Vagabond terrestre (Le vagabond de Tokyo)

Le vagabond de Tokyo par Takashi Fukukutani

Ça va chier ! Au sens propre du terme !

Ça va chier ! Au sens propre du terme !

Par BRUCE LIT

VO : Weekly Manga Times

VF : Lézard Noir

Cette review portera sur la série Le vagabond de Tokyo écrite et dessinée par Takashi Fukutani entre 1979 et 1994.
La série est publiée sous forme d’anthologie par l’éditeur Le Lézard Noir.

La publication japonaise étant anarchique et irrégulière, Lézard Noir a fait le choix de ne publier que le meilleur de la série sans forcément tenir compte de la chronologie de parution (un peu comme les premiers albums de Gaston Lagaffe).  A ce jour, 6 volumes sont parus en France. Le Lézard Noir propose de belles couvertures et une traduction irréprochable.

L'oeuvre d'une vie : celle de Fukutani

L’oeuvre d’une vie : celle de Fukutani

Il est possible d’apprécier la série sans aucun souci de continuité, chaque histoire étant indépendante même si de temps à autres reviennent des personnages récurrents. En outre, on pourrait rapprocher la construction narrative du Vagabond de celle des Simpsons : un événement arrive, bouleverse la vie du héros avant un retour impitoyable au statu quo.

Tous les scans sont faits maisonLe sens de lecture est japonais. La lecture de ces histoires reste à réserver à un public averti du fait de situations souvent proches de la pornographie malgré l’impitoyable censure japonaise de l’époque.

L'histoire d'un éternel perdant

L’histoire d’un éternel perdant

Un jour que je traînais mes guêtres chez mon libraire attitré, mon budget me laissait le choix; pour 50€, je pouvais m’offrir soit un omnibus de Wolverine mis en scène par Jason Aaron, très tentant mais à la continuité déjà obsolète. Soit j’investissais dans de la nouveauté, de la prise de risque, et en général, c’est toujours vers du manga que je m’oriente sans être jamais déçu.

Les gars de chez Baapoum étaient formels : ce vagabond allait enrichir mon horizon. De quoi parle t’on ici ? Et bien tout simplement d’une oeuvre majeure et trompeuse : il y a du sexe, des situations trash et souvent scato, mais alors très scato, puisque il arrive même que dans une histoire une femme urine et défèque sur le visage de notre vagabond.

Une obsession pour les petites culottes bien avant Toriyama

Une obsession pour les petites culottes bien avant Toriyama

Autant le dire avec honnêteté, Le vagabond de Tokyo n’est pas une lecture consensuelle : notre héros, Yoshio a 28 ans. Il est célibataire, sans enfants et vit dans une piaule insalubre dans Tokyo. Lorsque son estomac crie famine, il travaille ponctuellement en intérim dans un chantier où le travail est pénible et mal payé. Yoshio est un branleur dans tous les sens du terme : sexuellement frustré, il passe ses journées à se masturber. C’est un leitmotiv de la série, il fait ça au moins deux à trois fois par épisodes et généralement il se fait toujours chopper la main dans le slip par la police ou ses voisins.

Yoshio n’a pas d’amis, juste des connaissances qu’il squatte pour lui payer un verre ou lui offrir un bol de nouilles déshydratées. Mais surtout, Yoshio est un perdant, un vrai et c’est là que la BD devient intéressante. Yoshio est le double fantasmé de son auteur dépressif et alcoolique qui décédera à 48 ans. Après des années de vache enragée, de vie sordide (il enverra même sa femme faire le tapin), Fukutani qui a du mal à percer dans le métier, met en scène un branleur qu’il va diriger une dizaine d’années pendant 600 épisodes !

Dans le premier épisode, le vagabond perce le quatrième mur et rencontre son créateur

Mais qu’on ne s’y trompe pas ! Derrière le scabreux, l’hygiène désastreuse et l’improductivité lamentable de Yoshio se cache une véritable bédé d’auteur drôle, tendre et littéraire. Nous sommes dans les années 80 et Fukutani fait ce que personne ne fait : écrire sur les laissés pour compte de la société japonaise, les invisibles, les puants, les rejetés.

En France, à la même époque, celle de l’ultralibéralisme de Reagan et Thatcher sur lequel se brisera le rêve socialiste,  c’est un autre clown trash, Coluche, qui invitera les fainéants, les crasseux, les drogués, les alcooliques, les pédés, les femmes, les parasites, les jeunes, les vieux, les artistes, les taulards, les gouines, les apprentis, les Noirs, les piétons, les Arabes, les Français, les chevelus, les fous, les travestis à voter pour lui.

Un minable dans une piaule minable sauvé par un graphisme irrésistible

Yoshio, c’est un clochard pas céleste. A chaque histoire, il va chercher à se faire de l’argent facile et/ou se taper une fille. Ce genre de pensées ne l’amène évidemment pas à côtoyer les gens de la haute et pour la plus grande curiosité de son lecteur, Yoshio tel un Baudelaire nippon va éprouver le spleen tokyoïte : putes, travelos, homos, fugueurs, yakusas et escrocs en tous genres vont croiser sa route.

Et raconter de vraies histoires, avec un vrai développement, des personnages inoubliables et des situations hilarantes mais plausibles : Yoshio qui rencontre un fétichiste des culottes sales qui devient accroc aux odeurs de chaussures, Yoshio qui faute de pouvoir devenir gigolo tellement qu’il est moche va devenir esclave sexuel. Yoshio qui attiré par l’appât du gain va finir dans un Happy Hole : un bouge, où caché derrière un mur il masturbe les pénis des clients en se faisant passer pour une femme.

A force de ne rien branler, Yoshio finit par se faire enculer...

A force de ne rien branler, Yoshio finit par se faire enculer…

Ce qui deviendrait misérabiliste en temps ordinaire tourne ici à la grosse farce, et au fil de ses mésaventures, on parvient à l’aimer notre Yoshio. Et même lui trouver des qualités voire une certaine grandeur au glandeur. Comme un cousin lointain de Gaston, Yoshio s’en fout du travail. Il veut profiter de ses belles années autrement que dans un bureau.  Il vit au jour le jour, n’a aucune ambition et foire tout ce qu’il entreprend. Pourtant, et c’est la force de ce manga, Yoshio ne se décourage jamais. Il a beau bouffer littéralement des tartines de merde, il reste joyeux, optimiste et toujours prêt à rendre service.

Il n’y’a pourtant aucune équivoque : Yoshio finit systématiquement sur le trottoir, sans un sou et sous la pluie. Et alors que son lecteur s’est fendu la poire pendant toute l’histoire, le mot de la fin est toujours d’une noirceur poétique souvent poignante. Une fenêtre de ce que l’auteur pense vraiment et ce qu’il nous a épargné via son humour généreux.

Des conclusions souvent sombres et déséspérées

Au delà de son imagination débordante, Fukutami joue aussi avec les codes de son art : dans un épisode Yoshio passe une semaine sans dormir pour rendre service à un mangaka exténué par les exigences du métier, dans un autre il brise le quatrième mur pour prendre un verre avec son créateur et lui demander de lui donner un peu de bonheur de temps à autre (ce qui lui sera formellement refusé : Yoshio doit rester un perdant). Alors que la série commence avec une narration tout en style indirect, la série pénètre progressivement l’esprit de notre Vagabond pour le suivre en voix off. Enfin, il arrive que Fukutami se mette en scène dans des épisodes hors séries.

Il y’a quelque chose de très pur dans son dessin typique des années 80 avec un bon niveau de détail dans les endroits que Yoshio fréquente. Celui-ci peut faire des grimaces tordantes avec toute sles exagérations japonaises : tête qui grandit subitement, chute brusque, yeux exorbités, paralysie faciale et nez qui coule. Oserons nous le dire ? son trait évoquerait un Taniguchi dévergondé mâtiné d’un Toriyama qui n’aurait jamais délaissé les petites culottes pour les super sayens.

Yoshio se révolte contre son créateur : « Mais t’es sadique ou quoi ? »

Yoshio partage d’ailleurs avec Goku son insouciance, son appétit vorace, son humour bouffon et sa naïveté proche de l’idiotie. C’est d’ailleurs un sujet qui restera à l’appréciation de son lecteur : ce personnage est il un idiot suicidaire ou un authentique résilient ? Un être libre de toute obligation sociétale ou un esclave de ses pulsions basiques ?

Comme un shaman, Yoshio amène son lecteur à la catharsis : il absorbe toutes les mauvaises expériences que nous ne vivrons jamais, il fait tous les mauvais choix et finit toujours seul en rendant service aux autres. Il est le bouffon d’une société qui lui défèque dessus et pourrait figurer dans un roman de Houellebecq en rappelant que l’amour est une valeur marchande qui se tarife chez les putes lorsque l’on a pas la chance de baiser gratuit. Une lecture qui ne doit rien au hasard et il n’y ‘a pas à laisser son esprit vagabonder : c’est un monument du manga que Lezard Noir nous propose. Indispensable.

Le rêve de Yoshio : être heureux et baiser gratis

—–

Trash, de mauvais goût et vaguement porno, Le vagabond de Tokyo édité chez Le Lézard Noir reste un indispensable du manga. Jetez vos culottes et lisez la review de Bruce Lit.

La BO du jour : d’autres branleurs magnifiques qui racontent aussi leurs histoires de passe….

21 comments

  • Eddy Vanleffe  

    Il fut un temps où je me serais jeté dessus. Plus maintenant.
    Des choses aussi poussées sont assez lourdes à digérer en terme de lecture et je dois être dans une sorte de régime où il me faut du « léger ».
    Je ne sais pas…City Hunter?

    • Bruce lit  

      Je ne connais de City Hunter que la version tronquée du Club Dorothée. Je n’ai jamais accroché plus que ça. Je le trouvais particulièrement con et surtout ça passait avant St Seiya. Je n’avais donc qu’une hâte : que Nicky Larson se barre !

      • Eddy Vanleffe  

        Je cite City Hunter plus pour la blague en fait…

        En revanche, C’est un manga absurde qui fait montre et c’est ça le plus bizarre de…féminisme.
        il n’est question que d’émancipation de femmes au sein d’une société le cul entre deux chaines entre traditions et volonté d’expansion occidentale…les Clientes échappent donc à des mariages forcés, des métiers familiaux, des héritages trop lourds…un des truc lourdement promotionné par exemple est le fait de na pas dépendre d’un homme pour vivre et de la nécessité de gagner sa vie pour être libre de ses choix.
        simplet mais dans le Japon des années 80 pas si courant, quand la plupart des héroïnes n’ont d’autres ambitions que « faire de bons petits plats » à leur copains…

  • Matt  

    ça me fait penser à Soap dans le Punisher de Ennis. Sauf que j’ai jamais compris si c’était censé être drôle de le voir en chier. Moi ça me faisait pas rire. Je peux rigoler de plein de trucs mais pas des misères de gens qui n’ont pas de bol.
    Donc ça ne veut pas dire que c’est naze mais je reste sceptique sur le volet « Et alors que son lecteur s’est fendu la poire… » ça me semble plutôt déprimant.

    • Bruce lit  

      @Matt : le détective Soap, c’était plutôt hier avec Lady Boy qui couche avec son père :)
      Ici, il s’agit de chroniques sociales déjantées. Un autre exemple qui me viendrait en tête seraient Les Simpsons (en moins trash quand même) qui organise depuis 29 ans (!) un massacre en règle de la classe moyenne américaine tout en rendant les personnages sympathiques.
      Mais je pense qu’effectivement l’humour cruel du Vagabond ne te plaira pas.

      • Matt  

        Le truc c’est que j’ai tendance à m’identifier aux persos qui n’ont pas de bol. Bon j’ai jamais non plus vécu des trucs horribles comme ces persos qui couchent avec leurs parents sans le savoir, mais les coups de poisse ça me connait. Et j’ai même du supporter ceux qui trouvaient ça marrant. Alors j’ai du mal à me foutre de la gueule de ce genre de trucs. Des fois je me demande si ceux qui en ricanent ont déjà eu des emmerdes. Surement bien sûr, mais ils doivent savoir prendre du recul ou même réussir à rigoler des merdes qui ont pu leur arriver, mais moi au mieux je vais rire jaune quoi…je vais trouver ça un peu triste. Je vais me demander pourquoi on prend plaisir à rigoler des « perdants ». Après je note bien que le perso qui se relève toujours et reste optimiste ça doit aussi donner un peu d’espoir ou dédramatiser mais bon…c’est pas une lecture qui m’attire quoi.

      • Matt  

        Et j’aime pas le terme de « perdant » d’ailleurs. Pour perdre il faut qu’il y ait un jeu. Et si la vie est un jeu, c’est un jeu imaginé par un gros enfoiré puisque les joueurs ne débutent pas la partie à égalité. Donc ricaner de ceux qui galèrent…ben non, moi ça me semble toujours cruel et pas drôle. J’imagine que si l’auteur lui-même en a chié et prend du recul en écrivant ce genre d’histoires, ça passe mieux. Mais pour ce genre d’humour c’est un peu comme toi avec la musique : j’ai limite besoin de savoir si l’auteur comprend ce que c’est d’en chier ou si c’est juste un gros con qui se moque. J’ai pas la réponse pour Ennis par exemple.

        • Eddy Vanleffe  

          Je crois qu’il s’agit davantage de dérision et de se moquer de soi-même et de ses propres malheurs pour exorciser…. La politesse du désespoir comme dirait l’autre…
          Bruce semble indiquer qu’il y a un aspect non négligeable d’autobiographie…
          Tu me diras que le lecteur ne le voit pas, mais il est à même de le percevoir (on arrête pas de lire entre les lignes) et c’est sa propre misère qu’il soigne en riant.
          Derrière le rire, j’y vois pas mal d’humilité au contraire, de compassion et de remise en question de soi, de sa réussite, de son parcours parfois proche ou non…

          Bon après, le rire est cruel chez certains mais c’est valable pour les films de Pierre richard aussi…ou Thor Ragnarok… :)
          on pourra pas l’éviter.

        • Matt  

          Oui j’ai bien noté que dans le cas présent il y a un volet autobiographique. Je parle plus en général.
          Je serais curieux en fait de lire une BD qui se fout de la gueule d’un mec qui a tout réussi dans la vie mais qui n’est pas heureux. Vous allez me dire que ça existe les histoires de riches qui ont tout mais comprennent que ça ne les rend pas heureux. Mais c’est toujours traité avec un grand sérieux. Comme si c’était absurde de se moquer d’une personne qui a apparemment « réussi » selon des critères de société, et absurde de ne pas ridiculiser un « gros loser » aux yeux de cette même société.

          Enfin…ne me prenez pas trop au sérieux, vous savez que je cause beaucoup. J’imagine que j’en ai peut être juste marre que le loser qui n’a pas de bol soit aussi surexploité dans la comédie.

  • OmacSpyder  

    Nous étions avertis : voilà du trash (yeah yeah ;) )!
    Intéressant personnage que ce Yoshio, et son reflet avec son auteur mis d’ailleurs en scène.

    Si Fukutani est sadique avec la représentation de lui-même, voilà qui en fait un masochiste de première! Voilà donc un amusement pris à entraîner son personnage le plus loin possible des conduites sociales valorisées. Le scan de son rêve est d’ailleurs édifiant : on y voit tout ce qu’il faut éviter. Fukutani y verrait – il le pire des sorts que ce programme tout bien huilé et médiocre? Dès lors il rendrait service à son personnage en lui faisant vivre mille vies de ratages plutôt qu’une seule vie de mariage (et tutti quanti!)
    Et que reste-t-il lorsque l’on sort du chemin balisé? Le vagabondage organisé! Être un déchet d’une société qui ne s’arrête pas, trop occupée à formater, à créer des cases ou à mettre en boîte(s). C’est sûr qu’avec Yoshio, ça déboîte!^^

    C’est aussi l’histoire d’un personnage qui visiblement ne devient jamais adulte, dans le sens d’une maturité lui permettant de prendre sa place dans la société. Il reste collé au fétichisme, au plaisir immédiat, et voit somme toute dans la femme là aussi un objet de satisfaction pulsionnelles. L’étant lui-même, cet objet utilisé par d’autres, il montre à son corps défendant mais asservi que la société telle qu’elle est, ça mange de l’humain et du corps, ça jouit et ça balance.

    Yoshio pose aussi peut-être en filigrane la question nippone du rapport à l’autre, et notamment à l’autre sexe. Le fétiche (la petite culotte, le pixel évoqué dans Ladyboy) remplace le rapport direct à l’autre, cristallisant le fantasme et évitant la réalité de la rencontre. Un vagabond qui ne se fixe pas, mais aux fantasmes si fixes qu’ils ne lui permettent guère (le comble!) de voyager…

  • Présence  

    Un Happy Hole : tu n’avais vraiment pas exagéré quand tu avais indiqué qu’on allait plonger dans le sordide.

    Pour ce qui est du plaisir à lire ce genre de récit, je reprendrais les éléments cités par OmacSpyder hier : catharsis et transgression inoffensive. En fonction de notre milieu social, de notre éducation, du pays dans lequel on est né, de notre santé physique, etc., on est tous formaté dans une vision du monde, des tabous, et des interdits, ou des impossibilités physiques. Je ne crois pas un seul instant que me faire piquer par une araignée radioactive peut conférer des superpouvoirs, par contre le principe m’apporte une bonne dose de divertissement et parfois de réflexion. Lady Boy et le Vagabond de Tokyo permettent de se confronter à une partie de ses pulsions (sexuelles, indolence) et mes réactions me mettent face à une partie de mes valeurs, conscientes ou inconscientes.

    Effectivement quand la verve de l’auteur est trop convaincante, il peut être difficile de s’extraire de son schéma de pensée, de résister à son désespoir ou à sa fatalité, de résister à une forme indirecte de culpabilisation. Ce n’est pas tant de se moquer des perdants qui peut m’affecter (on est tous des perdants à des degrés divers), c’est plutôt a force de conviction de l’auteur. Malgré tout, il est difficile de résister à l’attrait de l’interdit et tabou explorés ici et hier avec gouaille et talent.

  • JP Nguyen  

    J’en avais lu un tome lorsque Bruce était passé me voir en août. C’est pas trop ma came, en grande partie pour des raisons similaires à celles de Matt.
    En fait, j’aime bien les loosers sympathiques mais celui-là est un peu trop désespéré et désespérant.
    Quand Gaston Lagaffe fait capoter la signature d’un contrat avec De Mesmaeker ou que Bill Baroud foire une mission, je trouve ça drôle. Quand un mec se fait enculer pour gagner sa vie ben euh… non, ça ne me fait pas trop hurler de rire. Après, c’est bien fichu, c’est sans doute profond (sic) mais ce n’est pas ce que je recherche…

    • Bruce lit  

      @JP : il faut voir ça comme une fable morale immorale. Un sketch JP. Le gars veut se faire de l’argent facile en trichant avec les règles d’un emploi prostitutionnel. Fukutani y montre les risques du métier dans un humour de mec, il faut le dire, hein. C’est une escalade vers l’absurde et la grosse farce. Je suis étonné que toi, le fan du Punisher de Ennis puisse t’en offusquer. Ce qui arrive à Soap ou les malheurs de Monsieur Bumpo coincé dans ses toilettes, les malheurs de Spacker Dave, c’est du Vagabond après l’heure :)

  • Bruce lit  

    @Matt : ben moi, je n’aime pas les gagnants. Tony Stark, Bruce Wayne, même James Bond, je ne les supporte pas. J’aime mes héros imparfaits, cabossés, en difficulté. Je ne suis pas sûr qu’il faille faire le trottoir pour écrire sur la prostitution Mattie Boy. C’est juste une histoire de feeling, d’observation de la société. Dans le Vagabond, Fukutani écrit le Tokyo Downtown, celle que personne ne veut voir. Avec leurs vices et leurs vertus. Il n’y a rien d’humiliant ou de méprisants dans ses propos.
    Concernant Ennis, je le vois comme une sorte de Desproges qui tape sur tout et tout le monde. Mais pas sans sensibilité. Les questions qu’il pose dans The Boys sont très démocratiques tout en étant impitoyables sur notre civilisation qui, pour reprendre Roger Waters, se divertit à en crever.

    @Eddy : je suis visiblement passé à côté de quelque chose. Je vais donc feuilleter ça en médiatèque

    @Omac : Trash yé yé devait être le titre de la thématique de la semaine ! Mais je n’étais pas sûr que mon allusions à Benjamin Biolay fasse mouche (à m****). Le paragraphe consacré à Houellebecq t’est par contre adressé.
    C’est un personnage qui ne devient jamais adulte : oui, comme Gaston ou Goku justement. La série voit Yoshio vieillir et prendre conscience du ratage de sa vie. Mais ce qui me le rend sympathique est qu’il ne se décourage jamais même s’il marche sur ses propres traces.
    Je ne sais pas la teneur du titre original. Vagabond me semble plutôt inapproprié car Yoshio est au contraire sédentaire. Mais pas sûr qu’une série nommée Le branleur de Tokyo soit plus vendeuse.

    @Présence : toute la série est consultable et empruntable dans la Bruce Cavern.

    • Matt  

      « Je ne suis pas sûr qu’il faille faire le trottoir pour écrire sur la prostitution »

      Peut être pas, mais tu vois Millar en parler intelligemment ? Je pense qu’il faut tout de même s’être renseigné et avoir de la sensibilité. Et justement la sensibilité, la compréhension, l’absence de mépris, ben…je ne crois pas que ça passe super bien avec de l’humour trash. Moi ça risque de ne pas me faire rire du tout. Ce qui ne veut pas dire que c’est dépourvu de qualités (comme chez Ennis). Mais dès l’instant où c’est censé être drôle et que tu ne ris pas, même en y trouvant un fond intéressant…t’as l’impression que t’es pas le bon public, qu’il y a un truc qui cloche, que tu ne comprends pas ce que veut faire passer l’auteur.

      Et dis donc…si tu postes mon article que tu sais cette semaine tu vas me faire passer pour une grosse chuchote ! Parce que c’est pas du tout trash.

    • Matt  

      Mon problème est simple en fait : je peux me forcer à lire ce genre de BD, je peux me forcer à y déceler une réflexion, une critique, de la profondeur…mais je ne peux pas me forcer à y trouver drôle. Donc quand c’est censé être drôle, qu’on sent que l’auteur veut faire rire et que ça échoue…ben ça va plus. On ne comprends pas, on se demande si l’auteur est bizarre, pourquoi il essaie d’être drôle avec ça, et c’est frustrant. On n’est pas sur la même longueur d’ondes quoi.
      Ce qui fait que c’est surement une lecture qui fonctionnerait davantage sur moi en étant sérieuse. Elle serait surement déprimante, mais davantage accessible.
      Le trash j’aime bien de temps en temps, mais mon humour à moi il est plutôt dans l’absurde, l’absence de critique sociale, le gros n’importe quoi débile qui n’essaie pas de parler de trucs sérieux tragiques. Comme Necron que j’avais chroniqué (même si c’est tout sauf de la grande BD). Certains trouveraient ça inutile du coup sans sous-texte de fond, mais l’humour se suffit à lui-même, il n’a pas besoin de raconter grand chose du moment qu’il fait rire. Parce que rire c’est important.

    • OmacSpyder  

      @Bruce : « Vagabond » lui correspond plutôt bien dans ce que je lis de ton article dans le sens de son absence de fixité. A part ses fixations sur le sexe facile et l’argent facile, Yoshio est un vagabond au sens où aucune attache ne le retient du vide sordide où il plonge. Il est dans une errance qui le voue à une répétition sans fin.
      Et c’est là que peuvent se rejoindre « perdants » et « gagnants » (j’ai toujours détesté l’expression « gagner sa vie ») : la répétition. Certains gagnants comme Stark ou Batman rejoignent des perdants comme Yoshio et Lagaffe dans le sens où ils répètent inlassablement les mêmes conduites. C’est la valeur sociale de leur fixation qui change et les range d’un côté ou de l’autre.

      Pour le paragraphe évoquant Houellebecq, j’avais particulièrement apprécié la référence, oui :)
      Yoshio marque en effet une société marchande où l’on passe de l’objet sexuel au déchet social. Souhaitons qu’au Japon plus qu’ailleurs peut-être il existe cependant toujours la possibilité… d’une île!

  • Patrick 6  

    Il y a un gars un peu barré qui m’a offert ce manga ! (on a pas idée) Cependant ton article vient de le faire remonter d’un cran dans la pile de mes lectures en retard…
    Un peu comme hier je me demande cependant si le trash pour le trash ne finit pas par lasser plus qu’il n’amuse… mais ça je le saurai après l’avoir lu ! A suivre donc ;)

  • Bruce lit  

    « Il y a un gars un peu barré qui m’a offert ce manga ! » : il faudrait me le présenter !!!
    « le trash pour le trash ne finit pas par lasser plus qu’il n’amuse » : du trash, ça ne s’apprécie à mon sens qu’entre deux lectures normale. Il faut savoir rentrer dans la norme pour jouir de s’en extirper.
    Par contre, j’insiste (et ça veut peut-être dire que mon article échoue à l’expliquer) : le trash du Vagabond s’inscrit dans de vraies chroniques sociales.

  • Jyrille  

    J’adore cette bd. Bon, je n’en ai lu que deux tomes je crois, ou trois, mais tout ce que tu dis est juste et finalement bienveillant. Au contraire de Matt, je pense que si le traitement avait été sérieux, je n’aurai pas apprécié car trop déprimant, sans aucun espoir, un peu comme le Blast de Larcenet. Ici, Yoshio ne veut vraiment pas évoluer, il tente de ne pas rentrer dans le moule et finit toujours par des galères. Le dessin désamorce beaucoup les situations, surtout car il rappelle les mangas comiques des années 80, comme DB ou Dr Slump. Je me souviens d’une histoire où il se fait violer, drogué à son insu et habillé en fille : c’est l’horreur ! Et pourtant, il ne pense qu’à rebondir, tout comme dans celle où il se fait arnaquer par une fille qui lui fait croire qu’elle est enceinte de lui. C’est à la fois rafraîchissant et profondément humaniste : au final, Yoshio avance malgré tout au jour le jour et prend ce qu’il peut tout en restant maltraité par toute la communauté.

    Je pense que les commentaires de Présence et de Omac sont très révélateurs de ce que peut amener la lecture de ce manga, mais il faut bien penser à ne pas tout lire d’une traite, la répétition d’autant de dommages peut finir par faire déprimer. Il s’agit bien de dépeindre une société laissée pour compte avant de se moquer d’un personnage.

    Quant à la BO, je ne me souvenais ni de ce titre ni de son sujet. Mais ça fait toujours du bien.

  • Bruce lit  

    Ah ! Enfin du soutien !!!
    J’ai trouvé le premier volume de Blast sur une brocante pour….1€….
    J’attends d’être dans le bon état d’esprit pour le lire. J’en profite pour adresser un clin d’oeil à Matt et Maticien qui m’avait prévenu que pour lire Le Voyage au bout de la nuit, il fallait être plutôt en accord avec le monde pour ne pas se laisser emporter par la noirceur du bouquin. Ainsi fais-je.
    J’ai un parfait souvenir des séquences que tu énumères Cyrille avec une préférence où Yoshio se travestit. Je ne les ai pas cités pour ne pas faire fuir les copains !!!
    Et je suis d’accord : il y a une puissante fibre sociale sous la plume de Fukutani.

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