SUPERGIRL : SOMBRE REFLET !

SUPERGIRL, un film réalisé par Craig Gillespie

Un article de DOOP O’MALLEY

VF/VO : Vos salles de cinéma, produit par DC STUDIOS.

Cet article porte sur le nouveau film SUPERGIRL du DCU, deuxième volet au cinéma de la relance de l’univers DC COMICS après SUPERMAN sous la houlette de James Gunn et Peter Safran.
Un film dont l’histoire est basée sur le très moyen comic-book SUPERGIRL : WOMAN OF TOMORROW par Tom King et Bilquis Evely.

J’avais toutes les raisons de ne pas l’aimer, ce film. Parce que clairement, l’apparition de Milly Alcock en tant que Supergirl dans le film SUPERMAN m’avait agacé. Parce que je n’étais pas certain que l’héroïne soit taillée pour supporter un film aussi important, qui devait consolider ce nouvel univers DC au cinéma, et surtout parce que le comics WOMAN OF TOMORROW reste à mon sens un bouquin très surcoté, sans autre réel intérêt que les dessins de Bilquis Evely.

Je place sans problème le run des années 70 du scénariste Paul Kupperberg et du dessinateur Carmine Infantino loin devant l’histoire susnommée. Sans oublier le run de Sterling Gates et Jamal Igle lors de New Krypton et, bien évidemment, le SUPERGIRL de Peter David qui avait transformé le personnage en un ange gardien au sens propre.


Je ne partais donc pas vraiment convaincu, mais au fil du temps, alors que les bandes-annonces commençaient à s’enchaîner, j’ai eu très envie de la défendre.
Pourquoi ? Parce que Superman s’est pris tellement de seaux d’immondices des fans de Zack Snyder que j’étais absolument certain que Supergirl, qui en plus allait avoir pour personnages principaux deux jeunes femmes, allait se faire descendre en flèche par toute cette communauté !


Et ça n’a pas raté. Supergirl est en train de se faire laminer par quasiment la totalité de la toile internet, bien évidemment à cause d’un prétendu agenda idéologique et féministe, nous rappelant que les réseaux sociaux sont l’équivalent des fosses à purin d’antan. Et ça a une fâcheuse tendance à m’énerver ! Encore une fois, même si on n’aime pas une œuvre de comics ou une adaptation, si elle trouve son public, c’est toujours bien pour tous les passionnés de comics . Car le succès peut entraîner d’autres publications moins attendues. Mettre en cause le peu d’originalité des films Marvel est souvent juste, se réjouir en revanche de leur déroute est un contre son camp monumental. J’avais donc envie d’y aller, de trouver des choses sympathiques et de pouvoir en parler. Surtout que le réalisateur Craig Gillespie m’avait vraiment enthousiasmé sur le film MOI TONYA.
Je me rends donc dans mon cinéma, avec quand même un peu d’espoir au fond de moi.
Espoirs malheureusement déçus ! Parce que le film n’est pas bon. Vraiment pas bon.

Un costume taillé pour Milly ( Image : © Warner Bros. Pictures, Source : Allociné)

Kara Zor-El fête sur une planète lointaine son 23ème anniversaire. Comme cette planète tourne autour d’un soleil rouge, elle n’a plus ses pouvoirs et peut donc ressentir les effets de l’alcool. Ce qui tombe bien car on comprend en filigrane que Kara n’arrive toujours pas à gérer la disparition de sa planète et de sa ville. Très rapidement, elle va tomber sur Ruthye, une jeune fille dont la famille a été décimée par Krem, un pillard de l’espace et qui cherche à se venger. Supergirl n’en a apparemment rien à faire, sauf quand le fameux Krem (qui n’en est décidément pas une) empoisonne le pauvre Krypto et vole son vaisseau spatial. Coincée sur cette planète, Kara et Ruthye n’ont que trois jours pour retrouver les pillards, qui possèdent le seul antidote capable de sauver le pitichien. Lors de leurs pérégrinations, elles vont croiser le chemin d’un autre bandit de l’espace, Lobo, qui va leur donner, un coup de main ou un gros coup de boucher dans la figure.

Vous l’aurez remarqué, nous nous trouvons, en dehors de la présence de Lobo, sur une copie quasi-parfaite du comics de King et Evely. Et les premières minutes du film sont tout à fait comparables à l’œuvre dessinée. Mais plus le temps passe, plus le film prend ses distances, allant jusqu’à presque tout modifier, que ce soit non seulement dans la trame des événements, terriblement réduite, mais aussi sur le fond et la fin de l’aventure. Attention, c’est à partir de ce moment que l’on va SPOILER !

Un duo pas très dynamique ( Image : © Warner Bros. Pictures, Source : Allociné)

SUPERGIRL, WOMAN OF TOMORROW est un titre qui ressemble exactement à ce que Tom King décline à l’infini depuis des années, à savoir une vraie/fausse introspection concernant une héroïne de second plan dépressive. À sa décharge, ce n’est pas sa pire mini-série. Dans le comic-book, Kara  et Ruthie parcourent différents mondes et toutes ces rencontres permettent à King de développer la personnalité et les traumas de Kara tout en fortifiant sa relation avec Ruthye. Pour une fin finalement assez convenue. Dans le film, si le nombre de designs des extraterrestres et tout le bestiaire est assez impressionnant (on pourrait se croire à la cantina de Star Wars), Craig Gillespie n’en fait rien du tout. On va aller se balader en tout et pour tout sur simplement deux ou trois planètes. Et en dehors de bastons ou d’action, rien n’est proposé. Sur une heure trente, il y aura en tout et pour tout une seule scène de dialogue entre Kara et Ruthye et encore, elle n’est pas satisfaisante puisqu’elle nous propose le flashback de la destruction de Krypton ainsi que celle d’Argo, la ville de Kara. Ce flashback propose de fait une véritable modification des origines de Supergirl telle qu’on la connaît et c’est un véritable problème.

De fait, on n’a pas vraiment d’empathie pour Kara, qui apparaît comme une gamine insupportable, toujours énervée et borderline. C’est à mon sens le véritable problème de la réalisation et du scénario : l’implication émotionnelle face à son réel trauma, rendu de manière trop superficielle dans des scènes qui sont en pilotage automatique. Supergirl suit une trame très ordinaire et n’en dévie jamais.

L’enchaînement d’une scène à l’autre est automatique, sans aucune véritable réflexion. Kara est donc un personnage difficile à apprécier. Ruthye n’est définie que par son rapport à la vengeance, répétant à l’infini le même dialogue et Krem … est méchant… très méchant, avec un Matthias Schoenaerts qui cabotine à mort dans son interprétation. Certes, il y a eu de nombreuses versions de la super-héroïne à travers les années, mais réduire Kara à ce stéréotype de jeune post-ado avec du caractère lui enlève toute originalité puisque c’est ce que l’on peut voir dans 90% des films où les filles sont sur le devant de la scène. Hollywood semble être incapable d’écrire une héroïne autrement que comme une jeune femme impulsive et qui noie ses traumas dans le sarcasme (Black Widow version Florence Pugh, Captain Marvel, etc.) et SUPERGIRL le film ne déroge pas à cette règle. Et c’est un réel problème : SUPERGIRL est censé développer le nouvel univers DC au cinéma. Or, il ne fait que reprendre des clichés vus et revus dans les films de super-héros depuis une quinzaine d’années. Cette impression de déjà-vu ne risque donc pas d’attirer les foules en masse, non seulement pour le film, mais aussi pour ceux qui risquent de suivre. Mais ce n’est pas le pire.

Le fameux ton sépia/marronnasse pour cacher la misère. ( Image : © Warner Bros. Pictures, Source : Allociné)

De fait, ce film Supergirl n’a aucune âme et se contente de suivre minute après minute une trame réduite à sa plus simple expression et destinée à plaire au grand public, certainement à grands coups d’analyses marketing préalables. Certains font un parallèle entre ce film et LES GARDIENS DE LA GALAXIE et je m’inscris totalement en faux. Qu’on aime James Gunn ou pas (pour ma part, je reste assez mitigé sur le réalisateur), on peut lui concéder une certaine patte, un certain grain de folie. Or ce SUPERGIRL est la définition même du film générique. Que veulent voir les fans ? Du Jason Momoa en Lobo ? On va donc leur donner du Jason Momoa en Lobo, même si cela donne lieu à des scènes gênantes, qui frôlent le catastrophique. Et ce pour plusieurs raisons. Tout d’abord parce que quoi qu’on en pense, incarner le mercenaire Czarnien à l’écran demande des qualités d’acteur capable de gérer l’humour et le second degré. Et Momoa n’arrive pas à le faire ici, comme il n’avait pas réussi non plus à le proposer dans le dernier FAST AND FURIOUS ou bien dans MINECRAFT. En dépit de ce que la majorité peut penser, Momoa n’est pas Lobo, loin de là. Que ce soit physiquement et surtout au niveau de son interprétation. C’est un miscast absolu !

Encore pire : le personnage ralentit le rythme et n’a aucune fonction dans l’histoire en dehors de plusieurs deus ex machina très redondants. Les filles sont en danger ? Lobo était dans le coin et commence à fracasser tout sur son passage ! Nous nous trouvons dans un film tout public, on ne va donc pas le voir commettre des atrocités ! Il va dire quelques gros mots, fumer le cigare et rire quand des gens vont se battre. Et c’est à peu près tout.

L’abomination ! ( Image : © Warner Bros. Pictures, Source : Allociné)


Ce manque d’originalité se retrouve malheureusement dans l’aspect technique du film. Le scénario propose différentes planètes avec différents soleils. Cela aurait pu être un moyen pour le réalisateur de changer sa colorimétrie, de proposer des endroits, des espaces différents. Eh bien non, tout est dans ce fameux ton gris/marronnasse, avec des scènes de bagarre dans des endroits clos ou de nuit afin de cacher la misère des modélisations 3D assez dégueulasses.

On pourra comparer les scènes de combat de SUPERGIRL à celles, totalement incompréhensibles, de SPIDER-MAN NO WAY HOME, ce qui est loin d’être un compliment. Gillespie s’est transformé en Jon Watts (le réalisateur des trois premiers SPIDER-MAN récents) le temps d’un film. C’est véritablement agaçant car il semblait y avoir une réelle volonté de développer le contexte de cet univers spatial au vu des nombreux designs d’extraterrestres. Et pourtant, impossible de se remémorer le moindre personnage secondaire important. Gillespie reste totalement centré sur son trio (Ruthye, Krem et Kara) mais, et c’est bien là le problème, ne le fait quasiment pas interagir. Aucun personnage n’a son moment, sa scène où il va pouvoir se démarquer des autres et provoquer, via une direction d’acteur précise, une envie de s’impliquer de la part du spectateur.

Krem, de jour

La morale du film est aussi assez ambiguë. Parce que finalement, le parcours de l’héroïne n’évolue absolument pas. La fin est incohérente. Par son geste final, Kara prouve qu’elle n’est pas capable d’évoluer et pourtant, la voilà décidée à revenir sur Terre et à faire le bien autour d’elle. C’est non seulement en contradiction avec ses actions mais aussi avec le cahier des charges du personnage. En tuant Krem à la place de Ruthye, afin d’éviter que cette dernière « ne perde son âme », Kara fait du sur-place. Le film enlève au personnage toute sa position de personnage protecteur. Par le meurtre de Krem, elle ne protège pas Ruthye, elle légitime au contraire son envie de tuer afin d’assouvir sa vengeance, prenant juste le meurtre du méchant à son compte. Peter David doit se retourner dans sa tombe. De même, une retcon de ses origines lui enlève aussi son côté protecteur envers Kal-El ! Dans les comics, un des aspects les plus intéressants de Supergirl c’est qu’elle est plus jeune que son cousin, mais qu’en réalité elle est née avant lui : c’est elle qui prenait soin de lui sur Krypton. Son vaisseau a juste pris une trajectoire différente et elle est arrivée après. C’était une idée plutôt originale. De protectrice, elle s’est retrouvée protégée par Superman dans ce nouveau monde qu’elle ne connaissait pas. Cette dualité était vraiment un des points forts de la relation entre Kara et son cousin. Dans le film, Kara naît des années après son cousin, ce qui lui enlève complètement son rôle de protectrice et en fait simplement une jeune fille abîmée et surprotégée par son cousin. Féministe disent les haters ? Vraiment ?

On va toutefois conclure sur les quelques points positifs du film et notamment les deux prestations de Milly Alcock et de Eve Ridley. Elles n’ont malheureusement pas grand-chose à jouer mais contrairement à Schoenaerts et Momoa, elles ne se rendent pas ridicules. Alcock est une très bonne Supergirl et elle porte très bien le costume. Après, je dois vous avouer que je ne suis pas objectif : je suis jaloux de ses cheveux. Ridley est possiblement l’actrice la plus subtile de tout le film, proposant certes un personnage très autocentré mais qui, par quelques regards, arrive à faire passer un tout petit peu d’émotion. Le design des créatures extraterrestres est véritablement généreux et c’est encore une fois dommage de le voir sous-exploité. L’histoire se suit en mode automatique, ce qu’on peut mettre quasiment dans les compliments. En dehors des apparitions de Lobo, le film serait presque moyen. C’est d’ailleurs ce que l’on retiendra de ce SUPERGIRL : un film qui aurait pu être juste moyen. Et c’est de fait très insuffisant pour consolider ce fameux univers étendu DC.

2 comments

  • JB  

    Merci pour cette analyse !
    Bon, déjà, Tom King, c’est mal barré en ce qui me concerne. Plus sérieusement, la sortie d’adaptations de comics en film semble être maintenant forcément controversé. Que ce soit pour le côté « formule » identifiable ou des FX perçu comme désastreux chez Marvel ou, chez DC, l’impossibilité de dépasser l’ère Snyder et les outrages politiques dont les films Batgirl ou Blue Beetle ont fait les frais du seul fait d’exister.
    Avec des commentaires s’indignant que Superman est pro-immigration (…), ce Supergirl partait forcément perdant. Et si le Superman de Gunn avait pour produit d’appel une multiplication de persos plus obscurs, les invités dans Supergirl paraissent surtout là pour attirer d’autres profils de spectateurs (Nan, c’est pas un film juste pour les filles, vous aurez aussi le biker de l’espace !)
    J’avais entendu parler du twist final. Si le film semble plus cynique que le comics de Tom King (une gageure vu son palmarès !), l’approche ne me paraît finalement pas si lointaine de certaines incarnations comics du perso, notamment son retour sous la plume de Loeb, qui en faisait une protagoniste plus ambiguë.

  • Fletcher Arrowsmith  

    Hello.

    merci pour ce moment de lecture. Cela en restera là pour moi.

    Ah si pour lire un bon récit « récent » sur Supergirl : SUPERGIRL : BEING SUPER.

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