Pat Mills – Interview

patmills_00Pat Mills – Interview -Version Française

 An English version is available just after this one at the bottom page. 

Dans les coulisses de l’exploit

Pat Mills est un auteur britannique, à la fois de comics et de livres. Il a co-créé Dredd, vomi sur les super héros avec son légendaire Marshal Law, dynamité le comic book de guerre avec Charlie’s War et reste le papa de Slàine. Il est publié depuis les années 1970.

Il s’agit d’une opportunité exceptionnelle pour ce blog et moi. J’ai lu mon premier comics de Pat Mills, en 1989, le premier épisode de Marshal Law. Ma lettre au courrier des lecteurs a même été publiée dans un des numéros suivants. J’ai suivi sa carrière depuis. Le site Bruce Lit comprenait déjà 4 articles sur des séries de Pat Mills, avant même qu’il ne devienne ami avec lui sur facebook : La grande guerre de Charlie, Marshal Law, Savage, Sláine.

Cette interview s’est faite en une journée. Après relecture, avis et conseils de notre rédacteur en chef bienveillant, j’ai envoyé ma copieuse liste de questions dimanche 21/05/17 à 09h29, assez inquiet de savoir si les questions étaient assez pertinentes, l’interview assez préparée, le document pas trop long, etc. à ma grande surprise, une longue réponse m’est parvenue le même jour à 16h23. On y trouve les réponses de Mills « augmentées » par ses propres copier-coller de son livre paru ces jours ci : Be Pure! Be Vigilant! Behave! 2000 AD and Judge Dredd: The Secret History.  Il ne restait plus qu’à traduire et à mettre en forme.

Cette interview ne porte pas sur ses derniers travaux (Brutania Chronicles, ou son livre Serial Killer), mais passe en revue des séries choisies, par ordre chronologique.mill_0

1. Charley’s war (1976-1985) – Artiste : Joe Cloquhoun
C’est assez étonnant que le thème de la première série majeure de Pat Mills soit la Première Guerre Mondiale, vue d’un Tommy pas encore adulte. À l’opposé des comics de guerre des années 1970, le récit n’adopte pas une forme romantique évoquant la gloire d’être soldat, ou le courage dans les batailles. Charley est issu d’une famille ouvrière, et le lecteur le suit dans les tranchées, jusqu’à la fin de la guerre. Contrairement aux conventions des histoires de guerre de l’époque, Pat Mills montre la brutalité des assauts, le poids du hasard dans les batailles, et la condescendance de certains officiers. C’est à la fois une histoire sur le courage ordinaire, mais aussi sur la lutte des classes, et la mort arbitraire.

Qu’est-ce qui vous a incité à écrire une histoire de guerre différente ?

Je pense que c’est ma nature subversive. Je ne sais pas penser d’une manière différente et c’était la chance de pouvoir raconter une histoire anti-guerre. J’ai également été influencé par le film Oh! What A Lovely War (En VF : Ah Dieu ! Que la guerre est jolie, film musical britannique de Richard Attenborough de 1969).

En route vers les champs de bataille

En route vers les champs de bataille

C’est l’une de vos premières œuvres, et dès le départ, votre humanisme transparaît. Quel genre d’éducation politique a été la vôtre ?

Aucune. Je suis un autodidacte. J’en parle dans mon nouveau livre Be Pure! Be Vigilant! Behave! 2000 AD and Judge Dredd: The Secret History.
Les lecteurs ont toujours eu conscience de l’influence de la contre-culture sur leur esprit. C’est aussi patent qu’évident et, bien sûr, je ne sais pas écrire autrement. En tant qu’auteur, nous devons rester fidèles à nous-mêmes. Mon premier comics pour un public de jeunes filles fut une histoire passionnée et bien référencée sur fond de la Grande Famine Irlandaise (1845-1852), interverti par mon éditeur écossais avec les Highland Clearances (l’expulsion des Gaëls, c’est-à-dire des déplacements forcés de la population des Highlands écossais au XVIIIème siècle-Ndt), de sorte à ce que ce soit moins provocateur.

Le livre événement 

Le livre événement

2. Judge Dredd (créé en 1977)
Dans un futur éloigné, une guerre apocalyptique a eu lieu, et l’humanité a construit des mégacités qui sont rapidement devenu surpeuplées. En Amérique du Nord, à Mega-City One, le gouvernement à la forme d’une dictature, tenue par des Juges, mettant la sécurité au-dessus de tout. Judge Dredd est un flic de rue qui a le pouvoir d’arrêter, de condamner, de décider de la sentence, et même jusqu’à exécuter le criminel.

 Quelle fut votre implication dans la création de Judge Dredd, le personnage récurrent principal du magazine 2000 AD ?

Elle fut majeure. Elle prend 3 chapitres dans mon livre, donc je ne vois pas bien comment la résumer.

À l'origine était Judge Dredd & Pat Mills

À l’origine était Judge Dredd & Pat Mills

3. ABC Warriors (débuté en 1979)- Artistes : Kevin O’Neill, Mike McMahon, Brendan McCarthy, Carlos Ezquerra, Simon Bisley, SMS, Kev Walker, Henry Flint, Clint Langley…
En 1978, Pat Mills a co-créé les Ro-Busters avec Kevin O’Neill, dont la première histoire fut dessinée par Carlos Pino. En 1979, les ABC Warriors sont nés de cette équipe, co-créés avec Kevin O’Neill, Mike McMahon et Brendan McCarthy. Il s’agit d’une équipe de robots construits pour faire la guerre au nom des humains, dans un futur lointain. Cette série n’est autre que l’histoire de sous-fifres, des robots exploités par les humains, et accomplissant leurs basses besognes.

Comme réussissez-vous à impliquer le lecteur dans la vie de robots ?

Ils sont le symbole des classes inférieures, et des opprimés.

Quelle impression cela vous a-t-il fait de découvrir les dessins de Clint Langley donner vie à ces carcasses de métal ?

Les artistes précédents avaient réalisé du bon boulot, mais Clint a atteint un autre niveau. C’est fantastique.

Clint Langley, une autre idée du dessin obsessionnel

Clint Langley, une autre idée du dessin obsessionnel

4. Nemesis the warlock (1980-1999) Artistes: Kevin O’Neill, Bryan Talbot, John Hickleton, Clint Langley
Dans un futur lointain, Nemesis est un extraterrestre dont le corps ressemble à celui d’un démon aux yeux des humains. Il se bat contre la réincarnation de Torquemada, chef de l’humanité et fanatique sectaire de classe exceptionnelle. Comme dans la série des ABC Warriors, l’humanité est oppressive et indifférente, alors que les extraterrestres incarnent la liberté, mais avec un prix à payer.

En découvrant Nemesis, on a l’impression que vous avez fait tous les mauvais choix : un héros qui ressemble à un démon, avec des valeurs étrangères à l’humanité, et il doit lutter contre les humains. Qu’est-ce vous pousse à vous compliquer ainsi la narration ?

C’est une image en négatif de Star Wars. Le méchant, Torquemada, est basé sur un enseignant moine d’une des écoles où j’étais. Extrait de mon livre :
J’ai fait de Torquemada un personnage aussi tordu et perverti qu’il était possible dans ce cadre éditorial, c’est-à-dire de grandes possibilités. Kevin O’Neill qui bénéficia d’une éducation dispensée par des nonnes, avait un point de vue similaire. L’une de ses images les plus mémorables de Torquemada montre le Grand Maître regardant sévèrement de haut un adepte effrayé, étant la proie d’un cauchemar. Le texte de Kevin est le suivant : même le sommeil n’est pas un refuge pour les pensées impures. Ensemble, nous avons montré que Torque pouvait bien prêcher contre les déviants, mais qu’il en est un lui-même, et pas des moindres.

J’espère que ça ne détruit pas les illusions de qui que ce soit sur Torquemada ? Je crains que créer des personnages ne se limite pas à avoir une imagination vivace, ou à s’inspirer de films ou de livres. Tous les grands héros ou vilains de fiction sont basés directement ou indirectement sur un individu réel, ou un amalgame de personnes réelles, que l’écrivain accepte de l’admettre ou non. Quand vous voulez créer un méchant, il doit être vraiment malfaisant ; je n’ai pas envie de perdre mon temps avec des méchants d’opérette. Je suis sûr que c’est la raison pour laquelle Torquemada remporte régulièrement le trophée de méchant britannique favori, parce que les lecteurs ressentent que ce méchant est authentique. Et en même temps, je l’ai tourné en ridicule, je l’ai humilié et je lui ai imposé des défaites, de telle sorte que personne ne puisse admirer la terreur qu’il incarne, qui fut inspirée par la terreur à laquelle j’ai échappé. Nemesis fut ma catharsis. C’est ma poésie.

Pas de refuge dans le sommeil

Pas de refuge dans le sommeil

Nemesis est une des rares séries pour laquelle vous avez écrit une fin. Pourquoi avez-vous ressenti le besoin d’y mettre fin ?

Parce que Kevin (O’Neill) voulait y mettre fin.

5. Sláine (créé en 1983) – Artistes: Angela Kincaid, Massimo Belardinelli, Mike McMahon, Glenn Fabry, Simon Bisley, Clint Langley, Simon Davis.
Dans les premiers temps, cette série ressemble à toutes les celles mettant en scène un barbare combattant des monstres, dans un environnement celte un peu bizarre. Au fur et à mesure, cette série aborde de plus en plus les mythes celtiques, ce qui l’éloigne des séries génériques de ce type.

Qu’est-ce qui vous a poussé à vous éloigner des extraterrestres et des influences de Chtulluh, pour développer la mythologie celtique ?

J’ai des racines irlandaises, et je voulais découvrir mon héritage.

A l’inverse des clichés Sword & Sorcery, les femmes ont le meilleur rôle dans la série. Comment vous est venue cette idée incongrue d’inclure l’autre moitié de l’humanité ?

Je suppose que c’est parce que ma première épouse en fut la cocréatrice. Dans les premiers temps de 2000 AD, tous les personnages portaient des casques et ne souriaient jamais, que ce soit Dredd, Rogue Trooper, Strontium Dog, ou Hammerstein (personnage des ABC Warriors). Donc pendant une semaine, j’ai insisté pour que Sláine porte un casque, et Angela en a réalisé de beaux visuels. Puis je me suis soudain rendu compte qu’il serait mieux sans, d’où cette image de lui menaçant dans l’épisode 1 quand il dit « Baise ma hache », plus destinée à mon attention que contre ses ennemis. Mais Angela l’a également représenté souriant et comme un homme charmant, 2 concepts jusqu’alors inédit dans 2000 AD, apportant ainsi une énergie féminine plus que nécessaire, et une perspective supplémentaire pour le personnage et la bande dessinée.

La première page de la première histoire de Sláine

La première page de la première histoire de Sláine

6. Third World War avec Alan Mitchell (1988-1990) – Artiste: Carlos Ezquerra
Cette histoire fut publiée dans le magazine Crisis. Les personnages travaillent au sein d’une armée financée par une multinationale. Le récit aborde des thèmes comme les politiques alimentaires, les problématiques raciales, la révolte des Mau Mau au Kenya (1952-1960). Pat Mills a coécrit ces épisodes avec Alan Mitchell, un africain noir.

Qu’est-ce qui vous a convaincu que les comics pouvaient parler des problèmes réels ?

Petite correction : j’ai écrit la majeure partie de l’histoire. Quelques-uns des derniers épisodes ont été coécrits avec Alan (Mitchell), et d’autres avec Tony Skinner. Dans l’époque simplificatrice jusqu’à la bêtise où nous vivons, où tant de personnes s’évadent dans la science-fiction, Third World War doit sembler des plus bizarres, et improbable. Qui se préoccupe des questions de politique alimentaire de nos jours ? En fait, à l’époque, il y avait des gens qui s’en préoccupaient. Et ce n’était pas qu’une question de charité, qui peut s’avérer parfois tendancieuse. De nombreux lecteurs ayant grandi en lisant 2000 AD développaient une conscience politique et prenaient part à la vie politique. C’était une époque de conflit et de changement, et la jeunesse voulait comprendre pourquoi une si grande partie du monde souffrait de la famine. Pourquoi est-ce que ces appels au don par des organisations caritatives n’avaient aucun effet. Il y a avait un flux sans fin de livres sur le sujet dans les librairies à la mode. Ils démontraient clairement la responsabilité du Fonds Monétaire International et des multinationales. Les œuvres phares de Susan George étaient populaires, des bestsellers très accessibles : Comment meurt l’autre moitié du monde (1978), Jusqu’au cou : Enquête sur la dette du Tiers monde (1988).

Donc Steve et Igor (les 2 responsables éditoriaux) étaient complètement fondés pour estimer que la faim dans le monde pouvait servir de sujet pour une histoire. Et comme j »étais l’auteur de la longue série anti-guerre Charley’s War, j’étais la bonne personne pour ce projet. En outre des lecteurs avaient attiré mon attention sur le défaut évident de la science-fiction et de la satire : ces genres peuvent provoquer une distanciation d’avec la réalité, ou si bien masquer son message que personne n’en a cure.

En particulier, je me souviens de deux étudiants qui avaient séjourné en Israël et qui étaient révulsés par la manière dont les palestiniens étaient traités, comme s’ils appartenaient à une classe inférieure. Le cœur de leur propos était : pourquoi est-ce que vous tous écrivains vous cachez derrière la science-fiction pour faire passer votre message ? Pourquoi utiliser des robots et des mutants comme une métaphore ? Pourquoi mettre en scène des personnages comme Torquemada, quand en fait vous évoquez Norman Tebbit et Thatcher ? Pourquoi ne pas arrêter de tourner autour du pot et parler clairement ? C’est ce que j’ai fait, et la série a marché.

Une série sortant du moule

Une série sortant du moule

Pour quelle raison le dessinateur initialement prévu a-t-il décliné de réaliser le projet ?

Mon modèle pour Eve (la principale protagoniste) m’avait indiqué qu’elle préférerait se suicider plutôt que de devenir un hooligan à la solde du gouvernement, et j’avais inclus cette tentative de suicide dans le récit. Ian Gibson (l’artiste initialement pressenti) ne le sentait pas bien parce qu’il estimait que ça donnait un mauvais exemple aux jeunes lecteurs. Je respecte complètement son point de vue, mais je voulais maintenir ce degré de réalisme, donc Ian a quitté le projet, et Carlos Ezquerra en est devenu le co-créateur artistique.

Une héroïne trop polémique ?

Une héroïne trop polémique ?

Avez-vous souhaité écrire à nouveau ce genre de comics ?

Toujours.  J’espère que le succès pérenne de 2000AD, et le rachat des fonds de comics britanniques par l’éditeur Rebellion finira par aboutir à la création de nouveaux comics, de nouveaux livres, et permettra d’explorer de nouvelles directions, y compris des histoires antiguerres, genre qui est économiquement viable.

Je reste jaloux des français qui peuvent publier facilement une bande dessinée sur la Commune de Paris (1871). Par comparaison, à quelle échéance un éditeur britannique pourrait publier un récit en BD sur des événements comme la Grève Générale de 1926 au Royaume Uni ?

7. Marshal Law (1989-2004) – Artiste : Kevin O’Neill
Joe Gilmore est le vétéran d’une guerre menée par des supersoldats. Quand ils revinrent aux États-Unis, la plupart se qualifièrent de superhéros et abusèrent de leurs pouvoirs. Gilmore s’est engagé dans la police de San Futuro pour neutraliser les superhéros devenus voyous. Cette série met en scène un de mes personnages favoris : Sorry, le presqu’homme. Il s’agit d’une satire mordante contre l’idéologie sous-jacente des superhéros, sans retenue, aucune. C’est une analyse pénétrante et une déconstruction des conventions du genre.

 Est-ce que les responsables éditoriaux de Marvel se sont rendus compte à quel point vous tourniez en ridicule leurs personnages ? Pauvre Mister Fantastic imaginant vivre avec une femme invisible !

Ils avaient bien capté, et ceux de DC Comics également. C’est pourquoi ils l’ont réédité.

Je me suis toujours demandé qui concevait les sentences sarcastiques visibles sur les murs et les accessoires, vous ou Kevin O’Neill ?

Kevin !

Le graffiti Super Bowl sur les toilettes

Le graffiti Super Bowl sur les toilettes

8. Passage chez Marvel (1993 -1995)
Dans la première moitié des années 1990, vous avez travaillé pour Marvel, co-écrivant Ravage (1993-1995), d’abord avec Stan Lee, puis avec Tony Skinner. Ensuite vous avez coécrit Punisher 2099 (1993-1995) et Ravage (1993-1995) avec Skinner.

C’était comment de travailler pour Marvel, avec leurs responsables éditoriaux ?

Ils étaient plutôt compétents.

Pouvez-vous décrire votre relation de travail avec Stan Lee ?

J’ai écrit Punisher 2099 (avec Tony Skinner), et Ravage 2099 (également avec Tony). Ravage ? Une des créations de Stan Lee pour Marvel ? Un superhéros !?!
Pour être honnête, je me suis laissé convaincre (par Stan) après une réunion de travail à New York, pour planifier un crossover prometteur des superhéros 2099. Étaient présents : Stan Lee, Warren Ellis, Peter David et d’autres scénaristes de légende. Je suis sûr que c’était passionnant pour les autres, mais je trouve le concept de crossover tellement lamentable, si artificiel, si calculé, si ennuyeux, et j’étais tellement submergé par les interventions véhémentes du grand Peter David, que je me suis réellement endormi. Heureusement, Tony Skinner était présent également, et il a représenté notre point de vue, sa répartie britannique naturelle surclassant facilement la célèbre faconde de Peter David (pour sa plus grande surprise), prenant habituellement le dessus sur la conversation avec son vif esprit newyorkais.

De plus j’étais tellement consterné à l’idée d’écrire Ravage que l’idée même me déprimait fortement, et me rendait quasiment physiquement malade, mais – Dieu merci – Tony m’a tiré de ce mauvais pas et a réalisé un travail de professionnel, en écrivant les aventures d’un personnage qui avait déjà largement dépassé sa date de péremption au moment où on en a hérité. Mais avant de devenir trop cynique sur cette série, un incident dans un aéroport de New York nous a désarçonnés. Il est survenu lors de notre voyage suivant aux États-Unis. Nous avons rencontré un américain à l’aéroport qui nous a expliqué qu’il aimait tellement la série Ravage qu’il en achetait systématiquement 3 exemplaires tous les mois, pour qu’il n’y ait pas de dispute au sein de sa famille pour déterminer qui le lirait en premier.

La zone d'ombre dans la carrière de Pat Mills

La zone d’ombre dans la carrière de Pat Mills

9. Requiem (depuis 2000) – Artiste : Olivier Ledroit
En 1995, Pat Mills part à la conquête du marché européen de la bande dessinée. L’invasion a commencé avec Sha (1995-1997, 3 albums avec Olivier Ledroit), et s’est poursuivi avec Requiem, toujours dessiné par Olivier Ledroit.

Qu’est-ce qui vous a amené à vous intéresser au marché français de la BD ?

J’ai toujours admiré les bandes dessinées françaises. 2000 AD a été bâti sur leur modèle.

Comment a débuté votre collaboration avec Olivier Ledroit ?

Nous avions déjà travaillé sur Sha. On a continué avec Requiem chevalier Vampire.

Une collaboration artistique époustouflante

Une collaboration artistique époustouflante

10. Savage, suite d’Invasion (débuté en 2007) – Artistes : Charlie Adlard, Patrick Goddard
En 2004, Pat Mills a repris le personnage de Savage, un personnage étant apparu pour la première fois dans le numéro 1 de l’hebdomadaire 2000 AD, en 1977. Il lutte pour la liberté, menant une guerre contre les Volgans qui ont envahi et conquis la Grande Bretagne en 1999.

Pourquoi avez-vous éprouvé le besoin de faire revenir à ce personnage, pour des raisons créatrices, ou éditoriales ?

Les deux. Savage est un personnage apprécié des lecteurs.

Une fois de plus, vous avez eu la chance de travailler avec un artiste de renom. Le tome 2 a eu les honneurs d’une édition VF du fait  de la célébrité de Charlie Adlard.

En effet. J’espère écrire encore pour Savage. Patrick Goddard est également un excellent artiste.

Bill Savage en pleine mission, par Patrick Goddard

Bill Savage en pleine mission, par Patrick Goddard

11. Greysuit (créé en 2007) – Artiste : John Higgins
John Blake est un agent secret du type costard gris, des agents spéciaux du gouvernement britannique, spécialement entraînés pour avoir une force supérieure, et des sens surdéveloppés. Petit à petit, John Blake se rend compte qu’il est manipulé et commence à remettre en question ses missions.

Pour cette série, vous avez conçu un héros assez classique pour vous. Qu’est-ce qui vous amène à revenir à ce genre de héros masculin ?

Greysuit est un agent secret qui se rebelle, une variation du personnage Mach One (une de mes créations originales), l’histoire la plus populaire de 2000 AD, avant que Judge Dredd ne prenne de l’envergure. Par ailleurs, la séquence d’ouverture dans laquelle la police secrète iranienne arrête des jeunes effectuant du break-dance, est basée sur des événements dont j’ai été le témoin lors de mon séjour de 3 moins en Iran. En ce qui concerne l’intrigue principale (des photographies compromettantes de pédophilie impliquant un ministre Tory, découverte dans un coffre-fort, lors d’un cambriolage dans une banque), il s’agit d’une histoire vraie qui m’avait été rapportée par John Hicklenton. Les cambrioleurs furent si écœurés par les photographies qu’ils envisagèrent d’effectuer une petite visite au ministre, mais ils craignaient trop les Greysuits. Du coup, ils abandonnèrent les photographies sur le sol de la salle des coffres pour qu’elles soient découvertes par la police.

Dans ma version romancée, les services secrets britanniques envoient un costard gris (l’équivalent des Men in Black américains) pour exécuter les cambrioleurs. C’est similaire, mais pas identique à l’un des événements du film The Bank Job (Braquage à l’anglaise, 2008), également basés sur des faits réels.

John Blake : un agent de terrain

John Blake : un agent de terrain

Utilisez-vous des faits historiques comme le projet MK-Ultra pour être sûr d’attirer l’attention des lecteurs ?

J’utilise des faits comme le projet MK-Ultra, parce que je les trouve à la fois fascinants et nauséabonds.

12. Defoe (débuté en 2007) – Artiste : Leigh Gallagher, Colin McNeil
Titus Defoe combat des zombies, dès 1666. Précédemment, il a participé au mouvement des Niveleurs (Levellers) pendant la guerre civile anglaise (1642-1651), un mouvement politique demandant des réformes constitutionnelles telles la souveraineté du peuple, un suffrage élargi, l’égalité de tous devant la loi, la tolérance religieuse.

Une nouvelle série, un autre mouvement politique. Pensez-vous que les revendications des Niveleurs puissent avoir été viables ?

Sans aucun doute. C’était une version allégée de votre révolution. Leur manifeste politique était intelligent, clair et encore réalisable aujourd’hui.

Est-ce vous travaillez avec Leigh Gallagher pour concevoir les outils et accessoires clockpunk ?

Tout à fait.

Ce n'est pas la Batmobile!

Ce n’est pas la Batmobile!

13. Artistes
Au fil de sa carrière, Pat Mills a travaillé avec des artistes comme Joe Colquhoun, Kevin O’Neill, Simon Bisley, Carlos Ezquerra, Bryan Talbot, Clint Langley, et beaucoup d’autres.

Avez-vous votre mot à dire quant aux choix des artistes sur vos séries ?

C’est vital que je puisse le faire. Que se passe-t-il si vous êtes un auteur et vous êtes passionné par votre sujet, et que l’artiste n’est que moyennement enthousiaste ? Croyez-moi, ça se verra dans le résultat final. Éprouver de l’empathie avec les artistes est une capacité que j’ai déjà mise en œuvre, et sur laquelle je devrais probablement écrire plus longuement. C’est un sujet sensible.

L’état d’esprit d’un auteur et d’un artiste affecte la création. Si l’un ou l’autre est déprimé, ça se ressentira et ça peut avoir un impact négatif. Si l’un ou l’autre est euphorique, cela se ressentira également et pourra même avoir un impact plus négatif.
Prenons l’exemple d’une excellente série publiée par l’éditeur français Comics USA, il s’agissait d’une série violente et à succès. Puis l’auteur a goûté aux joies de la paternité, et l’a fait partager à ses lecteurs, en changeant le ton de sa narration pour quelque chose de plus gentil et plus bénin. Résultat : les ventes ont chuté. On lui a dit de revenir aux tripes et au sang, et plus vite que ça.

Quels sont les artistes qui ont le plus apportés à vos scripts ?

Joe Colquhoun pour la Grande guerre de Charlie, et Kevin O’Neill pour Marshal Law, et Nemesis.

Souhaitez-vous ajouter quelque chose pour les lecteurs de ce site français ?

Je vous envie. Les bandes dessinées (franco-belges) sont à des années lumières d’avance sur les comics britanniques et ma préférence va toujours à écrire pour le marché français.

Joe Colquhoun, Kevin O'Neill

Joe Colquhoun, Kevin O’Neill

 English Version

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Interview made and translated by  Présence

Pat Mills is a British writer, both of comics and books, and has been writing since the 1970s, for more than 40 years. This is a unique opportunity for this blog and for this reviewer. I started reading Pat Mills’ comics in 1989, with Marshal Law, and even had a letter posted in its fan mail. I have been following his career ever since. Having existed for 4 years, this already has reviews about Marshal Law, Charley’s war, Savage (and even Invasion) and Sláine, even before befriending Pat Mills on Facebook.

This interview won’t be about his latest works (Brutania Chronicles, the latest Sláine book, or Serial Killer his latest book), but will go through a selected list of works in a chronological order. 

1. Charley’s war (1976-1985) – Artist: Joe Cloquhoun
It comes has a bit of a shock as one of the first major works of Pat Mills deals with the first world war, and an underage tommy. Far from the comics of the 1970s, there is no romantisation of the army, or of the battles. Tommy comes from a blue-collar family, and the story follows him into the trenches, until the end of the war. Against the grain of war stories, Pat Mills shows the brutality of the engagements, the chance presiding over battles, and the condescending tone of some officers. It’s a tale of bravery, but also of class warfare, and arbitrary death.

What gave you the impetus to tell a different kind of war story?

It’s my subversive nature I think. I can’t really think in a different way and here was an opportunity to tell an anti-war story. I was also influenced by the film Oh! What A Lovely War.

From the battlefields to the grave

From the battlefields to the grave

This is one of your first works, and right from the start, your humanism shines through. What kind of political education did you benefit from?

None. I’m self-taught. To quote from my forthcoming book Be Pure! Be Vigilant! Behave! 2000AD and Judge Dredd: The Secret History :  Readers were always aware of my counter-culture influence on their minds. It’s blatantly obvious, of course. I’m afraid I don’t know any other way to write. As writers, we have to be true to ourselves. My first girls comic serial was a carefully researched and passionate story of the Irish Great Hunger (changed by a Scottish editor to the Highland Clearances so it would be less controversial).

Le livre événement 

In his own words

2. Judge Dredd 1977
In the far future, an apocalypse war has taken place, and humanity has built megacities which have rapidly become overcrowded. In Mega-City One, in North America, the government is a dictatorship ruled by judges, putting security above all. Judge Dredd is a street cop, who has the power to arrest, convict, sentence, and even execute criminals.

Were you involved in the creation of Judge Dredd, the leading character of the weekly 2000 AD?

In a major way. Its at least three chapters in my book so I don’t know how to summarise it!

Judge Dredd book one (French edition)

Judge Dredd book one (French edition)

3. ABC Warriors (since 1979) – Artists: Kevin O’Neill, Mike McMahon, Brendan McCarthy, Carlos Ezquerra, Simon Bisley, SMS, Kev Walker, Henry Flint, Clint Langley…
In 1978, Pat Mills cocreated the Ro-Busters with Kevin O’Neill, which were then drawn by Carlos Pino. Out of this team came the ABC Warrios in 1979, cocreated with Kevin O’Neill, Mike McMahon, and Brendan McCarthy. They are a team of robots designed to fight wars for the humans in a far future. In its own fashion, the series is about another kind of underdog, robots being exploited by the humans and doing their dirty work.

How do you manage to get the reader involved in the life of robots?

They are a symbol of the under-class and oppressed.

What was it like to discover the art of Clint Langley giving life to these husks of metal?

Previously other artists had done a great job, but Clint takes them to a new level. It’s fantastic.

Clint Langley: it's in the details

Clint Langley: it’s in the details

4. Nemesis the warlock (1980-1999) Artists: Kevin O’Neill, Bryan Talbot, John Hickleton, Clint Langley
In a far future, Nemesis is alien, whose body evokes a demon in the eyes of humans. He fights against Torquemada reincarnate, leader of humanity, and a first-class bigot. As with the ABC Warriors, humanity is oppressive and uncaring, while the aliens incarnate freedom with a price.

 Reading Nemesis, it seems you made all the wrong choices: the male lead looks like a demon; his culture is really alien, he has to fight against the human race. What compels you to take up such arduous narrative challenge?

It’s a reversal of Star Wars. The villain, Torquemada, was based on a monk teacher at my school. To quote from my book: I made Torquemada as warped and perverted as I could possibly get away with and we got away with a lot. Kevin, who was taught by nuns, had a similar point of view. One of his most memorable images of Torquemada shows the Grand Master looking sternly down at a fearful follower having a nightmare. Kevin’s brilliant caption was, “Sleep is no refuge for impure thoughts.” Together, we showed that Torque might preach against “deviants” but he was quite the deviant himself.

I hope this doesn’t shatter anyone’s illusions about Torquemada? I’m afraid creating characters is not just about having a vivid imagination or drawing on movies or books. All great fictional heroes and villains are based, directly or indirectly, on someone, or a combination of someones, whether the writer chooses to admit it or not. I think if you’re going to create villains they should be genuinely evil; I’ve no time for pantomime villains. I’m sure that this is why Torquemada regularly won awards as British comics’ favourite villain, because readers sensed this monster was real. And yet at the same time I mocked him, I enjoyed humiliating and defeating him, so no one could ever admire the terror that he stood for, that was inspired by the terror I had escaped. Nemesis the Warlock was my catharsis. It was my poetry.

Sleep is no refuge for impure thoughts

Sleep is no refuge for impure thoughts

Nemesis is one the few series which you brought to an ending. Why did you felt Nemesis needed an ending?

Because Kevin wanted to end it.

5. Sláine (since 1983) – Artists: Angela Kincaid, Massimo Belardinelli, Mike McMahon, Glenn Fabry, Simon Bisley, Clint Langley, Simon Davis
At first, this series seemed like another barbarian fighting monsters, in a strange Celtic setting. As the series progress, it delves more and more into Celtic myths, setting apart from any other barbarian stories

What drove you to come back to Celtic mythology, away from the aliens and Chtuluh influences?

I have Irish roots and wanted to discover my heritage.

Against the grain of the Sword & Sorcery genre, women have some of the best parts in the series. How came this unusual idea to incorporate back the other half of the human race?

I guess it’s because my first wife was the artist co-creator.  To quote again: In the early days of 2000AD, all characters wore helmets and never smiled, whether it was Dredd, Rogue Trooper, Strontium Dog or Hammerstein. So for at least a week I insisted Slaine should wear a helmet and Angela came up with some great designs. Then I suddenly realised he would be better without one and hence that scowling image of him in Episode One where he’s saying “Kiss my axe”, aimed more at me than Slaine’s enemies. But Angela also has him smiling and looking handsome, two concepts that were hitherto unknown on 2000AD, bringing much-needed female energy and perspective to the character and the comic.

Sláine's very first appearance

Sláine’s very first appearance

6. Third World War with Alan Mitchell (1988-1990) – Artists: Carlos Ezquerra
This story was published in the magazine Crisis. The characters work for an army funded by a multinational. The story deals with food politics, race issues, Mau Mau uprising in Kenya (1952-1960). Pat Mills co-wrote it with Alan Mitchell, a black man.

What made you think the time was right for comics dealing more directly with the real world?

To correct you there, the story was mainly written by me. Some later episodes were written with Alan and some with Tony Skinner. From the book: In the dumbed-down times we currently live in, where so many escape into science fiction, Third World War must seem most bizarre and unlikely. Who cares about the politics of food today? Well, people actually did at the time. And it wasn’t just about charity, which can have a questionable side to it. Many readers who had grown up with 2000AD were becoming politically orientated and active. It was a time of strife and change and young people wanted to understand why so much of the world was starving. Why weren’t these charities’ requests for money making a difference? There were endless books on the subject on sale in popular bookshops. They rightly pointed out the IMF and the trans-nationals were responsible. Susan George’s seminal works A Fate Worse Than Debt and How The Other Half Dies: the Real Reasons for World Hunger were popular and very readable best-sellers.

So Steve and Igor (the editors) were absolutely right in considering world hunger as a basis for a story. As I’d written the long running anti-war saga Charley’s War, it was clearly perfect for me. And readers were pointing out to me the obvious flaw in science fiction or satire: that it can run away from reality or mask its message so effectively that no-one knows or cares.

I recall, in particular, two students who had visited Israel and were appalled by the way Palestinians were treated as an underclass. The gist of what they said to me, was: “Why are all you writers hiding behind science fiction to get across your message? Using robots and mutants as a metaphor for slaves? Featuring monsters like Torquemada when you really mean Norman Tebbit and Thatcher? Why don’t you stop pissing about and start telling it like it is?”

So I did. The series worked.

A series like no other

A series like no other

What is it the subject which made the initial artist bale out?

My real-life role model for Eve, the main character, told me she would kill herself rather than be a “government hooligan” and I duly mentioned a suicide attempt. The initial artist Ian Gibson wasn’t keen on this as he felt it gave a bad example to young people. I totally respect Ian’s view, but I needed to maintain this new level of realism, so Ian dropped out and Carlos Ezquerra became the art co-creator.

Even too controversial?

Even too controversial?

Did you ever wanted to come back to this kind of comics?

Always. To quote: I like to think the continuing success of 2000AD and Rebellion’s acquisition of the British comics archive will, eventually, lead to originating new comics, new books and exploring new directions, including stories with anti-war themes which have proved commercially popular.

I’m envious of the French who can effortlessly publish a graphic novel about the Paris Commune. By comparison, when would any British editor publish similar dramatic and heroic events like the General Strike in comic book form?

7. Marshal Law (1989-2004) – Artist: Kevin O’Neill
Joe Gilmore is a veteran of a war fought by supersoldiers. When they came back home to the USA, most of them called themselves superheroes and abused their powers. Gilmore enrolled in the police force of San Futuro to take down superheroes who have gone rogue. This series features one of my favorite characters of all time: Sorry the nearly man. This series is biting satire against the rampant ideology of superheroes, no holds barred, none really. It’s an incredibly perceptive analysis and deconstruction of the tropes of the genre.

Did any of the Marvel editors came to realize how deeply you were ridiculing some of their characters? Poor Mister Fantastic believing to be living with an invisible woman!

They knew and loved it. DC Comics, too. Hence why they’re republishing it.

 I have always wondered who wrote the sarcastic sentences on the wall and the accessories, you or Kevin O’Neill?

Kevin!

Super Bowl indeed!

Super Bowl indeed!

8. Working for Marvel (1993 -1995)
In the first half of the 1990s, you worked for Marvel, co-writing Ravage (1993-1995), first with Stan Lee, then with Tony Skinner. You went on co-writing Punisher 2099 (1993-1995) and Ravage (1993-1995) with Skinner.

What was is it like working for Marvel, with editors?

They were pretty good.

Can you describe your working relationship with Stan Lee on Ravage?

Again, let me quote: I wrote Punisher 2099 (with Tony Skinner), and Ravage 2099 (also with Tony). Ravage? One of Stan Lee’s creation for Marvel? A superhero?!

To be fair,I was suckered into it (by Stan) after a meeting in New York to discuss an exciting Marvel superhero 2099 cross-over. Present were Stan Lee, Warren Ellis, Peter David, and other writing legends. I’m sure it was exciting for the others, but I found the cross-over principle so awful, so phoney, so calculated, so boring, and so overwhelmed by the strident views of the great Peter David, I actually fell asleep. Fortunately, Tony Skinner was there, too, and held up our end, his natural British repartee effortlessly outclassing Peter David’s famous, conversation-dominating, fast-talking New York wit, somewhat to the latter’s surprise.

I was also so dismayed at the thought of writing Ravage, the thought made me feel deeply depressed and almost physically sick, but – thank God – Tony bailed me out and did a great and professional solo job of writing a character that was already well past its sell-by date when we took it over. But before we got too cynical about Ravage, we were taken aback by an incident at NY airport. It was on our next trip over to the States where we met an American at the airport who told us he loved Ravage so much he bought three copies of it every month so he and his family wouldn’t fight over who got to read it first.

Not the best of times

Not the best of times

9. Requiem (since 2000) – Artist: Olivier Ledroit
In 1995, Pat Mills set out to conquer the French market of bandes dessinées. The invasion began with Sha (1995-1997, 3 volumes with Olivier Ledroit) and want on with Requiem (2000-?) still with Olivier Ledroit.

What drove you to set your eyes on the French market?

I’ve always admired French comics. 2000AD is inspired by them.

How did your collaboration with Olivier Ledroit happened?

We had worked together on Sha which did okay. And then we went onto Requiem

A mind-boggling creative team

A mind-boggling creative team

10. Savage, follow up to Invasion (since 2007) – Artists: Charlie Adlard, Patrick Goddard
In 2004, Pat Mills went back to Savage, a character who first appeared in 2000 AD number 1, back in 1977. He is a freedom fighter, waging a war against the Volgans who invaded and conquered Britain in 1999.

Why did you felt the need to revive one the first characters to appear in 2000 AD, was it for creative reasons or for editorials reasons ?

Both. Savage is a well-loved character.

 Once again, you had the opportunity to work some great artists. Volume 2 of Savage had a French printing thanks to Charlie Adlard’s renown.

Indeed. I hope there will be more. Patrick Goddard is an excellent artist, too

Bill Savage, by Patrick Goddard

Bill Savage, by Patrick Goddard

11. Greysuit (since 2007) – Artist: John Higgins
John Blake is a cover operative known as a grey suit, special agents for the British governments, specially conditioned to have heightened strength and senses. Little by little, John Blake understands that he is being manipulated, and begins questioning his objectives.

For this series, you designed some typical Mills adventure hero. Why do you come back to this masculine figure?

To quote: Greysuit is about a rogue secret agent, a variation on my original Mach One, the most popular 2000AD story for some two months before Judge Dredd took off. Thus the opening sequence, where the Iranian secret police arrest kids for break-dancing half way up a mountain, is based on a scene I actually witnessed when I spent three months in Iran. Then the main plot – about incriminating photos of a paedophile Tory minister discovered in a safe deposit box by robbers during a bank heist – was told to me by the late John Hicklenton and actually happened. The robbers were so disgusted by the photos, they considered paying the minister “ a visit”, but they were too afraid of “the Greysuits”. So they left the photos on the ground for the police to discover. In my fictional version, the British secret service send in a Greysuit (our equivalent of the American Men in the Black) to liquidate the robbers. It’s a similar but separate event to the film The Bank Job, also based on real life events.

John Blake : a field agent

John Blake : a field agent

Do you use historic lore such as project MK-Ultra as a mean to grab reader’s attention?

I used similar ideas to MK-Ultra because I find them fascinating and evil

12. Defoe (since 2007) – Artist: Leigh Gallagher, Colin McNeil
Titus Defoe fights against zombies, starting in 1666. Previously, he had been a Leveller during the English Civil War (1642-1651), a political movement that emphasized popular sovereignty, extended suffrage, equality before the law, religious tolerance.

 Another series, another political movement. Do you think that the politics of the Levellers could have been workable?

Undoubtedly. It was a milder version of your revolution. Their manifestos are intelligent, clear and still workable today.

 Were you working closely with Leigh Gallagher on the clockpunk designs?

Indeed.

Not the Batmobile!

Not the Batmobile!

13. Artists
Throughout his career, Pat Mills has collaborated with prominent artists such as Joe Colquhoun, Kevin O’Neill, Simon Bisley, Carlos Ezquerra, Bryan Talbot, Clint Langley, and many more.

 Do you have any say in the artists you’re teamed up with?

It’s vital that I do.
To quote: What if you’re a writer and care passionately about a subject and the artist is merely lukewarm? Believe me, it will show in the final product.
Having empathy with artists, is a skill I certainly used to have and possibly should write about further, although, as you will have already noted, it’s a sensitive subject.
The state of mind of a writer and artist affects the work. If either is depressed it will show and it can be bad. If either is euphoric it will show and may even be worse.
For example, there was a great series from the French publisher Comics USA. It was violent and successful. Then the creator experienced the joys of fatherhood and shared them with his readers with a change of tone to something more kindly and benign. Sales dropped as a result. He was told to get back to the blood and gore, pronto.

Who were the artists who brought the more to your scripts?

Joe Colquhoun on Charley’s War and Kevin O’Neill on Marshal Law and Nemesis.

Question: Is there anything you’d like to say to the readers of this French site?

I envy you guys. French comics are light years ahead of Britain and I always prefer to write for France

Joe Colquhoun, Kevin O'Neill

Joe Colquhoun, Kevin O’Neill

—–
La BO du jour : euh, pas besoin de vous faire un dessin…
The Soundtrack of the day : no need to explain !

https://www.youtube.com/watch?v=9rVFi6qkPHE

53 comments

  • vark  

    Bonjour Bruce, bonjour Présence (coucou Artemus, coucou Matt)
    J’ai enfin le temps de réagir à cet article, et je ne peux qu’être ravi d’avoir trouvé un autre fan prosélyte de l’oeuvre de Mills en la personne de Présence!
    Je me sent proche de l’anédocte de Philippe puisque le festival d’Aix-En-Provence* a marqué ma première rencontre physique avec Pat, et son épouse/éditrice Lisa (je dois en remercier Laurent Lerner de Délirium).
    Et c’est clair que les talents oratoires de l’auteur sont remarquables, et sa passion non feinte. L’anecdote pour moi concerne le second panel auquel il a participé durant ce festival (qui lui était consacré), ou au détour d’une question, il a eu loisir d’évoquer de savoureuses pépites de la BD anglaise du début des années 70. Nous avons poursuivi la conversation informellement ensuite, et il nous a appris que Kevin O’Neill collectionnait ces pépites au doux nom de « Caning Commando » (un professeur Anglais faisant la guerre aux allemands à coup de cravache pour punition), « Feral Meryl » (une jeune ado élevée par des loups dans la campagne anglaise), et « Lucy Never Saw The Ball » sur une joueuse de tennis aveugle (j’en rie encore de ce titre).
    Et il se trouve que cette conversation a du trotter dans la tête de Mills pour aboutir deux ans plus tard à son roman co-écrit avec O’Neill, « Serial Killer », qui met en scène des éditeurs fictionnels (quoique partiellement autobiographique) de British Magazine publiant ces histoires.

    Pour en revenir à Marshal Law, la deluxe edition a été publiée en Espagne et en Italie, mais reste bloquée en France par le manque probable d’intérêt de Dargaud/Urban (DC possèdant les droits de distribution). C’est bien dommage.

    Et sinon la version papier de son livre sur la genèse de 2000 AD et Judge Dredd est désormais dispo depuis 2 jours via amazon.

    *festival qui accueillait également une très belle exposition sur l’oeuvre de Moore, incluant le script complet de Big Numbers #3 que j’ai hésité à dérober :))

    • Bruce lit  

      Hello Remy,
      Désolé pour cette tardive modération. Ton IP étant désormais validée, tu es désormais libre de poster aussi souvent que tu veux.

    • Présence  

      Merci pour ce retour chaleureux Vark.

      C’est vrai qu’à chaque fois que je regarde une vidéo dans laquelle Pat Mills s’exprime, je suis subjugué par les talents oratoires de Pat Mills, son humour, sa culture, et son savoir encyclopédique sur l’histoire des comics britanniques, dont je ne suis pas du tout familier. Les titres que tu évoques font rêver. :)

      Merci beaucoup pour l’information sur le livre de Pat Mills car je ne l’avais pas vue passer. Tu viens de me trouver ma lecture de vacances. :)

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