on ne peut souhaiter que tels ouvrages se retrouve entre les mains de lecteurs mineurs. Mais d’un autre côté, ça conduit presqu’à s’excuser de lire des BD érotiques ou pornographiques, alors même que la majorité des individus sur Terre sont le fruit d’une activité sexuelle. D’un autre côté, l’expérience du plaisir physique et de l’excitation peut difficilement être mise en mots, surtout lorsqu’il s’agit d’une réaction à une lecture avec des images. Je n’en suis que plus impressionné par ton article.

    • Matt  

      Merci Présence.
      Et je salue ton courage à aller feuilleter des ouvrages érotiques à la FNAC. Si je devais en acheter, ce serait plutôt en ligne^^ Manquerait plus que la caissière me lance un regard de travers avec ma BD érotique à la main…

      Si mon rapport est ambigu avec les BD érotiques (je parle juste pour moi), c’est surtout parce que personnellement j’attends autre chose d’une BD que de simples dessins érotiques. Si on veut juste voir des femmes nues, je ne t’apprends rien si je te dis qu’il y a d’autres moyens (trop) faciles et gratuits.
      Du coup s’excuser, non. C’est en effet un truc naturel. Mais ça ne m’intéresse pas des masses si ça ne me touche pas émotionnellement ou si ça ne m’amuse pas. Parce que même si je peux apprécier les dessins, je n’ai pas envie de mettre de l’argent dans un truc presque « primitif » qui ça me donnerait l’impression de me faire manipuler. Comme si on pouvait me soutirer du fric avec n’importe quelle merde dès qu’il y a une paire de seins dedans.

      Là, il y a quand même autre chose à dire sur ces BD. C’est pour cela que j’ai pu en faire un article. L’un est en effet un conte curieusement assez moral pour une BD qui montre des scènes explicites, et l’autre un gros délire provocateur parodique. Ce serait mentir de dire que l’aspect érotique ne joue aucun rôle dans l’appréciation de telles œuvres, mais ce n’est pas la seule composante en effet.

  • Bruce lit  

    Message tardif car journée Claremont à Paris et rédaction à chaud de l’article.
    Je ne connais pas du tout ce Magnus. Le seul m’étant familier tord le métal par la force de sa pensée 🙂

    Ce n’est que très récemment que la BD érotique m’intéresse. J’arrive désormais à en feuilleter une en librairie sans rougir. Et je partage complètement ton opinion autour de David Lapham : il y a l’outrance et la vulgarité. L’érotisme et la pornographie. La classe et la crasse.
    Je vais feuilleté ça par curiosité chez mon Aapoum Baapoum préféré même si le volet robotique ne m’intéresse pas à priori.

    • Matt  

      Ah perso ce n’est pas parce que j’ai pu lire ces BD que j’aurais envie de feuilleter ça en librairie devant tout le monde hein^^
      Le volet robotique ? Quoi les petits robots dans Necron là ? Oh ce n’est qu’une des histoires. C’est anecdotique.

      Sinon par rapport à ton opposition entre « classe et crasse »…euh ouais enfin on ne peut pas dire non plus que Necron soit classe. C’est volontairement dégueu, mais c’est le ton outrancier comique qui éloigne ça du Crossed de Lapham.

      Tu as eu une nouvelle dédicace ?

  • Jyrille  

    Ton article est très bon, Matt, car tu t’élèves au-dessus de ces oeuvres pour en donner un point de vue sans doute objectif. Heureusement que tu rappelles aussi dans quel contexte tu les as croisés, cela relie parfaitement les deux éléments de ton article : l’expérience personnelle et la description objective.

    Comme Présence, je n’ai jamais lu ces deux bds tout en ayant tourné autour depuis longtemps. Je pense m’offrir les 110 pilules un jour car j’aime beaucoup le dessin.

    Mais je retiens surtout que tu as osé sauté le pas en écrivant sur une bd érotique ou porno, un domaine que je connais peu, mais que j’aurai surtout du mal à aborder. Tiens, j’y pense : personne pour s’attaquer à Lost Girls de Alan Moore ?

    Comme tu le soulignes, tout cela reste très soft. J’ai découvert mes premières bds érotiques chez un cousin bien plus âgé, qui nous laissait nous servir dans sa bibliothèque plutôt bien fournie : j’y ai découvert L’Incal, Manara, Crépax, Tardi, les numéros de A suivre… A côté de Crépax, Magnus a une ligne claire réaliste, et des délires sado-masos moins gore ou humiliant que dans l’Histoire d’O de Crépax. Manara est très cash mais son trait élégant cache un véritable pervers (et puis toutes les filles s’y ressemblent). Il a cependant un humour très daté années 80 que je trouve charmant : si vous voulez rire en érection, lisez le Parfum de l’invisible.

    La BD érotique n’a plus le vent en poupe depuis longtemps, les moeurs ont évolué, et comme tu le rappelles, elle fait partie d’un genre bis (très bien représenté par Elvifrance). Mais une nouvelle collection (depuis quelques années) a vu le jour où des auteurs connus font un petit livre, du format des fumetti, de courtes histoires érotiques. Je n’ai acquis que celui de Bastien Vivès et celui de Bouzard, mais j’aimerai bien en acheter d’autres : http://www.bedetheque.com/BD-Melons-de-la-colere-Les-Melons-de-la-colere-145975.html

    Cependant ce sont des exercices de style, et même si tout est représenté, cela n’a pas vraiment vocation d’émoustiller ou de finir sur une banquette de train, mais bien de laisser l’opportunité à des auteurs aguerris de faire de l’érotique avec une vraie trame scénaristique. C’est assez étonnant de voir ses styles de dessin faire du fumetti (à part Vivès qui a toujours adoré dessiner des femmes aux poitrines généreuses).

    • Matt  

      Merci pour ce commentaire instructif Jyrille.
      Je ne suis pas très client de BD érotiques qui n’ont rien d’autre à proposer que des scènes de cul. Et surtout pas de trucs humiliants pris au sérieux. En effet Magnus a un trait joli; pas du tout crade et des délires soft (pas trop dans Nécron mais là c’est voulu, et tourné en dérision) Après c’est quand même très explicite. Je ne connais pas les auteurs dont tu parles mais je ne suis pas sûr que Manara dessine des trucs aussi explicites. Mais bon oui explicite mais pas violent ou déviant (sauf Necron encore une fois…)
      Je ne suis pas vraiment fan de Manara. Je ne dirais pas que son dessin est moche forcément, mais oui ses filles se ressemblent toutes, et je n’aime pas trop l’air ahuri avec bouche ouverte qu’elles ont les 3/4 du temps. Elles ont l’air de juste être de charmantes idiotes.

    • Présence  

      @Jyrillle – Bruce a critiqué Lost Girls sur le site. Si tu cliques sur le mot clé sexe en bas du présent article, tu trouveras d’autres lectures bien raides. 🙂

      http://www.brucetringale.com/nom-dune-pipe/

  • Tornado  

    Manara a fait une palanquée de chefs d’oeuvres, quand même ! Notamment avec Hugo Pratt. Si j’en avais le temps, je me relirais tout ça fissa pour vous en faire l’article…

    Je me suis acheté la nouvelle édition de l’intégrale de Druuna. Je sais que ça ne plait pas à tout le monde, mais voilà un bon exemple de BD porno qui ne propose pas que du cul, mais aussi de vrais scénarios de SF et d’horreur.

    Je n’ai quant à moi aucune gène à lire ou à acheter des bouquins érotiques dans un magasin. Je suis un adulte, j’ai parfaitement le droit d’en lire et s’il y en a qui ne sont pas contents, c’est pareil. Il y a bien longtemps déjà que je me suis affranchi de ce genre de complexe. Il y a de cela bien des années, lorsque j’achetais encore des préservatifs, ça me faisait même rigoler d’observer l’air de la caissière lorsqu’elle passait la boite au bippeur !

    • Matt  

      Oups ! Je fais une remarque péjorative à Druuna dans un article à venir…
      Ouais, c’est pas pour moi. Pour le coup je ne trouve pas ça émoustillant mais dégueu. Et comme le ton est sérieux, un peu malsain.
      Mais ça fait chier dans un sens car je reconnais que le dessin est magnifique.

      Manara je connais assez mal vu que je n’ai pas la curiosité de beaucoup fouiller dans ce types de BD. C’est juste que je n’aime pas l’air ahuri de ses femmes. Mais après ce n’est peut être pas systématique.

    • Matt  

      Pour l’achat de préservatifs sinon, c’est un peu différent^^
      Quelque part, je ne vois pas pourquoi la caissière tire une drôle de tronche. Elle sait bien que c’est utile, un de ses partenaires s’en est surement déjà servi avec elle. ça veut juste dire que t’es comme tout le monde. De nos jours c’est plutôt le mec qui n’a pas d’activité sexuelle qui est injustement mis à l’écart comme une grosse merde.
      Une BD par contre…c’est un peu comme si tu disais « ben ouais je vais me secouer le poireau ». C’est pas le genre de truc qui permet de frimer donc bon…
      Et puis c’est juste que c’est personnel ces trucs là ! Moi je déteste déjà les mecs qui parlent de leur tableau de chasses et qui expliquent dans quelles positions ils ont pris leur partenaire. On ne peut pas demander quels sont les problèmes familiaux des gens quand ils ne vont pas bien au risque d’entendre « ça te regarde pas » mais bizarrement on peut entendre toutes leurs activités sexuelles sans avoir envie de les connaître.

  • Tornado  

    Ayant passé le cap de la lecture à une main, je me fiche bien pas mal de ce que les gens peuvent penser de moi.
    Dans mon souvenir, les caissières ne faisaient pas une drôle de tronche du tout. mais c’était rigolo de surveiller s’il y avait une petite réaction dans leurs yeux, même infime !

  • Matt  

    Pour les curieux, j’ai trouvé cet article sur l’auteur très intéressant :

    http://bdzoom.com/6230/patrimoine/le-coin-du-patrimoine-bd-roberto-raviola-dit-magnus/

    C’est dommage que son boulot « hors érotisme » comme Alan Ford, Satanik et tout le bazar mentionné ne soit pas réédité. Je suis très fan de son style de dessin. Je vais peut être me procurer « les brigands » qui ont été publié dans Metal Hurlant à l’époque. Histoire de voir ce que ça donne.

  • Bruno :)  

    Oh dis-donc : c’est vrai que c’est somptueux, les planches des « mille Pilules » ! C’est le rêve, de pouvoir arriver à s’encrer aussi proprement : les courbes sont si belles, on dirait que ça a été tracé avec un support. Magnifique.
    Ceci-dit, en tant qu’amateur, j’ai tendance à trouver la joliesse un peu contre-productive en matière de Pornographie : un bon trait bien gras, même malhabile, ne peut que renforcer l’impact érotique à priori recherché par l’artiste ; de la même manière que Frank Miller, avec ses coups de crayons complètement syncopés (et à peine maitrisés !) a démultiplié la puissance des cases où voltige son Daredevil. Le duo futuristico-dingue illustré dans l’autre BD bénéficie aussi de la même élégance graphique, du coup ; même si moins « fouillée »…
    Arrivé ici après l’article consacré à Satanik, j’avoue être un peu déçu du résultat, quant à son pouvoir transgressif : je m’imaginais quelque chose de plus brut et punchy, plus en rapport avec les ambiances de noir et blanc tranché typiques des Fumetti et de mes souvenirs de lecture de jeunesse.
    Mais c’est, de toutes façons, véritablement une œuvre à part entière, manifestement.

    Par contre, c’est marrant comme le sujet de « l’histoire » revient dans vos commentaires, en ce qui concerne la BD Pornographique : comme quoi, sans un scénario solide et structuré -voire avec des rebondissements !-, l’intérêt de l’exercice deviendrait caduque. Je suis, comme tout le monde, friand de bonnes intrigues bien ficelées, voire de simples chroniques à thème ; mais il m’a toujours semblé qu’un simple prétexte pouvait suffire, du moment que les personnages mis en scène sont graphiquement « habités » ; et ce quel que soit le sujet exposé/exploité par l’auteur : aventureux, héroïque ou licencieux.
    La puissance de l’évocation érotique n’a besoin que de peu de contexte, quand l’essence humaine est honnêtement traduite, pour acquérir une substance suffisante afin que l’on puisse y projeter ses rêves ou phantasmes : tout dépend vraiment du talent de l’artiste et de sa sensibilité ; ainsi que de leurs écho potentiel avec celle du lecteur.

Leave a reply

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *