Witch Fan Are You ? (Article participatif : The Witcher)

Article Participatif : The Witcher

Retranscription et mise en forme de KAORI

Iconographie par BRUCE LIT

1ère publication le 10/03/20 – MAJ le 11/08/20

Nos lecteurs ont la parole ! Ils s’expriment le samedi 22 février 2020 sur le mur du blog autour de  l’univers de THE WITCHER remis au gout du jour par la série de Netflix.

Le trio gagnant ©Netflix

Le trio gagnant
©Netflix

Kaori : Je me suis lancée dans la série sans absolument rien connaître de cet univers, sauf que c’était à l’initiative de mon cher et tendre (comme quoi, les geeks ne sont pas toujours ceux qu’on croit ). Même si je m’y suis endormie plus d’une fois, j’ai trouvé les effets spéciaux assez bluffants, le personnage principal intrigant. Quelques bémols quand même : l’aspect « Monster of the week » de chaque épisode auquel je ne m’attendais pas ; le fait que, à l’instar du Mandalorian j’ai été très surprise du placement dans la saison de la rencontre entre le héros et sa quête… Et enfin, quand on n’y connait rien, on est vite perdu parmi les noms de famille, les terres, les royaumes etc… Je me rappelle encore de mon voisin  qui me sort « Ah ça doit être Yennefer ! »… Mmm MAIS C’EST QUI, YENNEFER ??

Maxence Van Der Stichelen : Jamais joué au jeu et jamais lu les romans dont je n’ai appris l’existence qu’à la sortie de la série. Qui à mi-parcours me laisse perplexe et ne m’emmène nulle part. Je pense fortement que cette expérience s’arrêtera à la saison 1 pour moi, beaucoup de matos et de contenu disponible niveau série et trop peu de temps disponible pour regarder l’ ensorceleur à contre cœur. J’en suis à l’épisode 5 depuis 3 semaines. J’ai du mal à arriver au bout. J’ai débuté (et fini) un comics que j’avais depuis 2017 de THE WITCHER « malédiction des corbeaux ». Et là par contre j’ai bien accroché. Lecture beaucoup plus digeste que la série dont je ne bite strictement rien. Chaque épisode, je suis largué sur qui est qui, qui fait quoi, pour qui comment pourquoi. Gros mal de crâne !

Kaori : Voilà, c’est un peu ce que j’ai ressenti aussi. Je trouve qu’en lecture, c’est beaucoup plus facile à suivre, on peut revenir en arrière pour se remémorer qui est qui… J’ai mis 5 épisodes à capter que la petite princesse ne s’appelait pas Calanthe mais Ciri….

Nonö du Fresnes : Joué au 3, j’ai adoré.
J’ai prévu de lire les bouquins quand j’aurai du temps (d’ici là retraite ?)
La série, je suis assez bon public et j’ai bien aimé. Je comprends les détracteurs, il y a certains choix surtout esthétiques, qui m’ont fait bondir mais comme toute adaptation, il faut savoir s’en éloigner.

Bruce  : Par exemple ?

Nonö du Fresnes : comme je le disais, c’est purement esthétique et donc personnel mais Yennefer est censé être une bombe sexuelle, et je ne la trouve pas jolie du tout.
Triss est censée être rousse, non métisse (me semble qu’il y a une histoire sur le roux qu’ils ne pourraient pas reproduire).
Certains FX font carton-pâte.
Mais c’est vraiment minime, c’est mon côté puriste que j’ai fait taire.

Kaori : j’ai été plutôt satisfaite de Yennefer, parce que jamais je n’aurais cru possible qu’elle soit jolie en vrai. Ok elle a quelques défauts, mais elle était vraiment laide au départ. Elle ne s’en sort pas si mal que ça !

Nonö du Fresnes : oui, comme je le disais, dès que ça touche à l’esthétisme, ça devient hyper personnel.
Clara Delavigne  en est l’exemple parfait.

La définition du boudin selon Nono... Nos lecteurs sont étranges... ©Netflix

La définition du boudin selon Nono…
Nos lecteurs sont étranges…
©Netflix

Guillaume Petetin Pas le temps pour le jeu, rebuté par la perruque de Cavill et ses HMMMM, je viens tout juste de commencer le premier recueil de nouvelles, et c’est plutôt bon. Ambiance western avec le gros bras à gages qui permet de trancher dans le bullshit des personnages.
Du coup ça me donne envie de jouer à une adaptation mais façon Fallout 2 ou Arcanum.

Kaori : Cavill s’en sort franchement pas mal. Je ne m’attendais pas à autant de … muscles !!!

Guillaume Petetin  Faut dire qu’il ne m’avait déjà pas spécialement convaincu en Superman. Dream casting : un « jeune » Ron Perlman en Geralt.

Kaori : J’avais oublié qu’il avait fait Superman, tellement il était insipide. Non, franchement, évidemment je ne connais ni les jeux ni les romans, mais pour une fois, je l’ai trouvé convaincant. En VF on n’a pas droit aux « hMm »

Guillaume Petetin Concernant Cavill : l’à priori que j’ai c’est qu’il le joue comme un homme avec une bête sauvage intérieure genre Wolverine. À ma (petite) expérience de lecture, le Geralt des livres est certes taiseux, mais réfléchi et – sélectivement – empathique.
En fait pour l’instant, ça me fait penser aux Lone Wolf & Cub, sans cub. Et la forme courte du recueil de nouvelles que je lis rappelle les racines pulp de la Fantasy dans sa forme glorieuse, Robert Howard et Fritz Leiber, avec ce décalage dû à l’exploration de la nature des hommes et des monstres.
Je me demande à quel point on retrouve ces aspects dans les autres formes.

Kaori : je n’ai pas ressenti de Wolverine à l’intérieur. Je l’ai trouvé assez classieux, pas vraiment empathique, non, mais avec un certain code. Il n’y a que ses sentiments pour Yennefer que j’ai trouvés vraiment bien cachés et un peu sortis de nulle part…

Guillaume Petetin : OK du coup je lui donnerai sans doute sa chance. Hmmmm.

https://www.youtube.com/watch?v=0iIA7MShQoA
Un chat dans la gorge ?

Jyrille Bocellin Je n’ai pas lu les romans, je ne savais même pas qu’ils existaient. J’ai vu le fils jouer au jeu vidéo sur PS4, plutôt chouette. Et la série m’a agréablement surpris. Déjà parce que les timelines sont originales, on ne sait pas où on se trouve à chaque fois, que les acteurs sont bons, que chaque histoire amène une réelle évolution aux personnages. Je ne me suis pas ennuyé du tout et attaché à tout le monde. Ce n’est pas très généreux en action mais quand il y en a ce n’est pas mauvais. Fatalement elle est comparée à GoT qui va rester la référence en heroic fantasy pendant encore un bon bout de temps je pense, mais si on accepte le manque relatif de moyen, THE WITCHER est une série maligne et bien réalisée, avec ses propres règles et des personnages plutôt éloignés des stéréotypes du genre.

Mustapha Meunier Loin d’être top car ce premier chapitre souffre de quelques indigences, comme les marqueurs de temps, la géographie des différents royaumes, quelques maquillages uglys et bad guys pas terribles… Mais sinon j’ai passé un fort bon moment. La série cherche à avoir une identité qui lui est propre en se rapprochant plus d’un Xena ou Hercules en mieux gaulé qu’un GOT. J’aime beaucoup l’humour avec Jaskier qui m’a tordu de rire et même Cavill qui lâche quelques punchlines. Une performance convaincante de la part du Man of Steel qui est investi en Geralt, massif, charismatique, faillible et les combats à l’épée sont somptueux. La magie est bien introduite également, avec la magnifique Yennefer qui vole la vedette, cette jeune actrice a un bel avenir qui se profile. Cette œuvre est une belle promesse, qui j’espère se confirmera en saison 2.

Nos lecteurs envoient leurs dessins  ©Cyril Jacquin

Nos lecteurs envoient leurs dessins
©Cyril Jacquin

Cyril Jacquin Je n’ai pas lu les romans ni joué aux jeux vidéos (en même temps j’ai tellement de retard là-dessus que ma dernière console est une Atari st) je suis parti à regarder cette série sans à priori. Pour un résultat mitigé. J’en attendais sans doute trop ou alors j’attendais un nouveau GOT ce qui n’est pas du tout le cas. La timeline est compliquée à suivre et certains passages et dialogues sont un poil cheap (« les nains connaissent un raccourci » REALLY ?!) .
Après ça reste sympathique. Cavill est à fond dans le personnage, il y a quelques plans nichons et la chanson du barde reste bien insidieusement dans le crâne.

Kaori : La timeline est LE truc qui m’a scotchée. Le truc que je n’avais absolument pas vu venir ! Pour le coup, ça a réveillé mon intérêt pour la série…

JP : La timeline n’est pas évidente à saisir tout de suite car le vieillissement de certains personnages n’est pas traité (le barde) et d’autres ne vieillissent pas (le Witcher, Yennefer). Mais avec un revisionnage, on s’aperçoit que c’est bien construit, avec des détails dans les dialogues qui donnent des indices sur les décalages d’époque entre certaines scènes.

Kaori : On s’est effectivement posé la question du barde et de pourquoi Geralt et Yennefer ne vieillissent pas…

Swann Mecchi : J’ai fait le 1er et le 3eme jeu qui sont tous deux une tuerie !
Et j’ai fini par dévorer tous les bouquins que je recommande. Quant à la série c’est une bonne adaptation, il y a quand même beaucoup de légers soucis par rapport au livre mais pour le moment c’est assez bien réussi.


Le tube de l’hiver !

Emmanuel Ballandras Pas encore pu lire les bouquins ou regarder la série. Mais tout mon entourage qui l’a vue a trouvé ça pas mal sans être exceptionnel… Du coup, je ne me suis pas plus énervé que ça pour regarder. J’ai découvert les jeux vidéo avec l’épisode 2 et surtout le 3. L’avantage des jeux vidéo c’est qu’il y a une véritable ambiance très recherchée, très dense, avec un background touffu, et une musique d’ambiance très tribale (surtout dans les combats).
Dans l’épisode 3 le fait que l’histoire se passe dans un contexte de guerre de régions rend les choses encore plus prenantes. Pour ceux qui n’ont jamais joué au jeu (le 3), il y a très souvent des choix multiples à faire concernant les dialogues qui ont une incidence sur les personnages que l’on rencontre. Mais là où c’est fourbe, c’est qu’il n’y a aucune réponse meilleure qu’une autre, ce sont juste les conséquences qui changent, et qu’on découvre par la suite que si l’on favorise une réponse plutôt qu’une autre, quelqu’un dans notre entourage sera forcément perdant et l’autre gagnant.

Rémi Mantovani Pas vu la série encore, mais je suis un grand fan des livres et des jeux !
Quelques autres séries à terminer, et j’attaque !
Mais je pense clairement que débuter la série sans rien y connaitre, c’est compliqué vu la chronologie et le peu d’explications que ça semble donner pour s’y retrouver.

Adil Asilah : Moyen pour moi.
Je précise que je ne connais la franchise que de nom.
Ça aurait pu être top si la série était plus intense en émotion.
Hélas, elle souffre comme beaucoup de séries contemporaines d’un scénario qui manque de moments épiques et qui a trop tendance à partir dans tous les sens.

the witch_1

Thierry Gagnon Ah, là vous êtes tombés sur un de mes sujets de prédilection ! Alors, allons-y…
J’ai adoré le jeu (Witcher 3) que j’avais trouvé exceptionnellement bien écrit, drôle, et — à ma surprise — parcouru de thèmes féministes, politiques et écologiques. (De ce que j’ai vu, on peut ignorer les deux premiers jeux.) Cela m’avait poussé à lire les romans, en Anglais, que j’ai tous dévorés l’espace d’un été (les 8 volumes) alors que je ne lis plus maintenant que deux ou trois romans par année ! Ces romans sont à mon avis un mélange parfait d’« escapism » et de réflexion sociale, le tout balancé par un sens de l’humour très pince-sans-rire.
J’ai été très content de retrouver tout ce que j’aimais dans l’univers du Witcher dans la série Netflix, qui est très fidèle aux livres. Je reconnais toutefois que la chronologie confuse de l’histoire peut rendre l’approche plus difficile pour les auditeurs moins familiers avec la série. La série s’amuse à ne jamais rien expliquer et laisser à l’auditeur d’identifier les indices situant l’action dans le temps (le roi incestueux d’un épisode est un enfant un peu trop attaché à sa sœur un épisode plus tard, une reine guerrière qui tombe au champ de bataille un épisode est encore vivante dans un autre, etc.).
Ce qui complique les choses est que chaque épisode est divisé en trois trames narratives distinctes et non chronologiques. Les aventures de Geralt, le chasseur de monstres, sont tirées des histoires courtes des premiers livres. Les aventures douloureuses de Cirilla, l’orpheline liée à Geralt par le destin, viennent des premiers romans. Les origines de Yennifer, l’apprentie magicienne qui se rebellera contre son ordre, ne sont pas racontées dans les livres, mais y sont suggérées. Comble de confusion, l’histoire de Yennifer a probablement débuté quelques siècles avant celle de Ciri et très peu d’indices semblent l’indiquer dans la série. Puisque Yennifer et Geralt ne vieillissent pas, toute cette chronologie est très dure à suivre.
Les deux premiers volumes des livres, ceux qui servent de base à la série Netflix, sont en fait des collections d’histoires courtes qui avaient été publiées en dans les magazines, ce qui explique l’effet « monster of the week » de la série Netflix. Ces nouvelles étaient des réinventions de contes classiques, comme Blanche Neige, La belle et la bête, Alladin, La belle au bois dormant, etc. Cela mène à d’autres faiblesses, comme le ridicule homme porc-épic (la Bête) de la scène de mariage.
L’approche non linéaire de la série reflète en quelque sorte la publication originale des volumes du Witcher qui avaient été publiés dans le désordre chronologique en polonais. Mais la numérotation des traductions est chronologique. Je recommande de lire les livres à partir du premier volume (la collection de nouvelles) et continuer dans l’ordre numérique, car la saga est construite dans ce sens.

De mon côté, j’ai trouvé que l’interprétation du Witcher de Henry Cavill était juste, respectueuse et avait la bonne dose d’humour.
Le cœur de la série est la romance entre Geralt, le Witcher, et Yennifer, une puissante magicienne, et leur désir de fonder une famille avec leur fille adoptive, Ciri, la fille du destin au sang d’elfe. Les traitements médicaux nécessaires pour transformer un enfant en Witcher ou en magicienne les rendent stériles. Bien qu’ils y gagnent de grands pouvoirs et une longévité extraordinaire (certains vivent plus de 400 ans), l’incapacité d’avoir des enfants pèse pour beaucoup sur certains, dont Yennifer en particulier. C’est aussi l’apprentissage de Geralt à accepter ses propres émotions
C’est une bonne adaptation et à mon sens, leur approche avec Yennifer est pas mal extraordinaire. Lorsqu’ils s’étaient rencontrés dans les romans, Geralt avait pu détecter les traces des déformations congénitales que Yennifer avait effacées de son corps. C’est la seule fois essentiellement que ça avait été mentionné dans les romans. En effet, la vie d’une apprentie sorcière (et apprenti Witcher) est si rude et dangereuse que seuls les enfants les plus pauvres et handicapés y sont soumis.
J’ai aussi adoré l’interprétation de Yennifer, en particulier lorsqu’elle était bossue. C’est vrai qu’elle n’était pas aussi charismatique que son personnage dans le jeu, qui est une créature d’une beauté inhumaine. L’actrice qui l’incarne dans la série a réussi à démontrer avec brio l’intense charisme et l’attitude rebelle du personnage. J’ai adoré les épisodes où elle est bossue, avec sa douleur morale (vendue pour quatre pièces d’or par son père), sa vive intelligence et son charme irrépressible. C’est aussi une des rares fois où une personne handicapée vit pleinement sa sexualité à l’écran.

Du jeu au Je  ©CD Projekt / Netflix

Du jeu au Je
©CD Projekt / Netflix

(Suite) Plusieurs ont remarqué les grognements fréquents de Geralt (Hurmm). Ceux-ci sont des manifestations de son intense stoïcisme et de ses efforts constants à cacher ses véritables sentiments. Une des conséquences des traitements imposés aux apprentis Witchers est une désensibilisation de leurs sens et de leurs émotions. Cela est rendu nécessaire par la violence extrême de leur travail et les conditions souvent très dégoûtantes qu’ils rencontreront (ex. chasser un monstre tentaculaire dans les égouts, etc.) Par contre, même si les Witchers aiment encourager leur réputation de monstres dépourvus de sentiments (ce qui est pratique lorsque vient le temps de négocier leurs paiements), on découvre vite que ce n’est absolument pas le cas. La vie intérieure de Geralt est un remous tumultueux de sentiments, incluant son amour inconditionnel pour Yennifer, son inquiétude incessante pour Ciri, son attachement pour Roach, son cheval, etc.
L’amitié improbable entre Geralt et Jaskier le barde (aussi appelé Dandelion dans les romans et le jeu – Jaskier est le nom d’origine dans les romans polonais) est aussi une réussite de la série Netflix. Au-delà de l’effet cocasse de voir collaborer Geralt avec un compagnon aussi irritant et débonnaire, Jaskier sert aussi d’indice dans le puzzle de la chronologie de la série. Lors de leur première rencontre, on voit encore combien la population se méfie, même déteste, les Witchers. Les chasseurs de monstres sont considérés comme des mutants inhumains, utiles mais dangereux. Jaskier décide alors de redorer le blason des Witchers (et améliorer ses propres fortunes) en chantant les aventures monstrueuses et amoureuses de Geralt. Ses ballades, dont la désormais célèbre « Toss a Coin to your Witcher », ont un tel succès que Jaskier devient essentiellement la rock star de son époque. On peut donc tracer la progression chronologique de l’histoire par l’attitude de plus en plus positive de la population envers Geralt (qui doit même faire face à des groupies !) Les habits de plus en plus riches de Jaskier sont un autre indice du temps qui passe.

Ma plus grande déception face à la série Netflix est la manière avec laquelle ils ont donné à Yennifer sa forme normative (j’aurais dit sa beauté, mais dans les faits Yennifer était très attachante, même bossue). Dans les romans, il est expliqué que les pouvoirs des magiciennes sont en partie fondés sur des connaissances scientifiques qui leur donnent un contrôle hors du commun sur la biologie, incluant sur elles-mêmes. Il est donc une question d’honneur pour elles, et pour leur ordre, de se doter du corps le plus parfait possible. Leur beauté sert aussi de contrôler les émotions des hauts dirigeants avec qui elles sont assignées. Cela explique pourquoi toutes les magiciennes de haut niveau sont si belles et cherchent à monter leurs atouts avec des vêtements révélateurs. Voilà donc l’explication sociopolitique satisfaisante pour expliquer l’utilisation des clichés sexistes du genre sword-and-sorcery.
Dans le livre, il est implicitement suggéré que c’est Yennifer elle-même qui a appliqué ces transformations douloureuses sur elle-même. C’est une forme de démonstration de ses capacités en tant que magicienne ; elle en devient son propre chef d’œuvre d’apprenti magicienne, en somme.
Dans la série, par contre, elle doit demander l’aide d’un homme — un homme ! – pour accomplir cette transformation. C’est d’autant plus insultant que l’apprentissage des magiciennes est complètement séparé de celui des magiciens. Laisser entendre que les magiciennes, certaines des personnes les plus puissantes de l’univers du Witcher, ont besoin d’hommes pour s’accomplir est une trahison des thèmes féministes des romans, est profondément décevant.
Malgré ce point, la série Netflix reste une réussite à mes yeux et je la recommande fortement à quiconque sera prêt à affronter la timeline confuse de sa chronologie.

Une version comics ? Hummmm.... ©Dark Horse

Une version comics ? Hummmm…. (Disponible chez ATTILAN COMICS)
©Dark Horse

P’tit Ju Je n’ai jamais joué aux jeux The Witcher, ni lu les bouquins ; je partais donc avec une feuille blanche et une attente de nouveauté. Je n’ai pas été déçu ! J’ai bien aimé la série et ce pour plusieurs raisons. En effet l’histoire est intéressante malgré un sujet qu’on sent puisé dans l’imaginaire collectif de ce que peut-être l’heroïc-fantasy mais il y a quand même une intrigue distillée correctement, une narration qui se tient et des personnages qui font le job (on sent la diversité de ce monde mais on ne nous étouffe pas avec une myriade de personnages qui viennent complexifier l’univers). Ensuite je trouve la réalisation plutôt jolie qui facilite l’immersion. Concernant l’immersion je peux comprendre les détracteurs de cette série au sujet de la timeline mais j’ai tendance à penser qu’au contraire cela permet de rester concentré, d’avoir de l’intérêt pour l’intrigue et avoir cette impression de mettre soi-même les pièces du puzzle dans le bon ordre… (well done le réalisateur…well done). Malgré tout je regrette la non exploitation d’un bestiaire qu’on sent énorme mais qui laisse sur sa faim et une CGI qui démontre selon les plans ses limites (mais qui fonctionne quand même sur moi…je ne me sens pas volé par l’effet qu’on souhaite me vendre).

Ok je suis bon public, ok on a le droit d’avoir son avis (positif ou négatif sur n’importe quelle œuvre) mais quand je lis des avis à deux doigts du pamphlétaire sur cette série sous prétexte que ça ne ressemble pas au jeu et/ou au bouquin je ne comprends pas ! Avez-vous envie qu’on vous raconte à l’exactitude ce que vous connaissez déjà ? J’aime ces prises de risques, j’aime ces réinterprétations, on sent tout de même qu’il respecte le matériau de base mais vous le raconte selon lui…si je prends en photo votre bouquin préféré…au mieux ça reste un bon livre, au pire une piètre photo…donc cette réécriture tant narrative qu’esthétique me plaît si elle est bien faite. Ma soif de nouveauté a été étanchée, ma page blanche écrite et mon envie de découvrir la saison 2 est bien là.

42 comments

  • Matt  

    @Kaori : Hum…je réponds un peu tard mais…non, ça ne me semble pas franchement similaire la musique^^
    ça fait un peu chœur d’église occidentale le titre que tu as mis.

    Par rapport à ça, y’a pas photo la différence :

    https://www.youtube.com/watch?v=gokhBJWSjeM

    Non, je crois que j’aurais du mal avec la série. Le truc, c’est que j’ai déjà un univers visuel et sonore en tête avec les jeux. Si encore je n’avais connu que les romans, ç’aurait été nouveau pour moi de mettre des images et du son sur ces histoires. Mais comme ce n’est pas le cas, je risque de faire un rejet^^

  • Jyrille  

    Tout d’abord, respect total Kaori pour avoir réussi à mettre tous ces textes en un article ! Comment as-tu procédé ? Rien que mettre les liens, la chronologie, ce dût être compliqué. Super boulot.

    Merci beaucoup à Thierry Gagnon pour toutes les explications par rapport aux romans et aux intentions qui font que certaines critiques surgissent. Je suis encore plus admiratif de la série Netflix du coup.

    Je trouve Yennefer très belle, elle a sans doute été choisie pour répondre à de nouveaux canons de beauté qui ont explosé avec la popularité de Emily Ratajkowski.

    Je n’avais pas entendu la chanson en VF, ça passe beaucoup moins bien je trouve 🙂

    J’aurai tout de même aimé avoir des retours sur les comics. Quelqu’un en a lu ? Ca vaut le coup ? Ca reprend quoi ? Cela dit, je pense me contenter de la série, car cette première saison était vraiment bien.

  • Chip  

    Bon, après avoir vu la série et en dévorant le 3ème bouquin d’affilée, je ne trouve pas que ça soit le naufrage qu’on m’avait annoncé du tout. Certains personnages crèvent l’écran (Calanthe!) et Cavill ne s’en tire pas si mal (je chéris cette scène où il souhaite à l’assemblée de nobles une mort sans merde), même s’il passe son temps à faire ‘Hmmm’ et à prendre des bains.

    Certains éléments d’adaptations m’interrogent – exemple saillant : le Geralt des bouquins sait parfaitement ce qu’il fait en réclamant la loi de la surprise dans les livres, ce qui n’est pas le cas de celui de la série, et qui donne d’ailleurs un moment savoureux. La réécriture des contes est parfois gommée (je pense surtout à Blanche-Neige / Renfri).

    La chronologie est parfaitement déchiffrable pour peu qu’on fasse un peu attention (Foltest sert rapidement de premier repère franc, dès le 3ème épisode je crois), ainsi que le fil conducteur général. Bref ça sent souvent le manque de moyens par rapport à l’ambition, mais c’est tout à fait honorable.

    Il se trouve sans doute qu’étant en pleine lune de miel avec l’oeuvre qui l’a inspirée et ses personnages, la série bénéficie d’un effet de halo. Quoiqu’il en soit, je recommande chaudement la version écrite.

    • Chip  

      Ah ben putain, j’apprend tout juste la mort de Thierry Gagnon, que je ne connaissais pour ainsi dire pas, mais dont la simple lecture du commentaire ici suffit à me rendre immensément sympathique. Pensée pour ses proches.

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