La Saga du Clown (c’est pas moi, c’est Lui !)

1ère publication le 25/11/16- Mise à jour le 2/02/18

Spiderman : La Saga du Clone par collectif

Par : TORNADO
VO :Marvel

VF : Lug/ Semic / Bethy/ Panini

Bienvenue dans les 90’s.

Bienvenue dans les 90’s.© Marvel Comics

Cet article portera sur la Saga du Clone, l’une des plus longues et des plus célèbres sagas dédiées à l’Homme-araignée…

Dans l’ensemble, l’article se focalisera sur les deux tomes de la collection Omnibus publiés en VF par Panini au rayon librairie. Mais, étant donné que la sandwicherie a encore sévi, que cette collection est carrément incomplète, bourrée de trous et de manques en tout genre, nous y ajouterons également quelques publications connexes, à commencer par la fameuse Première Saga du Clone de 1975…

De toute manière, les omnibus de Panini Comics sont épuisés et valent désormais une fortune. Cet article est par ailleurs conçu, une fois n’est pas coutume, pour vous éviter de dépenser inutilement votre précieux argent…

A noter qu’un précédent article, rédigé par Bruce à propos du premier tome, est disponible ici-même , sur notre blog bien aimé.

1) La Première Saga du Clone 

Cette première et ancienne saga regroupe les épisodes Amazing Spider-man #144 à 151, publiés initialement en 1975 et réalisés par le scénariste Gerry Conway et le dessinateur Ross Andru (#144 à 149), par Archie Goodwin et Gil Kane (#150), et enfin par Len Wein, Ross Andru & John Romita Sr (#151).
Ils marquèrent durablement l’imaginaire des jeunes lecteurs et, en France, on put découvrir la saga en 1979 dans les pages de Strange (N° 114 à 118).

C’est ici que le Chacal va créer un clone de Spiderman (après avoir créé celui de Gwen Stacy), qui reviendra d’entre les morts (même si en réalité c’est bien plus compliqué que cela…) bien des années après, bouleversant l’existence de Peter Parker et de son entourage…
Pour toutes ces raisons, cet arc narratif est estampillé « important pour la continuité » et sera nommé rétrospectivement la Première Saga du Clone.

She’s alive ?

She’s alive ?© Marvel Comics

La décennie 70′s est loin de mériter les honneurs en termes de qualité scénaristique du côté de la série Amazing Spider-man. Stan Lee abandonne sa création au milieu de l’année 1972 à Gerry Conway, qui passe le relais à Len Wein en 1975, laissant lui-même la place à Marv Wolfman en 1978. Gerry Conway va marquer la série de deux sagas incontournables, à commencer par La Mort de Gwen Stacy  (1973) et cette Première Saga du Clone trois ans plus tard.
Len Wein ne fera pas grand chose et il faudra attendre l’arrivée de Marv Wolfman pour avoir encore quelques histoires marquantes.
Cette décennie recèle donc une poignée de sagas incontournables, noyées dans un brouhaha d’aventures complètement insipides, quand elles ne sont pas tout simplement grotesques (passons sous silence les épisodes de la Spider-mobile…).

Ainsi, cette Première Saga du Clone est-elle à mettre dans le haut du panier. Bien évidemment, l’ensemble a un peu mal vieilli et souffre de toutes ces naïvetés infantiles propres aux comics de super-héros old-school et de cette écriture assez balourde, pleine de bulles de pensées et de dialogues ampoulés. Il s’agit donc de s’armer de son âme d’enfant afin de supporter ces scènes de combat poussives contre le Scorpion, contre la Tarentule (une sorte de méchant Captain America mexicain avec une araignée sur le torse et des chaussures équipées de dards !), où ces autres passages avec un Chacal volant (!) grâce à un mécanisme ridicule et, bien évidemment cette histoire de clones (en fait il y en a plusieurs…) un peu (beaucoup) traitée à l’arrache…

Du bon gros vilain old-school !

Du bon gros vilain old-school !© Marvel Comics

Toutefois, il se dégage de l’ensemble un très agréable parfum de comics vintage et d’inspiration réelle, chaque page tournée donnant bel et bien la sensation de lire un moment fort de la série, et ce au delà de son aura « important pour la continuité ». Le sens du suspense et du cliffhanger est carrément bien géré, la dramaturgie est intense (il s’agit d’un véritable traumatisme pour le héros et d’une descente aux enfers de la folie pour le vilain) et les illustrations pleine-page de Ross Andru sont aussi marquantes que celles de La Mort de Gwen Stacy réalisées par Gil Kane trois ans plus tôt.

Il faut noter, enfin, que cette saga a été initiée par la volonté, au départ, de ressusciter Gwen Stacy à la demande de Stan Lee. Contre toute attente, le lectorat détesta ce postulat et l’on fit le choix d’imaginer cette histoire de clone afin de noyer le poisson. Un poisson qui allait, près de vingt ans plus tard, ressortir la tête de l’eau de manière plutôt spectaculaire…

u pur, du vrai, du culte !

Du pur, du vrai, du culte !© Marvel Comics

2) La Saga du Clone – Tome 1

En 1975, donc, le clone de Spiderman meurt ainsi que le Chacal…

En 1994, près de vingt ans plus tard (mais seulement cinq années se sont déroulées dans la série), débute alors la grande Saga du Clone : Peter se retrouve nez à nez avec son clone. Celui-ci avait en réalité survécu en restant caché dans le secret le plus total, avant de devenir le mystérieux Scarlet Spider et de revenir à New-York afin de se rendre au chevet de la vieille Tante May, alors mourante.
Ce retour imprévu va s’accompagner de tout un tas de bouleversements dans la vie de notre héros, car un clone du chacal vient annoncer à Spiderman et à Scarlet Spider (qui possèdent les mêmes souvenirs de jeunesse) que le clone n’est peut-être pas celui que l’on croit…

Ce premier omnibus, énorme recueil de 912 pages, regroupe 42 épisodes issus des quatre séries dédiées à l’époque à l’ami Spiderman (Amazing Spider-man, Spectacular Spider-man, Web of Spider-man et Peter Parker : Spider-man). Ces épisodes ont été ici regroupés dans l’ordre de la narration et forment la première partie du crossover (lorsque toutes les séries sont connectées afin de raconter une histoire commune, obligeant ainsi le lecteur à tout acheter…), qui allait devenir le plus grand crossover de l’histoire éditoriale de l’Homme-araignée, s’étalant ainsi sur plus de quatre longues années de 1993 à 1997…

Ça commence comme ça…

Ça commence comme ça…© Marvel Comics

Attention : Il ne s’agit en aucun cas d’une intégrale, mais plutôt d’une sélection ne restituant que les épisodes des séries régulières, sans les mini-séries parues dans le même temps, qui approfondissaient les ramifications de la saga (comme par exemple Spider-man : Frères ennemis, publié chez un autre éditeur, dont nous parlerons après). Mais même en ce qui concerne les séries régulières, cette sélection est très incomplète car il manque plusieurs dizaines d’épisodes. Certains passages deviennent donc parfois incompréhensibles puisque l’on n’a pas lu les épisodes précédents, voire les suivants. Exit les one-shots incontournables qui permettent de bien comprendre tous les fils de la saga, comme par exemple The Osborn Journal (on en parle après aussi) ou encore la mini-série Redemption (possibilité de la trouver dans le magazine Spider Man Extra N°4 et 5).

Afin de bien saisir le contexte de ce crossover, il parait important d’effectuer un retour en arrière : Au début des années 90, les grandes stars de la Marvel (c’est à dire les dessinateurs vedettes comme Jim Lee, Todd Mc Farlane, Marc Silvestri, Erik Larsen et Rob Liefeld) claquent la porte de l’éditeur afin de monter leur propre maison : Image Comics (dont le principe était de laisser le copyright des personnages à leurs propres créateurs, contrairement à la pratique habituelle de l’industrie selon laquelle l’éditeur s’appropriait les droits exclusifs). Marvel frôle ainsi le dépôt de bilan !
A la même époque, les grands crossovers et événements centrés sur un personnage majeur des comics de super-héros sont à la mode. En 1992, La Mort de Superman atteint des records de vente et son retentissement s’étend sur toute la planète. Du côté de la Marvel, Onslaught  est également un événement majeur lié aux « séries mutantes ». Chez DC encore, Knightfall  arrive à point nommé pour exposer Batman sous le feu des projecteurs et va durer de 1992 à 1994.
Sur le même principe, la Saga du Clone est pensée pour attirer un maximum de lecteurs sur un événement majeur dédié au personnage phare de la Maison des idées…

Les 90’s envoient du lourd !

Les 90’s envoient du lourd ! © Marvel / DC Comics

Sur bien des points, Knightfall  et la Saga du Clone reflètent de nombreuses similitudes et il est très intéressant de les comparer afin de noter la manière dont le second s’est probablement inspiré du premier.
Pour commencer, dans les deux cas, un nouveau personnage plus tourmenté se substitue au héros du titre. Et il faudra attendre la fin de la saga avant que l’ensemble ne retombe sur un statuquo.
C’est une époque plus sombre pour les comics, une période dominée par l’esprit du grim’n gritty, avec des histoires et des personnages beaucoup plus violents (comme par exemple Spawn ). Les deux sagas imposent donc une descente aux enfers pour leurs héros, dans une débauche de bruit et de fureur.
Enfin, dans les deux cas, la recette fonctionnant à merveille (avec des ventes à la hausse), les éditeurs vont étirer le filon jusqu’à plus soif, reculant au maximum le dénouement tant attendu.

Cet « étirement du filon » est le principal défaut de cette Saga du Clone, dont l’aspect répétitif (des clones à foison et des doutes quant à la véritable identité du vrai Spiderman, pour des épisodes clonés en boucle !) dilue la qualité du récit au fur et à mesure que l’on avance dans la saga.
La qualité purement artistique de l’ensemble est par ailleurs très inégale. D’un point de vue scénaristique, l’ensemble est extrêmement fluctuant du fait que chaque série soit écrite par un auteur distinct. Et tous ne sont pas bons, loin de là.

Tellement de clones que l’on ne sait plus qui est qui, ou quoi !

Tellement de clones que l’on ne sait plus qui est qui, ou quoi !© Marvel Comics

La série Amazing Spider-man est majoritairement écrite par J.M. De Matteis. C’est un auteur brillant, qui nous avait livré quelques années auparavant une autre grande saga (assurément l’une des meilleures histoires dédiées à Spiderman) : La Dernière Chasse de Kraven . De Matteis apporte son talent à la première partie de la Saga du Clone où l’on retrouve un grand nombre de ses thèmes récurrents, avec ses personnages habituels comme le Scrier ou encore l’affreux Vermine. Il s’agit clairement de la meilleure partie de l’ensemble, et l’on perçoit nettement l’influence de ce scénariste majeur de la série. A ce titre, on peut retenir trois superbes arcs narratifs : Le Double (qui revient sur les origines du clone), Le Cadeau, avec la mort de Tante May, et L’héritage des Parker (encore un récit dédié au passé du clone, dans la lignée de Frères Ennemis (promis, on en parle bientôt…), avec d’ailleurs le même dessinateur : John Romita Jr).

Hélas, les trois autres séries sont chapeautées par des auteurs bien plus laborieux et aucun, qu’il s’agisse de Terry Kavanagh, Tom de Falco, Todd Dezago, Howard Mackie et le très mauvais Tom Lyle, n’arrive à la cheville de J.M. De Matteis. Alors que ce dernier nous offre des épisodes superbement écrits et dialogués, au découpage séquentiel sophistiqué dominé par une voix-off prenante et pulsionnelle, les autres besogneux nous assomment de combats idiots en forme de bagarres de bac à sable vulgaires et infantiles, de dialogues et autres bulles de pensées écrites pour des enfants de huit ans, le tout noyé dans un abattage de planches criardes de cacophonie indigeste.

Il est parfois lassant d’avoir raison : La Saga du Clone est épatante lorsqu’elle est écrite par J.M. De Matteis, et souvent très mauvaise lorsqu’elle est écrite par les autres auteurs. Ce qui signifie une fois encore que ce n’est pas l’histoire qui compte, mais bel et bien la manière dont elle est racontée.
A ce titre, les deux derniers (et interminables) arcs narratifs (intitulés respectivement Le Procès de Peter Parker et Maximum Clonage) sont les pires de ce premier tome. Un grand moment de n’importe quoi décérébré et vulgaire, entièrement écrit par tout le monde, sauf par… J.M. De Matteis !

Maximum Clonage : Tout est dans le titre…

Maximum Clonage : Tout est dans le titre…© Marvel Comics

Du côté de la partie graphique, on serait tenté de dire que c’est encore pire. Nous l’avons déjà évoqué plus haut : Toute la crème des dessinateurs Marvel du début des années 90 s’en était allé, ne laissant la place qu’à des tâcherons. Alors, qui avons-nous ici ? Et bien il y a Mark Bagley. Il n’est pas très bon aujourd’hui, et il l’était encore moins à l’époque en essayant de recopier le style de Rob Liefeld… Il y a Tom Lyle, l’un des moins pires de ce recueil (quand il n’est pas au scénario…), Liam Sharp, Steven Butler, Tom Grummett, Roy Burdine (affreux), Ron Lim, John Romita Jr (sur les quelques épisodes fameux relevés plus haut), et enfin le duo Sal Buscema & Bill Scienkiewicz, qui bossent clairement à l’arrache, mais qui parviennent néanmoins, grâce à l’encrage du second, à fournir les épisodes les plus originaux et les plus expressifs de l’ensemble.
Pour l’essentiel, les dessins ne sont pas très bons, et surtout pas très beaux. Dans le plus pur esprit des comics 90′s, qui souffrent désormais d’un style graphique et d’un découpage indigeste ayant, n’en déplaise aux fans, extrêmement mal vieilli.

A ma gauche : Mark Bagley. A ma droite : Sal Buscema & Bill Scienkiewicz.

A ma gauche : Mark Bagley. A ma droite : Sal Buscema & Bill Scienkiewicz.© Marvel Comics

3) Frères Ennemis

Ce recueil publié chez Bethy regroupe les trois épisodes de la mini-série The Lost Years, réalisée en 1995 par un trio légendaire formé par J.M. DeMatteis (scénario), John Romita Jr (dessin) et Klaus Janson (encrage).
Il s’agit d’un récit à part (la couverture est d’autant plus trompeuse qu’elle est tirée du crossover intitulé L’héritage des Parker, publié dans le premier omnibus Paninouille). Notamment parce qu’il ne met pas en scène Spiderman !

Cette mini-série est en réalité un prologue à la Saga du Clone. Elle a néanmoins été publiée en 1995, comme une sorte de flashback, ramenant le lecteur vers ces « années perdues » où les deux principaux clones de Spiderman, à savoir Ben Reilly et Kaine, vivaient leurs aventures dans la ville de Salt Lake City. Le principe du flashback est ici important car, si le lecteur lit la présente mini-série avant le début de la Saga du Clone, un bon nombre de révélations lui seront spoilées !
L’idéal est donc de lire ce Frères Ennemis (titre choisi par la VF) entre les deux gros omnibus publiés chez Panini. Lu exactement entre ces deux gigantesques recueils, il trouve une place parfaite dans le déroulement de la saga et lui apporte beaucoup d’épaisseur.

Changement d’ambiance…

Changement d’ambiance…© Marvel Comics

C’est donc l’histoire secrète de Ben Reilly, ses errances et ses amours après les terribles événements de la Première Saga du Clone publiée en 1975. Et aussi l’histoire de son âme damnée, le terrible Kaine.
Comme dit plus haut, bien que la Première Saga du Clone ait été publiée en 1975 et que la seconde ait inondé toutes les séries dédiées à Spiderman dans le milieu des années 90, cinq ans à peine s’étaient écoulés dans l’univers Marvel. Et notre récit ici présent se situe à peu-près au milieu de ces cinq années (trois ans après le début).

Le scénariste J.M. DeMatteis est égal à lui-même, c’est-à-dire brillant et intense, comme il l’avait fait quelques années plus tôt sur La Dernière Chasse de Kraven .
Il imagine le passé de Ben Reilly et de Kaine sur le mode thriller, avec un scénario à tiroirs évoquant Dashiell Hammet. Ce faisant, il apporte les éléments qui manquaient à l’un des arcs principaux de la Saga du clone : Le Procès de Peter Parker, en expliquant pourquoi l’inspecteur Raven pourchassait Peter Parker (en réalité il traquait l’assassin de sa collègue, qui était le clone de Peter, mais bon… la vérité est bien plus compliquée et c’est justement pour cette raison qu’il faut lire Frères Ennemis !).

 Je suis Kaine, le premier clone…

Je suis Kaine, le premier clone…© Marvel Comics

Le travail du scénariste atomise carrément celui de ses collègues sur l’arc Le Procès de Peter Parker (qui était vraiment très mauvais), et nous rappelle que, de toute manière, c’est lui qui a écrit les meilleurs passages de la Saga du Clone, quoiqu’il en soit.
Sa narration est superbement prenante, portée par une voix off inspirée et une ambiance sombre et vénéneuse. Les personnages souffrent humainement et viscéralement, et la mort rode de manière véritablement poignante (pas une mort de pacotille comme dans les autres épisodes).
Le scénario est d’autant plus mémorable qu’il ne met en scène AUCUN super-héros ni aucun super-vilain, et que le vrai Spiderman n’apparait pas une seule fois du début à la fin ! Il n’y a que des hommes, des femmes, des enfants, une tragédie, et un soupçon de fantastique (les deux personnages principaux sont des clones et ont des superpouvoirs, mais par contre ils n’ont aucun costume…).

Le dessin de John Romita Jr & Klaus Janson est superbe (c’est encore la grande époque de JRjr). L’ambiance polar est à couper au couteau et les artistes excellent dans le rendu de cette atmosphère à la James Ellroy, dont la ville de Salt Lake City restitue parfaitement le côté oppressant. L’ensemble reste du domaine du comics mainstream et l’on est d’accord qu’il ne s’agit pas d’un traité de philo ni d’un roman intellectuel. Mais dans son genre, c’est le haut du panier. D’autant qu’il ne s’agit que d’une histoire bouche-trou destinée à étoffer les séries principales, qu’il est tout de même conseillé de lire afin de tout comprendre, raison pour laquelle on ne mettra que… quatre étoiles et demi…

Le travail de feu l’éditeur Bethy est quasiment parfait (si l’on excepte la couverture racoleuse et mensongère, mais c’est pareil en VO !), avec un chouette éditorial rédigé par l’ami Jean-Paul Jennequin, qui nous explique ce que cette aventure sans Spiderman vient faire dans l’univers de Spiderman, et pourquoi c’est une chouette lecture !

Et moi Ben Reilly, le deuxième !

Et moi Ben Reilly, le deuxième !© Marvel Comics

Et moi Ben Reilly, le deuxième !
4) La Saga du Clone – Tome 2

Suite et fin de l’immense saga des 90’s selon Paninouille (39 épisodes supplémentaires), c’est-à-dire que, comme pour le premier tome, on ne met que les épisodes issus des quatre séries principales et, en plus, on en enlève des tas !
Du coup, ici encore, on passe sans transition d’un épisode à l’autre avec des manques, dans la mesure où tous les épisodes ne sont pas publiés.

Pour ce qui est de la qualité générale de l’ensemble, c’est moins bon que sur le premier tome.
Ça commence pourtant bien avec quelques excellents épisodes signés J.M.DeMatteis. Avant que l’auteur ne tire définitivement sa révérence…
C’est le vieux crouton Tom DeFalco qui reprend le flambeau sur la majorité des épisodes suivants, et c’est carrément une mauvaise nouvelle.
Ainsi se dévoile, de manière claire et tranchée, ce qui fait les bons et les mauvais côtés de la Saga du Clone dans les grandes lignes, à savoir si, oui ou non, c’est un bon ou un mauvais scénariste qui tient la barre…

Lady Bidule Octopus : L’un des ennemis les plus chiants de toute la carrière du tisseur…

Lady Bidule Octopus : L’un des ennemis les plus chiants de toute la carrière du tisseur…© Marvel Comics

Ainsi, tout le milieu de ce second tome est dominé par les aventures de Scarlet Spider puisque, à ce stade de la saga, il est admis que Peter était le clone depuis le début et que Ben Reilly serait en réalité le vrai Spiderman. Anéanti, Peter s’en va avec Mary Jane enceinte, perd ses pouvoirs (on ne sait pas comment, ce n’est pas dans ce recueil…), et Ben reprend le costume de Spidey (avec des modifs). A l’époque, toutes les séries sont rebaptisées Scarlet Spider et le lecteur suit désormais les aventures de Ben (le prénom de l’oncle. Et Reilly, le nom de jeune fille de la Tante May).

N’empêche que c’est très mauvais. Non pas parce que c’est Ben (le personnage est tout aussi attachant que Peter. Normal, l’un est le clone de l’autre !), mais parce que Tom DeFalco écrit des épisodes complètement nazes, avec une héritière du Dr Octopus (ce dernier est mort dans le tome précédent) qui bouffe des épisodes entiers de son charisme d’huitre, un retour de Kaine en forme de thriller miteux et des intrigues aussi mauvaises que les plus mauvais épisodes des années 70 !

Baille…

Baille…© Marvel Comics

Et puis l’on arrive au plat de résistance de ce second tome : La dernière partie avec le retour inattendu du pire ennemi de Spiderman et, en dernier lieu, le retour pur et simple au statuquo.

Malgré la ligne éditoriale lamentable (on va chercher des intrigues capilotractées afin de justifier le retour au statuquo), il convient d’avouer que cette dernière partie nous sort salutairement la tête de l’eau avec un suspense haletant et un récit enfin intéressant.
Non pas que l’ensemble soit bien raconté, mais enfin, il se passe des choses qui méritent d’y apporter un peu d’attention parce que c’est prenant. Les enjeux sont à la hauteur et le mystère du grand méchant qui tire les ficelles depuis le début est digne des grandes histoires dans le genre qui nous concerne ici (des histoires de super-héros contre des super-vilains).

Si Tom DeFalco et Mark Bagley se taillent la part du lion tout au long de ce second recueil, l’équipe formée par Howard Mackie et John Romita Jr (qui va s’installer durablement sur la série Peter Parker : Spiderman) monte légèrement en puissance, tandis que le vétéran Dan Jurgens s’amuse tout seul sur un paquet d’épisodes qui, s’ils ne brillent pas particulièrement par le script, lui permettent de dessiner son héros dans des poses iconiques assez spectaculaires.

Dan Jurgens s’éclate !

Dan Jurgens s’éclate !© Marvel Comics

5) Le Journal d’Osborn
Tout, vous saurez tout sur la vérité qui tue !

Tout, vous saurez tout sur la vérité qui tue !© Marvel Comics

Lorsque le lecteur referme le deuxième et dernier omnibus, il reste particulièrement sur sa faim : Il ne sait pas comment le pire ennemi de Spiderman a réussi à manipuler tout le monde depuis la Première Saga du Clone. Il ne sait pas si le bébé de Peter et MJ a survécu et si oui, ce qu’il est advenu de lui (en fait, c’est une fille). Et il n’assiste pas au retour de la Tante May (épisodes publiés plus en aval). Soit une fin abrupte, qui donne envie de connaitre la suite…

Le Journal d’Osborn est conçu, quant à lui, afin de délier cet imbroglio scénaristique venu tout annuler à la fin de notre grande saga.
On sait à présent comment tout cela s’est passé : Le lectorat refusa en masse que Ben Reilly soit le vrai Spidey, et que toutes ces aventures suivies depuis vingt ans aient été celles d’un clone. Sous la pression, l’éditeur Marvel finit par céder et trouva la solution suivante : En fait, tout était faux ! Car un des pires ennemis de Spiderman, en retrait depuis moult années, tirait les ficelles afin de rendre fou le pauvre Peter en lui faisant croire que le clone, c’était lui…

Un style gothique à la Bernie Wrightson pour le journal d’Osborn !

Un style gothique à la Bernie Wrightson pour le journal d’Osborn !© Marvel Comics

Toutes les révélations accumulées sur des dizaines et des dizaines de numéros furent donc annulées en fin de compte, ou retombèrent comme un soufflet (on pense notamment au traitement du personnage nommé Judas Traveller). On imagina donc ce one-shot (32 pages) afin de raconter, en toute rétro-continuité, ce qu’il s’était passé en secret depuis la Première Saga du Clone de 1975, et même depuis La Mort de Gwen Stacy .

C’est le scénariste Glenn Greenberg qui s’acquitte de cette tâche et il convient d’admettre qu’il fait ça plutôt bien. L’ensemble est prenant, vraiment bien troussé et la mise en forme est extrêmement classe.
Le principe de la rétro-continuité est par essence casse-gueule car le lectorat n’aime pas bien qu’on lui apprenne que tout ce qu’il a lu depuis des années était faux. Mais ici, la pilule passe d’autant mieux que cette rétro-continuité en annule une autre (Peter Parker en clone). Il s’agit donc d’un récit assez jouissif, avec tout un tas de trouvailles épatantes afin de justifier le bordel commis par les auteurs de la Saga du Clone sur les quatre années précédentes !
On notera tout de même un élément qui sera contredit par la suite puisqu’ici, il n’est nullement question que la Tante May soit encore vivante et qu’elle ait été remplacée par une actrice…

Le dessin est l’œuvre de Kyle Hotz et, là aussi, c’est une bonne pioche. Le bonhomme se la joue Bernie Wrightson et apporte une ambiance gothique qui fait passer ce Journal d’Osborn pour un conte d’Halloween dans un esprit conceptuel bienvenu (à la frontière du livre illustré et de l’art séquentiel).
Un très bon moment de bande dessinée, qui aide à se remettre de la fermeture abrupte et putassière du second omnibus (car il ne fallait pas s’attendre à ce que la sandwicherie nous offre un rédactionnel nous expliquant le contexte des événements…).

Les plus beaux dessins de la Saga du Clone sont donc ailleurs que dans la Saga du Clone…

Les plus beaux dessins de la Saga du Clone sont donc ailleurs que dans la Saga du Clone…© Marvel Comics

Malgré tous ses défauts, la Saga du Clone mérite néanmoins le détour. C’est long et laborieux, répétitif et souvent mal fichu. Mais c’est un événement culte de l’histoire des comics de super-héros. Et n’importe quel lecteur ne peut sortir que plus cultivé (dans le sens d’une culture historique) après lecture de la chose.
Il faut avouer que le pitch de départ était sacrément culotté et bien trouvé : Et si le personnage qui avait endossé le costume de Spiderman depuis 1975 était en fait un clone ? Et si le véritable Spiderman était resté caché pendant tout ce temps ? Et si ce dernier revenait soudainement réclamer son dû ? Une idée éditoriale risquée mais brillante, permettant de remuer la mythologie de la série de l’intérieur, de la redéfinir entièrement, de revenir sur tout un tas d’histoires passées inédites (quelles aventures avait pu vivre le « vrai » Peter Parker durant toutes ces années d’exil ?), et de secouer le lecteur avec un postulat surprenant, quasiment traumatisant. Un suspense poussé à son comble (« tout cela est-il vrai ? « ), et une dimension littéraire où, enfin, tout pouvait arriver (y compris la mort de la vieille tante May et la naissance d’un enfant pour le héros) !
Evidemment (comme d’habitude), le gras du lectorat le plus réactionnaire qui ne veut lire que les mêmes histoires en boucle cria au scandale et à l’hérésie, menaçant de tout saborder à l’idée d’avoir lu, durant tant d’années, les aventures d’un clone imposteur ! Et tout redevint donc comme avant…

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Des clones comme s’il en pleuvait ! Une intrigue décompressée et sans boussole pendant deux ans ! Des super vilains super nazes ! Et une édition Panini hors de prix à la ramasse ! Tornado fulmine contre la saga du clone ! Et plus rien ne sera jamais comme avant chez Bruce Lit !

La Bo du jour

We’re all clones / all in one and one in all / i just wanna be myself, be myself, be myself….

51 comments

  • Eddy Vanleffe  

    Je m’attendais à du taillage en règle mais finalement ça donnerait presque envie de lire le premier tome… :)

    L’idée de la Saga du clone était culottée mais la maladie du comics ce sont ces retours au statu quo quoi qu’il arrive…

    c’est pour ça qu’on peut découper un personnage en morceau devant sa famille et le retrouver fringuant six mois plus tard…

    J’aime bien Mark Bagley par contre et je ne vois pas le rapport avec Liefeld, parceq u’au contraire il se met au service de l’histoire, avec décors, cadrages et tout ça…
    il avait un coté ultra-classique agréable sur les New warriors

  • Tornado  

    Idem. Lire une série avec 35 spider-men & women, c’est une idée insupportable pour moi. C’est aussi pour ça que j’ai abandonné Batman. Les 35 Robin & Batgirl, quasiment tous des ados, en plus, ce n’est pas mon truc. Et puis je suis ultra-allergique aux events et aux crossovers, alors… Je préfère le super-héros de l’aube, solitaire et mystérieux.

    J’avais bien aimé le Back Beetle de Francavilla pour ça : A la fin du 1° tome, le lecteur lui-même ne connaissait pas l’identité du justicier masqué ! On retrouvait des sensations d’un autre temps ! Hélas, l’auteur n’a pas donné suite à ce 1° tome… :(

  • Matt  

    Je me demande si ça vaut le coup que je lise « le journal d’Osborn ». Je n’ai rien de la saga du clone et je n’ai pas envie d’avoir tout ça, mais le journal pourrait me permettre d’avoir un résumé pour piger des trucs, non ?^^
    D’un autre côté je peux aussi m’en passer puisqu’il n’y a pas tant de références que ça à l’histoire du clone par la suite. Je ne me sens pas spécialement perdu de n’avoir pas lu tout ça.

    • Bruce lit  

      Le journal Osborn te permet en effet d’avoir un résumé détaillé et très sympa à lire de ces années là (sur un air de Claude François).
      @Tornado : pour avoir lu pas mal-et apprécié de Batman ces derniers temps, je suis d’accord avec toi. La Bat-Family me fait chier. Pour un lecteur non concerné impossible de s’intéresser à Red Hood, Nightwing, Tim Drake dont la personnalité semble réduite à une caractéristique. Je saute systématiquement les passages où ils apparaissent. Et finalement, c’est ce qui fait que je n’investirais pas dans le run de Tomasi pourtant assez bon. Dommage. J’aime bien Damian Wayne.

      • Eddy Vanleffe  

        J’aime beaucoup l’historique de la Bat-family mais aujourd’hui, les personnages sont trop nombreux et comme ils ont eu la brillante idée d’essayer de faire croire que TOUT s’était passé sur l’espace de 5-6 ans… il n’y a plus d’espace pour personne, ça se marche sur les pieds…
        Contrairement à la Saga du clone, certains EVENTS de Batman sont très bien gérés, avec des conclusions qui ne sont pas de simples retours en arrière et dans lesquels les interactions entre les personnages sont très riches. c’est peut-être un peu soap mais dans les meilleurs du genre.
        En fait Cataclysm, No man’s land, Murderer/fugitive et officer down sont vraiment une excellente période pour le Bat. bon auteurs, de vrais éditeurs qui font leur boulot pour que ce soit cohérent et de vraies conséquences…

          • Matt  

            Et tu peux aller lire « la proie d’Hugo Strange » aussi, comme je te l’ai déjà dit^^ C’est un bon récit de Batman.

          • Eddy Vanleffe  

            Je vais le prendre chez Eaglemoss celui là… je ne le connais pas encore.

  • Tornado  

    J’avais d’abord acheté (innocemment, comme ça, dans une boutique d’occaz) le recueil « Frères Ennemis ». Et j’avais beaucoup aimé ça, malgré que je n’avais à l’époque jamais rien lu de la saga du clone, hormis la saga classique de 1975. Mais il faut dire que le généreux rédactionnel de J.P. Jennequin, au début, aidait bien à prendre le train en marche (jamais Paninaze n’a été capable d’offrir à ses lecteurs ce type de rédactionnel explicatif)…
    Au jour d’aujourd’hui, je n’ai gardé que « Frères Ennemis » et « Le Journal d’Osborn » dans la revue Spiderman Extra, qui contient aussi un assez bon One-Shot de J.M. DeMatteis avec une histoire où Spidey et DR Strange retrouvent Dracula des années après la série des années 70 !
    Il est vrai que « Le Journal d’Osborn » offre un assez bon récapitulatif pour expliquer l’imbroglio éditorial des 20 années précédentes, et en plus c’est très joliment dessiné ! Mais, comme tu le dis, ce n’est en rien essentiel, puisque de toute manière il y a eu statuquo depuis.

    Le mieux, comme je l’ai dit, ce serait de sortir une collection « J.M. DeMatteis présente Spiderman », avec l’intégralité des épisodes écrits par l’auteur, quitte à faire l’impasse sur les épisodes manquant en cas de crossovers. Mais jamais aucun éditeur ne fera ça à mon avis, justement à cause de ces crossovers, sachant que la majorité des lecteurs préfèreront avoir les crossovers en entier plutôt qu’un run avec juste des bouts de crossovers dedans…

    • Matt  

      Mais ce ne serait pas incompréhensible de garder juste les épisodes de DeMatteis ? En un sens ça paraît logique de mettre le crossover en entier pour comprendre.

  • Matt  

    Il y a une époque ou je trouvais que Bagley c’était joli.
    Euh…j’ai un peu changé d’avis.

  • Matt  

    Enfin Bagley maitrise mieux que Liefield quand même. Liefeld il fait des trucs comme ça (avec la petite parodie qui va avec) :
    https://i.imgur.com/edJD9wI.jpg?fb

    Bagley exagère certaines anatomies mais les conservent telles qu’elles d’une image à l’autre. Liefeld il ne maitrise pas ses exagérations et ses persos se déforment comme de la pâte à modeler d’une image à l’autre.
    Mais le style de Bagley reste très typé années 90 avec gros muscles apparents et tout ça…

  • Tornado  

    J’avoue que je ne comprends pas l’attrait que certains éprouvent pour ce dessinateur. Mais il y en beaucoup pour lesquels je ressens la même incompréhension (en vrac : Steve Dillon, Walter Simonson, Paul Smith…).

    • Matt  

      Plus jeune je trouvais ça cool, très typé comics.
      Aujourd’hui je trouve ça…très typé comics^^ Genre stéréotypé, avec plein de muscles et de boobs.
      Mais bon même si je n’aime plus son style, je le trouve mieux maitrisé que celui de Liefeld.

    • Bruce lit  

      J’aimais bien son Spidey avec ses petits muscles, ses p’tites jambes et ses yeux énormes. CA marche toujours pour moi, même si sa MJ ressemble toujours à Jean Grey.

  • Matt  

    Bon alors j’ai commandé hier le journal d’Osborn et reçu aujourd’hui (woah ! rapide.)
    Et chez le même vendeur, il y avait le X-men classic N°1 rééditant les Marvel fanfare en terre sauvage avec spider-man que Bruce aime bien et que je n’ai jamais lu. Alors j’ai tenté en sachant bien que j’allais tomber sur une trad de Coulomb et…c’est Belingard ! ô joie ! Enfin…demi joie, mais joie quand même, ça reste mieux.

    • Eddy Vanleffe  

      Au royaume de Ka-zar, c’est mon premier X-Men et voilà une histoire quid ure puis 35 ans…

  • Tornado  

    Ouch ! Je pourrais jamais relire un truc pareil aujourd’hui ! Mais la couverture Lug de Frisano (je crois que c’était lui) était chouette !
    Les seuls albums des X-men que j’ai gardés de mon enfance, c’est « Dieu Crée L’Homme Détruit », évidemment, et « Belasco », un des mes grands souvenirs de lecture (il y a la rencontre entre Xavier et Magneto dedans).

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