Une araignée au plafond (Spider-Man de Nocenti)

Spider-Man : Maison de fous par Ann Nocenti et Cindy Martin

Un article de BRUCE LIT

VO : Marvel

VF : Lug, Panini

La fin du costume noir
© Marvel Comics /Panini comics

MAISON DE FOUS est un arc en 3 épisodes paru en 1987 et en VF dans les Strange 226 à 228. Ces épisodes viennent d’être réédités dans l’intégrale 1987-1988 sortie en avril 2021.

Outre le fait que ce soit la grande dame de DAREDEVIL qui l’a scénarisé, MAISON DE FOUS bénéficie de couvertures de Bill Sienkiewicz.
C’est enfin une histoire qui peut se targuer d’un casting créatif presque totalement féminin pour la 1ère et dernière fois de l’histoire éditoriale du tisseur puisque en plus du scénario signé Nocenti, Cindy Martin en assure les illustrations et Janet Jackson (!) les couleurs.

Traduction de KG Ben des studios Makma.

Attention, ça va spoiler comme un malade : ça tombe bien, Peter Parker est chez les fous !

Cet arc a une vraie valeur historique. En plus des raisons expliquées en intro, les lecteurs français peuvent découvrir ce qui se passe pour Peter Parker immédiatement après KRAVEN’S LAST HUNT également réédité dans cette intégrale Panini.

C’est un fait, le monde des comics telle l’arène politique a lui aussi sa…politique éditoriale, celle visant à instaurer une alternance entre les récits sombres et adultes, le mainstream et le divertissement. L’histoire l’a prouvé, l’une ne va pas sans l’autre, ces deux partis ont leurs qualités et leurs limites, ses détracteurs et ses suiveurs.

Des couvertures inédites en France
© Marvel Comics

Ici le lecteur voyait se prolonger pour 3 épisodes le cauchemar de De Matteis et Mike Zeck où notre héros était enterré vivant par un psychopathe friand de la chair d’araignée…
Lorsque commence notre histoire, Peter accuse le coup : MJ est en déplacement et il semble en pilote automatique. Traumatisé, il broie du noir (plus que d’habitude), néglige de se laver (on apprend au passage que son costume pue- ce n’est pas la 1ère fois de la série que la série mentionne son hygiène douteuse) et semble hanté par des pulsions morbides.

Pas de problème, rvl’a la réalité pour l’alpaguer : pour aider des enfants dont le père, petite frappe pour Le Caid, a fait interner la maman, Spidey se fait (de nouveau) tirer dessus et interner dans un étrange hôpital psychiatrique.
Enfermé et drogué parmi les aliénés, Spider-Man n’est plus que l’ombre de lui-même jusqu’au moment où, choqué de la brutalité des traitements de l’établissement il se révolte, inspire aux autres pensionnaires la force de se tenir debout et parvient à contrecarrer le scientifique fou qui trépane plus vite que son ombre.

Allô ? On est bien chez le Spider-Man des familles ?
© Marvel Comics

Sois averti ô lecteur de baston super héroïque : cette histoire est celle de Peter Parker, pas de l’araignée qui revêt son costume noir pour la forme lors du 1er épisode et portera le reste du temps un autre autre type de pyjama : celui d’un fou chez les fous.

On a longtemps gaussé sur les tendances SM de Chris Claremont mais un jour il faudra écrire sur le sadisme de Ann Nocenti ! Parce que, mazette, ce pauvre Peter n’a pas un instant de répit ! Après avoir passé une semaine dans un cercueil, le voilà à nouveau emmuré chez les légumes, abruti par les psychotropes et la confusion.

Les civils ne sont guère mieux lotis : Nocenti reprend ici le schéma du porte-flingues qui aime ses enfants tel qu’utilisé avec Bullet dans DAREDEVIL. 30 ans avant BREAKING BAD, elle met en scène un pauvre mec qui pour faire face aux frais médicaux de sa femme, gagne de l’argent avec le crime quitte à perdre cette famille qu’il voulait protéger du besoin.
Comme souvent avec Nocenti, ce sont ces civils qui intéressent d’avantage et le super héros est l’arrangeur d’une situation que le simple cadre de la loi ne permet pas de dépasser.

Un héros, un vrai…
© Marvel Comics

Ici le lecteur se prend de compassion tour à tour pour cette mère de famille qui lutte seule contre sa folie, ce mari tiraillé par son activité criminelle et l’amour de ses enfants qui lui disent ouvertement qu’ils le détestent pour le mal qu’il a fait.

Ceux qui voudront voir Spidey bondir de toit en toit en seront pour leurs frais : l’ambiance est désespérément réaliste et c’est à peine si on ne sent pas l’odeur de vomi ou de déjection de Peter avec cette distanciation ironique de Nocenti : notre héros habituellement surdosé en action l’est en médicaments.
On pourra aussi souligner le contraste entre les couvertures cauchemardesques de Sienkiewicz et les dessins sages et lisses de Cindy Martin. Avec Sienkie au dessin, le lecteur aurait probablement obtenu un proto ARKHAM ASYLUM.

En terme de planches inquiétantes, on repassera….
© Marvel Comics

En lieu et place les illustrations de Martin s’obstinent à sortir de l’ombre et proposer une ligne claire étrange, sans arrière fonds significatifs ou inquiétants mais pas forcement hors-sujet ; MAISON DE FOUS n’est jamais angoissant mais n’est pas rassurant non plus. Voilà des dessins qui évoqueraient des mains aux empreintes digitales effacées : discrètes, passe-partout mais avec du crime savamment dissimulé comme ce laboratoire aux forts relents de WEAPON X. Si le médecin chef qui mène ces expériences monstrueuses en plein Brooklyn ressemble au professeur André responsable de la greffe d’adamantium de Wolverine, ce n’est sûrement pas un hasard.

MAISON DE FOUS est un récit insolite qui éprouve la psyché de Spider-Man après la redoutable épreuve de Kraven. Pas tout à fait film d’horreur sans effets sanguinolents, ni tension, il fait d’avantage penser à un court métrage expérimental bien loin du schéma rassurant et chaleureux du Spider-Man des familles. Sans doute l’époque la plus mature du héros Marvel.

Immédiatement après la politique éditoriale de Marvel optera pour le retour de Doc Octopus et des bastons sur les gratte-ciels puis de l’intronisation d’un costume baveux avec des dents pointues. Il est temps de ranger la chambre, laisser le costume noir au méchant et rendre les couleurs américaines à Spider-Man.
C’est le début de l’ère Mc Farlane qui emportera tout sur son passage, notamment cette histoire intimiste à redécouvrir.

Allez, rangez moi ce bordel, Venom arrive…
© Marvel Comics


32 comments

  • JB  

    J’ai l’impression que Ann Nocenti aime écrire sur la folie. Il me semble que l’une de ses premières histoires sur Daredevil, illustrée par Rick Leonardi, porte sur une jeune femme qui souffre de troubles mentaux. Même Daredevil est gagné par une « folie à 2 » avec Bullseye vers la fin de son run. Nocenti consacre également plusieurs Marvel Comics Presents et une mini-série aux tourments de Typhoid Mary. Un duo rêvé avec JM DeMatteis dont les comics explorent la psychologie des héros.

    • Bruce lit  

      Ah, tiens, je n’ai jamais lu ce récit sur Thyphoid.
      Une piste d’article pour la rentrée ?

      • JB  

        Je note, je note 😉

      • Matt  

        Ah oui c’est Typhoid kiss avec Wolverine ?
        Du Marvel comics presents numéro 109 au 116 (mais ce sont des courts épisodes de 10 pages vu que Marvel comics presents contiennent plusieurs bouts de série dans chaque numéro)
        Pas de VF pour ça bien sûr.

      • Matt  

        Ah il y a aussi un Tphoid kiss : Daredevil
        Peut être que les 2 séries vont ensemble ?

        • Eddy Vanleffe  

          Ann Nocenti a fait tout un cylce sur Typhoid avec Steve lIghtle dans les MCP
          c’est une vraie bd très datées mais très sympa avec une patte d’auteur indéniable

        • JB  

          Il y a 3 saga plus ou moins longues avec Typhoid dans les MCP (la première avec Wolverine, la seconde avec Dan Ketch, puis une dernière avec Logan, Murdock et Vengeance), mais aussi une courte mini-série en 4 numéros intitulée Typhoid.

          • JB  

            Entre les Marvel Comics Presents et la série Typhoid, Mary apparaît dans quelques numéros de Spectacular Spider-Man qui ont été publiés dans Nova (période grand format).

    • Eddy Vanleffe  

      J’avais vu ça et oui ça m’a bien déçu…

  • Tornado  

    Dis-donc, ça fait vachement envie, ça !
    Tout le contraire du contenu de l’article d’hier. ici on est vraiment dans un récit à hauteur d’homme. C’est vraiment ça que j’ai envie de lire au rayon super-héros : Un récit qui met en scène un super-héros mais qui contourne complètement le sujet pour parler aux adultes. C’est l’équilibre qu’il me faut, le bon dosage, la bonne formule pour prélever ce qui reste de mon enfance en l’injectant dans mon esprit adulte.

    Le dessin est peut-être sage mais je le trouve sacrément excellent (la colorisation n’est pas mal non plus mais si elle est un peu délavée). Je le préfère nettement aux extravagances de cette époque devenues complètement kitsch aujourd’hui.

    Quel est le menu exact de cette intégrale ? Ça peut m’intéresser.

    • Matt  

      Il y a la dernière chasse de Kraven + ces épisodes là.

      J’ai pris cette intégrale aussi, mais pas encore lu l’histoire de Nocenti. Eddy en avait parlé c’est pour ça que j’ai tenté l’achat.

    • Matt  

      Il y a aussi 2 ou 3 épisodes de Miochelinie et McFarlane, notamment le 300 avec l’arrivée de Venom. Tu n’aimeras pas^^ Mais ça représente peu de choses dans l’intégrale.

    • Bruce lit  

      L’écriture de Nocenti devrait plus te parler que pour son DD.
      Matt a déjà répondu à ta question concernant le menu de cette intégrale.

      • Tornado  

        Alors je ne vais pas investir dans une intégrale pour 3 épisodes sachant que j’ai le Best of Marvel avec LA DERNIERE CHASSE DE KRAVEN. Dommage. Je verrai si je tombe sur les Strange dans une bouquinerie ou un festival.

        • Matt  

          C’est pourtant mieux que d’avoir 8 épisodes de merde et 3 bons non ?
          Moi je vais remplacer mon best of par l’intégrale, tout simplement^^
          Et trouver des Strange…censurés et en papier vieilli, c’est parfois pas beaucoup moins cher…

    • Eddy Vanleffe  

      @Tornado
      Par curiosité et juste pour le sport ces épisodes de Spider-Man sont dans les alentours du 227. dans ce numéro, il y un numéro d »Alpha Flight où Heather retourne chez elle et tombe seule sur une sorte de d’invasion extraterrestre dans ces cosses qui fusionnent avec les habitants… On dirait un remake miniature des Invasions des profanateurs avec un climat très premier degré sérieux assez mature.
      Je serais curieux de voir si tu apprécierais ce genre de récit un peu à cheval entre Marvel et Weird Science pour son coté horreur vintage!

      • Tornado  

        Le soucis c’est que je ne peux pas piffer cette série… Mais bon, why not si je tombe sur ces revues. J’ai pas trop envie de vendre mon best-of Marvel de Kraven pour acheter une intégrale. Il est très bien mon Best-of Marvel de KRAVEN…

        • Matt  

          Moi je vois ça autrement ; c’est la même chose mais avec une autre histoire dedans. Donc hop ça remplace.^^
          Pas trop envie de chiner des vieux Strange qui peuvent être chers pour une qualité qui a pris un bon coup de vieux. En tous cas jamais je n’achèterai des Strange en ligne sans pouvoir juger de l’état. Et je sais que je ne me casserai pas la nénette à les chercher dans des marchés ou bouquinistes non plus^^

          Donc soit je laisse tomber complètement, soit j’achète l’intégrale (et je revends le best of)
          Faut pas que la qualité d’impression de l’intégrale soit moins bonne cela dit. J’ai pas comparé tiens…

        • Eddy Vanleffe  

          je te signale le truc pour l’éventualité où tu tombais dessus… le cas échéant j’aimerais bien avoir ton opinion parce que bizarrement je sens que ça pourrait être un récit que tu apprécie pour son « parfum » horreur vintage assez détonnant dans une série comme ça…

  • Surfer  

    Je ne connaissais pas cet arc.
    Manifestement Nocenti s’inspire de VOL AU DESSUS D’UN NID DE COUCOU.

    « 30 ans avant BREAKING BAD, elle met en scène un pauvre mec qui pour faire face aux frais médicaux de sa femme, gagne de l’argent avec le crime quitte à perdre cette famille qu’il voulait protéger du besoin. »

    Avant BREAKING BAD peut-être mais après UN APRÈS-MIDI DE CHIEN où le personnage principal braque une banque pour pouvoir payer des frais médicaux.

    Nocenti est une cinéphile : Elle connaît ses classiques.😉.
    J’ai toujours aimé cette scénariste. Sa sensibilité féminine fait du bien dans l’industrie des comics qui (faut pas se mentir) est un milieu très masculin.

    • Bruce lit  

      Honte à moi qui ne suis pas familier avec la filmo de Lumet. Je n’ai jamais vu Un après midi de chien et suis tout à coup vachement Hypé !
      12 Hommes en colère fait pourtant partie de mes films préférés.

  • Eddy Vanleffe  

    Cet arc en plein milieu de Strange était vraiment étrange et faisait tâche. le dessin ne faisait pas du tout super héroïque et l’intrigue avait une tonalité un peu « folle » très adulte. la victoire inéluctable du héros n’avait pas le même gout que d’habitude et c’était perturbant.
    Les auteurs faisaient un peu d’indé au beau milieu des super slip ou il osaient simplement sortir des entiers battus avec beaucoup d’humanité…
    Longshot+cet arc+le RCM Daredevil et je tenais simplement Ann Nocenti pour une meilleures autrices de l’industrie avec un sempiternel « grain de folie « et une fascination pour les « fêlures » et un propos social évident…

    @Matt cet intégral me tente pas mal… mais il faut arrêter j’ai déjà tout… en strange etc…

  • Présence  

    Voilà un article qui ravive les sensations que j’avais eu en lisant ces trois épisodes lors de leur parution en VO, sensations déstabilisantes, car l’écart était trop grand entre Kraven last hunt et Madhouse. C’est en lisant ton article que j’ai enfin compris ce qui m’avait dérouté : la faible composante superhéros, ce qui est en total décalage avec la dernière chasse de Kraven. Du coup, il faudrait peut-être que je le relise.

    De la même manière, les caractéristiques des dessins que tu pointes m’étaient apparues également en décalage : des dessins sages et lisses, en pleine lumière, sans arrière-plan inquiétant. Je n’étais pas prêt à des tels partis pris aussi radicaux.

  • Patick 6  

    Autant l’histoire parait attrayante, autant les dessins me laissent perplexes… La forme a rarement autant été contradictoire avec le fond non ? Un peu comme les dessins de Mike Allred sur X-statix (des morts en pagaille servis par des dessins…euh… pop !)
    A voir donc, en tous cas j’aime bien la dédicace discréte à Egon Schiele sur la derniére couverture… Comme quoi Sienkiewicz, outre d’étre un artiste talentueux, connait également parfaitement ses classiques !

    • Bruce lit  

      Schiele m’a totalement échappé.
      Il n’existe pas de plus grand admirateur que moi du travail de Milligan et Allred sur X-Statix.

  • Kaori  

    Matt soulignait dans son article sur les meilleurs épisodes de Cap/Brubaker que tout le monde aime les récits en prison. L’asile, c’est un peu pareil, je trouve. Ce sont des types de récits qui m’embarquaient très facilement à une époque. L’analyse en vante toutes les qualités, mais j’ai un peu de mal avec ces dessins « vite faits » et cette colorisation très vive.
    Cela dit, c’est très très tentant… Je vais voir ça…

    • Bruce lit  

      Si tu n’as pas les épisodes de LA DERNIERE CHASSE DE KRAVEN, c’est l’occasion de faire coup double.

    • Tornado  

      Ah oui c’est vrai ça ! Les héros en asile, ça donne toujours des histoires assez fascinantes. Certaines de mes histoires préférées de Batman sont de cet ordre là. Notamment une dont je parlais dans cet article :
      http://www.brucetringale.com/immateriels-2-partie/
      Et bien entendu ARKHAM ASYLUM que j’ai découverte au lycée. Un choc. Je sus passé du côté obscur à partir de là (comment revenir aux comics old-school après ?).

      La BO : Album FROM THE INSIDE. Un de ceux que j’écoute le moins de cette période. Pas bien vieilli. Je ne le déteste pas mais je n’ai jamais accroché à aucune des chansons.

      • Bruce lit  

        FROM THE INSIDE fait partie de mes albums solos préférés. La production y est épouvantable mais on a là les paroles les plus personnelles du maître et des mélodies totalement inhabituelles. Je pense notamment à Millie and Billy et Inmates. C’est l’album ultime sur la psychiatrie. Aucun ne va aussi loin.

  • Jyrille  

    Ah ben merde, je viens de me payer le KRAVEN’S LAST HUNT, je ne vais pas m’acheter l’intégrale pour 3 épisodes supplémentaires. Quel dommage, si j’avais su avant… En tout cas tu donnes envie. Sur certaines planches, j’ai l’impression de voir la DOOM PATROL de Morrison et Case. Les couves sont splendides. Merci pour la culture !

    La BO : mouais. Sans plus.

  • JP Nguyen  

    J’ai lu ces épisodes dans Strange et je les ai encore.
    J’aime bien cette période du Tisseur même si c’était très hétérogène. J’ai un biais : c’est la période où j’ai découvert le Marvel Universe…
    Je n’ai pas encore eu la curiosité d’aller voir la VO pour connaître l’étendue de la censure dans la version Strange…

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