Kick-ass (livre + film) : Le Passage‏

AUTEUR : TORNADO

Première publication le 10 septembre 2014- Mise à jour le 06 décembre 2014.

Ça va chier !

Ça va chier !©Marvel

Je vous propose une rétrospective de Kick-ass 1 sous ses deux premiers aspects : Le livre… et le film !

Une fois n’est pas coutume, l’œuvre de Mark Millar & John Romita Jr aura connu cette double vie (livre + film) avant même de connaitre une suite sous le premier médium !

Commençons d’abord par le livre, avec la version deluxe publiée chez Panini Comics :

Voici donc réunis les huit épisodes de la première série dédiée au plus anti-héros de tous les super-héros de la création. Ce recueil regroupe tous les épisodes parus dans les volumes Kick Ass Tome 1 et Kick-Ass, Tome 2 : Brume rouge, mais dans un format plus grand, avec une couverture cartonnée. Depuis, plusieurs suites ont été réalisées par la même équipe, à savoir Mark Millar au scénario et John Romita jr au dessin. Il s’agit de Hit-Girl, Kick-Ass 2 et Kick-Ass 3…

Le sujet : Dans le Manhattan contemporain, un adolescent totalement geek, timoré et quelconque, décide, du jour au lendemain, de devenir un super-héros. Il achète une combinaison de plongée sur e-bay en guise de costume, se laisse filmer par des téléphones portables avant d’être diffusé sur le net où il crée rapidement un énorme buzz, accédant très vite à une notoriété où la réalité dépasse la fiction !

Un Geek, un vrai !

Un Geek, un vrai !©Marvel

Avec le recul, il paraît incroyable que ce concept de super-héros de la vie de tous les jours, sans pouvoir, fan de comics, n’ait pas été imaginé plus tôt ! Il n’a pas été imaginé dans les années 30 et 40, car à l’époque les comics étaient destinés aux seuls enfants et il fallait fournir du « rêve », loin de la réalité réservée aux sinistres adultes. Il n’a pas non plus été imaginé dans les années 60, au moment où Stan Lee, Jack Kirby et Steve Ditko créaient les super-héros sociaux ! Pourtant, on aurait très bien pu les imaginer à cette période (Ah c’est vrai, il y avait la censure !).

Et il n’a même pas été imaginé dans les années 80 ! Même des auteurs comme Alan Moore et Frank Miller, qui révolutionnaient l’univers des super-héros et les propulsaient dans une sphère plus tragique et réaliste, n’ont pas abordé ce thème et sont restés dans une interprétation uniquement basée sur le fantastique…

Comment Wolverine a-t-il pu trancher autant de gorges sans effusion de sang ?

Comment Wolverine a-t-il pu trancher autant de gorges sans effusion de sang ?©Marvel

On peut reprocher beaucoup de choses à Mark Millar, mais en tout cas, on ne peut pas lui enlever son extraordinaire capacité de produire des concepts percutants et innovants au pays des comics ! Superman : Red Son, Civil War, Ultimates, Old Man Logan… A chaque fois, c’est énorme !

Le point de vue de Millar sur le scénario de Kick-ass est incroyablement postmoderne : On cite les classiques, on s’en inspire, on s’en imprègne. Mais à travers le prisme d’une réalité frontale, en osmose avec les préoccupations de notre temps, on raconte autre chose. Et c’est précisément cet aspect postmoderne qui fait la force de son écriture.

Allo ? Big Daddy ? C'est la valise !

Allo ? Big Daddy ? C’est la valise !©Marvel

*** Attention, la suite du commentaire comporte des spoilers. ***

Dans son récit, Mark Millar va créer toute une série d’apprentis super-héros ou super-vilains divers et variés. Et lorsque le personnage de « Big Daddy » (le père de Hit-Girl), au départ présenté comme une sorte de « Punisher » dont la mafia a tué l’épouse, se révèle en définitive n’être qu’un geek loser et réac ; que le contenu de sa mystérieuse valise est enfin révélé (tous les comics originaux, qui valent aujourd’hui une fortune !) ; c’est toute l’histoire des comics qui est bouclée.

Et Millar de nous dire à travers ce twist extraordinaire : A présent, les comics vont vous parler de quelque chose de nouveau : ils vont vous parler de la REALITE ! Effectivement, ce procédé narratif renvoie immédiatement le récit dans une autre dimension : celle du réel. Comprenez par là que, malgré son look de comicbook mainstream, Kickass joue dans une autre catégorie…

La valise de Big Daddy ! La boucle est bouclée...

La valise de Big Daddy ! La boucle est bouclée…©Marvel

On prend alors conscience de toute la virtuosité et l’ingéniosité de l’œuvre, qui s’impose, non sans matoiserie et roublardise, comme une déclinaison incontournable du medium super-héroïque. Millar ne s’est pas contenté de coucher une bonne idée sur le papier. Il est arrivé avec tout un concept, maîtrisé de bout en bout, et couillu comme pas deux.

Il est d’ailleurs très intéressant de comparer cette œuvre avec la mini-série Marvel 1985, du même auteur, où l’on voit les personnages s’afférer autour des comics de l’âge d’or de la maison Marvel. Une mise en abîme redoutable qui en dit long sur le chemin parcouru depuis, et qui entérine le passage à une ère nouvelle marquée du sceau de la réalité…

Jusqu'ici, tout va bien...

Jusqu’ici, tout va bien…©Marvel

Hélas, très vite, beaucoup de monde n’a vu dans cette histoire qu’un « futur film d’action fun et défoulatoire » (il faut dire que Romita Jr, qui par ailleurs a atteint une maîtrise du rythme et du découpage sans égal, n’y est pas allé de main morte dans les bastons et le gore !). Et puis ils ont été contents ces gens, puisque le film a bien été tourné.

Ils ont été tellement contents qu’ils n’ont encore vu que la surface des choses et ont clamé partout que le film était mieux que la bd, sans s’apercevoir que le scénario était complètement à côté de la plaque puisqu’il contredisait entièrement le concept de base de Kick-ass : Le passage de la fiction au réel ! Au delà de la fâcheuse tendance du scénariste à verser dans la provocation la plus opportuniste, on ne peut encore une fois nier la puissance de son récit : Désormais, le super-héros est comme vous et moi.

Enfin... ça dépend pour qui !

Enfin… ça dépend pour qui !©Marvel

La réalité dramatique de la vie et de la société l’a rattrapé (Stan Lee doit se régaler de cette liberté enfin offerte aux créateurs de comics) et la gueule de bois du matin est terrible ! Réveillons-nous ! L’illusion est terminée : Les statues grecques de notre enfance, manichéennes et irréelles, peuvent trembler. Elles en prennent un sacré coup de vieux…

Je trouve que le film contredit complètement le concept original du comicbook. D’abord avec le personnage de Big Daddy qui, dans la bd, à travers le twist mémorable, n’était donc finalement qu’un geek loser qui cherchait à se faire passer pour le Punisher. Du coup, le contenu de sa valise bouclait la boucle d’une mise en abîme géniale où l’on faisait table rase de 50 ans d’histoire de comics pour parler d’autre chose : la réalité. Le film fait donc l’impasse sur le thème principal du scénario de Millar en oubliant le « twist Big Daddy ».

Un parti-pris spectaculaire complètement à côté de la plaque...

Un parti-pris spectaculaire complètement à côté de la plaque…

De la réalité, il en était aussi question dans la relation entre Dave et Katie dans la bd, car à la fin, Dave se prenait une veste ! Pas dans le film. Et que dire de cette scène où Dave débarque en plein climax à bord d’un engin volant ?! Non, franchement, je veux bien que la version ciné prenne le contrepied de la bd (du style « miroir » : ici c’est le contraire, la fiction arrive dans la réalité…), mais pas si c’est pour massacrer le scénario original ! Après, j’ai passé un bon moment. Le film est fun et les acteurs sont excellents. Mais le scénario m’a vraiment déçu. Je n’ai pas encore lu la suite des aventures de Kick-ass (moi si ndt), mais j’ai vu le second film, que j’ai trouvé bien meilleur que le premier ! Mais… ceci est une autre histoire…

Changement de medium

Changement de medium

32 comments

  • Présence  

    Je fréquente régulièrement les sites de comics US, et il semblerait que le dernier crossover en date de chez Marvel (Original Sin) ait pour finalité de faire prendre une retraite à Nick Fury, aussi pérenne qu’elle puisse l’être dans les comics.

    Le temps qui passe – Dans le cadre de la suspension consentie d’incrédulité, les exégètes de comics Marvel et DC ont inventé le concept de temps glissant. Il s’agit de prendre comme postulat que le temps d’un personnage de comics est dilaté au possible, et qu’en plus sa période de vie est flottante, glissant d’année en année au fur et à mesure des années qui passent. C’est un peu pour ne pas trop tirer sur la corde que les scénaristes sont priés d’éviter (autant que faire se peut) de faire référence à des événements d’actualité qui datent irrémédiablement l’histoire dans laquelle ils apparaissent. Evidemment, il y a des exceptions telles que le 11/09/01 ou l’élection d’un président métis.

    Ta remarque sur le pouvoir caché de Wolverine (similaire à celui de Madrox) m’a bien fait rire.

  • Tornado  

    La « mort » à venir de Wolverine est l’événement bassement commercial de trop. Je le boycotterai absolument…

  • Julien  

    Disons que chacune des versions est adaptée au public qui était visé (clairement le « twist » du comics n’aurait jamais marché au cinoche, ce n’est pas le même public).
    Par contre le film « Super » est une excellente alternative et ne trahi à aucun moment le concept de Super-Héros dans la vie réelle 😉

    • Bruce lit  

      Welcome Julien !
      J’ai adoré les premiers Kickass aussi bien au cinéma qu’en BD même si le personnage d’Hit-Girl ne fonctionne pas pour moi. Le coup de la valise ne m’a pas dérangé, tout simplement parce que je ne m’en rappelais plus….Shame on Me…

  • Julien  

    Le gros problème de Hit-Girl et par extension Big Daddy est que ce sont des personnages « cheatés ».
    La gamine de 11 ans qui cabriole comme Batman etc…. Ça gâche un peu le côté super-héros dans la vraie vie….
    Même si pour le coup, le twist peut « l’expliquer », quand même de attention gros spoil!

    Comptable à quasi-Batman….mwè bon bof, c’est pas trop réaliste, mais malgré tout on reste dans un comics donc ça passe!

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