Interview Thierry Mornet

Interview Thierry Mornet

Une Interview de BRUCE LIT

Un après midi d’avril, je me retrouve à déjeuner avec Thierry Mornet, le responsable éditorial comics de Delcourt. Une maison qui, on l’oublie souvent, est particulièrement prolixe dans la publication de comics gravitant hors du giron Marvel /DC.


L’homme a apprécié mon papier sur ED GEIN et nous nous retrouvons sur Paris pour quelques heures conviviales à parler de son travail, de ses rencontres et de sa passion intacte.
Ce n’est qu’en rentrant que je me rends compte que je tiens là une interview en or que je n’ai pas pensé à enregistrer tant l’homme est humble, attentionné et charmant. Mornet tutoie Terry Moore, Robert Kirkman ou Ed Brubaker
. Il en a des choses à vous raconter et c’est maintenant !

Répétez après moi : Thierry rit !

Salut Thierry, pour ceux qui ne te connaissent pas, peux-tu te présenter et expliquer en quoi consiste ton poste de responsable éditorial comics chez Delcourt ?

Fan de BD en général et de comics en particulier depuis l’enfance, j’ai commencé à écrire dans divers Fanzine (L’Inédit, Scarce) à la fin des années 1980. J’ai ensuite collaboré avec les Éditions Bethy de Didier Pasamonik et en tant que rédacteur free lance pour Panini dans des revues telles que Hulk, Kaboom ou encore Marvel Le Magazine. Il y a maintenant une grosse vingtaine d’années, j’ai accédé professionnellement à ce domaine en étant responsable du développement de catalogues d’éditeurs, en l’occurrence des maisons d’édition qui adaptaient des comics en VF. J’ai d’abord travaillé chez Semic (“héritier“ des mythiques Éditions LUG), puis en collaboration avec Guy Delcourt depuis fin 2004. J’ai la chance d’avoir pu faire fusionner ma passion pour la BD avec mon job.

En dehors de cela, j’ai écrit ou co-écrit des ouvrages en relation avec les comics (Comics, Les Indispensables de la BD américaine, puis La Guerre des Étoiles : La Saga Star Wars vue de France chez Huginn&Munnin et Sup’Héros, La Grande Aventure du magazine Mustang chez Black & White). J’ai aussi créé et je scénarise les aventures d’un super-héros français appelé Le Garde Républicain, que j’auto-édite depuis une dizaine d’années.

Mon job au sein des Éditions Delcourt consiste à animer le catalogue comics (collection “Contrebande“) dont la teneur quasi-exclusive est issue de titres en creator-owned (c’est-à-dire dont les droits restent acquis à leurs créateurs). En termes de genres proposés au sein de ce catalogue, je n’en exclue aucun, ce qui offre une variété unique en son genre : Fantastique, Horreur, Science-Fiction, Polar et même quelques titres de super-héros.



Delcourt à mon sens possède le catalogue le plus riche du comics indépendamment des Big Two.  Rétrospectivement, c’est chez cette maison que l’on découvrait il y a 30 ans des éditions VF magnifiques de WATCHMEN et DKR. Te targues-tu d’être un précurseur ?

Haha ! Je ne me targue de rien du tout. Je ne ferais pas ce métier comme je le fais, si des précurseurs et prédécesseurs aussi illustres que Fershid Bharucha, Jean-Pierre Dionnet ou encore Jacques Colin (qui ont été – à leur insu – mes mentors) n’avaient pas ouverts la voie au cours des années 1970/1980.

Quant à animer un catalogue d’une grande richesse, j’ai conscience de la chance que j’ai que des auteurs majeurs de la scène US me fassent confiance depuis des années, afin de me permettre de proposer des titres qui – je le pense – sont parmi ce qui se fait de mieux en matière de comics à l’heure actuelle.
Mike Mignola, Eric Powell, Todd McFarlane, Ed Brubaker & Sean Phillips, Robert Kirkman, Terry Moore, Charlie Adlard, Scott Snyder ou encore Jeff Smith – pour ne citer qu’eux – sont quelques exemples des créateurs avec qui cela reste un plaisir et un honneur de collaborer.

En revanche, si l’on remonte à la création des Éditions Delcourt, les comics ont toujours fait partie de l’ADN éditorial de Guy. Marada La Louve, The ‘Nam, MiracleMan, Swamp Thing, Dark Knight Returns – puis plus tard la reprise de titres initialement publiés chez Zenda comme Watchmen et V pour Vendetta – faisaient partie de ses premières publications. Donc, à défaut d’être “précurseur“, j’ai suivi leurs traces, en élargissant l’approche éditoriale, en tentant de donner une certaine cohérence au catalogue, tout en privilégiant au maximum les créations indépendantes.

C’est avec cette édition Delcourt que j’ai découvert WATCHMEN.
©Delcourt

Quelles sont les qualités nécessaires à ton métier ? Le flair ?

La curiosité et la passion passent avant tout, à mon humble avis ! Le flair est la résultante de la curiosité et de la chance. L’honnêteté, la pugnacité et l’humilité, le choix de durer plutôt que de “briller“ font également partie de ce qu’il me semble nécessaire d’avoir en ligne de mire pour faire du bon travail.

Mais finalement, c’est TOUJOURS le public / lectorat qui décide. Tu peux (avoir l’impression d’) éditer le meilleur ouvrage du monde – et c’est parfois le cas ! -, si personne ne le remarque, cela ne sert à strictement à rien ! J’ai malheureusement – mais c’est le jeu, ma pauv’e Lucette – de nombreux exemples de titres absolument formidables qui ont été des… échecs commerciaux retentissants. Au débotté, je pourrais citer Genius, Manifest Destiny ou tout récemment Trese… Sachant que parfois (mais c’est EXTRÊMEMENT rare !) un échec ou un “succès d’estime“ hier peut devenir un succès d’aujourd’hui (Invincible, Umbrella Academy par exemple).

Éditer, animer un catalogue, c’est souvent prendre des risques pour le faire évoluer. Il est donc logique qu’on ne gagne pas à tous les coups. Et puis, si la recette du succès était connue, on l’appliquerait systématiquement. Mais ce serait moins… amusant !

Après un engouement incroyable, Glénat Comics ne publie plus rien. Pourtant vous vous abreuvez à la même source : Dark Horse ou Image Comics.

Disons qu’il y a toujours une “prime à l’entrant“ en matière d’édition, c’est à dire que le lectorat aura la curiosité d’aller essayer des ouvrages venant d’un nouveau label surtout si – dans c’est le cas de Glénat – il s’agit d’un label connu, avec les moyens de communiquer. Mais cette “prime“ ne dure pas. Je ne sais pas si l’engouement était “incroyable“, mais le pari d’arriver sur ce PETIT segment de l’édition que sont les comics était compliqué dès le départ. Il y a eu quelques séries intéressantes publiées au sein de ce catalogue (j’aurais bien aimé éditer Lazarus par exemple ou encore Klaus), mais au final pas de véritable succès commercial – hormis Lady Mechanika.

En termes de sources d’achat de droits de comics US, à l’époque de l’arrivée de Glénat sur cette niche de l’édition BD, tu n’avais pas énormément le choix. Les grosses licences issues des gros groupes de divertissement internationaux que sont Disney (avec Marvel et Star Wars) et Warner (avec DC Comics) étaient déjà signées ailleurs. Les autres titres à fort potentiel (Walking Dead en tête), également. Il était logique de se tourner vers les autres éditeurs du marché, mais qui proposaient des ouvrages sans doute plus difficiles à faire émerger auprès du lectorat.

Même constat pour les Éditions Valiant et Bliss Comics…

La pandémie a fait émerger un comportement encore plus “conservateur“ du lectorat qu’auparavant, qui a tendance à se réfugier vers ce qu’il considère comme des valeurs sûres, c’est-à-dire des licences connues (Marvel et DC, enfin surtout Batman)… surtout si elles sont proposées à petit prix.

Et puis le tsunami manga a emporté tout sur son passage depuis quelques années, et la majorité des lecteurs de manga sont jeunes. Et ils ne sont pas forcément intéressés par les comics. Point barre. Les éditeurs de BD traditionnelle, y compris de comics, doivent réfléchir à leur avenir, c’est évident. Les manga ne sont pas un effet de mode. Ils sont là pour rester.

La période actuelle n’est en effet pas faste pour tenter de faire émerger des nouveaux titres comics. En revanche, la part représentée par les comics sur le marché de la BD française n’est – dans son ensemble – pas réellement différente de ce qu’elle a toujours été, à savoir une niche.

La dernière décennie a vu apparaitre deux facteurs importants qui ont laissé penser que les comics représentaient le “nouvel eldorado“, ou du moins une source de développement pour certains éditeurs.
Tout d’abord, le phénomène Walking Dead a dopé un segment qui jusqu’alors était, disons… négligeable, en termes de succès commercial durable.
Ensuite, Media Participations (Dargaud & Co) – sans doute intrigué et intéressé par le succès de Walking Dead – est arrivé en signant les licences DC Comics au moment où elles étaient rebootées. Bel alignement des planètes, d’autant plus que leur stratégie est agressive. Jusqu’alors, le groupe s’était désintéressé de ce segment.
Ces deux éléments ont “boosté“ le segment comics, mais sans doute de manière un peu artificielle. Walking Dead a été l’arbre qui cachait la forêt, une forêt assez clairsemée en réalité.

Pour en revenir à ta question, cela n’est donc pas étonnant de voir des petites structures éditoriales souffrir aussi bien aux USA (Valiant) qu’en France (Bliss, qui justement édite le catalogue Valiant ou encore Hi Comics, label des Éditions Bragelonne).

Savage : un album qui n’a pas rencontré son public.
©Delcourt

Quels seraient tes conseils de vieux sage aux jeunes loups de l’édition : Vestron, Hi Comics ?

Haha !  Je n’ai aucunement la prétention de jouer les “vieux sages“ !
Vestron est un label animé par Fred Wetta qui grenouille dans le domaine depuis pas mal d’années, et se concentre sur un certain type de de licences. C’est parfait si cela lui convient et trouve son public. Ce n’est pas le genre de catalogue que je souhaite développer, puisque je me concentre sur des auteurs-phares – de plus en plus nombreux à nous faire confiance – et les titres en creator-owned. Ce n’est pas la même approche.
Hi Comics, animé par Sullivan Rouaud, est dans une situation quasi identique à Glénat. Hormis Locke & Key, ils ne disposent malheureusement pas de titres forts, et font les frais de l’état actuel du marché. Ce genre de label a du mal à faire émerger des titres indépendants.

Que convient-il de faire en attendant que le marché et le goût du “grand public“ évoluent, qu’il se lasse des grosses licences super-héroïques pour avoir envie de découvrir autre chose ? Faire le dos rond sans doute, mais aussi rechercher des options différentes, rester à l’écoute des critiques et mener des réflexions sur les formats ou d’autres axes.

Quels sont les œuvres que tu as publiées et qui n’ont pas rencontré leur public ? 

Elles sont nombreuses, comme évoqué plus haut ! Cela fait partie du job… En plus de celles déjà citées, au fil des années, j’ai été déçu que les lecteurs ne soient pas plus nombreux à découvrir Cinder & Ashe (Conway & Garcia-Lopez), WinterWorld (Dixon & Zaffino), The Ride (Stelfreeze), Savage (Adlard & Mills), Point de rupture (Trillo & Risso / Borderline en VO), StormDogs (Hine & Breathwaite) ou encore Redneck (Cates & Estherren).
Et il y en aura sans doute encore d’autres à l’avenir.

Quels sont les comics qui t’ont construits ?

À titre personnel, j’ai commencé par lire des comics de super-héros Marvel (et un peu de DC Comics). Je suis un “fils de LUG“, biberonné à Strange, Titans, Nova et consorts J Je suivais quelques titres DC étant minot, mais les revues Sagédition me semblaient toujours manquer de cohérence par rapport à ce que proposait LUG. Et puis, il y a eu Mustang, version Sup’Héros au début des années 1980, un magazine dans lequel j’ai découvert que des auteurs français étaient capables de réaliser des récits de super-héros “à l’américaine“ (Mikros de Jean-Yves Mitton et Photonik de Ciro Tota, notamment). Cela m’a “mis le feu“ ! J

C’est ensuite le travail de Fershid (sur Spécial USA, notamment) et Jean-Pierre (dans Métal Hurlant) qui m’a véritablement forgé et orienté vers les créateurs, plus que vers les personnages. La découverte de Richard Corben, de Jeffrey Jones, de la BD anglaise (Judge Dredd), de Will Eisner, de Steranko, de Writghtson, de Kurtzman, etc. m’a mis une claque ; une véritable épiphanie J

Un Pacte avec Dieu (publié une première fois sous le titre “Un Bail avec Dieu“ dans la collection Autodafé des Humanos), Chandler, Le Spirit, Den… sont venus compléter ce que j’aimais encore à l’époque en termes de super-héros, et surtout cela m’a fait réaliser que ce que j’appréciais en réalité, c’était de suivre tel ou tel auteur d’un titre à l’autre, plus qu’un personnage. Déjà cette dualité entre “la licence“ et les créateurs. Gil Kane, Gene Colan, John Romita, Jim Starlin, Joe Kubert étaient mes préférés. Kirby, un peu plus tard.

Et puis, il y a ceux que j’ai eu le plaisir d’éditer en France et qui – parfois – ont remporté l’adhésion du public : The Goon (Powell), Porcelaine (Read & Wildgoose), les titres de Brubaker & Phillips, ceux de Terry Moore, Stray Bullets (Lapham), Invincible (Kirkman, Walker & Ottley), Walking Dead (Kirkman, Moore & Adlard) et plus récemment Ed Gein, Autopsie d’un tueur en série (Schechter & Powell) ou encore Scurry (MacSmith).

Bernie Wrightson en 2015
©Thierry Mornet
Avec l’aimable autorisation de Thierry Mornet.

Ta page le rappelle : les comics ne sont pas seulement les super-héros. Je crois que tu ne les aimes plus tellement. Tu peux t’en expliquer ?

Je n’aime pas ce qu’ils sont devenus… De simples objets marketing, des licences vides, la plupart du temps, des concepts usés jusqu’à la corde, qui ne servent qu’un but : vendre des T-Shirts, des films et séries TV, des mugs et des chaussettes… C’est un peu triste. Mais peut-être que je ne parviens tout simplement plus à les voir avec mon regard de minot… Peut-être que j’ai dépassé à titre personnel le fantasme adolescent qui croit à la surpuissance d’un mec capable de régler toute situation en cognant avant de réfléchir et en se cachant derrière un masque.
Sans forcer le trait, et plus sérieusement, j’ai du mal avec la notion de retour au statu quo systématique à la fin d’un run, avec le fait qu’un personnage / licence soit surexploité jusqu’à l’écœurement, que l’on instaure une pseudo-continuité en faisant croire au lecteur que Batman a ± 30/35 ans (alors qu’il vit des aventures depuis 80 ans !), que Spider-Man est un étudiant sans le sou depuis près de 60 ans…
Je ne suis pas en train de dire : “c’était mieux avant…“, juste que c’était différent. Et surtout, j’ai l’impression que Marvel et DC Comics étaient alors de véritables maisons d’édition, pas des structures à la solde de groupes internationaux du divertissement qui pressent les licences de manière exagérée. Entendre Marvel Comics s’auto-qualifier de “Maison des Idées“, encore à l’heure actuelle, frise le foutage de gueule. Voir une dizaine de titres chaque mois dédiés à Batman, bouée de sauvetage du radeau DC Comics, est frustrant. Sans parler de la difficulté à “lire ces univers“, qui sont devenus tellement intriqués, à la continuité sans cesse remise en cause, rebootée tous les ans…
Donc, oui, je ne regarde les super-héros à l’heure actuelle que de très loin.

Tu es également l’auteur du GARDE RÉPUBLICAIN…

Oui, et cela peut sembler paradoxal car Le Garde est un super-héros. Mais un super-héros que j’anime de la manière dont j’aimais lire les récits de super-héros étant minot. C’est un peu un hommage à ces lectures d’avant qui me transportaient.

Et l’autre “dimension“ est plus personnelle. J’ai créé la première version de ce personnage quand j’étais ado. Je l’ai dépoussiéré, retravaillé son concept et son design il y a de cela une dizaine d’années, et je l’auto-édite depuis lors. À mon rythme, et cette dimension est celle des valeurs (la tolérance, le vivre ensemble, la fraternité, la laïcité telle que je la conçois, etc.) que je transmets à mes enfants.

Ce projet me permet de sortir du “simple“ rôle d’éditeur, et de me frotter à la réalité de la création. C’est bien beau de la défendre, cette création, mais c’est important de le prouver et intéressant de passer de l’autre côté de la barrière. Sur Le Garde, je collabore exclusivement avec des potes dessinateurs (ou auteurs), pour le fun. Je fais ce que je veux. Je scénarise pour qui je veux. Je laisse les rênes à qui je le souhaite. C’est mon “Bac à sable créatif“ personnel.
Et j’entends bien continuer à m’amuser avec ce personnage, qui me permet au passage d’aborder tous les sujets qui me passionnent.

Scoop : Thierry Mornet et Terry Stillborn seraient une et même personne !
©Hexagon Comics

Avec Michel Montheillet, tu as publié la story du magazine MUSTANG

C’est une partie de mon problème. Pas Michel, hein, haha… Mais le fait d’avoir de nombreuses envies et trop de projets que je souhaite réaliser, et pas assez de temps pour cela. Je trainais cette “Aventure du magazine Mustang“ en tête depuis des années. Une manière de rendre hommage – justement, on en parlait plus haut – à ces auteurs et séries qui ont été “formatrices“ et déterminantes pour moi.
J’avais débuté ce projet qui s’est très vite appelé Sup’Héros, et j’ai eu envie de collaborer avec Michel, qui est un ami, parce qu’à deux, on va plus loin, c’est bien connu, et que nous nous étions abreuvés tous les deux aux mêmes sources étant minots.

De plus, il réside à Lyon, sur les terres natales de Mustang et des Éditions LUG. Bref, Sup’Héros est né de ce “besoin“ de rendre hommage à Jean-Yves Mitton et Ciro Tota, ainsi qu’à leurs créations (Mikros, Cosmo, Photonik) ou encore Luciano Bernasconi (Le Gladiateur de Bronze) et Franco Oneta – le dessinateur de Zembla – sur Ozark.

Cette aventure commune, avec un troisième larron, Raphaël Wacker – éditeur de Black & White – qui a tout de suite dit oui quand nous lui avons présenté le projet, a donné un ouvrage dont je suis à la fois très fier et heureux.
Et puis, cela m’a permis de vider (un peu) mon “disque dur personnel“, en couchant sur le papier ces envies que je traînais depuis des décennies.

On s’fait des langues en Mustang…

Le plus grand succès de Delcourt avec des chiffres de vente révolutionnaires, c’est THE WALKING DEAD.  Tu peux nous en parler ?

Effectivement, c’est à la fois le plus grand succès côté comics des Éditions Delcourt, mais aussi du marché français dans son ensemble. C’est près de 5 millions d’exemplaires de cette série qui se sont vendus, ce qui est colossal, pas seulement en termes de BD, mais dans l’édition au sens large du terme.
C’est une série que j’ai découverte à sa sortie fin 2003 aux USA, et dont je suis tombé raide dingue immédiatement. J’avais fait l’acquisition des droits du premier tome, sorti chez Semic en 2004, et qui s’est vendu à l’époque… très modérément, haha !

J’ai ensuite rejoint Guy, et je l’ai littéralement “stalké“ afin qu’il accepte de publier cette série après mon arrivée. J’ai insisté, et finalement en 2007, nous avons ressorti le tome 1 et le tome 2 en même temps. Cela a été un succès comics assez rapidement, mais pas encore de manière significative. Nous avions pas mal de retard sur l’édition US, donc nous avons pu sortir de 3 à 4 tomes par an, et cela a amplifié un succès qui se dessinait. Lorsque la série TV est arrivée en 2010, cela a été une explosion, jusqu’à devenir le véritable phénomène éditorial que l’on connait. Je suis très heureux d’avoir connu – une fois dans ma vie d’éditeur – ce genre de succès.

Je n’ai jamais compris pourquoi vous aviez publié WALKIND DEAD dans un format proche des essentials Marvel quand INVINCIBLE a eu droit à une cover cartonnée et du papier glacé…

C’est un choix totalement volontaire et assumé, qui correspondait mieux aux choix artistiques (noir & blanc et niveaux de gris) opérés par les auteurs sur la VO, que le papier couché (Pas de papier glacé, malheureux, ce qui est une hérésie, surtout quand on reproduit des comics des années 1960/70 !).
C’est d’ailleurs le même papier utilisé sur les premières éditions – en N&B – de Echo et Rachel Rising de Terry Moore, sur Point de rupture (Trillo & Risso), The Ride (Stelfreeze) ou encore WinterWorld (Dixon & Zaffino).

Le type de mise en couleurs de la série Invincible, comme la plupart des comics US colorisés, fonctionne bien sur un papier couché. Là aussi, c’est un choix assumé.

THE WALKING DEAD : un succès unique dans l’histoire des comics !
©Delcourt / Image Comics

D’autres locomotives de Delcourt dans des styles très différents : SPAWN et HELLBOY ?

Des locomotives, mais pas avec le même type de succès commercial que Walking Dead. D’ailleurs, il n’y a pas de succès équivalent à Walking Dead.

Ce sont deux personnages proches en termes de genre, que l’on peut s’amuser à qualifier de “Dark Fantasy“, mais développés de manière différente qui correspond à la nature de leurs créateurs respectifs. Spawn emprunte plus aux super-héros chers à Todd McFarlane, et Hellboy aux monstres qu’affectionne Mike Mignola. En revanche, ils ont tous deux développé un univers entier et très riche, ce qui permet de s’éclater éditorialement parlant.

En revanche, l’une de leurs caractéristiques communes – de manière sans doute contre-intuitive – tient au fait qu’en dépit de leur notoriété, ils ne connaissent pas un énorme succès commercial. Ils se comportent bien, mais sans doute moins que ce que l’on pourrait espérer de créations aussi fameuses.

Il y aussi la production impressionnante d’Ed Brubaker et Sean Phillips..

La Dream-Team du polar, le Dynamic-Duo des comics “noir“.  Leur créativité et leur production est impressionnante de régularité et de qualité ! Je me rappelle être assis avec Ed Brubaker, il y a une grosse quinzaine d’années, sur les marches à l’arrière du Hall de la Convention de Comics de San Diego, en train de discuter de ce projet qu’il était en train de préparer : Criminal. Il galérait pour réunir assez d’argent afin de payer Sean pour les tout premiers épisodes. J’aimais tellement ce qu’il écrivait par ailleurs, ainsi que le travail de Sean, que je lui ai proposé un truc qui semblait dingue à l’époque. Je lui ai dit que j’étais OK pour lui acheter les droits de la série (sans en avoir rien vu, en “aveugle“), et que nous allions aussi nous charger d’en vendre les droits à l’international afin de l’aider à récolter les dollars dont il avait besoin pour payer Sean. Nous l’avons fait pendant un ou deux ans, puis Ed a récupéré la gestion de ses droits quand la série était lancée, ce qui est normal.
Près de 20 ans plus tard, nous collaborons toujours ensemble, avec la même confiance. Et ça, c’est vraiment cool.

Une production Thierry Mornet !
©Delcourt / Image Comics

Des scoops sur les prochaines sorties Delcourt ?  Avec la bio sur Ed Gein, vous avez tapé fort !

Oui ! Je crois très fort dans quelques nouvelles têtes dans le domaine des comics. Parmi ceux qui vont – à mon humble avis – devenir les vedettes de ce secteur au cours des prochaines décennies, il y a Dan Mora, James Harren ou encore Daniel Warren Johnson. C’est pour cela que je suis très heureux de poursuivre la publication de Once & Future, série écrite par Kieron Gillen (et que j’étais triste de ne pas pouvoir publier Klaus, haha !). En ce qui concerne, James, nous avions publié son travail sur BPRD, et il était déjà sacrément prometteur, tout comme Rumble (chez Glénat). Son UltraMega est incroyable et arrivera en octobre. Enfin, nous avons publié Extremity et Murder Falcon de Daniel, et Do A Powerbomb arrivera début 2023.
Mais je ne peux pas tout dévoiler.

Tu partages tes plus belles rencontres dans ce métier ?

Elles sont nombreuses, et c’est en cela que j’ai conscience d’avoir énormément de chance ! Eric Powell n’avait pas de passeport (il n’était jamais sorti des États-Unis avant de venir en France, il y a une quinzaine d’années) ; les petits déjeuners avec Will Eisner et sa femme en compagnie des époux Lofficier, Terry Moore, Charlie (Adlard), Mike Mignola avec qui – rituellement – nous partageons, mais sans abus, bien entendu, des Gin Tonic à San Diego en refaisant le monde (des comics) ; Brian Haberlin, Todd Dezago (et son compère Mike Wieringo, disparu trop tôt), Frank Cho, Robert Kirkman, Todd McFarlane, Tom Palmer (le dernier des Gentlemen de son époque !), etc.

Mais au-delà du name-dropping, parce que la liste des créateurs est longue, c’est également le réseau tissé avec de nombreux partenaires – dont certains sont devenus des amis – avec qui je collabore toute l’année (chez Dark Horse, Image Comics, Boom ! Studio, etc.) qui constitue la base de ces belles rencontres.

En 2014, tu lances le FOX-BOY de Laurent Lefeuvre qui depuis fait carrière chez KI. Des regrets ?

Aucunement. Nous en avons discuté avec Laurent, et j’étais ravi qu’une autre solution se présente afin qu’il poursuive cette superbe série ! La structure, et le modèle économique, que propose Komics Initiative me semblent convenir bien mieux à Fox-Boy que ce que Delcourt pouvait offrir pour la poursuite de cette aventure éditoriale.

Et puis, une fois de plus, je suis pour que les auteurs disposent des droits de leurs créations. C’est ce que je défends à travers le catalogue que j’anime, et il aurait été mal venu d’aller à l’encontre de cela en empêchant Laurent de récupérer les droits de sa série.

Depuis quelques années, le monde des comics s’est énormément politisé sur les réseaux sociaux. As-tu une opinion là-dessus ?

Plus généralement, ce sont les réseaux sociaux qui se sont politisés. Tout le monde a un avis sur tout, et le fait savoir, parfois de manière véhémente. Le souci vient du fait qu’on a énormément perdu en termes de dialogue au profit d’invectives assénées bien à l’abri derrière un écran.

En ce qui concerne les comics, on peut regretter une perte de naïveté, mais elle ne date pas forcément de l’apparition des RS. Ils n’ont fait qu’amplifier et accélèrer le mouvement. La politique, c’est avant tout l’art difficile pour les citoyens de vivre ensemble. Que les comics soient – dans une certaine mesure – le reflet de questions sociétales et de problèmes sociaux me semble intéressant en soi.

Pan dans la gueule Vlady !
©Hexagon Comics

On refait un peu de pub pour CAPTAIN UKRAINE ?

Carrément ! Merci de me permettre de mettre un coup de projecteur sur cette initiative ! C’est un projet qui s’inscrit dans la même logique que les numéros “caritatifs“ du Garde, réalisés en 2015 après les attentats terroristes (bénéfices reversés à Orphéopolis) ou au profit de la recherche sur les Mucoviscidose. Ce fut le cas aussi au cours du premier confinement, avec une édition spéciale du Garde #1 vendue prix coutant aux libraires participants, afin de les aider pendant la pandémie.

Captain Ukraine est un numéro dont l’intégralité des bénéfices est reversée au profit de la Croix Rouhe ukrainienne. Il met en scène Le Garde, mais surtout un nouveau personnage, qui s’avère être la descendante de Ivan Karine (une sorte de Michel Strogoff qui avait connu de nombreuses aventures dans les Petits Formats des Éditions LUG). En revanche, c’est avant tout Jean-Marc Lofficier, qui est l’instigateur de ce beau projet, qu’il convient de féliciter.
Puisque tu me permets de parler de Captain Ukraine, je précise que ce numéro reste disponible. Si des lecteurs sont intéressés, qu’ils n’hésitent pas à me contacter en MP sur Facebook.

Un dernier mot à Alex Nikolavitch ? Je crois que vous vous connaissez…


Haha. Oui, depuis quelques… décennies, maintenant ! Alex est un excellent traducteur et scénariste, en charge notamment de l’univers de Criminal (Brubaker & Phillips) et de Spawn.
Un dernier mot, pour lui ? “C’est bon, Alex ? La trad sera rendue à temps ?!“ 
Merci bien à toi, Bruce, pour l’intérêt que tu manifestes pour notre travail. À bientôt .

Bruce accepte de poser avec le petit Thierry (rit)
©Bruce Tringale


Spéciale dédicace à Terry Stillborn

41 comments

  • Ink  

    Merci à Terry Stillborn pour cet interview.

  • Présence  

    Voilà qui fait plaisir de pouvoir découvrir de manière ample cet acteur incontournable des comics en France.

    Comme d’habitude, des questions intéressantes et accessibles qui permettant à l’interviewé de s’exprimer de manière intelligible, sur des sujets que je n’aurais pas imaginé aussi nombreux.

    Je ne peux que compatir au manque de succès de Manifest Destiny, de Chris Dingess, Matthew Romberts et Owen Gieni, excellente série dont j’attends le dernier tome avec impatience.

    Ungrand remerciement pour avoir publier Savage, de Pat Mills & Chalrie Adlard, car il était en rupture en VO, et je l’ai lu en VF.

    Il m’a fallu un peu de temps pour comprendre le jeu de mot sur Stillborn, je ne dois pas être bien réveillé ce matin.

    Fascinant de découvrir que M. Mornet a participé à rendre viable le projet Criminal. Merci beaucoup pour cet apport aux comics.

    • Thierry MORNET  

      Hello “Présence“:)
      Merci pour la confiance !
      Terry “Stillborn“ Mornet 😉

  • phil  

    Thierry n’avais pas encore eu d’itw Bruce Lit!!?? J’ai été interviewé ici avant lui?!! Yououou quelle gloire!!

    Plus sérieusement bien joué Bruce, et la bise à Thierry (purée je réalise que je le connais depuis.. mince je compte .pas en années mais en décennies maintenant!)

    • Thierry MORNET  

      Hey Phil !
      Haha ! Ravi de partager le plaisir d’être invité chez bruce avec toi, Amigo !

      • phil  

        maintenant quand tu reviens à Lyon il faut que Bruce vienne, qu’il nous fasse parler et on se fait une itw croisée de 6 heures, qui démarre sur Eisner, de La Fuente, Miller…l’engrenage

    • Bruce lit  

      Thierry n’avais pas encore eu d’itw Bruce Lit!!?? J’ai été interviewé ici avant lui?!! Yououou quelle gloire!!
      Interviewer Thierry, c’est comme marcher dans Paris. ON se côtoie tellement sur les rs qu’on oublie que l’on est dans la plus belle ville du monde et de prendre des photos. Le voici fixé à jamais dans le marbre du blog (arf…)

      • Thierry MORNET  

        C’est mieux que dans la Carbonite 😉

  • Tornado  

    Très intéressant cette ITW.
    Il y a longtemps maintenant que j’ai intégré le nom de Thierry Mornet dans le monde des comics en VF. Je l’ai vu une fois à la convention STAR WARS de Cusset. Au moment où Panini avait récupéré les droits en même temps que Marvel et que Delcourt tentait de faire vivre parallèlement la saga publiée par Dark Horse (et c’était tellement meilleur !). C’est d’ailleurs Panini qui a encore récupéré cette dernière licence récemment. Je n’ai pas compris pourquoi.
    Thierry coanimait une conférence avec… Arf, j’ai oublié son nom (le modérateur facebook de Panini).

    Je ne sais pas si Thierry va venir répondre à nos posts mais j’aimerais bien savoir si Delcourt peut récupérer les séries abandonnées par Glénat. Celle de Greg Rucka par exemple (LAZARUS & Co), c’est quand même criminel de ne pas les avoir. Quant à moi je n’ai toujours pas digéré l’arrêt de HARROW COUNTY (toujours chez Glénat). C’est depuis là que j’ai arrêté d’acheter des séries en cours. J’attends désormais les (hypothétiques) rééditions en intégrale. Je n’accorde plus aucune confiance au monde de l’édition. Me retrouver avec trois albums d’une série abandonnée, je regrette mais ça ne le fait pas du tout pour moi. Mais alors pas du tout du tout.
    Désormais je n’achète plus rien tant que la série n’est pas achevé. C’est contre-productif, mais j’en ai assez de me faire avoir (j’ai une purée de poisse avec ça, moi…).

    Très sympathique ITW quoiqu’il en soit. Je fais également partie des lecteurs qui ont investi dans les grandes intégrales de WATCHMEN, V POUR VENDETTA et TDKR publiés par Delcourt. Versions que je garde précieusement car il n’y en a jamais eu d’aussi belles depuis…
    Ah ! et tout comme Présence : Un grand merci pour avoir participé à la réussite de l’univers CRIMINAL. Rien que pour ça, Thierry Mornet président ! 🙂

    • Thierry MORNET  

      Hello “Tornado“ 😉
      Oui, la Convention SW & Science Fiction à Cusset est un RDV que j’aime vraiment beaucoup et auquel je participe depuis plus d’une dizaine d’années.
      C’est avec Aurélien Vivès que l’on avait co-animé une première intervention, avant de chacun préparer la sienne.
      Delcourt ne publie plus Star Wars depuis… que nous avons CHOISI de ne plus collaborer avec Disney. C’est un choix délibéré. Il n’était plus possible d’avancer compte tenu des contraintes que nous impose cette structure…

      Je comprends votre déception lorsque série s’arrête. Mais il est parfois économiquement IMPOSSIBLE de poursuivre une publication lorsque les ventes sont faibles, voire catastrophiques.
      Croyez-bien que nous sommes sincèrement les premiers dépités lorsque nous sommes contraints de ne pas poursuivre une série en cours…
      Merci pour vos paroles sympas 🙂

    • Bruce lit  

      Thierry répond hélas à cette question : le conservatisme du lectorat.
      Hélas sans série TV combien de séries indépendantes peuvent se targuer d’avoir vendu du papier ?

    • Tornado  

      Je comprends la logique, mais en même temps je ne peux plus me risquer à investir dans ces séries abandonnées avant la fin. J’ai déjà trop donné, trop dépensé, et trop été déçu, voire catastrophé selon les séries (sans parler de celles qui sont abandonnées en VO quand deux ou trois tomes sont déjà sortis en VF !).
      Qui plus-est, les éditeurs ont refusé de me répondre sincèrement (ou de me répondre tout court) lorsque je posais la question sur une série semblant être à l’abandon (je pense notamment à Glénat qui ne m’a jamais répondu sur l’arrêt de HARROW COUNTY). Ça ne facilite pas la confiance et ne force pas tellement la sympathie…

      Et donc, une récup des séries Glénat a-t-elle éventuellement été discutée ? Envisagée ? Est-ce un sujet tabou ? 🙂

      • Thierry MORNET  

        Rien de tabou.
        Harrow County est une série qui n’a jamais “décollé“. Difficile – voir quasi-impossible de reprendre une série “grillée“.
        Quand une série est interrompue, il faut généralement attendre “que la poussière retombe“ avant d’envisager une réédition sous un autre label.
        Outre la date de fin de contrat, il faut considérer la période de sell-off (qui permet au précédent éditeur d’écouler ses stocks quand il en a), etc.
        Bref, pas de Lazarus ni de Harrow County ailleurs, du moins dans un premier temps.
        Désolé…

        • Présence  

          Merci beaucoup pour cette explication sur les conditions à réunir pour une reprise d’une série arrêtée.

  • Eddy Vanleffe  

    Interview passionnante. on ressent le sourire de Monsieur Mornet derrière chaque phrase. J’achète peu de Delcourt malheureusement, leurs auteurs n’étant rarement mes « chouchous »…
    Mlagré tout, je peux peut-être aussi profiter de l’occasion pour exprimer le ressenti suivant:
    Delcourt comics n’est elle pas la victime collatérale qui le plus morflé de l’arrivé des très envahissants Urban?
    Je sais que de plus en plus de monde fait ses emplettes en lignes et tout ça mais il faut quand même avouer que les rayons comics en centre culturel est devenu comme ça: 1 mur Urban, Un mur Panini et un mur interdépendant bordélique, mal classé, et mélangé entre tous les autres. le rayon délcourt contient donc un peu de Walking Dead, ce qui leur reste de star Wars et un Hellboy et un Spawn… parfois on trouve le INVICIBLE intégrale en rayon nouveauté… tout ça induit forcément sur les succès de ventes….
    concrètement je suis grand fan de Frank Cho mais comme je ne traque pas non plus les sorties comme de mon « jeune temps » je n’ai JAMAIS vu physiquement un de ses deux bouquin en rayon. j’avais commencé STRAY BULLETS et je n’ai pas vu la suite jusqu’à ce que par hasard le tome 4 surgisse… évidemment plus moyen de trouver facilement les 2 et 3…
    Terry Moore , si tu lm’achète pas 15 après sa sortie, tu ne sauras même pas que ça a un jour existé…
    il y a une solution à tout ça, commander, réserver etc…mais l’achat de comics ne se passe pas comme ça…on traîne on déambule et chope un bouquin et l’occasion fait le larron…
    Ce que je veux dénoncer par là, c’est la propension à négliger les éditeurs ou simplement titres non portés par une adaptation écran…

    • Thierry MORNET  

      Hello Eddy,
      J’espère que les auteurs que nous défendons vont faire partie de ceux que vous suivez 🙂
      Pour infos, puisque vous évoquez Frank (CHO), FIGHT GIRLS débarque dans quelques jours (le 05/07) 🙂
      Nous ne sommes pas les victimes collatérales, d’Urban.
      Le catalogue – tournée vers des créateurs indépendants – que je défends depuis des décennies est de facto moins visible que celui des éditeurs qui roulent à coups de grosses licences pré-mâchées par Warner et Disney.
      C’est plus compliqué à vendre, plus difficile de donner de la visibilité, mais ô combien, plus satisfaisant, en termes éditoriaux !
      Là où je ne vous suis pas forcément, c’est sur la manière d’acheter les ouvrages. Commander chez un libraire est une chose qui se fait communément. Il est également logique qu’un libraire ne dispose pas de l’intégralité d’une offre.
      Le “forcing“ opéré par certains diffuseurs qui imposent quantité de livres à chaque office est une technique vieille comme le monde:)
      Elle consiste à étouffer la concurrence, mais aussi la trésorerie des points de vente.
      Je continue – et je continuerai – à défendre la pluralité des œuvres, des genres et des auteurs face à des “licences“. En revanche, on ne peut JAMAIS forcer un lecteur à être curieux 😉

      • Eddy Vanleffe  

        Bonjour monsieur Mornet
        c’est extrêmement gentil d’avoir répondu de manière si complète et si rapide à mon interrogation.
        J’espère n’avoir pas été de mon coté inutilement véhément.
        Je vais surveiller activement la sortie de FIGHT GIRLS, croyez moi ^^

        Je ne cherche pas à incarner un profil d’acheteur, mais je me disais que je ne devais pas être seul dans mon cas à ne pas fréquenter spécialement les cercles spécialisés ni les site de ventes en ligne mais simplement faire mes choix en fonction de mes coups de cœurs là où je me trouve (centre culturel, librairie)
        Dans ce cadre, j’ai fait l’observation que les éditeurs indépendants n’avaient pas la visibilité nécessaire et je voulais en faire part, parce que je trouve ça dommage.
        Mais oui je suis d’accord je devrais commander plus… ^^
        J’oubliais quand même aussi de vous féliciter (collectivement bien sur) pour quelques unes des pépites qui me sont précieuses comme GOLGOTH LE DERNIER EMPEREUR, la tentative courageuse de SAVAGE DRAGON, les deux tomes de SUPREME, MIDNIGHT NATION, REVIVAL, LE CYCLE DES ÉPÉES et ces deux derniers qui ont été oubliés par l’histoire WITCH DOCTOR et TEMPS MORT (MIND THE GAP),

        j’ajoute que je répondrais présent que je répondrais présent en cas d’une intégrale WITCHBLADE dont le propos derrière les jeans arrachés avaient quand même pas mal de fond, modestement… (et j’assume le mauvais goût 90’s… ^^)

        Bonne journée

        • Thierry MORNET  

          Merci bien pour le soutien !
          En revanche, ce sont les acheteurs de ces points de vente et les libraires qu’il faut parfois convaincre de proposer autre chose que ce qui est déjà ‘pré-vendu‘.
          Je fais parfois une comparaison entre e Fast-Food (et le fast-publishing que sont les licences pré-digérées) et la “gastronomie“, qui consiste à goûter… autre chose 😉

          • Eddy Vanleffe  

            Tout à fait d’accord pour ces fameux réseaux informels qui pèsent de leurs poids sur la décision d’un jeune fan facilement orienté vers ci ou ça…

            D’ailleurs j’y pense il faut que je me dépêche de choper le Spawn anniversaire avant que cela ne puisse plus paraître en l’état…On ne sait jamais…

        • Thierry MORNET  

          Pour info, en ce qui concerne Fight Girls, nous avons également réalisé une Édition Spéciale (couverture alternative, limitée à 300 ex) en collaboration avec le réseau de libraire PULP’S COMICS.
          N’hésitez pas à les contacter en les appelant ou bien via leur site Internet 🙂

    • Jyrille  

      Ah tiens j’ai les quatre tomes de Stray Bullets en VF, et c’est grâge à Comixity qui me tient au courant des sorties que j’achète très rapidement, dans les jours qui suivent voire le jour même. Et n’importe quelle autre bd en général…

      • Thierry MORNET  

        Merci bien pour cela !
        STRAY BULLETS is Da Bomb !!!
        🙂

        • Jyrille  

          De rien ! J’ai énormément de Delcourt dans ma collection, dont pas mal de comics, donc merci à toi Thierry ! Et je dois encore lire les Stray Bullets… Tiens en parlant de Lapham, aucune velléité de publier Young Liars en VF ?

          • Thierry MORNET  

            Tout comme Lodger, je lorgne sur les autres travaux de David Lapham. En revanche, je me concentre sur STRAY BULLETS dans l’immédiat.

      • Eddy Vanleffe  

        Je ne peux absolument pas suivre les sorties au jour le jour et acheter tout ce qui m’intéresse à la sortie.
        sinon je dépense des milliers d’euros par mois…

  • JB  

    Merci pour cet entretien, on sent le passionné en plus du professionnel. Je dois avouer que je suis peu client de Delcourt et autres éditeurs pour une raison simple : je préfère le format floppies de la VO originelle.

    • Thierry MORNET  

      Merci JB 🙂
      Il n’est jamais trop tard pour bien faire, haha !

      • JB  

        Par contre, j’étais là pour la publication de THE WALKING DEAD par Semic ^^

  • Fletcher Arrowsmith  

    Bonjour Bruce et Thierry,

    une interview comme je les aime. Pas peu fier d’avoir ouvert la semaine quand je lis la qualité de celle ci et de son intervenant.

    J’ai eu la chance de rencontrer Thierry à Gradignan il y a 2 ans et ce fut un excellent moment.

    Je partage complètement son approche du marché notamment celle sur les deux Big Two alors qu’il y a tant de pépite dans l' »indés ». Pour les mangas (que j’adore également) cela ne risque pas de s’arranger puisque le pass culture sert quasi exclusivement à l’achat de manga par ceux qui en lisait déjà. Le gouvernement a encore tapé à côté…..

    Merci pour les annonces. De mon côté j’attends avec impatience la sortie de CLEMENTINE de ma petite chouchoute, Tillie WALDEN. J’ai failli craquer samedi dernier à mon comics shop mais je préfère me réserver pour l’édition DELCOURT (soyons chauvin).

    Dommage en effet pour MANIFEST DESTINY. J’encourage tout le monde à aller lire CINDER & ASHE.

    • JB  

      Très bon, CINDER & ASHE, mais de manière générale, on trouve beaucoup de ce type de perles dans les années 80 (Nathaniel Dusk, Underworld chez DC Comics, les titres de la ligne EPIC côté Marvel)

  • Laurent Lefeuvre  

    Hello !
    Toujours intéressé de lire Thierry !

    Je ne reviens pas sur Fox-Boy, il a tout dit.

    J’ai été un peu « cueilli » de revoir la photo de mon idole Bernie Wrightson à San Diego, à l’été 2015, un an et demie avant son décès (en mars 2017).

    Si vous zoomez sur la photo, vous verrez qu’il y a écrit « To Laurent ».

    Parce que quand Thierry va à l’autre bout du monde, pour le taf, le fanboy en lui, et l’ami attentionné pensera toujours à faire plaisir, comme ici à moi, en achetant un print à une idole commune… pour me l’offrir quelques temps après.

    C’est ça Thierry.

    Et cette gentillesse désintéressée, elle est aussi dans le choix de chacun des livres qu’il édite.

    ‘Nuff said !

    =;^)

    • Thierry MORNET  

      Hey Laurent !
      Back at you, Amigo !!!
      Take care et à très bientôt, j’espère !!!
      Bises
      T

  • Seb  

    Toujours à la pointe monsieur Lit. Une interview de pro.

  • Jyrille  

    Et bien, une interview passionnante de A à Z. J’adore le monde de l’édition, ou ses coulisses, ou la passion qui anime certains d’entre eux, je trouve ça fascinant, et cette entrevue en est la preuve. Bon, le TDKR, il était aussi publié d’abord chez Zenda (c’est l’édition que j’ai).

    Je n’ai jamais lu le Garde Républicain, ça peut être intéressant, comme Captain Ukraine.

    Pour le reste c’est fantastique d’en apprendre autant. Merci Bruce, merci Thierry !

    La BO : je ne connais pas et je n’ai pas du tout envie d’essayer plus loin que ce titre.

  • Surfer  

    Belle interview que que j’ai eu plaisir à lire 😉.

    Tout d’abord, un grand bravo a Delcourt qui nous propose de belles bandes dessinées de qualité ( Et pas que des adaptations de comics) dans de belles éditions soignées.
    Si je regarde les stats de ma bédétheque sur mon gestionnaire de collection, je m’aperçois que je possède énormément de Delcourt.

    Ensuite, je partage beaucoup de choses avec Thierry : je suis avant tout un enfant de Lug . Puis Fershid Bharucha a fortement contribué à peaufiner ma culture comics avec ses publications et ses connaissances sur la BD américaine. Je me délectais de ses revues « USA Magazine » et autres « Comics USA ». J’ai découvert grâce à lui la crème des auteurs américains…ce qui se faisait de mieux en matière de comics.

    D’autre part je comprends parfaitement sa désaffection pour les super-héros a cause de ce qu’ils sont devenus. Je crois que si on m’avait posé la même question j’aurais répondu mot pour mot la même chose…. Je rajouterai simplement que quand je vois cette évolution … j’ai peur, je me remets en question et je m’interroge : Et si c’était tout simplement moi qui n’avais pas su évoluer.

    La BO: La vache….Ça réveille !!!

  • Fletcher Arrowsmith  

    Mon dernier coup de cœur DELCOURT, du moins lecture plus que sympathique : RADIANT BLACK

    • Thierry MORNET  

      Une bien belle nouvelle série, et l’ébauche d’un univers super-héroïque plus que tentant, en effet 🙂

  • Kaori  

    Quelle belle interview !
    Elle fait vraiment plaisir à lire et donne envie de suivre davantage la maison Delcourt !

    Une question de néophyte : qu’est-ce que des planches « couchées » ?

    En tout cas merci à l’intervieweur pour ses questions, et à l’interviewé pour la chaleur, la passion et la richesse de ses réponses !

    • Thierry MORNET  

      Hello Kaori,
      On parle de papier “couché“ en fonction de sa texture (qui fait référence à une couche qui recouvre la surface du papier lui-même).
      Généralement, ces papiers permettent une reproduction de couleurs plus proche des intentions de l’auteur, contrairement au papiers “glacés“, très blancs, “lourds“ et qui font ressortir de manière criardes les couleurs flashy des comics des années 1970/1980.
      Sans rentrer dans trop de détails techniques, j’espère que ces éléments vous renseigneront.
      Cordialement

  • phil  

    je ne te tente pas, je t’invite

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