LE PETER DAVID COMEDY SHOW PRÉSENTE : GENIS-VELL (Captain Marvel par Peter David) 

Le run de Peter David sur Captain Marvel

Un article par les merveilleux capitaines FLETCHER ARROWSMITH  et JB VU VAN


VO : Marvel Comics 

VF : Panini Comics 

Un Captain d’un autre genre 
© Marvel Comics 

Chapô :  

Cet article portera sur les runs de Peter David sur le personnage de Genis-Vell, alias Captain Marvel, dans CAPTAIN MARVEL Volume 4 (35 numéros plus un numéro 0), CAPTAIN MARVEL Volume 5 (25 numéros) principalement illustrées par ChrisCross et la mini série GENIS-VELL: CAPTAIN MARVEL en 5 numéros avec l’artiste Juanan Ramírez. Les 2 volumes de CAPTAIN MARVEL sont parus dans Marvel Heroes Hors Série (1°) n° 1, 5, 9, 10, 11, 14, 16, 18 et dans les 2 albums CAPTAIN MARVEL au format Monster Edition. La mini-série GENIS-VELL : CAPTAIN MARVEL (2022) reste inédite dans l’hexagone. 

Avant Captain Marvel, il y eut… Mar-Vell (et compagnie) 

Conflit générationnel 
© Marvel Comics 

Impossible de parler du Captain Marvel de Peter David sans remonter le temps. À la base, Captain Marvel, c’est Mar-Vell, soldat kree créé en 1967, passé de vilain infiltré à héros cosmique, puis figure quasi mythologique grâce à sa mort dans le graphic novel THE DEATH OF CAPTAIN MARVEL de Jim Starlin. Un cas rare chez Marvel : un héros mort qui… reste mort. 

Le flambeau ne disparaît pas pour autant. Le nom « Captain Marvel » devient une sorte de malédiction éditoriale, mais nécessaire pour que la firme puisse continuer à l’exploiter. 

Monica Rambeau l’endosse dans les années 80 jusqu’à l’arrivée d’un fils posthume : Genis-Vell, enfant d’Elysius (compagne de Mar-Vell) et du patrimoine génétique du défunt capitaine. Genis débute sous le nom de Legacy dans SILVER SURFER ANNUAL 6 par Fabian Nicieza et Joe Philipps avant de reprendre officiellement le titre de Captain Marvel dans une série éponyme, toujours sous la plume de Nicieza (la série de Peter David offre d’ailleurs à Fabian Nicieza un fill-in pour compléter les intrigues qu’il prévoyait d’écrire avec l’annulation de la sienne.) 

Kurt Busiek l’utilise ensuite dans sa saga AVENGERS FOREVER dessinée par Carlos Pacheco. Et c’est là que Peter David arrive, pour transformer ce personnage cosmique, mal dégrossi, souffrant d’un héritage lourd à porter, en l’un des jouets les plus bizarres, drôles et attachants de l’univers Marvel. 

O-WHA-TAHGOO-SIAM 

À la recherche d’une identité 
© Marvel Comics 

Quand Peter David prend le personnage en main, Genis-Vell est lié à Rick Jones, sidekick professionnel de l’univers Marvel (Hulk, Avengers, Captain America), par le biais des Néga-Bandes, exactement comme Mar-Vell avant lui. Quand l’un est sur Terre, l’autre est coincé dans la Zone Négative (mais est-ce bien le cas ? * musique dramatique *), et ils échangent de place en claquant leurs bracelets. Et là où on pourrait s’attendre à des aventures cosmiques à la Jim Starlin (INFINITY GAUNTLET), le scénariste de X-FACTOR transforme la série en un stand up permanent (au moins pour le volume 4). On lit un buddy movie cosmique, où Rick fait office de clown fatigué et de conscience morale à un Captain Marvel complètement aux fraises et inadapté socialement.

On se moque de tout, même du média et de la Distinguée Concurrence avec le fameux cri de l’autre Captain Marvel, “Shazam”, crié par Rick Jones dans le numéro 0 de la série avant d’être transformé en un effet sonore récurrent, “Schwazam”. Comme sur HULK, Peter David utilise un style parodique et parfois méta, sans jamais (ou presque) lâcher l’émotion, et par lequel l’auteur se moque autant des codes des comics que de ses propres tics d’écriture.  

La Peter David touch est poussée à l’extrême sur Captain Marvel :  

  • mélange de drame sérieux et de vannes très référencées issues de la culture populaire tendance geek : l’apparition de Phyla-Vell, soeur de Genis-Vell sortie de nulle part, est explicitement comparée à celle de Dawn dans BUFFY, et donne des envies de fuite à nos protagonistes ; 
  • fascination pour les identités fragmentées (comme les Hulk gris, vert ou intelligent), ici un Genis qui peine à encaisser tout le temps et l’espace dans sa tête ainsi que Rick ; 
  • une utilisation de la continuité comme terrain de jeu plutôt que comme fardeau. Un exemple parfait est l’apparition d’un Rick Jones vieilli lors du climax d’AVENGERS FOREVER, expédié en quelques cases et quelques répliques goguenardes. 

La première série navigue entre l’aventure cosmique classique et la comédie character-driven. Rick Jones, déjà passé par à peu près toutes les fonctions possibles chez Marvel, devient ici la moitié humaine d’un duo profondément dysfonctionnel. Et comme dans le Hulk de David, le comique cache souvent une vraie fragilité émotionnelle. Genis-Vell est régulièrement confronté à l’héritage de son Mar-Vell de père, auquel il ne cesse d’être comparé. Une tâche rendue d’autant plus compliquée par des pouvoirs peu fiables : la conscience cosmique de Genis-Vell, supposée le rendre omniscient, a quelques ratés. Pour sa part, après une aventure aux conséquences brutales pour lui, Rick Jones est confronté à sa propre mortalité et va jusqu’à envisager le suicide ! 

Entre deux crises cosmiques, des drames plus terre-à-terre 
© Marvel Comics 

L’ombre du père (comme dans THE INCREDIBLE HULK -1) se fait ressentir à travers chaque aventure : une jeune femme qui perçoit les univers alternatifs s’automutile de désespoir, ayant découvert que le monde parfait n’existe pas. L’enfant de l’obscur héros Comet Man perd le contrôle de ses pouvoirs et devient un danger pour l’univers. Les enfants du vieil et premier ennemi de Mar-Vell, Yon Rogg, profitent du crossover MAXIMUM SECURITY pour pourrir la vie de notre héros. Il va même rencontrer le Captain Marvel originel (en tout cas une bonne approximation !) dans une histoire mise en scène par Jim Starlin, l’auteur et artiste qui a donné ses lettres de noblesse au personnage. 

Pour les personnages humains, les intrigues tournent souvent autour du Golden Orange Comics, un magasin de comics tenu par Marlo. C’est l’occasion de quelques tacles bien sentis à l’industrie, que ce soit à l’intention des Image Boys (1$ pour une longbox complète du Youngblood #1 édition collector), de Straczynski (“Non, pas Sienkiewicz !”) ou d’autres figures de l’industrie (Marv Wolfman, Tom Brevoort), jusqu’à des commentaires sur les tendances sexistes des Bad Girls des années 90 lorsque Moondragon commente une affiche d’un pastiche de Lady Death. 

Pour autant, Peter David sait jouer en équipe. Il participe à MAXIMUM SECURITY en y ajoutant un commentaire sur les mutilations génitales féminines, tente de redorer le blason de Thanos après ses apparitions dans d’autres séries, notamment sa défaite controversée face à Ka-Zar, et utilise le challenge “Nuff said” pour écrire un épisode silencieux essentiel pour le personnage de Rick ! Il rend enfin hommage à l’entourage de Genis imaginé par Nicieza en y ajoutant un commentaire pro-LGBTQ+. 

Le reste est silence 
© Marvel Comics 

Au niveau graphique, ChrisCross assure une large part des dessins de la série, son style souvent exagéré se prêtant parfaitement à l’humour slapstick, très cartoonesque du titre (Rick Jones en prend pour son grade après un coup de Moondragon dans ses parties sensibles…) À deux reprises, Peter David accueille également Jim Starlin, auteur et artiste historique de CAPTAIN MARVEL, pour des récits hommages à des histoires fondatrices comme LA MORT DE CAPTAIN MARVEL ou les aventures de Thanos. Pour son épisode muet du mois Nuff Said, l’auteur retrouve un ancien compagnon de jeu, Leonard Kirk, avec lequel il a déjà travaillé sur SUPERGIRL, et emploie son trait expressif dans ce récit qui cède la place à l’émotion. 

Le Coeur des ténèbres 

La deuxième série de PaD, lancée au début des années 2000, jouant de plus sa survie dans l’évènement U-DECIDE (confronté au mauvais MARVILLE et au sympathique ULTIMATE ADVENTURE), repart sur des bases similaires mais va plus loin… et plus bizarre avec un Captain Marvel qui devient littéralement fou. En réponse à un Bill Jemas qui le représente en mendiant dans MARVILLE, Peter David montrera d’ailleurs un personnage alors exécrable au possible (Phyla-Vell) vantant les mérites de cette lecture “sophistiquée” et “hilarante” à un Rick Jones dubitatif. 

En effet, la conscience cosmique de Genis n’est plus juste un gimmick. Elle le rend dingue. Pas juste un peu excentrique, non, véritablement perturbé, façon je suis omniscient et je vois passé, présent, et futur en même temps et j’essaie de gérer tout ça, sans mode d’emploi bien évidemment. Un choix narratif qui ne sort pas de nulle part : dès le début de la série, la conscience cosmique du héros lui joue des tours et, plutôt que de prendre au sérieux la tutelle proposée par Moondragon, Genis-Vell choisit une solution de facilité. En bref, Peter David a soigneusement préparé cette réorientation, allant jusqu’à imaginer peu avant la fin du volume 4 Fredd, double maléfique de Genis (enfin, un “clone jumeau maléfique venu d’un futur alternatif.”) 

Genis est temporairement indisponible, veuillez réessayer ultérieurement. 
© Marvel Comics 

Ce parti pris permet à Peter David d’aller encore plus loin dans son écriture, quitte à frôler l’auto-caricature. Il joue ainsi à fond la carte de l’humour noir et du non-sens, multiplie les paradoxes temporels permettant des interactions avec d’autres personnages de ses séries phares comme SPIDER-MAN 2099. Genis manipule ainsi sa propre chronologie avec des conséquences délirantes. PaD se permet même une réflexion sur la santé mentale des super-héros omniscients ou surpuissants. Genis rend ainsi visite à un autre héros Marvel qui flirte alors avec la folie et le côté obscur, le Thor de Dan Jurgens. Il est cependant intéressant de voir que l’un des derniers actes que commet cette version de Genis, un meurtre, n’est pas celui d’un sociopathe cosmique riant de détruire la réalité comme au début de la série, mais un geste résigné, un crime pour le bien commun qui coûte cher au personnage. 

Mais c’est surtout via une parodie des Endless de Gaiman que Peter David va modifier le destin de Genis. Vous connaissiez Dream, Death, Destiny ? Place à Epiphany, Eulogy et Entropy, les marionnettistes manipulant notre héros dans ce nouveau volume. C’est d’ailleurs Eulogy qui vient mettre fin en personne à ce second volume, avec un commentaire direct sur la loi du marché des comic books et les attentes des lecteurs, allant jusqu’à reconnaître les erreurs de Peter David quant au caractère indécis de la personnalité de Genis-Vell qui a fini par lasser. Pour mettre en image cette fin de série directement inspirée du final de la série TV CLAIR DE LUNE avec Bruce Willis et Cybill Shepherd (des techniciens viennent ranger le décor pendant que les persos se font virer !), c’est un autre auteur/artiste habitué à briser le quatrième mur qui est invité : Keith Giffen, notamment auteur d’AMBUSH BUG, prédécesseur en métacommentaire de SHE HULK ou de DEADPOOL. 

Si ça ce n’est pas un trouble dissociatif de l’identité… 
© Marvel Comics 

Une oeuvre synthèse 

Comme sur HULK ou X-FACTOR on suit la même logique Peter Davidienne : prendre des personnages de second plan et les traiter comme les héros d’un drame à la fois absurde et très intime. Ici Genis-Vell n’est pas un boy-scout cosmique. C’est un type surpuissant, instable, parfois dangereux voire incontrôlable, comme Hulk version Maestro (que l’on croise d’ailleurs dans Captain Marvel) ou d’un double de Madrox qui aurait mal tourné (oh wait…). À la manière du JUSTICE du New Universe, Genis ne rechigne pas à utiliser la force létale. De son côté, Rick Jones hérite de la série HULK son côté blasé, habitué aux tropes superhéroïques. Il a ainsi tendance à deviner au premier coup d’œil les motivations du méchant du jour, et sert d’encyclopédie humaine à Genis. 

Pour les fans de Peter David (qui nous a quitté le 25 mai 2025), Captain Marvel représente un carrefour de ses séries cultes, développant un Peter David-verse à l’instar de SUPERGIRL – FALLEN ANGEL – SACHS & VIOLENS. Dans le cas de CAPTAIN MARVEL, PaD reprend plusieurs trames narratives de INCREDIBLE HULK (la “mère” de Rick et la mort temporaire de Marlo notamment), réintroduit le personnage de Thanatos apparu dans SPIDER-MAN 2099 (qui était déjà lié à son run sur JUSTICE), et vont se faire rencontrer Miguel O’Hara et le Maestro ! Quel plaisir d’ailleurs de lire et de voir comment il recycle, croise et enrichit des thèmes développés ailleurs. 

Bienvenue dans le PeterDavid-verse 
© Marvel Comics 

Par exemple dans  HULK, il a passé des années à disséquer identité, traumatisme, et humour comme autant de stratégies de survie. Genis et Rick rejouent cette dynamique à leur façon : l’un fuit sa toute-puissance dans le délire, l’autre fuit ses échecs dans la blague. 

Ou encore dans X-FACTOR, la mise en place d’une famille dysfonctionnelle de héros brisés qui se chambrent autant qu’ils s’aiment. On retrouve là ce goût pour les dialogues qui claquent, les piques pop culture et le soap dans les échanges entre Rick, Genis et les personnages secondaires de Captain Marvel. 

Enfin sur SPIDER-MAN 2099, Peter David, s’éloigne des autres scénaristes pour détourner la science-fiction en commentaire social acide. Dans CAPTAIN MARVEL, la SF devient plus métaphysique, mais conserve ce côté laboratoire d’idées et fourre-tout ludique avec des paradoxes temporels, des futurs possibles où Genis devient un tyran et où la question de l’héritage d’un des plus grand héros Marvel devient un poids. 

Nicieza range son jouet dans Thunderbolts n°100 
© Marvel Comics 

À suivre ? 

Fabian Nicieza, le créateur du personnage de Genis, va récupérer Captain Marvel après CAPTAIN MARVEL (vol5) #25 pour l’intégrer dans ses NEW THUNDERBOLTS. Il utilise plus ou moins l’orientation prise par Peter David, à savoir un personnage surpuissant mais mentalement instable. C’est l’occasion également de revenir, comme pour PaD, sur la romance suggérée avec Songbird dans AVENGERS FOREVER. Un peu comme pour SENTRY, héros trop puissant et encombrant, et car le titre de CAPTAIN MARVEL va passer de Genis à Carol Danvers, le personnage tire sa révérence à l’occasion de THUNDERBOLTS #100 après un acte héroïque, lui redonnant ainsi une noblesse oubliée. 

La sortie de Genis-Vell dans THUNDERBOLTS visait explicitement à se débarrasser de lui de manière permanente (il n’est pas seulement mort mais, comme dirait Raoul, c’est aux quatre coins de l’espace temps qu’il se retrouve, éparpillé par petits bouts façon puzzle). Pourtant, il fait son retour en 2022 dans une mini-série, GENIS-VELL : CAPTAIN MARVEL. En effet, Peter David s’était alors spécialisé dans les séries limitées revisitant les personnages qu’il a écrit, que ce soit le SYMBIOTE SPIDER-MAN, le MAESTRO ou encore HULK : JOE FIXIT. Genis a irrémédiablement disparu ? Pas grave, Peter David le fait revenir sous la forme d’un clone, technologie qui avait de toute façon mené à la conception du Genis originel. L’histoire suit 2 périodes : celle où Marlo avait quitté Rick Jones pour explorer ses sentiments envers Moondragon (oui, les séries contiennent une dose X-Men-esque de soap opera), et celle de la création de ce nouveau Genis.  

La première Capitaine Marlo (chapka non comprise) 
© Marvel Comics 

Mais paradoxalement, le récit va surtout suivre un personnage entièrement Peter Davidesque. L’histoire reprend les liens entre Marlo et l’Incarnation de la Mort marvélienne pour un nouveau commentaire sur les résurrections à foison des personnages. La Mort, lassée, prend sa retraite et Marlo reprend son rôle. Le lecteur faisant le deuil de l’auteur pourra ainsi se réconforter en imaginant que quand Peter David pousse quelques années plus tard son dernier soupir, c’est un personnage qu’il a créé et accompagné qui est venu lui prendre la main. 

Sous ses abords funky la série (vol4 et vol5) n’est pour autant pas forcément la plus abordable de la production de Peter David. C’est une tragédie cosmique orientée sitcom qui s’apprécie sur la durée, à une époque où tout doit être consommé rapidement et surtout être jetable. On retrouve là un schéma récurrent chez Peter David. La construction de ses séries se fait sur le long terme et les personnages qu’il a définis vont finir par se détruire méthodiquement. CAPTAIN MARVEL suit la même logique : plus Genis devient puissant, plus son destin se teinte d’ombre. La farce fait alors place à la tragédie. Entre les deux, CAPTAIN MARVEL promet une aventure solide et fun qui aborde des thématiques intéressantes et plus développées que dans la moyenne des séries mainstream : santé mentale, héritage familial, divinité, responsabilité et même sexualité. 

 Un dernier au revoir 
© Marvel Comics

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