Le crossover de crossovers (Secret Wars)

Secret Wars par Jonathan Hickman & Esad Ribić

Première publication le 25/04/16. Mise à jour le 06/07/17

Pour la dimension mythologique, rien de tel qu'une couverture d'Alex Ross

Pour la dimension mythologique, rien de tel qu’une couverture d’Alex Ross

AUTEUR : PRESENCE

VO : Marvel

VF : Panini 

Ce tome comprend les 9 épisodes de la série, initialement parus en 2015/2016, écrits par Jonathan Hickman, dessinés et encrés par Esad Ribić.

La mise en couleurs a été réalisée par Ive Scorcina. Il comprend aussi le prologue de 10 pages parus dans Free comic book day 2015, également écrit par Jonathan Hickman et mis en image par Paul Renaud. Il comprend les 9 couvertures originales d’Alex Ross, ainsi que les 44 couvertures variantes. Toutes les couvertures ont été placées à la fin du récit, le chapitrage étant assuré par des pages blanches avec un titre spécifique, comme il est de coutume dans les comics écrits par Hickman (et qui a réussi à l’imposer même dans ses travaux pour Marvel).

Cette histoire se déroule après les 70 épisodes des séries Avengers et New Avengers écrits par Jonathan Hickman. Il constitue un événement majeur dans l’univers partagé Marvel, dans la mesure où toutes les séries mensuelles se sont arrêtées pour être remplacées par des titres se déroulant sur Battleworld. Il marque également 30 ans d’anniversaire des premières guerres secrètes parues en 1985 : Secret Wars de Jim Shooter et Mike Zeck.

Doom face à ceux de l'autre côté

Doom face à ceux de l’autre côté

Les Terre alternatives de l’univers Marvel ont disparu, détruitse au cours de phénomènes appelés Incursion. Il ne subsiste plus que la Terre 616 (la Terre principale), et la Terre 1610 (la Terre des Ultimate). Suite à un plan complexe, Victor von Doom est devenu le Dieu de toute la réalité, et a réussi à sauver quelques morceaux de différentes Terre, pour constituer une terre composite appelée Battleworld. Cette planète artificielle est composée d’une quarantaine de territoires gouvernés par des Barons, tels que Mister Sinister, Ultron, Goblin Queen, Annihilus, Maestro, Apocalyspe, Hydra, Magneto, etc. Le territoire de Doom (Doomgard) est séparé des autres par un mur appelé SHIELD.

Le prologue montre Doom faisant face à ceux de l’au-delà (beyond). Puis la scène change pour passer aux derniers moments d’existence de la réalité sur Terre, alors que se produit l’ultime Incursion, la collision entre la Terre 616 et la Terre 1610. Par la suite le récit se déroule sur Battleworld dont Doom en est le dieu incarné. La police entre les baronnies est assurée par l’escadron des Thor (de nombreuses variantes de Thor). Doom reçoit les barons qui viennent se plaindre de leurs voisins, par exemple Captain Britain insulté par Mister Sinister. Stephen Strange est le bras droit de Victor von Doom. La Fondation du Futur vient de découvrir un vaisseau

Battleworld

Battleworld

N’importe quoi ! Le crossover de crossovers : ils ne savent plus quoi inventer chez Marvel. Toutes les séries satellites de cet événement portent le nom d’un crossover ou d’un événement passé : Civil War, Age of Ultron, Planet Huk, Infinity Gauntlet, Age of Apocalyspe, Korvac Saga, Marvel 1602, etc. En plus le point de départ est un copié/collé de House of M (avec Doom à la place de Magneto) et des Secret Wars initiales. Le degré zéro de la créativité.

Effectivement quand DC et Marvel annoncent leur événement de l’année en 2015, le premier semble innover alors que le second semble recycler tout ce qui lui passe par la main, en allant chercher dans les fonds de tiroir pour faire bonne mesure. En prime, les communiqués de presse annonçaient la fin de l’univers Marvel (laissant sous-entendre son redémarrage à zéro par la suite), alors que quelques semaines plus tard les annonces des série ultérieures à l’événement indiquaient qu’il n’y aurait pas de remise à zéro. Mais alors que DC a publié des séries satellites de 2 épisodes chacune réalisées par des équipes créatives pas enthousiasmantes (juste pour occuper le planning de publication, pendant que leurs bureaux déménageaient de la côte Est à la côte Ouest), Marvel publie des miniséries satellites en 4 ou 5 épisodes, réalisées par les équipes créatives des séries mensuelles ou des créateurs reconnus. En outre, Secret Wars est la culmination des 2 séries Avengers écrites par Hickman (qui avait déjà orchestré un excellent crossover avec Infinity en 2013), et même de ses épisodes de la série Fantastic Four, débutée en pleine période Dark Reign.

Une intrigue préparée de longue date

Une intrigue préparée de longue date

C’est toujours la même chose ! L’éditeur Marvel demande à un de ses scénaristes phares du moment de pondre un récit artificiel pour que tous les superhéros se tapent dessus, en promettant que plus rien ne sera jamais comme avant, et toute conséquence a disparu 3 mois après, pour un retour tiède au statu quo. Il s’agit d’affrontements déconnectés de toute réalité, sans apparition d’être humain normal, une sorte d’autocélébration incestueuse entre superhéros. En outre, il y a tellement de personnages qu’ils sont réduits à autant de coquilles vides sans personnalité, se distinguant uniquement les uns des autres par les motifs de couleurs chamarrées sur leur costume moulant, et par la couleur des énergies qu’ils émettent.

Certes, c’est un récit de superhéros, avec des gugusses en costume moulant, des superpouvoirs impossibles et baroques. Oui l’intrigue se déroule sur la base d’une enquête pour comprendre comment Victor von Doom en est arrivé là, jusqu’à une confrontation physique finale contre son plus grand ennemi. Oui, il y a beaucoup de personnages et la plupart ne peuvent exprimer leur personnalité que le temps d’une ou deux répliques maximum. Oui aussi, Jonathan Hickman pioche à loisir dans le riche univers partagé Marvel pour mettre en scène des personnages qui lui plaisent ou qui lui sont imposés pour des raisons éditoriales (oui, il y a Groot et Rocket Raccoon, Miles Morales, un inhumain issu de la famille royale).

Faut pas oublier de me mettre Captain Marvel et Star-Lord

Faut pas oublier de me mettre Captain Marvel et Star-Lord

En plus le dessinateur est cramé avant la fin, victime d’un burn-out engendré par la quantité de gugusses à dessiner et la longueur interminable de la série (9 épisodes quand même).

Esad Ribić a dessiné toute la série et l’éditeur Marvel s’est fait conspuer parce que le dernier épisode est paru avec 3 mois de retard, soit après les premiers numéros des séries post-événement. Il est sûr que si le même éditeur avait tout fait pour tenir les délais (= remplacer Ribić par le premier venu), il se serait tout autant fait critiquer. Au moins le lecteur qui découvre le récit sous format d’un recueil complet a le plaisir de voir une histoire racontée par les mêmes personnes du début jusqu’à la fin. Esad Ribić est un artiste qui a travaillé avec JM Straczynski sur une histoire du Silver Surfer, avec Peter Milligan pour une histoire de Namor, avec Rick Remender sur Uncanny X-Force, avec Jason Aaron sur Thor god of thunder, et déjà avec Hickman pour 9 épisodes des Ultimates. Il dessine les personnages de manière réalistes, avec des contours en trait fin, donnant une apparence un peu éthérée à ce qu’il représente.

De prime abord, le choix de confier ce récit à Esad Ribić apparaît étrange. Le côté léger de son trait peine à donner assez de consistance aux affrontements, ne confère pas une présence massive à ces superhéros ou aux supercriminels. Cet état de fait est accentué par le choix d’Ive Scorcina qui utilise des couleurs délavées, un peu pastel, donnant une apparence un peu fade à la page. Ce parti pris esthétique crée d’entrée de jeu un décalage avec les conventions visuelles des comics de superhéros, en insistant moins sur la force et le spectaculaire pyrotechnique, en créant une ambiance différente de l’ordinaire des comics de superhéros. Il est possible de comparer ce phénomène à celui produit par les dessins très altiers et élancés d’Olivier Coipel pour House of M : un esthétisme différent qui indique que l’histoire est placée en dehors de la continuité normale, avec sa propre cohérence

Pas vraiment une ambiance superhéros

Pas vraiment une ambiance superhéros

Dès le début, Esad Ribić s’astreint à représenter les personnages en cohérence avec leur apparence dans leur série mensuelle du moment (la coupe de cheveux d’Hulk par exemple, ou le costume de Thanos conforme à celui du film Avengers). Puis il apporte des modifications plus ou moins importantes aux personnages à partir du moment où l’histoire se déroule sur Battleworld. Ce travail de réappropriation graphique aboutit à une version de Doom tout habillé de blanc, toujours majestueux et condescendant et paradoxalement plus inquiétant. L’artiste s’en sort également très bien avec Stephen Strange. Il lui conserve une morphologie sans musculature surdéveloppée, avec un visage montrant son âge (quadragénaire). Il reprend l’allure de Reed Richards tel que l’avait conçu Kev Walker dans la série Avengers (avec la barbe). De ce point de vue, chaque personnage se distingue immédiatement des autres, avec une forte identité graphique pour tous.

Dès le début, le lecteur constate également qu’Esad Ribić s’économise sur les décors. Il le fait avec intelligence, c’est-à-dire qu’en début de chaque séquence, il prend du temps pour montrer l’environnement dans les détails. Par la suite, il n’est rappelé que par quelques traits, et pendant les scènes d’affrontements physiques, les arrière-plans se vident de toute information visuelle. Ive Scorcina ne possède pas le talent de Dean White ou de Dave Stewart pour utiliser les couleurs afin de transcrire l’intensité des affrontements, pour accompagner les mouvements par des dégradés progressifs de couleurs, ou pour transformer l’arrière-plan en un spectacle pyrotechnique qui en met plein les yeux. Il se contente de donner un peu de volume avec des camaïeux discrets à la poussière soulevée. Sur ce plan la narration visuelle manque un peu de consistance.

Il est passé où le budget pour les décors ?

Il est passé où le budget décors ?

Par contre la mise en scène amalgame une dramaturgie théâtrale avec des mouvements de caméra pour mieux montrer les déplacements des personnages, leur langage corporel, leurs mouvements. Esad Ribić sait faire apparaître les émotions des personnages sur leur visage, leur état d’esprit dans leur posture. Il a le sens du spectacle pour les moments révélateurs qu’il s’agisse d’une cérémonie protocolaire d’enterrement, de l’apparition d’un personnage, ou encore d’une harangue sur une pente herbue. Ive Scorcina fait preuve d’une sensibilité artistique pour choisir la teinte dominante de chaque séquence, et ainsi établir une impression durable.

L’épilogue (toujours dessiné par Esad Ribić) montre qu’il n’est pas cramé et qu’il a mis à profit le temps supplémentaire qui lui a été alloué pour faire en sorte que les visuels soient raccords avec l’intention de l’auteur qui est de boucler avec une situation montrée dans le premier épisode New Avengers.

Une belle teinte verte rappelant la couleur originelle de la tunique de Doom

Une belle teinte verte rappelant la couleur originelle de la tunique de Doom

Soit ! Les dessins ne sont pas trop mal, mais l’intrigue reste un prétexte ressortant tous les artifices de l’univers partagé Marvel, utilisés jusqu’à la nausée depuis des décennies. Non seulement il y a un recyclage de la situation de House of M dans un What if? qui ne dit pas son nom, mais en plus il y a même le Gant de l’Infini. En plus il y a tellement de personnages qu’il faut une encyclopédie pour s’y retrouver.

Jonathan Hickman joue le jeu du crossover ou de l’Evénement. Il est un employé qui travaille pour un éditeur, avec un cahier des charges très contraignant. Il effectue son travail en en respectant les spécifications. Le lecteur peut le regretter, mais il n’est pas pris par surprise. Il sait qu’il s’engage dans un récit fédérateur à l’échelle de tous les comics Marvel du moment, avec pléthore de personnages, et un enjeu à l’échelle de toute la réalité. Il utilise les jouets qu’on lui a imposés. Il le fait avec respect, ce qui veut dire qu’il a bien fait ses devoirs et qu’il respecte les caractéristiques principales de chaque objet de pouvoir et de chaque personnage. Dans cet ordre d’idée, il s’en tire mieux que beaucoup de ses collègues, comme il l’avait déjà prouvé dans Infinity. Certes Thanos n’a pas l’ampleur qu’il peut avoir dans les récits de Jim Starlin, mais il n’est pas relégué à l’état de simple supercriminel. Comme dans tous les autres crossovers, il est possible de comprendre l’intrigue sans connaître tous les personnages. On peut s’amuser de voir passer Toothgnasher ou Toothgrinder, sans savoir d’où ils sortent.

Thanos au pied du SHIELD

Thanos au pied du SHIELD

Quand même, ce Secret Wars donne l’impression d’être l’aboutissement de tout le travail de Jonathan Hickman depuis ses débuts sur Fantastic Four (on a échappé à ses Secret Warriors, c’est déjà ça), c’est-à-dire depuis 2009, soit 6 ans de continuité interne à son œuvre. C’est dire si c’est incompréhensible.

À un moment il faut choisir son camp : on ne peut pas accuser Jonathan Hickman de pondre un crossover industriel de plus, et dans le même temps d’écrire une histoire personnelle construite pendant 6 ans. Donc le scénariste fait ce qu’on demande de lui et intègre de temps à autre une image ou une page évoquant ce qui se passe dans une ou plusieurs baronnies pour donner un semblant de légitimité aux miniséries satellites. Il mène à bien son intrigue des séries Avengers, avec la dernière incursion qui aboutit à la création de Battleworld, et au nouveau statut de Victor von Doom. Il apporte une touche finale à ses histoires pour les Fantastic Four. Il rapatrie le Reed Richard de l’univers 1610 qu’il avait bien développé pendant la saison qu’il avait écrite des Ultimates. Il fait même un clin d’œil à sa série Secret Warriors (son premier travail pour Marvel), avec Nikola Tesla qui apparaît le temps d’une page (il s’agit d’ailleurs plus d’une référence à sa série sur le SHIELD).

Le lecteur plonge dans une situation que Jonathan Hickman prend le temps d’expliquer. Il y a une brève introduction de 3 pages montrant Doom et 2 autres face à un pouvoir incommensurable, puis tout un épisode consacré à la dernière Incursion, montrant la fin des Terre 616 et 1610. Puis le récit commence sur Battleworld. Au fil du récit, le lecteur apprend comment Doom a acquis le statut de dieu, pourquoi cela lui est arrivé à lui et pas à un des 2 autres à ses côtés. Parallèlement plusieurs personnages essayent de comprendre la situation et d’en prendre la mesure. Effectivement le récit ne rappelle pas comment Stephen Strange s’est retrouvé aux côtés de Doom. Effectivement Owen Reece semble reprendre le même rôle que durant les premières Secret Wars. Effectivement la participation d’un moloïd et de la Fondation du Futur parle plus à un lecteur des Fantastic Four d’Hickman. De même que le ralliement de Black Swan (Yabbat Tarru) aura plus de sens pour qui a lu les séries Avengers.

À gauche Black Swan (Yabbat Tarru)

À gauche Black Swan (Yabbat Tarru)

Effectivement le récit se termine par un affrontement entre Doom et son ennemi. Il n’en demeure pas moins que Jonathan Hickman raconte une vraie histoire, avec un suspense quant à la façon dont Doom sera défait, et aussi quant à la manière dont il a acquis son statut. Le scénariste utilise les personnages mis à sa disposition à bon escient. Il est par exemple savoureux de voir Thanos confronter Doom, en lui rappelant que lui aussi dispose d’une certaine expérience en matière d’exercice divin. Il est assez rigolo de voir Valeria Richards rappeler à Doom qu’omnipotence ne signifie pas omniscience. Hickman sait faire ressortir l’histoire personnelle de plusieurs personnages de manière naturelle, leur conférant un minimum de personnalité.

Jonathan Hickman manipule sa distribution pléthorique avec une grande adresse, réussissant à ne perdre aucun personnage en cours de route, à donner un petit moment à la plupart, et à développer ceux qui jouent un rôle plus important. Le lecteur apprécie la manière dont le scénariste étoffe le caractère de Doom, sans trahir le fond de sa personnalité. Ce personnage bénéficie d’une explication convaincante quant au fait qu’il ait endossé le rôle de dieu pour sauver ce qui pouvait encore l’être. Hickman expose la motivation première de Doom avec une réelle sensibilité psychanalytique et une grande pertinence (sans verser dans la psychologie de comptoir). Il lui restitue toute sa dimension tragique, dans le rôle du personnage central d’un roman noir. Pour le combat final, il reprend la grande tradition Marvel (des années 1960 et 1970) d’un combat physique qui se double d’un affrontement idéologique. Il intègre la notion de famille (inséparable des histoires des Fantastic Four), avec une approche un peu différente et complémentaire de ses épisodes des FF. Il a réservé un sort étonnant et logique à Johnny et Ben. Il conclut son récit en bouclant sur le début, à la fois par le retour sur la phrase « Tout meurt » prononcée par Reed Richards tout au début du premier épisode des New Avengers, à la fois par un passage au Wakanda.

On s'agenouille devant Doom

On s’agenouille devant Doom

Mouais, mais quand même, on a l’impression qu’Hickman a abandonné une partie de son intrigue pour les séries Avengers, car il n’y a plus ni Builders, ni Makers. Le scénariste avait mené cette intrigue à son terme dans les séries Avengers. En prenant un peu de recul, le lecteur s’aperçoit qu’il continue de filer la métaphore de cet aréopage de créatures floues (makers, builders, mapmakers). Quand Doom se retrouve dieu de la réalité, le lecteur peut y voir la métaphore du scénariste tout puissant présidant à la destinée de tout l’univers partagé Marvel. Sous cet angle de vue, cette partie de Secret Wars devient une métaphore du caractère diminué, voire stérile de cet univers partagé s’il était confié à un seul et même créateur ou artiste. De même la posture de Doom implique une forme d’immobilisme de ce monde, chaque individu étant cantonné dans une forme de stase immuable. L’enquête menée par une poignée de personnages sous-entend qu’il y aura toujours des évolutions par rapport à ce statu quo, justifiant par là les libertés que certains auteurs prennent avec les personnages Marvel (au hasard, Peter Parker en chef d’entreprise à succès, ou Otto Otavius devenant un Spider-Man supérieur).

Contre toute attente, malgré toutes les contraintes du crossover, malgré les exigences éditoriales, contre vents et marées, Jonathan Hickman raconte une histoire de superhéros dans laquelle le lecteur peut déceler sa voix d’auteur, à la fois dans la structure du récit (une de ses marques de fabrique), mais aussi dans le discours tenu par les personnages, les convictions et les valeurs qu’ils affirment. Secret Wars version 2015 constitue une fin à la hauteur des séries Avengers et New Avengers, un crossover réussi, un hommage incroyable aux premières Secret Wars de Jim Shooter et Mike Zeck, un crossover pour les rassembler tous, les recycler tous (presque tous, il n’y avait pas Fear Itself ou Secret Invasion, et sûrement beaucoup d’autres) et trouver sa place légitime parmi eux (et savoir s’il y aura des conséquences durables ou non n’obère en rien ses qualités). Enfin, en partant, Jonathan Hickman laisse l’univers plus riche de personnages qu’il ne l’était quand il est arrivé. Il a mis à profit la nature même de ces héros récurrent dont les droits sont détenus par une entreprise commerciale, pour bâtir une œuvre personnelle, en appliquant le principe de l’économie circulaire (réutiliser ces personnages dont l’essence a été maintes fois extraite, en y trouvant encore de l’inspiration).

Cette fois-ci, c'est personnel

Cette fois-ci, c’est personnel

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Les rediffs de l’été

Le Secret Wars de Hickman, l’ultime crossover de Marvel vient d’être réédité à un prix accessible chez Panini. Faut-il investir dans cet event ? La réponse de Présence chez Bruce Lit.

66 comments

  • OmacSpyder  

    Hickman dresse ici une tragédie épique où, et c’est le sens de ces deux termes, les personnages sont au service de l’histoire. Et non l’inverse comme dans une histoire dramatique. Cette dernière est davantage le modèle des histoires dans les comics cités.
    Et comme toute tragédie l’histoire s’inscrit dans la durée. Si vous lisez juste la fin de l’Illiade, ou un extrait, il y manquera le souffle épique. Les personnages y incarnent des forces qui les dépassent. Ainsi il paraît important de prendre de l’élan en lisant l’histoire dont Secret Wars n’est que le point d’orgue.
    Les forces en présence mènent à une guerre qui a démarré par des choix impossibles, des alliances qui se sont faites er défaites, des amitiés contrariées, des amours perdus, des ennemis immenses, arrogants et mélancoliques. Doom y est comme son nom : inéluctable, impérieux. Ribic grave cela dans le marbre de ses planches. Le désespoir guide les héros. La guerre tragique est sous nos yeux.

    • Présence  

      Merci pour ce commentaire enrichissant qui propose une autre approche de ce récit, par le biais d’outils littéraires que je ne sais pas utiliser.

  • JP Nguyen  

    En fait, je viens de le relire ce soir et, même si certaines scènes sont pas mal, globalement Fatalis/Doom a le pouvoir d’un Dieu mais reste très/trop humain…
    Quand il déploie ses pouvoirs, c’est beaucoup moins impressionnant que lorsque Thanos manipulait le gant d’éternité. Et il reste attaché à des préoccupations très humaines, comme piquer la famille de Reed Richards.
    Thanos faisait un dieu cosmique plus convaincant… Et d’ailleurs, sa confrontation avec Doom est un peu expédiée.

    • Présence  

      Le fait que Jonathan Hickman ne calque pas le comportement de Doom sur celui de Thanos constitue pour moi, une preuve qu’il sait distinguer les 2 personnages, et qu’il ne leur attribue pas les mêmes motivations. En particulier cette envie maladive vis-à-vis de Reed Richards et de sa famille est très révélatrice de ses motivations et de leur caractère malsain.

  • OmacSpyder  

    Thanos est un demi- dieu. Doom un humain.
    Le premier est nihiliste. Le second traverse sa névrose de destinée.
    Le premier vise à détruire, butant sur l’échec inévitable. Le second vise à gouverner, trébuchant sur sa destinée.
    Thanos aime à mort la Mort. Le second vit en miroir à son rival : Reed Richards.
    Se battre contre Thanos est un combat cosmique.
    Lutter contre Doom est un combat philosophique.
    Thanos théâtralise ses victoires. Orchestre ses défaites.
    Doom vit dans une sorte d’intimité sa première victoire fondée sur les ruines de plusieurs mondes. Il y a de la mélancolie dans cette affaire – là. De l’humain oui.
    Voilà la tragédie humaine vue par Doom : le Destin. Et ses tourments…

  • Linter Nauth  

    J’ai même commenté la suite avec le premier deluxe consacré aux FF :
    https://www.amazon.fr/FANTASTIC-FOUR-T01-SOLUTION-POUR/product-reviews/2809439966/ref=dpx_acr_txt?showViewpoints=1

    Et j’ai aussi commenté sur mamazon les premiers tomes des Avengers et des new Avengers d’Hickman qui mènent à Secret Wars, en expliquant bien pourquoi je détestais, et pourquoi je lâchais l’affaire au bout de quelques tomes…

    Quant au contributeur de la team qui trouvait que les personnages Marvel selon Hickman étaient des enveloppes vides (mais alors complètement vides), ben c’est encore moi…
    Comme je le stipulais, ces comics ne sont pour moi rien d’autre que des comics qui parlent de super-héros et de la mythologie interne des super-héros. Il n’y a rien d’autre derrière en dehors du méta-commentaire sur la direction éditoriale (soit encore un sujet limité au sujet du super-héros). Je n’y trouve rien d’autre.
    Pour moi qui aime le « genre du super-héros » quand il est le vecteur de quelque chose et qu’il y a un sous-texte universel (par exemple la parabole sur le racisme des X-men ou le sens des responsabilités chez Spiderman), je ne trouve rien ici en dehors des super-héros et de leur mythologie interne. C’est du super-héros qui ne parle que de super-héros qui ne parlent que de super-héros qui ne parle que de super-héros. Et aucun des personnages n’est autre chose qu’un super-héros. Il n’y a aucun humain normal et aucun super-héros ne se comporte ici comme un humain normal. le super-héros chez Hickman, c’est le super-héros que je déteste : Celui qui se lève le matin avec aucune autre idée en tête que de de sauver l’univers. C’est un genre baroque et auto-centré.
    Enfin voilà, quoi. Faut aimer le genre (c’est bien fait, dans le genre). Car il n’y a rien d’autre derrière.

  • Tornado  

    Ah flûte, je suis resté bloqué chez le cousin ! :D

    • Matt  

      Mouhahaha !

    • Bruce lit  

      A moins que cela soit annonciateur d’une future visite dans la chambre des loges….

  • OmacSpyder  

    Excellent ce cousin qui s’inscruste! :D

    Ce commentaire vaut donc pour Homère et son Illiade pour qui les héros n’existent qu’en tant que tels. Ou alors il y avait un métacommenraire sur la ligne éditoriale à l’époque! ;)

    De plus Doom y montre un nouveau visage : ce qui survient lorsqu’il est victorieux, à la Pyrrhus. Une tragédie d’opéra classique. Sauf si Othello c’est encore du métacommenraire sur une ligne éditoriale! :)

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