Le privé a un secret (Spider-Noir la série télé)

Spider-Noir par Oren Uziel et Steve Lightfoot

Une dix-septième série télé-streamed par CYRILLE M

Prime Video
Source CBR

SPIDER-NOIR est une série télévisée créée par Oren Uziel et Steve Lightfoot pour les réseaux américains MGM+ et Amazon Prime Video. Elle comporte pour le moment une saison de huit épisodes d’une quarantaine à une cinquantaine de minutes chacun. Les rôles principaux sont tenus par Nicolas Cage (Ben Reilly / L’Araignée), Lamorne Morris (Robbie Robertson), Li Jun Li (Cat Hardy), Jack Huston (Flint Marko), Abraham Popoola (Lonnie Lincoln) et Brendan Gleeson (Silvermane). Les huit épisodes sont disponibles sur la plateforme Prime Video depuis le 27 mai 2026. Cet article ne serait pas le même sans Wikipedia et NME.

Intro

New-York, les années 30. Le ciel est traversé par un homme portant costume de ville et chapeau feutre, un masque d’épais tissu tout en se balançant à des fils qui sortent de ses mains. Il nous parle en voix off : il s’appelait L’Araignée (The Spider en VO), protégeait les habitants de New-York car de grands pouvoirs impliquent de grandes responsabilités, mais il a failli : dans sa vie civile de Ben Reilly, l’amour de sa vie, Ruby, est morte. Depuis, L’Araignée n’a plus réapparu.

Ben Reilly est détective privé. Il suit un type qui sort d’un bar, un certain Addison. Il se fait repérer, lui court après, mais il est arrêté dans sa course par un autre détective privé qui a exactement la même mission. Finalement, Addison meurt sous les balles du second détective, juste après avoir fait preuve d’aptitudes particulières : il peut s’enflammer spontanément sans brûler.

Ben retrouve ensuite son ami Robbie dans un café. Ce dernier tente de retrouver un poste de journaliste, car il était le reporter attitré de L’Araignée. Il écrit ainsi un article sur Silvermane, le patron de la pègre, qui a échappé à l’incendie de sa grande demeure. Quant à Ben, il accepte à contre-cœur une nouvelle enquête.

Alors ?

D’abord, je me suis demandé « Pourquoi Nicolas Cage ? ». Cela semblait un mistcast total, le gars a aujourd’hui soixante-deux ans, il ne va pas batifoler comme un cabri entre deux gratte-ciels et cela ne correspond pas du tout au comics d’origine. C’est que j’avais oublié qu’il était la voix de Spider-Man Noir dans le premier film d’animation avec Miles Morales, INTO THE SPIDER-VERSE. Et que le personnage de Spider-Man appartient toujours à Sony. Donc une production Amazon et aucun lien, aucun rappel, aucune référence à quoi que ce soit qui appartienne à Marvel et au MCU.

La bande-annonce en VO en couleur

Mais finalement, Cage est le premier attrait de cette série. Même s’il y a quelques scènes d’action, elles ne sont pas au centre de l’écriture, ne sont pas originales, marquantes ou épiques. Avec le masque, il est clair qu’il est encore plus facile de doubler Cage sans que cela ne jure trop. Le second point fort réside dans l’ambiance, celle des films noirs des années 30 et 40, des films de gangsters et de détectives privés, comme les films avec Humphrey Bogart tels que LE FAUCON MALTAIS ou LE GRAND SOMMEIL. Les décors sont soignés même si peu variés, les quelques scènes en extérieur fonctionnent sans être du grand spectacle mais le casting tient la barre sans faillir, de la femme fatale Cat Hardy aux hommes de main déprimés Lonnie et Flint en passant par le caïd Silvermane. Avec son accent improbable, Cage campe donc solidement un archétype de détective à la Philip Marlowe qui a forcément une vision cynique de la vie.

Pour la première fois – enfin, à ma connaissance – vous aurez à choisir entre deux versions de la série : sans parler des dialogues en VO ou en VF, elle est également proposée en couleurs ou en noir et blanc. Je n’ai pas tout regardé deux fois, mais j’ai un peu alterné les épisodes, revu certains passages, et chacune a son charme. J’ai une préférence pour le noir et blanc, qui correspond mieux à l’ambiance voulue, mais les couleurs, très saturées et chaudes, rappellent effectivement le DICK TRACY de Warren Beatty, qui mixait déjà film noir et comics.

Musique

Le score, la musique d’ambiance, est de Kris Bowers et Michael Dean Parsons. Elle étonne parfois par ses choix bruitistes, mais colle souvent à l’ambiance de club enfumé où les torch songs se suivent. La chanson du très bon générique, que je n’ai jamais passé, assez proche de Amy Winhouse, est chantée par Kirby. Il s’agit de soul moderne, avec des sonorités récentes et une mélodie qui nous semble pourtant déjà entendue. Celles du personnage de Cat Hardy, chantées par l’actrice Li Jun Li, dont son excellente reprise de Dream a Little Dream of Me, apparaissent toutes dans la bande son, sortie le même jour que la série.

Le générique à l’ancienne, assez long, ne suit donc pas les dernières modes et n’est visible qu’en noir et blanc

Outro

Malgré des personnages qui passent beaucoup de temps à boire de l’alcool fort et à fumer des cigarettes, quelques morts violentes et des transformations de corps assez proches du body horror, la série n’a rien de sombre. L’aspect « noir » reste un décorum, car comme le dit Cage dans un entretien à Variety, le propos est bien de faire se rencontrer des histoires de comics de super-héros avec le polar des années 30. Pour cela, il dit s’être inspiré de Roy Lichtenstein. Les scènes comiques et les réparties cinglantes alternent donc avec des moments dramatiques où la tension n’est jamais vraiment présente, surtout que, par exemple, Lamorne Morris a plus d’appétences avec la comédie.

Pour ma part, cela ne m’a pas dérangé, j’ai bien ri et me suis bien amusé. J’ai apprécié la proposition tant elle est généreuse dans sa réalisation, son casting et ses dialogues. L’histoire a beau ne pas avoir de direction claire (on se retrouve soudainement devant une origin story), part parfois dans quelques longueurs inutiles, il y a toujours quelque chose à regarder ou écouter. Vous y trouverez de la caméra subjective, des split screens, beaucoup de cadres obliques (les Dutch angles) et pas mal de travail sur les lumières, notamment les classiques rais qui traversent les persiennes, et les textures, que ce soient celles des vêtements, de la nourriture ou des accessoires. Je retiendrai également une séquence de surimpressions des personnages sur fond de palais des glaces de fête foraine qui a de forts relents de giallo.

Enfin, si vous êtes devenu allergique au MCU, rien ici ne vous rappellera ses films et ses séries. L’écriture conserve l’esprit des dessins animés Sony, ayant l’avantage de développer des personnages moins connus ou nouveaux, le tout dans un univers inédit.


En BO du jour, le tout dernier morceau lors du générique de fin, en pure logique

Chapeau : Il n’a pas encore lu tous les arcs du comics, mais Cyrille M a vu la série d’Amazon Prime sur Spider-Man Noir. Elle a le bon goût d’être renommée Spider-Noir et de proposer une forme soignée en deux versions. Laquelle choisirez-vous ?

5 comments

  • JB  

    Merci pour cette présentation ! Pas encore vu, donc je reviendrai après visionnage pour un commentaire plus éclairé.
    C’est drôle, l’ambiance pulp, les flingues et le surnom The Spider m’évoque moins une version alternative (grr, disons Variant pour les termes actuels) de Spider-Man qu’une version « pirate » du personnage pulp du même nom, une nième copie de The Shadow imaginée par Harry Steeger.

    • Jyrille  

      Merci JB ! Hâte d’avoir tes retours. Tu as raison, j’ai récemment entendu parlé de ce Spider dont tu parles, sur FB je crois (ça devait être un post de je ne sais plus quel érudit, très intéressant), mais ici il a clairement les mêmes pouvoirs que Spidey. Donc il a les deux : les pouvoirs et l’esprit adulte et sans pitié (il peut tuer ses opposants sans états d’âme).

  • JP Nguyen  

    Ton article donne bien envie et j’ai déjà un abo à ce service de streaming, je crois que je vais me laisser tenter même si je ne suis pas très fan de Nicolas Cage.

    • Jyrille  

      Merci beaucoup JP ! Hâte d’avoir ton avis aussi. Je ne suis pas un grand amateur de Nicolas Cage non plus, mais il est vraiment talentueux, et ici il est parfait, que ce soit dans la comédie ou le drame.

  • Fletcher Arrowsmith  

    Bonjour.

    je n’ai pas lu le comics (même si cela ne devrait tarder) et je ne connaissais pas l’existence de cette série télé.

    Les vidéos montrent une envie certaine de se démarquer, de faire quelques choses de différent. Je n’ai pas le service de streaming associés, donc je ne regarderais pas même il y a de l’idée. Et en effet le noir et blanc a l’air beaucoup mieux que la couleur.

    Merci pour cette article.

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