Une journée en enfer (Paris Manga 2021)

Paris Manga 2021

Un article de BRUCE LIT


Voici le compte rendu aussi calme et objectif que possible du Paris Manga 2021 déjà estampillé désastre de l’année. Merci à Vanessa et Chris pour leurs photos.

Le programme (en théorie)

A priori rien ne me motivait pour cette édition du Paris Manga 2021. Sauf la participation d’un de mes héros total : Glenn Fabry, le légendaire illustrateur des couvertures pour SLAINE, JUDGE DREDD, HELLBLAZER mais surtout PREACHER ! Oui, avec le regretté Steve Dillon, Fabry a dessiné tous les numéros de ce que votre serviteur considère comme la plus grande série Vertigo de tous les temps.

Une demande d’accréditation presse accordée (c’est un détail qui aura son importance), votre Bruce Liseur se rend espiègle Porte de Versailles. Les enjeux sont importants : alors que surgit une cinquième vague du corona-merdus et après deux saisons sans comic-con, le Paris Manga a pour responsabilité de servir de parent de substitution à plusieurs générations de geeks en manque depuis 2 ans.

Non, ce n’est pas un concert d’Abba, mais la file d’attente…
©Vanessa Is
Covid Alley…
©Bruce Tringale


Si le festival ne peut pas se targuer des incroyables têtes d’affiches du Comic Con ou même de grands noms du manga contemporain, les attractions sont nombreuses : notamment le concours des plus grands cosplayers de France m’indique mon ami Vincent Corsiez, spécialiste de la discipline. Il y a également des photos-shootings avec des acteurs de SMALLVILLE dont l’affriolante Kristin Kreuk, les habituels cours de sabres-lasers, des concerts de métal (!) et des ventes de figurines notamment celles de CHEVALIERS DU ZODIAQUE.

Arrivé à 11h00, je bénéficie d’une chance inouie ! Alors que certains attendent depuis deux heures et demi, mon pass presse fait office de VIP et me permet de rentrer dans l’enceinte du temple geek en moins de quelques minutes.

Les photos étaient garanties sans masques avant que les organisateurs ne se ravisent. Ici Kristin Kreuk tombe le sien car vaccinée.
©Chris

La salle est nettement plus petite que celle du comic con. Un étage en moins, se déplacer dans les couloirs du Paris Manga relève de la crise humanitaire ou d’une vente de billets pour la reformation d’ Abba. Il est clair que les organisateurs ont sous-estimé l’ampleur de leur évènement, survendu le nombre de billets (qu’ils vont sûrement devoir rembourser) et récoltaient dès le milieu de journée une Shitstorm impitoyable sur Twitter. Les files d’attente atteignent 5 heures, les photos avec les stars ne se font que masqués mais surtout l’experience humaine de ce genre d’évènements est final flashé !

Certes, la vie en convention a ses aléas connus : faire la queue comme un consommateur soumis, rester des heures debout sans manger ou pouvoir pisser, louper une signature pour en avoir une autre, tout ça c’est la routine et l’on ne va pas à ce genre d’évènements si on ne supporte pas ces compromissions.

Du beau Cosplay quand il possible d’en profiter.
©Bruce Tringale


Mais ce qui fait l’intérêt de cette manifestation, ce sont les entre-deux, ces moments de rigolade dans la file d’attente, ces œillades avec les ligues de cosplayeuses extraordinaires, la possibilité de converser avec des artistes que l’on admire et des copains croisés sur les réseaux sociaux.
Or tout ça est tué dans l’œuf : il y a tant de monde que même les cosplayers ne peuvent pas prendre la pose, gardent leurs sacs à dos et leurs masques pour ne pas être emportés par la foule. Je me suis trouvé coincé dans des marées humaines sans pouvoir bouger d’un coude pendant de longues minutes.

On a beau être un peu misanthrope, il faut saluer la bonne humeur générale et le sang froid de tous nos frères humains : le Paris Manga, c’est la ligne 13 version Transperceneige ! Un malaise, une bagarre, une alerte à la bombe et l’on courait droit à la catastrophe. Aucun couloir d’évacuation ou de secours, heureusement je n’avais pas amené les enfants.
Nikolavitch, Vincent Martini de Comics Office ou Rebeu des bois ne parviennent même pas à entrer. Moi, je croise des copains mais impossible de tenir une conversations dans ces conditions.

Cheers Mate !
©Bruce Tringale


J’arrive au stand de Glenn Fabry. Il y a tellement de vacarme que je ne parviens pas à dialoguer lui. J’apprends avec le plus grand mal, que non, il ne s’est pas inspiré de Johnny Depp pour son Jesse Custer mais de Jim Morrison et Shane McGowan des Pogues. Il me raconte avec fierté que son grand-père était français et a affronté les nazis pendant la guerre. Tout le reste est noyé sous les décibels et l’accent britannique à couper au couteau Bowie de notre ami.

L’homme est bordélique et on rêve de prendre une bière avec lui ! Bonne tête de Hoolligan, Fabry présente des planches originales à même son stand sans protection ! Il exécute ses commissions avec beaucoup de concentration sur son carnet de croquis qu’il vous donne en l’arrachant avec un grand sourire édenté. Putain, le mec est adorable, tant et si bien qu’il me donne son adresse mail ! Sans doute la possibilité de lire ici même une interview de ce grand monsieur, compagnon d’armes de Garth Ennis devant l’éternel.

Que La Mort est belle entre les crayons de Sabine Rich !
©Bruce Tringale

Etant donné qu’il est impossible de s’approcher du moindre stand, que la petite allée comics est celle où l’on peut le mieux respirer et chopper du cosplay de qualité, je suis foudroyé par un print de DEATH par une jeune artiste franco-britanique Sabine Rich. Encensée par Arthur Adams himself, collaboratrice de J.Scott Campbell et de Frank Cho, son art-book montre une formidable gestion des couleurs et un trait d’une exquise poésie.

Et…
C’est tout ! 3 heures pour deux dessins et une dizaine de photos ! Je ressors en observant une marée humaine que l’organisation, muette toute la journée, tente maldroitement de canaliser dans un message paniqué : plus d’entrées possible alors que beacoup attendent depuis des heures.

Ma journée n’est pas tout à fait perdue : j’en ressors chanceux et reconnaissant d’avoir pu obtenir dessins et dédicaces de Glenn Fabry, de Sabine Rich, persuadé comme toujours qu’une experience aussi mauvaise soit-elle est une montée en niveau de notre propre humanité, même si celle-ci aura été la grande absente de cette édition 2021. Lucide et optimiste : l’an prochain ne pourra pas être pire !

Les organisateurs du Paris Manga sont prévenus : l’année prochaine, ils ont intérêt à rattraper le coup sinon je lâche mes minions.
©Bruce Tringale

La BO du jour

Emporté par la foule…
Sauf que je n’ai jamais apprécié Piaf. Voici une reprise de l’originale. Pour mémoire, David Gilmour a joué sur cet album.

30 comments

  • Surfer  

    Ah ouais c’est sûr… faut pas être agoraphobe !

    « La vie en conventions a ses aléas connus : faire la queue comme un consommateur soumis, rester des heures debout sans manger ou pouvoir pisser »

    En ce qui me concerne, au bout d’un moment si je reste trop longtemps sans manger je tombe !
    Et puis rester des heures sans pisser, je ne sais pas si ma prostate apprécierait😀

    Tout se mérite.. même un petit dessin griffonné.

  • Présence  

    Un véritable compte-rendu de grand reporter. 😀

    Je plains autant les pauvres visiteurs dans la fil d’attente que les cosplayeuses et cosplayeurs qui n’ont pas eu l’espace pour s’exprimer.

    Je note qu’il y avait également Mikel Janin dans l’allée des artistes comics, très bon dessinateur entre autres des épisodes Batman de Tom King.

    • Bruce lit  

      Mikel Janin
      Tu fais bien de le mentionner. C’était le voisin de Fabry. Très souriant et professionnel également. Ses Prints étaient à tomber. Mais je suis encore trop loin de l’univers de Batman pour m’y intéresser. Je me suis surtout rendu compte qu’aucun personnage de cet univers ne m’intéresse plus que ça. Et puis ne nous leurrons pas : ces commissions ont un prix et il fallait choisir.

      • Rom1  

        Hé ben je ne suis pas sûr que d’autres aient pu en profiter autant … merci pour cet article récapitulatif, c’est comme si on y était ! 🙂

  • Eddy Vanleffe  

    Je vieillis et je n’ai plus aucune sorte de désir, d’envie ou de quoi que ce soit de mettre les pieds dans ce genre de manifestation…
    ton reportage, on dirait MAN VS WILD mais dans le bus…
    t’en as du courage!

    • Bruce lit  

      « t’en as du courage! »
      Je crois surtout en ma propre immortalité. Si je n’ai pas attrapé le cOvid ici, je ne l’attraperai plus jamais…

  • Patick 6  

    Alors là pour le coup je ne regrette carrément pas de ne pas étre venu ! La vache je me demande bien comment les organisateurs se sont débrouillés pour vendre plus de ticket que de places disponibles ! Well done le sur-booking !
    Le rayon comics est celui où l’on circule le mieux ? Pas étonnant vu que tout le monde s’en tape du comics dans ce genre d’expo ^^
    Il y a avait une queue importante pour Fabry ?
    « Preacher est la meilleure série Vertigo » euh est Sandman c’est du poulet ? ^^

    • Bruce lit  

      Preacher Vs Sandman : vaste débat. Au final j’adore les deux, mais le 1er est quand même plus fun à relire et homogène puisque c’est le même dessinateur.
      Je peux me relire un PREACHER dès ce soir sans frémir. Du SANDMAN, faut vraiment que je me motive.
      Il y a pourtant des passerelles entre les deux : le volet rock et surtout des Dieux qui désertent leurs royaumes.
      Mais pour moi, il y a moins de toiles d’araignée dans l’écriture de Garth Ennis.

    • JB  

      On peut arguer que plus de 50% de la série Sandman n’a pas été publié sous le label Vertigo ^^

      • Bruce lit  

        Ne viens pas tout compliquer !

  • Patick 6  

    (hein comment ça tu n’aimes pas Piaf ??)

    • Bruce lit  

      Alors autant je peux écouter du Brel Brassens même du Jacqueline Sauvage, autant la voix et les intonations de Piaf me hérissent le poil. Dans un film de guerre ça passe, dans ma stéréo, non.

  • Seb  

    Salut Bruce.
    Ton texte est vivant, drôle, bien écrit mais je te trouve un peu indulgent avec cette organisation merdique et irresponsable. Une honte.

  • seb  

    ps : j’ai adoré le titre de l’article

    • Bruce lit  

      Merci.
      Indulgent, non ? Mais ma nature pacifique (si, si, demandez aux copains, je n’aime ni les guerres ni les conflits) me pousse à ne pas aimer tirer sur les ambulances. Le Paris Manga a communiqué dessus depuis la rédaction de l’article. Il semblerait qu’un problème technique a empêché la clôture des réservations. Je ne suis pas là pour vérifier si c’est vrai ou pas. J’ai eu la chance d’avoir une accréditation me permettant de rentrer de suite au contraire de milliers d’autres personnes. j’ai eu ce que je voulais avec une certaine déception, mais je l’ai eu et plus que ce que j’en attendais puisque j’ai sous les yeux l’adresse de G Fabry.
      Donc, non, je veux pas jouer l’enfant gâté au regard des autres qui ont été frustrés. En ce moment, une de mes « patientes » est opérée d’un cancer. Ca fait relativiser non ?
      La seule vraie tragédie est que tout ce monde aient chopé cette merde de virus.

  • Tornado  

    Merci à toi pour ton sacrifice…
    Etant tout aussi claustrophobe qu’agoraphobe ce que tu décris est un cauchemar absolu. Et il y a longtemps que j’ai renoncé à faire la queue pour quoi que ce soit. Je n’en ai plus ni le courage ni la patience.
    Récemment au festival de BD de Solliès-Ville j’ai vu Margerin dédicacer avec deux personnes qui attendaient. Là, évidemment, j’ai immédiatement saisi l’occasion, moins pour la dédicace, d’ailleurs, que pour pouvoir discuter avec lui et lui dire que j’avais écrit un article pour le blog. Il m’a demandé « en bien ? », je lui ai répondu « non, non… », on s’est marrés 😅 ! On a bien rigolé tout le long (notamment quand je lui ai dit que j’étais fan depuis le lycée et qu’il m’a reproché de lui filer un p….n de coup de vieux ! (alors qu’il fait plutôt jeune et fringuant)). Super sympa.
    Ambiance intime et calme. Tout l’inverse du machin que tu nous décris… 😱

    Je n’imaginais pas Glen Fabry comme ça. Je l’avais trouvé hyper prétentieux sur les bonus de l’édition VF de Panini. Du coup je me dis que ça devait être du second degré et que je n’avais pas capté… 🙁
    Il a également entièrement dessiné des comics pour Ennis, du bon boulot, notamment pour les mini-séries dédiées à THE AUTHORITY.

    • Bruce lit  

      Je ne connais pas les notes de Fabry sur l’édition VF. PREACHER c’est de la VO à la maison. Il dit quoi exactement ?
      Ton anecdote avec Margerin est sympa. Elle me rappelle que désormais Paul MacCartney refuse les autographes et les selfies et préfère discuter avec ses fans.

  • Max  

    CA donne envie…………. 😀
    Sinon Vertigo, pour moi, c’est Transmet ! (mais j’aime beaucoup The Preacher 😉 )

    • JB  

      Série du label HELIX à la base ^^

  • Kaori  

    Ah la la, moi c’est Mikel Janin qui m’aurait bien plu *_*

    Déjà sur la série GRAYSON il était pas mal du tout du tout… Pour savoir, c’est combien une commission ?

    Bravo pour ton abnégation !

  • Bruce lit  

    Le buste de Glenn Fabry m’a coûté 50€
    Celui de Sabine Rich : 15€

    • Eddy Vanleffe  

      50 euros le crobard? Mais ils sont devenus malades? à ce prix là t’as une voir deux intégrales…

      • Tornado  

        Ma dédicace et ma longue discussion avec Margerin m’a juste coûté le prix d’une BD que j’avais pas encore…

        • Bruce lit  

          Mais là on parle d’un festival local.
          Je ne vois pas ce qui pourrait motiver un artiste de venir signer des albums outre-manche en pleine pandémie sans actualité ni d’albums à vendre qu’une source de revenus potentielle.
          Tu sais c’est la même chose avec les acteurs plus ou moins oubliés qui tirent 60€ la photo. PREACHER c’est important pour moi. Etant donné que je n’ai pas payé les 16€ d’entrée, je ne trouve pas ça excessif.
          FABRY vendait des planches originales à 350€. Si je n’avais pas de famille à nourrir, je m’en serais offerte une.

      • Bruce lit  

        Fabry dessine depuis 30 ans. Il a besoin de revenus comme n’importe quel artiste. Je ne suis pas choqué.

        • Eddy Vanleffe  

          Je suis vraiment étranger à ces trucs là. la bd c’est déjà dispendieux comme loisir et l’important, c’est l’oeuvre. du coup je n’achète plus aucun merchandising depuis 20 ans… en plus c’est vrai que c’est pas trop compatible avec la vie de famille…
          si je dois avoir deux ou trois mugs mais rien d’autres et des vieilles figurines qui datent de mon jeune temps mais c’est dans un carton quelque part…

          • Bruce lit  

            Comme je l’avais indiqué sur l’article des collections de Matt, vivre en famille impose des compromis, notamment de ne pas avoir de figurines dans une pièces communes. Par contre j’aime avoir de beaux dessins dans mon bureau.

  • Jyrille  

    Merci pour le compte-rendu Bruce ! Rien que l’intro ne me donne pas envie d’y aller. Cinq heures de queue ? Jamais de la vie.

    Relektor : « estampé » ? Estampillé non ?

    Je ne comprends pas : il fallait garder le masque même vacciné ? Il est vrai que c’est ce que je fais au boulot lorsque je me lève de ma chaise.

    « final flashé » Pas compris…

    Les photos des cosplayers sont impressionnantes. Ces filles et gars m’épateront toujours.

    Bon sang même les stars du net n’ont pas pu rentrer ? Une vraie cata en fait. Cauchemar. Je salue ton courage. Tu me rappelles notre situation au retour du concert de Metallica à Prague : coincé dans les couloirs du métro au milieu d’une foule tellement dense qu’on ne voyait pas les bancs sur lesquels on montait pour avancer vers le quai.

    La BO : j’aime bien Piaf. J’écouterai cette version plus tard.

    • Bruce lit  

      Final Flashé « : un clin d’oeil à l’attaque ultime de Vegeta dans Dragonball Z, le Final Flash.
      Ca ne se voit pas sur la photo mais le Prédator était vraiment impressionnant. Il devait bien faire 2mètres !
      Ton souvenir de Metallica me rappelle que nous n’avons pas pu accéder au métro une fois parti de la convention.
      Il était effectivement vivement conseillé de garder son masque. Avec tout ce bazar, comment ne pas le faire.
      Pour info, les responsables du service presse ont lu mon article.

  • Manu  

    Ah mon dieu… La plèbe. Les pots de colle trop près de soi qui sentent la sueur. Je ne suis pas agoraphobe mais trop de monde collé à moi me donne des envies de taper dans le tas.
    A la dédicace de Don Rosa à Toulouse je m’étais fait violence pour braver la loooooongue attente et la queue pour avoir la dédicace et baragouiner avec le boss. Mais je ne le sens pas le courage de refaire l’expérience… Bravo pour la détermination en tout cas, et la sagesse de ne pas avoir amené les enfants.

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