A Brief Opening of the Doors (Top 10 : The Doors)

Top 10 : The Doors

Une checklist pour allumer votre feu (intérieur (ben oui, pas celui de la cheminée…)) par TORNADO et BRUCE LIT

1ère publication le 1/12/22- MAJ le 03/07/23

Les Portes de la Perception.

Juste après que les Beach Boys et les Byrds eurent labouré sur leurs propres terres, les Doors furent le premier groupe américain à avoir vraiment réussi à rivaliser, voire à tenir la dragée haute aux Beatles et aux Rolling Stones.
En plus d’avoir proposé une musique typiquement enracinée dans le paysage américain, à cheval entre ses sources blues, son inspiration venue des terres croisées du jazz, du classique et de la musique latine, ainsi qu’un ancrage dans le rock psychédélique alors en pleine explosion sur les deux continents (les anglais et les américains avaient fêté de concert le Summer of Love de 1967), les Doors furent probablement l’un des groupes les plus complets de l’histoire du rock. Car quel autre aura réuni une telle originalité, une telle inspiration, une telle richesse musicale, une telle profondeur poétique des thèmes, une technique collective aussi aboutie et un charisme incandescent aussi définitif, véhiculé par un frontman et sex-symbol à ce point emblématique de toute une époque ?

Parce que le frontman des Doors était Jim Morrison, le chaman de toute une génération, avatar des dieux antiques et plus précisément de ce bon vieux Dionysos. On en parlait dans cet article : la naissance du rock aux USA coïncide avec une mutation qui va profondément transformer la société. Car la jeunesse d’après-guerre avait commencé à se détourner des valeurs véhiculées par les générations précédentes, en particulier de la pensée religieuse chrétienne. En d’autres termes, les jeunes américains de l’époque avaient envoyé valser les bondieuseries et s’étaient tournés vers ce qui allait rapidement remplacer le christ dans leur cœur : les idoles rock.
Pour les jeunes des années 60, Elvis, puis les Beatles, les Rolling Stones, les Beach Boys, puis les Doors, ce sont des dieux. Et les concerts, des messes.

Jim Morrison : Une légende basée sur des faits…
Source : Wikipedia

Dans son livre JAMES DOUGLAS MORRISON, Frank Lisciandro, photographe et ami intime de Jim Morrison, résume bien le phénomène :
« Dans la mythologie, (…) on représentait en général Dionysos sous la forme d’un jeune homme très beau, (…) les cheveux longs (…). Les femmes l’idolâtraient avec ferveur.
(…) Dionysos symbolisait l’ivresse (…). Son culte se caractérisait par des festivités et des orgies, mais il donna naissance également à la culture au sens noble du terme. A Athènes, les fêtes en hommage à Dionysos furent à l’origine des premières représentations théâtrales.
Les mythes, les fables et les légendes sont les assises de la société, car ils définissent le rôle de l’homme dans le grand schéma universel. (…) Les premières formes d’art (…) dont le théâtre, décrivaient ces histoires fondatrices.
De la même façon, Jim Morrison et les Doors se servaient des disques et des concerts rock pour mettre des mythes en scène. Les éléments de ce genre théâtral comprennent :
1 : la musique elle-même, qui crée l’ambiance (…).
2 : les paroles des chansons, qui reformulent les légendes.
3 : le rôle de Jim, qui incarne l’hédoniste en transe, simulacre du dieu.
Les thèmes des chansons véhiculent ceux des mythes (…), l’amour, la mort, la vengeance, la folie, le meurtre, le danger, la métamorphose, la sensualité originelle et l’hommage aux colères primitives. Jim fut le premier chanteur de rock qui sut reprendre les éléments du théâtre antique et leur rendre leur fonction première. (…) »

Cet extrait illustre bien la spécificité du groupe et de son leader : Jim Morrison et les Doors ont créé quelque chose de particulièrement puissant sur la scène rock. A tel point puissant que Morrison ne pouvait plus, très vite, dissocier l’art et la vie, le jour et la nuit. Il s’est calciné rapidement, mort à 27 ans, rejoignant le mythique Club des 27 (tous les artistes rock décédés à 27 ans, parmi lesquels Brian Jones, Jimi Hendrix, Janis Joplin juste avant lui, et plus tard Kurt Cobain et Amy Winehouse). Avant de trépasser, le chanteur aura incarné, plus que quiconque avant ou après lui, le rocker jusqu’auboutiste ayant succombé à tous les excès, mais également le rebelle ultime n’ayant jamais fait la moindre concession à rien, ni à personne. Plus de cinquante ans après sa mort, la légende qui fut vivante et qui s’est consumée comme la flamme aura marqué l’histoire de la contre-culture de son parcours fulgurant. Dans son art comme dans son attitude proto-punk, dans son talent de chanteur et son âme de poète authentique comme dans sa vie menée tambour battant avec folie et passion, Jim Morrison laisse une image et une œuvre intense.

Nous allons entrer dans le vif du sujet avec dix titres choisis dans la courte mais luxuriante discographie des Doors. Nous contournerons les tubes les plus connus : Aucun focus sur LIGHT MY FIRE, BREAK ON TROUGH, THE END, HELLO I LOVE YOU ou TOUCH ME, mais un décryptage de 10 autres chansons, toutes à la gloire de leur chaman.

Jim par Ed Illustratrice

Les Doors ont enregistré six albums studio avec Jim Morrison :
THE DOORS (1967)
STRANGE DAYS (1967)
WAITING FOR THE SUN (1968)
THE SOFT PARADE (1969)
MORRISON HOTEL (1970)
L.A. WOMAN (1971)

Bruce : THE CRYSTAL SHIP (album : THE DOORS, 1967) – 1

J’ai longtemps entretenu avec Les Doors et Jim Morrison une relation ambiguë. J’étais jaloux de l’adoration littérale que lui vouaient les filles de mon lycée et le film d’Oliver Stone ne lui rendait pas justice en faisant de lui un gros con constamment bourré. Même THE END, c’était trop évident, trop révéré pour moi. Et puis l’orgue de Manzarek avait ce je-ne-sais quoi de ringard surtout lors de mes années Métal.
En fait je ne connaissais que les gros tubes notamment cet épouvantable LIGHT MY FIRE qu’aujourd’hui encore je ne supporte pas. Pas grave, Morrison détestait aussi cette chanson.

Et puis un jour, je suis allé dans les albums et tout a changé. Je crois que j’étais venu chercher mon frangin dans son restaurant alors que passait le 1er album. Il m’avait dit : « Ecoute ça ressemble vachement à du Alice Cooper du début ».
J’embarque donc le CD et après l’ouverture évidente de BREAK ON THROUGH, je tombe totalement amoureux du CRISTAL SHIP qui navigue sensuellement sur les eaux du BATEAU IVRE de Rimbaud.
La mélodie est à tomber, on pourrait même l’écouter a capella, la voix de Morrison est incroyablement profonde, habitée, théâtrale certes mais si humaine, si douce et délicate, très loin de l’image d’Epinal qu’il contribuera à forger.

Il faut le dire : avec cette chanson et toutes celles qui composent le 1er album, les Doors réalisent un 1er disque parfait, irréprochable, saisissant. Ce qui ne sera pas le cas des Beatles et des Stones. Patti Smith ne s’en est jamais remise.

Tornado : YOU’RE LOST LITTLE GIRL (album : STRANGE DAYS, 1967) – 2

Cette chanson est entrée dans la légende du fait que Jim se fait tailler une pipe lors de son enregistrement (peut-être par Pamela, sa muse, ou peut-être par une inconnue, on ne sait jamais avec les légendes…). Soi-disant pour qu’il trouve la bonne émotion dans la voix (il est probable qu’il était complètement bourré et n’arrivait pas à chanter juste). Au-delà de l’anecdote triviale – et force est de constater que ça a marché ! on tient là l’une des plus belles performances du chanteur dans son registre de crooner.
Puisqu’on parle de crooner, le groupe avait pensé créer cette chanson pour Frank Sinatra, idole de Morrison, au prétexte qu’elle aurait été parfaite pour illustrer son idylle du moment avec Mia Farrow…
Au départ, la chose est écrite par Robbie Krieger. Le guitariste et second auteur du groupe n’a jamais été meilleur que lorsqu’il essayait d’emprunter les mêmes chemins poétiques tortueux que ceux de son chanteur, ce qui est le cas ici (qui le fut aussi sur LIGHT MY FIRE, mais qui ne le sera pas sur les deux albums suivants, WAITING FOR THE SUN et THE SOFT PARADE). En d’autres termes, la muse de Krieger, c’est Jim Morrison !

C’est une chanson métaphorique qui illustre l’état de détresse qui précède l’entrée dans l’âge adulte et le statut de la femme, oppressée par une société dont les jeunes des 60’s ne veulent plus. Mais elle propose, bien évidemment, un autre niveau de lecture beaucoup plus sexuel (si l’on imagine que les phrases sont prononcées par un homme espérant quelques faveurs (et quand on pense à comment a été enregistrée la chanson…)).

La réussite de la chose tient autant à l’interprétation de Jim, détachée et rêveuse, qu’au solo de Robbie, à la fois énergique et mélancolique. Une chanson conceptuelle dans le fond et dans la forme…

Bruce : PEOPLE ARE STRANGE (album : STRANGE DAYS, 1967) – 3

Lors de nos concerts sur les quais de seine avec mon frère, on jouait toujours cette chanson après le SUNNY AFTERNOON des Kinks. Les accords étaient à peu près les mêmes avec cette ambiance cabaret enfumée.
La mélodie est irrésistible, le gimmick également. Loin des hurlements qu’il pouvait pousser, la voix de Morrison entre sarcasme et sagesse fait des miracles. Elle est posée, assurée, immortelle. Il est incroyable encore aujourd’hui de se dire que ce baryton profond n’a que 22 ans au moment de l’enregistrement.

Comme Bob Dylan, Morrison ouvre la voie à cette nouvelle génération de chanteurs qui composent leurs propres chansons pour ensuite les sublimer. Auparavant, les artistes comme Elvis ou Sinatra ne faisaient « que » chanter les mots des autres. Quand on sait à quel point Morrison incarna ensuite ces chansons sur scène, à quel point il se mettait en danger sans jamais tricher il est tout à fait légitime de considérer que l’on tient ici le plus grand chanteur de rock de tous les temps.

Tornado : WHEN THE MUSIC’S OVER (album : STRANGE DAYS, 1967) – 4

« Quand la musique s’achève, éteignez les lumières… »
Métaphore de l’amour… métaphore de la mort…
Attention, gros morceau !
Le groupe avait achevé son premier album avec le monument THE END, titre conceptuel de plus de onze minutes né de longues improvisations scéniques transcendantales. D’une même durée, WHEN THE MUSIC’S OVER est porté par les mêmes ambitions, et une structure musicale encore plus complexe.
L’introduction du morceau permet d’entendre John Densmore, le batteur, en position de compositeur à égalité avec Ray Manzarek à l’orgue. Un cas d’école.
Sur scène, le titre était encore allongé et tendu, laissant le loisir à Jim de venir secouer le public de ses rugissements tétanisants.

WHEN THE MUSIC’S OVER est un manifeste de l’ADN des Doors. Tout y est : Une partie crooner se détachant sur une section rythmique implacable, une autre dédiée à l’improvisation où soudain les musiciens deviennent quasiment un groupe de jazz (John Coltrane est le héros de toute cette génération de jeunes musiciens américains) ; puis une partie faite de hurlements et de savantes explosions saturées et cathartiques. L’ensemble ne concède en rien une rigueur, une férocité et une urgence rock.
Toutes ces ruptures de ton virtuoses mettent en scène une dramaturgie unique, dans laquelle musiciens et chanteur fonctionnent en écho, les premiers ménageant les montées du second, avant d’en assurer les descentes (il faut porter attention à l’osmose absolue qui relie Jim à son batteur, lequel annonce, appuie et souligne systématiquement ses impulsions).
L’immense culture littéraire de Morrison nourrit la dimension mythologique, voire psychanalytique des textes et la théâtralité des concerts, pourtant dépouillés de tout ce qui n’est pas le seul charisme du groupe. Le chanteur sacrifie littéralement son énergie, son corps et sa santé un peu plus à chacune de ses performances, suspendues entre la vie et la mort. Dans un concert des Doors, rien ne tient du simulacre. Tout est vrai. Jim Morrison meurt à petit feu chaque soir devant son public, en mettant en scène ce qu’il est venu livrer. Une mythologie en chair et en os. Une mythologie rock.

Bruce : LOVE STREET (album : WAITING FOR THE SUN, 1968) – 5

Est-ce que vous vous rendez compte ? En moins de 2 ans, le groupe sort 3 albums ! Et quels albums ! Voici LOVE STREET où résonne le formidable baryton du Jim.

LOVE STREET est une chanson d’amour pour sa Pamela qui avait installé une boutique de fringues que Morrison capture en musique. Encore une fois, loin de l’image torturée et séminale du Roi Lézard, c’est une orfèvre pop qui dit tout en 2 minutes. La mélodie est délicieuse, immédiatement assimilable qui rappelle à quel point Les Doors étaient de grands compositeurs. L’injustice voudra que ces fabuleux musiciens ne puissent plus composer après la mort de leur frontman. Jim était à la fois leur leader et leur muse.
Si je ne devais garder qu’une chanson du groupe, ce serait celle-là. C’est pourtant un album considéré comme secondaire. Merveilleux.

Tornado : INDIAN SUMMER (album : MORRISON HOTEL, 1970) – 6

En avant-dernière position sur le cinquième opus des Doors, retour en grâce inespéré après deux albums très décevants (nous n’avons d’ailleurs sélectionné aucun titre de THE SOFT PARADE), INDIAN SUMMER est, si on se glisse dans les coulisses de la production, un titre remarquable.
Issu des premières sessions du groupe (leur tout premier enregistrement selon John Densmore), c’est une des premières collaborations entre Jim et Robbie (texte de Morrison, musique de Krieger), et une chanson oubliée dans un coin depuis la sélection des titres du premier album, alors que le groupe était arrivé en studio avec un énorme répertoire de plus de trente morceaux qu’ils avaient créés et répétés pendant plus d’un an et demi de travail quotidien et acharné !
C’était une de leurs habitudes : Laisser des titres de côté et éventuellement les retravailler pour les albums suivants.

Les Doors étaient très attirés par le râga indien, en accord avec leur philosophie spirituelle psychédélique… Cette inclination pour les atmosphères liées à la transe accouchera du monumental et hypnotique THE END, dont les sonorités se reconnaissent en ébauche dans l’intro d’INDIAN SUMMER.
Mais c’est avant tout une chanson d’amour dépouillée et candide, qui épouse l’épanouissement de cette jeunesse libérée sous le soleil californien (Joe Dassin s’en souviendra). Il s’agit donc d’une des premières chansons de Jim Morrison dans le registre du crooner avec MOONLIGHT DRIVE et, avec le recul, un titre séminal qui vient trouver sa place dans une version définitive au sein d’un album impeccable de bout en bout.

Enfin, cette chanson annonce (si l’on remonte à sa création en 1966) les sentiments de Jim pour Pamela Courson qui, malgré une relation houleuse (tous deux polygames) deviendra sa muse, élément indispensable à l’accomplissement du poète…

Bruce : WAITING FOR THE SUN (album : MORRISON HOTEL, 1970) – 7

Oh ! cette chanson…On est effectivement avec cette orgue acide et cette guitare fuzz sur l’ambiance du SCHOOL’S OUT d’Alice Cooper (les deux chanteurs seront très amis, à tel point que Morrison citera Alice dans ROADHOUSE BLUES).
L’ambiance y est grandiloquente, le morceau formidablement mené jusqu’au pont où Morrison déclame : « C’est la vie la plus étrange que j’ai jamais menée » avant de pousser un hurlement dont il avait le secret. LA puissance de ce rugissement fera trembler les potards en régie.

LA chanson qui pourrait résumer Jim Morrison à mes oreilles : ces incantations de vieux sage mêlées à la rage de la jeunesse. Tout chez lui n’est qu’instinct, prémonition et animalité. Incroyable.

Tornado : L.A. WOMAN (album : L.A. WOMAN, 1971) – 8

A la veille de son départ pour Paris (traqué par les autorités), où il s’éteindra quelques mois plus tard, Jim enregistre ses dernières chansons et certaines sont de véritables testaments, comme ce L.A. WOMAN qui allume une fois de plus la flamme de la métaphore en un déchirant poème d’adieu à Los Angeles, identifiée ici à une femme aimée, et à toutes les femmes qu’il aura fréquentées dans cette ville… Le tout sous la forme d’une échappée automobile et d’une ode à la vitesse et à la fuite en avant (faut brûler sa vie, quoi…).

Pour l’enregistrement de leur dernier album avec Morrison, les Doors s’enferment dans leur studio et produisent toutes leurs chansons eux-mêmes pour la première fois, dans un esprit un peu « garage », en compagnie de leur ingénieur du son Bruce Botnick, qui non seulement a fignolé tous leurs albums, mais également ceux des deux meilleurs albums de Love et, entre autre du GIMME SHELTER des Stones (leur meilleur album ?), avant de rejoindre Jerry Goldsmith et John Williams dans le monde du cinéma. Pas juste anecdotique, le mec…

Afin de pouvoir enregistrer chaque titre en le jouant live, le groupe s’adjoint les services du guitariste rythmique Marc Benno et de Jerry Scheff, le bassiste attitré d’Elvis à la même époque (on raconte que Jim, pour qui Elvis était une idole, était fou de joie et n’en revenait pas !).
Le résultat de ces sessions débouche sur un son brut, gorgé d’un blues bien plus radical que sur les albums précédents. Mais même pour les réfractaires à ce style de musique, l’album est un miracle du même niveau que le premier de 1967 et aligne onze titres comme onze chefs d’œuvre (ce fut le premier que j’achetais et que je découvrais sur les conseils d’un vendeur de la Fnac, alors que j’étais étudiant).

Au beau milieu de l’album, le morceau L.A. WOMAN est à la fois le plus long et le plus irrésistible, qui dégage un groove inouï sur la basse imperturbable de Jerry Scheff et la batterie magistrale de John Densmore (ici encore compositeur sur le break), lesquels ménagent à la perfection les solos respectifs de Manzarek et Krieger, ainsi que la voix de Morrison qui, même grillée par tous les excès (hurlements et alcool), est d’une maturité et d’un feeling remarquables (et on sent qu’il s’éclate !). Un des monuments de l’histoire du rock.

Bruce : HYACINTH HOUSE (album : L.A. WOMAN, 1971) – 9

J’ai souvent lu que c’était le meilleur album du groupe. Je ne suis pas du tout d’accord, les chansons sont souvent trop longues, se perdent dans des hommages au blues fastidieux : des bluesmen, on en avait plein, des Morrison, peu. Mais il faut dire que je n’aime le blues comme d’autres le café allongé. Couplé au binaire oui, dans sa forme originelle c’est compliqué.

Voilà une des chansons les plus sous-estimées du groupe, sans doute la plus lucidement triste. « J’ai besoin de nouveaux amis pour ne plus m’importuner » chante Jim à qui il ne reste que quelques mois à vivre. Prémonitoire, il enregistre ses voix…dans les toilettes du studio. C’est aussi l’endroit où il mourra à Paris après avoir tenté de fuir toute cette toxicité qu’il s’était construite. Une Europe, loin de la beaufitude Etatsunienne, qui le faisait rêver et présente dans le pont du morceau avec La Polonaise en La Bémol de Chopin.

Avec ce morceau, les Doors n’inventent ni plus ni moins que l’Art Rock. Morrison, le plus européen des américains ? Voire !

Tornado : RIDERS ON THE STORM (album : L.A. WOMAN, 1971) – 10

L’une de mes chansons préférées de tous les temps.
On l’avait déjà écoutée dans cet article, mais elle mérite ici de refermer les portes… Et c’est la dernière enregistrée par Jim Morrison.

Portée par le piano envoûtant de Ray Manzarek, la chanson est un testament de plus de la part d’un Morrison qui pratique l’autobiographie en se souvenant de manière imagée de ces longues heures d’autostop dans le désert auxquelles il devait se plier alors qu’il était encore inconnu, ces rencontres aussi surprenantes que potentiellement malsaines (l’ombre de Charles Manson n’est pas loin…), le tout enrobé du sentiment délétère de celui qui entre dans la vie avec son mal-être.

Mélancolique, hypnotique, quasiment gothique, voire mortuaire, le titre clôt à la fois l’album, la fin réelle des Doors et celle d’une époque, ouvrant les années 70 en tournant le dos aux utopies révolues.
Cette chanson est l’une de mes préférées parce qu’elle est mélancolique et que c’est le rock que je préfère, parce qu’il y a cette perfection de l’alchimie mélodie/harmonies/arrangements (seul titre de l’album bénéficiant d’un mixage élaboré) qui correspond le mieux à ma grille d’écoute (cette note à la guitare d’un groove absolu qui relance le morceau à 2’41 exactement et qui me file les frissons à chaque écoute depuis trente ans en est une bonne illustration), un équilibre entre le rock, le blues et le jazz exceptionnel, et cette dimension mystique d’un chanteur à la fois au bout du rouleau et au sommet de son art…

Bruce : En choisissant ces titres j’espère avoir convaincus nos lecteurs que Jim Morrison n’était pas juste le pochetron du rock. C’était au contraire un être délicat et sensible au QI impressionnant et dit-on d’une grande gentillesse quand il était sobre. Puisse ce top vous avoir fait découvrir la face cachée d’un groupe fascinant qui aura tout dit, très vite mais très bien. Les Doors étaient fabuleux.

Tornado : Après la mort de Jim Morrison, les trois membres restants enregistreront encore deux albums chantés par Ray Manzarek. Deux albums mineurs plus ou moins oubliés aujourd’hui. En 1977, ils enregistreront en revanche un album posthume de Jim Morrison, AN AMERICAN PRAYER, réalisé à partir de poèmes scandés par le chanteur en 1969. Il mérite de lui prêter une oreille.
Pour la BO du jour, écoutons un extrait de ce dernier album :

Bonus : THE GHOST SONG

https://www.youtube.com/watch?v=MgZcGh92qLQ

32 comments

  • Jyrille  

    Ah les Doors ! Mais oui bon sang ça manquait ici ! Après Genesis, ce fut mon second groupe de coeur, à cause du film de Oliver Stone. Sa BO m’a permis de découvrir le Velvet Underground et en parallèle je me mettais aux Stooges… Mes CD datent de cette époque (1991). Bref, c’est un groupe important pour moi, j’étais en totale admiration devant Jim Morrison. Je ne l’écoute plus depuis longtemps mais sachant que vous publiiez ce Top 10, je me suis remis quelques titres.

    Pour une fois je trouve le dessin de Ed trop sage, trop proche de l’originale. Je m’attendais à un truc plus habité 🙂

    Je crois que mon titre préféré est de loin When The Music’s Over. Indémodable et tellement dansant tout en étant psychédélique et rock. Je suis étonné de ne voir aucun tube connu : vous mettez quand même L.A. Woman et Riders On The Storm (deux tueries). Même si on peut se passer de Light My Fire ou Break On Through, j’aurais forcément mis The End : je suis trop fan de APOCALYPSE NOW pour la passer sous silence. J’aurais aussi mis Five To One. Mon album favori doit être STRANGE DAYS mais j’avoue n’avoir jamais écouté THE SOFT PARADE. Les cinq que je connais sont au final tous bons, ce qui est rare pour un groupe, d’avoir pratiquement toute sa discographie d’un bon niveau.

    C’est marrant de voir que sur les mug shots au début, Jim Morrison se fait toujours arrêter en septembre…

    Superbe extrait sur la mythologie, c’est tellement vrai et profond, tout comme le paragraphe introductif qui suit.

    Oui, le premier album est incroyable et irréprochable, et The Crystal Ship est splendide. You’re Lost Little Girl est excellente, assez proche de l’esprit cabaret de leur reprise de Alabama Song je trouve. People Are Strange est une de mes favorites. Je suis pas loin de penser que Morrison est le chanteur de rock ultime aussi, mais je mets Mike Patton devant malgré tout.

    Superbe partie de Tornado sur When The Music’s Over : c’est exactement ça, cette osmose avec la batterie. Peut-être bien pour ça que j’aime autant ce titre, et ces paroles, « la musique est ta seule amie jusqu’à la fin »… Il est complexe mais pas compliqué, il coule tout seul. Love Street est superbe, je l’aurais aussi mise dans mon Top 10. J’avais oublié Indian Summer (je la trouve sans plus) et Waiting For The Sun mais c’est idiot. Ca m’a toujours perturbé que l’album du même titre n’ait pas cette chanson…

    Tu m’apprends des trucs sur l’enregistrement de L.A. Woman. Je crois qu’effectivement, LET IT BLEED est mon Stones préféré. Et je suis d’accord avec tout ce que tu dis, un disque réellement miraculeux (à part sa pochette moche) et pourtant plus roots dans sa musique (à part Riders…). Hyacinth House, oubliée aussi, mais comme Bruce, j’ai du mal à écouter du blues pur. Je n’en écoute jamais d’ailleurs. Elle est pas mal mais lorgne vraiment du côté de Love (le groupe), ce n’est pas les Doors pour moi.

    Riders ben c’est un chef d’oeuvre, précurseur du trip-hop presque, un peu comme Melody Nelson la même année. J’ai dû tenter d’écouter An American Prayer mais je ne suis pas rentré dedans, il faudra que je retente. Je connais ce titre pourtant, il est vraiment cool. Je ne sais plus lequel de ces titres Fatboy Slim a samplé (Fat Boy Slim étant l’ancien bassiste des Housemartins, ouais allez j’étale ma culture).

    Au final, superbe article complètement enraciné dans vos textes pour un sujet spirituel et universel. Merci. Une grand, énorme merci.

    • Bruce lit  

      Très intéressant ce que tu amènes : RIDERS précurseur du trip-hop. Dans un autre registre Fatboy Slim n’avait pas fait un truc avec la voix de Jim ?
      Je suis très content de savoir qu’un autre rocker dit ne pas aimer le blues à l’état pur.

      • Tornado  

        J’en suis aussi, mais tu le sais déjà en principe. Je n’aime le blues que s’il est passé à la moulinette de la pop. Et j’en ai mangé du blues dans ma jeunesse, avec tous ces groupes de ploucs qui reprenaient systématiquement ce que je considère aujourd’hui comme le pire titre des Stones : HONKYTONK WOMAN.

  • Fletcher Arrowsmith  

    Bonjour à tous les deux.

    Très bel article. Encore une fois je reste impressionné par votre *prose sur un article musical.

    Comme beaucoup j’ai bien en tête ma première rencontre avec les DOORS. J’avais 14ans, j’étais en 3ème. Oui je dois dire que j’ai également idolâtré le côté rebelle de Jim Morrison et que le film de Oliver Stone a beaucoup fait à l’époque. Mais précisions importantes : je n’ai en fait jamais cessé d’écouter THE DOORS (un vinyle cette année encore), et je n’ai jamais cessé de suivre la carrière d’Oliver Stone.

    J’aime beaucoup vos choix, notamment celui d’écarter certains « tubes ».

    J’ai une préférence pour STRANGE DAYS et L.A. WOMAN comme album.

    Respect pour le paragraphe de Tornado sur WHEN THE MUSIC’S OVER et son L’introduction du morceau permet d’entendre John Densmore, le batteur, en position de compositeur à égalité avec Ray Manzarek à l’orgue. Un cas d’école.

    La double conclusion est superbe avec le RIDERS ON THE STORM parfait pour accompagner nos longues nuits d’hiver (avec un whisky à gogo) et oui écoutons AN AMERICAN PRAYER.

  • zen arcade  

    Bon ben, on va y aller franco : je ne suis pas fan des Doors.
    Les deux premiers albums sont remarquables et les titres sélectionnés ici, tout en légèreté, sont très bien choisis. Ce sont les Doors que j’aime bien.
    Après ça, hormis quelques morceaux pris isolément, leur musique m’emmerde et je suis incapable d’écouter un album entier sans bailler. Je trouve ça gras.
    Pour ce qui est de Morrison, je n’ai rien contre lui mais sa personnalité me touche peu.

  • Tornado  

    L’idée d’écarter les tubes est de Bruce.
    Celle de ne pas mettre THE END est délicate mais la chanson a été traitée dans mon article sur la chute du mouvement hippie, dans la chronique du film APOCALYPSE NOW, justement (il manque le lien dans l’article, Bruce le remettra je pense).
    Le même article chronique également le film d’Oliver Stone. C’est complémentaire.

    Perso j’adore le dessin d’Edi. Il est peut-être sage mais il y a une fougue qui s’en dégage que j’aime beaucoup. Et Jim avait réellement cet espèce de cou de taureau !
    La pochette de L.A. WOMAN est à la fois moche et impossible à rater sur les bacs ! Jim a ce sourire sarcastique parce qu’il fait exprès de poser barbu et mal fichu. Il détestait qu’on utilise son image de beau gosse sur les pochettes et là il fait exprès d’inverser le mythe ! C’est génial ! C’est le premier à avoir fait ça, non ?

    • Jyrille  

      Je sais pas… Mais les Mothers of Invention et Zappa avaient déjà des pochettes sarcastiques.

      • Tornado  

        Ce que je voulais dire, c’est que ce n’est pas tous les jours qu’un chanteur au physique aussi avantageux refuse qu’on utilise son image pour vendre un album… Zappa, c’était pas Jim Morrison, quoi…
        Il faut regarder la pochette de l’album ABSOLUTELY LIVE des Doors que le studio Elektra sort en 1970. Ils utilisent à fond son image contre son avis alors qu’il est embourbé dans les procès. Il ne supportait pas qu’on joue de cette image. La pochette de L.A. WOMAN symbolise sa revanche sur ce coup de poignard dans le dos !

        • Jyrille  

          Oui dans ce cas, c’est sans doute le premier parce que avant lui, y a Elvis et les Beatles quoi… Sinon je sais que Ian McCulloch aussi refusait ça avec Echo and the Bunnymen.

          • zen arcade  

            Echo and the Bunnymen qui a d’ailleurs enregistré une reprise très sympa de People are strange.

    • Fletcher Arrowsmith  

      Mais qu’il est super bien cet article sur la chute du mouvement hippie (je viens de le lire). Je m’y retrouve complètement.

      • Tornado  

        Merci. celui-là est un de mes bébés…

  • Patrick 6  

    Je vais surement me mettre tout le monde à dos, mais je n’aime pas les Doors ! ^^
    Le groupe le plus surestimé de la planète à mon humble avis.
    Qu’autant de groupes que j’aime aient été (plus ou moins) influencés par eux reste un mystère (même Cure a repris « Hello I love you », dans une version de … 10 secondes ! Parfait ^^).
    Bref je les trouve pesants et gratuitement alambiqués.
    Un boys band avec un chanteur alcoolo, pour faire court.

    Sinon c’était un plaisir de vous lire (même si je ne suis pas d’accord avec vous) et si un jour je dois chanter, je veux le faire dans les mêmes conditions que pour « You’re lost little girl » :))

    • Tornado  

      Voilà qui est bien à l’image de la team constituée par Bruce depuis le début : Des goûts variés, des horizons différents, et des discussions drôles !

    • Bruce lit  

      M’enfin…
      C’est justement l’inverse d’un Boys Band. Dès le deuxième album, Morrison insiste pour ne plus figurer sur les pochettes d’albums et comme sa maison de disques refuse (comment refuser de mettre un Jim Morrison en avant? Il faudrait fou et aveugle !), il fera exprès de grossir et de s’enlaidir.

      • Ed'  

        Le gars n’aura pas réussi son challenge sur ce coup. Il sera toujours aussi bel homme mis en lumière par son talent et ce gros quelque chose qui lui était unique. Bien loin des boys band en effet.
        Merci pour vos compliments concernant mon illustration. Son portrait a été réalisé à l’aquarelle.
        Aussi, vous parliez de blues. Cette année je me suis vraiment fait plaisir. Je n’en aurai jamais écouter autant ! Ah… c’est tellement classe ! Un peu de renouveau, c’est toujours trépidant ^^ et re-découvrir des vieux titres est excellent ! Un soir de givre par exemple avec un bon verre de vin devant la cheminée (le radiateur ça l’fait moins ^^).
        Et bien sur, l’article est top ! Merci à tous !

  • Nikolavitch  

    Riders compte aussi au rang de mes chansons préférées de tous les temps.

    Il existe sur youtube une très belle interview de Ray Manzarek où il revient de la création de cette chanson. Beaucoup d’émotion, je recommande.

    (tout comme la carrière solo de Manzarek, y a de très belles choses, et des trucs très curieux aussi comme un album de reprise des Carmina Burana de Orff)

    • Tornado  

      J’envisage depuis longtemps d’essayer la discographie de Manzarek. J’ai plusieurs fois vu passer la pochette de son album GOLDEN SCARAB de 1974. J’ai ça dans un coin. Faudra que je m’y jette un de ces quatre…

      L’histoire du rock c’est cruel : Krieger, Manzarek et Densmore : Trois musiciens, enxceptionnels, EXCEPTIONNELS ! qui ne connaitront jamais de seconde vraie carrière après leur seule période fulgurante des Doors. Quel gâchis ! On ne voit pas ça dans le monde du jazz !

      • Tornado  

        Et j’oubliais de dire que je vois tout à fait cette ITW de Manzarek. Elle est dans le bonus du reportage sur L.A. WOMAN je crois.

      • Nikolavitch  

        Je préfère Love Her Madly à Golden Scarab, mais c’est personnel.

  • Bruce lit  

    « le rebelle ultime n’ayant jamais fait la moindre concession à rien, ni à personne.  »
    je n’en connais aucun autre.
    « L’introduction du morceau permet d’entendre John Densmore, le batteur, en position de compositeur à égalité avec Ray Manzarek à l’orgue. Un cas d’école. » C’est tellement vrai.
    « il faut porter attention à l’osmose absolue qui relie Jim à son batteur, lequel annonce, appuie et souligne systématiquement ses impulsions » Oui, 1000 fois oui.
    « Laisser des titres de côté et éventuellement les retravailler pour les albums suivants. » l’incroyable puissance de ce feu de ce groupe qui pouvait laisser reposer des titres que bcp tueraient de savoir composer.
     » Jim pour Pamela Courson qui, malgré une relation houleuse (tous deux polygames) » On dit désormais Polyamoureux espèce de boomer !
    « ainsi que la voix de Morrison qui, même grillée par tous les excès (hurlements et alcool) » Là je ne suis pas d’accord. La voix de Jim est plus mature mais pas grillée.

    Je dois avouer qu’il m’a été difficile d’écrire sur cet article tant la 1ère copie proposée par Tornado me semblait ultime. Il a fallut qu’il insiste pour que j’y aille de ma bafouille.
    RIP Jimbo.

  • Surfer  

    Superbe article musical, merci à tous les deux 😉.

    Les Doors est un groupe que j’apprécie beaucoup. En grande partie grâce aux claviers de Ray Manzarek.J’ai 3 albums.
    THE DOORS (1967)
    STRANGE DAYS (1967)
    L.A. WOMAN (1971)

    Les titres présentés issus de ces albums je les connais déjà. Je vais écouter les autres lorsque je serai dans un environnement un peu plus propice.

    Pour l’anecdote, les Doors ou plus précisément le film d’Oliver Stone à contribué à ce que je brave des interdits et m’a obligé à être dans l’illégalité.
    Moi qui d’habitude suis un bon citoyen honnête 😀😀😀. Si…si… je vous le jure !

    Lorsque le film est sorti sur Canal Plus, je voulais absolument le voir mais malheureusement je n’étais pas abonné à la chaîne cryptée.
    Je suis ingénieur en électronique et l’époque j’étais déjà dans la vie active. Au sein de ma société, avec mes collègues on avait réussi à se procurer les plans du décodeur Canal plus et on en a fabriqué quelques uns.

    J’ai donc profité illégalement de cette chaîne payante gratuitement pendant quelques années. Mais chuuuut …Faut pas le dire😉

    Tout ça à cause de Jim Morrison et parce que je suis mélomane et cinéphile..😃😃😃
    J’ai honte de moi 😉

    • Bruce lit  

      Incroyable anecdote !
      Je compte sur toi pour ne pas pirater les serveurs de Bruce Lit !

  • JB  

    Je connais peu les Doors (à part The End, incontournable), l’article va me permettre une découverte guidée (et à deux voix). Merci à vous !

  • Présence  

    Superbe dessin d’Edwige, très expressif, très vivant.

    Aucun focus sur Light my fire, Break on through, The end : ce ne sera donc que des découvertes en ce qui me concerne, car des Doors je ne connais que leur premier album. Pour des raisons oubliées, je ne suis jamais allé plus loin, si ce n’est une compilation qui ne m’a pas donné envie d’en découvrir plus. Je présume qu’il m’a manqué un passeur, une personne me faisant partager ses émotions. Et voilà que cet article remplit exactement cette fonction.

    Crystal ship
    C’est donc à Bruce que revient l’honneur d’ouvrir le bal avec cette chanson que j’avais trouvé mineure… par comparaison aux autres. En effet, j’aime tout l’album et je partage ce jugement de valeur que les Doors réalisent un 1er disque parfait, irréprochable, saisissant.

    You’re lost little girl : je reconnais bien là le goût de Tornado pour les crooners. Le rapprochement avec Frank Sinatra m’a bien parlé. J’en ressors très impressionné par la richesse des inflexions de la voix de Morrison.

    People are strange : un morceau sympathique, léger, et l’orgue de Ray Mazarek qui donne une couleur si spécifique aux chansons des Doors.

    When the music’s over : excellent. J’ai bien entendu la filiation avec The end, et j’aime beaucoup ce développement en improvisation dans un cadre construit.

    Love Street : j’y ai entendu des accents Bob Dylan dans le chant parfois nasillard.

    Indian Summer : Les Doors étaient très attirés par le râga indien. Bon sang, mais oui, c’est ça que ça m’évoquait, sans parvenir à le nommer. Merci beaucoup pour cette remarque pédagogique qui me permet de mieux me repérer.

    Waitig for the sun : sans plus pour moi, même si j’ai bien retrouvé ce que décrit Bruce.

    L.A. woman : du blues et un groove inouï. Là aussi, après t’avoir lu, je comprends mieux ce que j’écoute, ou plutôt je l’entends mieux. Merci beaucoup.

    Hyacinth house : les chansons se perdent dans des hommages au blues fastidieux. C’est bien toute la richesse d’un article à quatre mains, avec deux sensibilités distinctes, deux personnes capables d’exprimer leurs ressentis de manière intelligible pour le lecteur que je suis, l’amenant à se faire une idée par lui-même plutôt que de se ranger à un unique avis définitif.

    Riders on the storm : ah ben si, celle-là je la connais. J’ai même apprécié de nombreuses reprises, plus ou moins fidèle à son esprit.
    Mélancolique, hypnotique, quasiment gothique, voire mortuaire : je me retrouver tout à fait dans ces deux derniers adjectifs, même si j’aurais bien été incapable de choisir tout seul.

    Il n’y a que sur Bruce Lit qu’on peut trouver de tels articles aussi accueillants, rigoureux, chaleureux et articulés.

    • Tornado  

      Merci une fois encore pour ce retour plus que bienveillant et chaleureux !
      Pour moi les Doors, c’est quatre albums parfaits (les quatre qui apparaissent sur l’image de l’article) et deux albums ratés au milieu. On sait très bien pourquoi, d’ailleurs, quand on lit sur les coulisses de leur conception.

      Si j’avais dû faire un TOP 10 tout seul (sans enlever les tubes) :
      RIDERS ON THE STORM
      THE END
      L.A. WOMAN
      LIGHT MY FIRE (dans sa version longue initiale, inspirée du MY FAVORITE THING de Colrtrane)
      THE CRYSTAL SHIP
      WHEN THE MUSIC’S OVER
      YOU’RE LOST LITTLE GIRL
      ROADHOUSE BLUES
      MOONLIGHT DRIVE
      LOVE STREET

      D’autres que j’adore : PEACE FROG, QUEEN OF THE HIGHWAY, BLUE SUNDAY, THE SPY, LOVE HER MADLY, BREAK ON THROUGH, END OF THE NIGHT, I CAN’T SEE YOUR FACE IN MY MIND, et INDIAN SUMMER bien sûr.

      • Jyrille  

        Je suis assez d’accord. Mais bon il faut avouer qu’ils n’ont pas tant de titres que ça, surtout en virant deux albums… Pour Light My Fire il est évident qu’elle ne s’apprécie qu’en version longue de l’album. Je suis tout de même étonné que tu n’aimes pas WAITING FOR THE SUN (l’album), ni son Five To One final. Mais bon, mes souvenirs remontent à loin et je les écoutais tous en même temps…

  • Tornado  

    Les Doors, c’est une musique vers laquelle je reviens tout le temps. Je n’ai jamais arrêté. J’y reviens sans cesse.
    De temps en temps j’essaie de redonner leur chance à WAITING FOR THE SUN et SOFT PARADE, et à chaque fois ça se termine pas très bien.
    Cela-dit, prises séparément, il y a quelques chansons que j’aime de ces deux albums,
    Sur WAITING FOR THE SUN, hormis LOVE STREET que j’adore, SUMMER ALMOST GONE, et YES THE RIVER KNOWS se laissent écouter tranquillement, de même que le classique SPANISH CARAVAN hélas galvaudé par tous les guitaristes en herbe nous l’ayant par trop matraqué. FIVE TO ONE c’est personnel. Je n’ai jamais aimé cette chanson qui me file mal au crâne. Au départ ça devait être un album concept avec un nouveau titre long comme THE END et WHEN THE MUSIC’S OVER, qui cette fois tiendrait sur une face entière : THE CELEBRATION OF THE LIZARD. Mais les autres ne voulaient pas de ce morceau imposé par Jim (il est affreux, effectivement. On l’entend sur certains albums live). Jim l’a mal pris et il s’est désolidarisé de ce troisième album, réalisé à l’arrache en définitive, sans réelle ligne directive.
    Pour THE SOFT PARADE c’est pire : Jim veut quitter le groupe et ne propose pas de chansons. C’est Robby qui en écrit l’essentiel et Paul Rothchild, leur manager, veut rajouter un orchestre et mettre en avant le talent de crooner de Jim (qui enregistre la plupart des chansons complètement bourré). Au final, l’album échappe complètement au groupe, qui se laisse un peu conduire dans le chaos.
    Quand on écoute certaines chansons séparément, on peut en apprécier quelques unes : TELL ALL THE PEOPLE, TOUCH ME et WISHFUL SINFUL pourraient être trois titres de crooner sympas s’ils n’étaient pas sur le même album ! (trois quasiment à la suite, c’est indigeste). THE SOFT PARADE est un morceau vraiment intéressant (ne pas oublier qu’il est repris par Sweet Smoke sur leur premier album, pour la réussite que l’on sait). Et WHO SCARED YOU est superbe. Une vraie bonne chanson de l’album. Un album qui demeure quand même très indigeste si on l’écoute d’une traite.
    Je me souviens qu’à la fin des années 90 ou au début des années 2000, la presse rock essayait de le réhabiliter. C’était du dernier chic de mettre en avant son psychédélisme séminal dans un ensemble avec orchestre, des arguments de ce genre…

  • JP Nguyen  

    Merci pour cette porte d’entrée vers ce groupe dont je n’ai qu’une connaissance superficielle… Je me souviens de la pub télé (!) pour un de leur best of, dans les années 90, et du coup, avant votre article, je n’aurais pu citer que LIGHT MY FIRE, THE END et RIDERS ON THE STORM.
    Ceci dit, avec les années, je ne suis pas sûr que le format Top10 me permette une vraie rencontre avec la musique. Je suis plutôt du genre à associer une musique avec autre chose. La scène d’un film, un évènement de ma vie, qu’il soit significatif ou anecdotique. Du coup, enchaîner les écoutes de morceaux d’un article du blog, ça ne me réussit que rarement…
    D’ailleurs, dans votre sélection, je ne retiens qu’une seule chanson (puisque je connaissais déjà Riders…)
    Et ce serait donc PEOPLE ARE STRANGE. C’est aussi un des titres les plus « faciles » de la liste, avec un air qui rentre vite dans la tête.
    Pour le reste, Jim Morrison a une belle voix, profonde et expressive, mais les chansons ne m’accrochent pas.

  • Tornado  

    Ah, ça faisait longtemps que je voulais réagir au post de Jean-Pascal…
    La phrase « Ceci dit, avec les années, je ne suis pas sûr que le format Top10 me permette une vraie rencontre avec la musique » me trottait dans la tête.

    Parce que le déclic aura été le TOP 10 de Bruce consacré à Alice In Chains : Une claque et une révélation pour moi. Un groupe qui m’avait totalement échappé à l’époque. L’article m’a totalement hameçonné, me ramenant dans l’historique du grunge, et me permettant de redécouvrir des tonnes de trucs, des tonnes d’artistes et de groupes que j’avais snobé à l’époque.
    C’est l’articulation de l’article, chronologique, axé sur une figure particulière (Laine Staley) hissée au rang d’icône, qui marchait super bien, je trouve. Depuis, je suis totalement convaincu par ce format inhérent à celui d’un blog : Proposer un article à la fois divertissant, didactique, habité par la passion, ponctué d’images et de sons. Une articulation qu’on ne peut pas trouver ailleurs (pas dans un livre en tout cas).
    J’ai tellement adoré ce format que, depuis, un article sur deux que je propose pour le blog est un TOP 10 ! J’ai décliné l’idée en plusieurs articles mélangeant les médiums (par exemple mon double article « LA CHUTE DU MOUVEMENT HIPPIE, qui mélange les références cinéma et musique, et un article que Bruce n’a pas encore publié, qui mélange comics et musique). J’ai depuis écrit plusieurs TOP 10 conçus sur ce modèle passionnant : Histoire/culture/Médiums, Images/musique.
    Du coup je voulais écrire ça en réaction du post de JP : C’est un format passionnant, par le truchement du blog ! Une occasion en or de mêler nos passions, l’histoire et la culture, avec cette opportunité extraordinaire de mélanger les médiums qui nous tiennent à coeur, puisqu’on peut articuler sur la même page des références à la BD, au cinéma et à la musique !

    Bref, le TOP 10 est pour moi l’aboutissement de toutes ces influences ! Ni plus ni moins !

    • JP Nguyen  

      Oh, je disais seulement ça pour moi. Le format article de blog a plein de vertus. Mais les écoutes à la chaîne, ça me freine, car ça ne permet pas toujours la rencontre. Mais c’est purement subjectif.

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