Les années Béthy : Interview Jean-Paul Jennequin

INTERVIEW JEAN-PAUL JENNEQUIN

Propos recueillis par BRUCE LIT

Un numéro de Not Brand Echh (un comics parodique de Marvel) se cache dans cette photo. Sauras-tu le trouver ?

Un numéro de Not Brand Echh (un comics parodique de Marvel) se cache dans cette photo. Sauras-tu le trouver ?

Quand j’étais ado et Spinassien et que les BD étaient rangées sous l’escalier de la médiathèque municipale, il y avait autant de chances d’y trouver des comics que Thanos de réunir durablement les gemmes de l’infini. Pourtant au fil des années apparut dans ma banlieue dortoir un nouvel espoir : à côté des premières éditions Zenda de V pour Vendetta, j’y trouvais un jour le Spider-Man de McFarlanne et surtout le Born Again de Miller et Mazzucchelli  en volume dur ! 

Ouais, les p’tis mecs, aujourd’hui gâtés-pourris que vous êtes par Panini Urban et Glénat, vous devez savoir que dans les années 90, les comics-books ne bénéficiaient que de sorties kiosques et que rares étaient ceux qui avaient l’honneur d’être vendus en librairie et donc à la respectabilité d’une bibliothèque, surtout Spinassienne…. En ces années grunge, les éditions Béthy étaient notre Graal et Jean-Paul Jennquin, son directeur de publication et membre fondateur de Scarce, notre prophète. 

C’est un bel honneur pour moi de tutoyer et d’interviewer ce grand monsieur de notre communauté geek ainsi que de le savoir visiteur du blog. Pour vous, les années Béthy (sous vos applaudissements) !

Et vinrent les éditions Béthy !

Et vinrent les éditions Béthy !

Bonjour Jean-Paul. Peux-tu te présenter aux lecteurs qui ne te connaîtraient pas ?

Comme j’ai 58 ans, si je raconte tout depuis le début, on n’est pas couchés ! Pour résumer : grand lecteur de BD et de comics depuis toujours, j’ai eu la chance de pouvoir gagner ma vie en écrivant sur la BD et en en traduisant. Je travaille beaucoup pour Disney Hachette Presse (Mickey Parade Géant, Super Picsou Géant, Fantomiald…), pour Glénat (les textes de présentation des intégrales Carl Barks, Don Rosa, et maintenant Romano Scarpa). J’ai aussi bien œuvré pour faire reconnaître que la guerre c’est l’enfer en traduisant les dix volumes de La Grande Guerre de Charlie pour les éditions Délirium. Et quand je ne traduis pas des BD, j’en dessine dans La Revue LGBT BD (que j’édite) et Egoscopic (où l’on trouve d’autres détails biographiques croustillants)

Quels sont les comics qui t’ont donné tes superpouvoirs quand tu étais petit ?

Mon premier super-héros était Super-Dingo, dans Le Journal de Mickey. Mais ce n’est qu’en découvrant Strange et Marvel en 1970, donc à 10 ans, que je suis devenu assez gravement accro. Deux ans plus tard, je commençais à en lire en anglais, et à l’époque on trouvait principalement des comics Marvel en import. J’ai adoré les Avengers et Doctor Strange de Steve Englehart, les Defenders et Howard the Duck de Steve Gerber, les X-Men de Chris Claremont… L’intérêt que je portais à un comic book passait d’abord par les scénaristes, même s’il y a plein de dessinateurs dont j’adore le boulot… et bien sûr pas mal d’auteurs complets comme Jack Kirby, Steve Ditko, Jim Steranko… Et puis, il y avait les gens dont j’ai découvert l’existence plus tard, comme Arnold Drake, qui a quand même écrit certaines des meilleures choses qu’ait publié DC dans les années 1960, en particulier Doom Patrol.

Peux-tu rappeler le contexte en matière de publication de comics des années Bethy ?

Il s’agit des années 1990 (Béthy naît en 1997). C’est une période étrange où les éditions Sémic (ex-Lug) sont en position de monopole dans les kiosques. Éditeurs historiques de Marvel, ils publient aussi des comics Image et un titre consacré à Batman (traduction du comic book Batman Adventures). En librairie, il y a encore peu de comics publiés en albums (rappelons qu’au début de la décennie, il se publie quelque chose comme 700 albums par an) et le nombre de lecteurs de comics en albums semble constant (d’après une conversation que j’avais eue avec Sylvain Insergueix de la librairie Artefact, à Enghien).

Introducing Jim Lee

Introducing Jim Lee

Comment es-tu arrivé à bord des éditions Bethy ? Quelle était ta fonction ?

Je ne me souviens plus très bien des circonstances précises. Didier Pasamonik, fondateur de Béthy, m’a contacté, sans doute parce qu’il cherchait un spécialiste en comics et que j’avais déjà à l’époque une petite notoriété dans le domaine. J’étais officiellement directeur de collection. Ça consistait en gros à écrire les préfaces des livres publiés et à faire quelques recommandations de publication.

Et au fait, Bethy ? C’était un hommage à la femme de Hulk ou Betty Page ?

Plutôt à Betty Boop, je crois. Mais il faudrait demander à Didier. C’est lui qui a choisi le nom.

En deux ans, Bethy a publié pas moins de 26 albums ! C’est impressionnant ! Quels critères étaient retenus pour publier vos histoires ?

Le critère numéro 1, au départ, c’était de publier des histoires de personnages connus réalisées par de grands auteurs. Ça permettait de contourner la difficulté qui a longtemps freiné la publication de comics en librairie : que publier, quand on a des décennies d’histoires de Spider-Man, Batman, etc. ? Donc on publiait par exemple le Spider-Man de Todd MacFarlane, ou par la suite des mini-séries ou des arcs lisibles séparément, comme Frères Ennemis, dessiné par John Romita Jr. Il s’agissait d’albums cartonnés sous jaquette, donc assez chers pour l’époque. Par la suite, nous avons lancé une autre collection, souple, où l’idée était de publier des séries « en continu », par exemple Uncanny X-Men à partir de la période Jim Lee.

Réaction en chaîne pour Spawn, un hit pour Béthy

Réaction en chaîne pour Spawn, un hit pour Béthy

Quelles ont été les meilleures ventes et les flops de l’éditeur ?

Là encore, n’étant pas l’éditeur, je n’ai pas tout suivi. Mais je sais que Spawn a été une des meilleures ventes. L’un des pire flops n’était pas une BD mais le livre du film Lost in Space. Comme le film n’a pas marché, le livre non plus !

Tu as publié Frères Ennemis, une histoire mémorable de la saga du clone de Spider-Man. Comment Bethy s’articulait avec Semic qui publiait ces histoires en kiosque ?

Béthy rachetait les traductions à Semic et les faisait au besoin re-lettrer. Pour certains comics, la traduction a été entièrement refaite. C’est le cas pour Les Inhumains sont parmi nous, car Lug n’avait pas traduit en intégralité toutes les pages de ces épisodes des Fantastic Four de Lee et Kirby. Pour Je suis Wolverine, j’avais trouvé les deux traductions faites par Lug, puis Semic, tellement approximatives que j’avais entièrement refait la traduction. Et malheureusement, l’impression a été salopée, ce qui fait qu’à l’époque, pour avoir une bonne version française de la première mini-série Wolverine de Claremont et Miller, il fallait lire les textes de l’édition Béthy en regardant les images de l’édition publiée par Semic en souscription.

Béthy a été le premier éditeur à publier intégralement Born Again de Miller et Mazzucchelli, censuré puis interrompu par LUG. C’était une priorité ?

En fait, non, Glénat avait publié l’intégralité de Born Again dans trois volumes de sa collection Comics USA. Mais c’est vrai que c’était mieux de tout avoir en un seul volume. Ça aussi, c’était un concept assez nouveau pour l’époque : rassembler tous les épisodes d’un arc important dans un volume unique.

Chez Bruce Lit, nous sommes beaucoup à considérer cette histoire comme l’un des summums du comic book. Quel est ton rapport à cette saga ?

Un peu particulier car je l’ai découverte un peu après sa parution américaine, quand nous avions parlé de Mazzucchelli dans Scarce. J’avais évidemment adoré la prestation de ce dernier, dont l’évolution graphique avait été aussi rapide qu’impressionnante. Je n’avais pas détesté le scénario de Miller, qui montrait qu’il était capable de faire encore des choses intéressantes avec le personnage de Daredevil.

L'indispensable Born Again

L’indispensable Born Again

Bethy a également publié une trilogie d’histoires marquantes de McFarlane pour Spider-Man. Tu peux expliquer aux plus jeunes de nos lecteurs, en quoi son passage était une révolution ?

Une révolution graphique, surtout. Disons, pour résumer, que depuis le départ de Steve Ditko, Spider-Man avait eu de bons, voire de très bons dessinateurs (je pense en particulier à Gil Kane), mais que ceux-ci restaient quand même assez sages. Les années 1980 avaient même été très, très sages, à l’exception de quelques prestations ponctuelles de Frank Miller ou de Mike Zeck. McFarlane arrive sur Amazing Spider-Man juste après avoir trouvé son style de maturité sur Incredible Hulk, où il a été très remarqué. Il y a beaucoup de vitalité, d’exubérance, là-dedans, et ça a parlé aux adolescents lecteurs de comics. McFarlane n’était pas beaucoup plus âgé qu’eux et il dessinait comme beaucoup auraient aimé pouvoir dessiner.

Bethy a publié ensuite pas moins de trois albums de Spawn qui divisait l’opinion : certains y voyaient un vrai renouveau des comics indépendants, les autres une supercherie davantage fondée sur les dessins au détriment des scenarios. Te souviens-tu de ton positionnement ?

En fait, la première génération Image, celle des sept fondateurs, ne faisait rien d’autre que du super-héros mainstream dans un cadre moins contraignant (plus de Comics Code) et en gardant la propriété de leurs créations. Et comme c’était une génération d’artistes « hot », ils mettaient en avant les dessins puisque c’était cela qui avait fait leur succès. Il n’y avait donc pas supercherie : les lecteurs américains étaient censés avoir exactement le même genre de comics que ce qu’ils avaient plébiscité chez Marvel un ou deux ans avant.

Je crois que les « Image boys » ont commis l’erreur d’afficher un peu trop leurs états de service comme « superstars du dessin » et de laisser entendre que le scénario n’était pas si important que ça. En fait, McFarlane, Liefeld, Larsen et Valentino avaient tous une expérience de scénariste avant de créer Image. Mais le problème, c’est qu’ils travaillaient avec de nouveaux personnages, dont ils devaient définir les personnalités, les pouvoirs et l’univers en plus de raconter leurs histoires. Je pense que c’est ce qui a déçu beaucoup de lecteurs, qui s’attendaient à retrouver exactement le même genre de plaisir qu’ils avaient à la lecture des aventures des X-Men ou de Spider-Man, des personnages qui avaient des dizaines d’années d’aventures derrière eux.

Le griffu par Mignola

Le griffu par Mignola

En vingt ans, Image est passé du statut de poil à gratter et d’imitateur plus ou moins inspiré de DC/Marvel au successeur de Vertigo. As-tu suivi son évolution et ses séries phares ?

De loin en loin. Des années 1990, j’ai surtout retenu les interventions d’Alan Moore sur WildC.A.T.S et ses mini-séries Violator et Badrock, et surtout 1963, que je relis encore de temps en temps avec délice. Et bien sûr ses Supreme et sa « ligne » de comics ABC, mais ça c’était déjà à la limite d’Image, voire en dehors. Et puis Astro City de Kurt Busiek, qui est quelque chose de très grand et continue de l’être… chez Vertigo (ce qui est marrant par rapport à ce que tu dis comme quoi Image serait le « successeur » de Vertigo).

Dans les années 2000, je n’ai pas suivi l’irrésistible ascension de Robert Kirkman, à part Astounding Wolf-Man (qui me posait problème parce que je trouvais que le héros était une sacrée nouille et que le méchant était mille fois plus intéressant). Plus récemment, j’ai lu les premiers The Wicked and the Divine sans pousser plus loin. Le premier tome de Black Science m’est tombé des mains. Il faudra que je réessaye de le lire à l’occasion. Je suis sûr que je rate plein de choses intéressantes mais je n’ai tout simplement ni le temps ni les moyens de lire tout ce qui paraît. Les seules séries indés que je suive, ce sont Black Hammer chez Dark Horse et Alters chez Aftershock.

Mis à part Odyssée Cosmique de Jim Starlin et Mike Mignola, Bethy n’a publié aucun album de Batman/Superman. C’était moins vendeur ?

Béthy a eu une existence très courte. À l’époque, les lecteurs français ne juraient que par Marvel, donc il fallait commencer DC par des œuvres donnant un aperçu de cet univers. Odyssée Cosmique n’était pas une histoire de Superman et Batman mais une mini-série présentant aussi d’autres héros comme Martian Manhunter, le Green Lantern Hal Stewart et les New Gods. On avait en projet de publier ensuite Crisis on Infinite Earths, mais on n’en a pas eu le temps.

Inversement, Bethy fut le seul éditeur encore à ce jour à proposer les New Gods de Kirby….

Il me paraissait évident qu’une collection comics devait publier du Kirby. On avait fait un album avec les Fantastic Four (et on en aurait volontiers fait d’autres) et on voulait publier du matériel paru chez DC. Quoi de mieux que New Gods pour commencer ? On aurait aimé le faire en couleurs mais DC n’avait qu’une version en noir et blanc avec niveaux de gris, alors on l’a fait comme ça. La suite devait être Mister Miracle, mais comme Béthy s’est arrêté, c’est finalement paru chez Vertige Graphic, qui a repris quelques projets laissés en plan.

Have a cigar, you're gonna go far...

Have a cigar, you’re gonna go far…

Tu y as publié également un ouvrage sur Kirby. Que représente-t-il à tes yeux ?

Un tout petit « ouvrage » qui était en fait un petit livre censé être offert aux acheteurs de deux livres des éditions Béthy. J’avais probablement écrit plus de texte sur Kirby dans Les Cahiers de la BD quelques années auparavant. J’aime beaucoup l’œuvre de Kirby et je constate que son influence sur les comic books de superhéros se fait sentir encore aujourd’hui. Regardez le succès du film Black Panther, un personnage qu’il a créé ! Et qu’est-ce qui resterait de l’univers DC de ces dernières années si l’on en retirait Darkseid ? J’ai acheté récemment le trade paperback de The Demon et c’est incroyable : voilà des BD qui ont plus de quarante ans et qui ont un punch, un impact visuel proprement incroyables.

Il est question ces jours-ci de publier ses Young Romance. Tu les as lus ?

Juste quelques histoires. C’est ça aussi qui est formidable avec Kirby : on n’a jamais tout lu, on en découvre perpétuellement.

Avant l’arrivée d’Internet, je raffolais de tes éditos chez Bethy. C’était le seul endroit en France avec Scarce où l’on pouvait avoir des analyses de personnages Marvel associées à un rappel de l’histoire du personnage.

Je considérais qu’il fallait se dire que nos albums n’étaient pas destinés aux seuls fans endurcis. Dans mon idée, il fallait qu’un lecteur qui n’avait jamais lu de comics puisse ne pas se sentir perdu. Il était aussi nécessaire de situer les histoires publiées dans la carrière parfois longue d’un personnage, et dans celle des auteurs. Je crois que Didier Pasamonik disait, à moitié sérieux, qu’il voulait faire la Pléïade des comics de super-héros. Sans aller jusqu’à ce niveau d’accompagnement, je crois qu’il faut donner au lecteur des éléments d’appréciation sur ce qu’il lit. Ça renforce et prolonge le plaisir.

Papier glacé épais, couverture amovible, traduction soignée et travail éditorial appliqué. Pourquoi Bethy s’est éteinte en 1999 ?

Là encore, Didier Pasamonik pourrait donner plus de détails, mais simplement, éditer des livres cela coûte cher et les bénéfices ne rentrent pas toujours assez vite, ni en quantité suffisante. Et puis, à cette époque, le public pour les comics en librairie était loin d’être aussi développé qu’aujourd’hui.

En 2004, Panini prend le relais de Semic en matière de diffusion de Marvel en France avec succès et malgré de gros points noirs (maquettes douteuses, traductions atroces, publications erratiques). N’en as-tu pas tiré une certaine amertume ?

En fait, Panini a repris Marvel en kiosques dès 1997 et ils avaient dès le début l’intention de faire des albums. Quand Béthy s’est arrêtée, ils ont eu le feu vert pour ça. Je n’ai pas suivi ce qu’ils ont fait donc aucune amertume.

Traduire From Hell ? Ça va saigner !

Traduire From Hell ? Ça va saigner !

Autre motif de respect éternel : tu traduis au début des années 2000 le From Hell de Moore. Des anecdotes ?

Ah là là ! Cette traduction a été la plus grosse que j’aie réalisée d’une traite ! En fait, j’avais lu les premiers chapitres de From Hell  dans les fascicules publiés par Moore puis j’avais décroché. J’ai donc découvert cette œuvre en la traduisant, ce qui m’a quand même pris cinq mois. Et à la fin, les pages de notes d’Alan Moore constituaient une telle masse de texte que je n’aurais pas pu tenir les délais sans l’aide de mon ami François Peneaud (qui a aussi traduit les comics des Simpson), lequel en a fait la moitié.

Là où j’en ai le plus bavé, c’est pour essayer de rendre les différentes façons de parler des personnages, qui ne s’expriment pas de la même façon selon leur classe sociale. Et sur l’immonde jeu de mots sur « case » quand l’inspecteur Abberline commet un lapsus lors d’une conversation avec la prostituée qu’il fréquente. Mais bon, ça valait la peine de se donner du mal car From Hell continue de se vendre… et de me rapporter des droits d’auteur, ce qui est loin d’être le cas de la majorité des BD que j’ai traduites.

Tu continues de suivre l’actualité Marvel ?

De très loin. Je la suis essentiellement sur les sites d’actualité comme Newsarama et Comic Box. Récemment, j’ai acheté des numéros de USAvengers parce que je fais partie de ces gens faibles à qui il est très facile de vendre une série avec un Hulk rouge avec une moustache. Le problème, c’est qu’à peine on commence à en lire quelques numéros que les personnages se retrouvent embringués dans le plus récent crossover (en l’espèce Secret Empire). Ça ne laisse pas au scénariste beaucoup d’espace pour développer les personnages et leur environnement, ce qui est quand même ce qui m’intéresse le plus.

Tu as déclaré récemment ne jamais avoir aimé les Inhumains ! Crois-tu que Kirby te pardonnerait ?

Je crois que Kirby serait le premier à reconnaître qu’il y avait dans sa création une grande part d’improvisation, liée à sa maîtrise des codes du récit d’aventures populaire. C’est parce qu’il est complètement dans ces codes que, par exemple, il y a tant de rois dans son univers : Dr Doom, Sub-Mariner, Black Panther, Odin à Asgard, et bien sûr Black Bolt et la famille royale des Inhumains. Or, dans le cas des Inhumains, il a fait rentrer cette notion de famille royale à super-pouvoirs dans son concept initial de race cachée au sein de l’humanité, puis dans une sorte de Shangri-La mâtiné de Brigadoom. Ça partait dans tous les sens, et en fait Kirby a surtout utilisé les Inhumains comme personnages secondaires dans Fantastic Four, donc ce n’était pas trop grave. Les ennuis ont commencé quand il a fallu faire porter à ces personnages hyper-limités des séries solo… et c’est là qu’on s’est aperçus qu’ils étaient très, très limités.

Ice-ice-baby : Iceberg et son premier baiser

Ice-ice-baby : Iceberg et son premier baiser

Tu es également un pionnier de la représentation de l’homosexualité en BD. Le coming out d’Iceberg chez Marvel c’est de l’opportunisme ou une vraie opportunité pour les gays d’être représentés ?

Dans les années 1980 et 1990, quand DC et Marvel ont commencé à créer des personnages LGBT, ils se sont aperçus que ces personnages ne duraient pas parce qu’ils n’avaient pas la familiarité et la force iconique des grandes « licences ». Ils avaient déjà constaté ce phénomène avec les personnages noirs et qu’il était plus facile de faire endosser à un noir l’armure d’Iron Man ou le costume de Green Lantern que de faire durer un comic consacré à un héros noir. Donc, depuis les années 2000, c’est un peu la même politique qui est adoptée pour les héros LGBT : les raccrocher à quelque chose de connu, par exemple la licence Batman en créant une nouvelle Batwoman lesbienne.

Donc, dans le cas d’Iceman, l’idée était de ne pas créer un nouveau personnage mais de faire « sortir du placard » un héros très ancien. C’est sûr que ça a fait parler de la représentation LGBT dans les comics mais comme souvent dans ces cas-là, beaucoup attendent que le héros représente tous les LGBT, ce qui n’a évidemment aucun sens. L’héroïne d’America, America Chavez, est queer elle aussi, mais les médias n’y ont pas fait très attention parce que c’est un nouveau personnage, pas un « pilier » de l’univers Marvel.

Quelle est ton actualité ?

Toujours énormément de BD Disney, dont un héros masqué qui occupe pas mal de mon temps : Fantomiald dans le trimestriel Les Chroniques de Fantomiald. De temps en temps un roman graphique, comme récemment Le Parc, d’Oscar Zarate (Actes Sud L’An 2), une intéressante histoire de rencontres et de conflits humains sur fond de Londres contemporain. Le bouquin est sorti en novembre dernier et passé plutôt inaperçu, ce qui est dommage. Et puis je suis très pris par La Revue LGBT BD, un semestriel que j’édite, et où je traduis certaines BD, en plus de celles que j’écris et dessine. C’est amusant parce qu’il y a une continuité avec Béthy puisque je publie – entre autres – dans La Revue LGBT BD des bandes d’Howard Cruse, dont j’avais traduit Un Monde de différence pour Béthy et qui est finalement paru chez Vertige Graphic.

Un dernier mot ?

Je m’intéresse toujours à la bande dessinée en général, et ce que quelle que soit son origine géographique ou son mode de publication (papier ou numérique). J’ai grandi avec la BD franco-belge et les comics, mais j’aime aussi beaucoup plein de mangas. Néanmoins, je me rends compte que les BD que je préfère sont celles qui s’éloignent de la réalité pour emmener le lecteur ailleurs tout en conservant un aspect humain. Les comics de super-héros correspondent tout à fait à ce profil quand elles conservent un certain sense of wonder. Je ne saurais assez remercier Michel Fiffe, qui écrit, dessine et publie la série Copra, pour me l’avoir rappelé de manière éclatante.

Où l'on retrouve également Stéphane Maillard Peretti, contributeur du blog

Où l’on retrouve également Stéphane Maillard Peretti, contributeur du blog

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Avant que le comic-book ne trouve sa respectabilité en librairie ou en médiathèque, les éditions Béthy furent parmi les précurseurs de comics Marvel édités en volume dur, papier glacé avec une traduction de qualité. Le légendaire Jean-Paul Jennequin, son directeur de publication, nous raconte dans une interview exclusive ses années Béthy. 

La BO du jour : Béthy, Béthy…

49 comments

  • artemus dada  

    En complément à cette très intéressante interview, je vous propose, en complément, de plonger dans l’une des BD commercialisées par BETHY. Il s’agit de Le Club de la fin de siècle, que j’avais mentionné dans mon commentaire précédent.
    On pourra sur mon blog voir le travail d’édition de JPJ, et bien évidemment, quelques planches de cette formidable bédé d’Ilya

    Bref quiconque veut en savoir plus, est le bienvenu sur mon blog [https://artemusdada.blogspot.fr/2018/04/le-club-de-la-fin-de-siecle-bethy.html]

    Hasta aleykum !!

    • Bruce lit  

      Merci de l’info Artemus. Je vais regarder ça.

    • Jyrille  

      Je ne connaissais pas du tout. Ca a l’air super ! Je me souviens qu’à cette époque, j’achetai le magazine Gotham! qui prépubliait ou republiait les Spaghetti Brothers, Tank Girl, une bd massacrée qui partait super bien de Varanda et Ange… bref, ça me rappelle des souvenirs et je me dis que j’ai loupé des trucs ! Merci beaucoup Artemus.

      • artemus dada  

        Oui je lisais aussi Gotham, il y avait aussi Le Golem qui avait publié Preacher en N&B ; cela dit pour Le Club de la fin de siècle, on le trouve assez facilement en occasion (à vil prix en plus), il n’est pas trop tard pour combler ce qu’on a pu « louper ».

        En tout cas c’est avec plaisir.

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