SELFISH(E) HULK!

Notation Doop Notation Cyrille

SHE-HULK, AVOCATE par Jessica Gao

Un Bullshit Detector de DOOP O’MALLEY modéré par CYRILLE M

VF/VO : DISNEY +

SHE-HULK, AVOCATE une série en 9 épisodes de 25 minutes créée par Jessica Gao

Un article avec SPOILERS, beaucoup de SPOILERS bien évidemment.

DOOP : Cet article à charge analyse les neuf épisodes de SHE-HULK : AVOCATE, une série télévisée basée sur le personnage de comic-book du même nom. Il essaye d’expliquer pourquoi, à son humble avis, cette série est en réalité un véritable doigt d’honneur aux spectateurs. Et de montrer la manière dont les scénaristes mettent en avant un « culte du moi » ainsi qu’un dénigrement total des différents corps de métiers ayant participé à la réalisation de la série sous couvert de progressisme et d’originalité.

CYRILLE : Bonjour Doop, bonjour à toutes et tous ! C’est Cyrille qui vous parle, l’avocat de l’avocate She-Hulk, et je vais tenter d’adoucir les propos précédents (qui sont déjà pas mal violents et un peu définitifs je trouve) et suivants. Parce que je vous préviens : je suis naïf, je ne connais pas du tout la bd She-Hulk, je ne suis pas non plus un spécialiste de tous les arcanes de la télé et en plus, je suis un homme cisgenre. Je vais donc simplement exposer mon point de vue.

Une bande annonce dont l’avant-dernière séquence, celle où She-Hulk tombe de la falaise, illustre totalement l’état d’esprit des scénaristes de la série envers le reste du monde.

1) L’origine du mal

D. J’étais plutôt ravi de voir l’apparition de She-Hulk sur le petit écran. Le personnage a toujours été l’un de mes préférés et ce côté léger pouvait correspondre à mon sens au ton des séries Marvel. J’avais même défendu avant qu’elle n’arrive la série lorsque certains esprits bornés avaient dénoncé le corps trop sexualisé de She-Hulk pour « prouver » que le personnage était sexiste. Alors que c’est limite tout le contraire. John Byrne, un des artistes phares du personnage utilisait notamment la sexualité de son héroïne pour dénoncer les bas instincts du lectorat de super-héros et les réflexes de vente des éditeurs Marvel. Quant à Dan Slott (un autre scénariste), il a fait du personnage une réelle icône, un modèle pour beaucoup de jeunes super-héroïnes. Un autre exemple : le run de Mariko Tamaki où la psychologie du personnage prend le pas sur tout le reste. Autant dire que catégoriser She-Hulk comme un personnage sexiste est aussi pertinent que d’affirmer que Bruce, notre chef bien aimé, est un fan de la 1ère heure de Coldplay. J’avais donc plutôt envie de la défendre cette série, même si effectivement les effets spéciaux avaient l’air moisis et le personnage faisait plus penser à Fiona de Shrek qu’à She-Hulk. J’ai eu un premier doute toutefois lorsque j’ai vu que toute l’attention était portée sur l’apparition de Daredevil dans l’un des épisodes, plutôt que sur le reste de la série. Généralement quand on vous vend une série sur un cameo de personnage, c’est que le reste n’a rien à dire. Mais ce n’est pas vrai ! SHE-HULK : AVOCATE porte un véritable message : celui de dire aux spectateurs qu’on se fout de ce qu’ils pensent et que quoi qu’il arrive, Disney les prend et les prendra toujours pour des machines à fric. Entendre dans cette série un tel discours, non seulement cynique mais en plus totalement assumé est quand-même assez stupéfiant !

C. J’avoue que comme souvent, je n’ai vu presqu’aucune image promotionnelle de la série. L’arrivée de DD, si je l’ai aperçue, je n’en ai aucun souvenir, ce fut une vraie surprise de le voir débarquer dans l’épisode 8. Tout ça pour dire que faire une série et faire un buzz autour (ou disons faire du marketing), sont deux choses différentes. Pour moi l’une n’a pas d’incidence sur l’autre. Quant au véritable message de la série, j’avoue que je ne suis pas certain de l’avoir trouvé. Mais perso, je m’en fous, je n’attends pas de messages, et encore moins de Marvel, je n’en ai pas besoin. Par contre, j’attends d’être diverti, et j’attends de mesurer la température de notre société grâce à la série, comme toute œuvre contemporaine et encore mieux, en agrégeant toutes ces séries et bds et films et expos et activités artistiques en général. Oui, parfois, je me prends pour Adrian Veidt.

D. Tu as raté la fin de l’épisode 5 puisque celui-ci te fait miroiter pendant le générique de fin la présence de notre tête à cornes. Ce qui est évidemment un signal envoyé aux fans. Je pense même que l’apparition de DD devait se faire à l’épisode 6. Ils ont fait miroiter jusqu’au 8. Quant à la différence entre faire une série et faire du buzz, je dois t’avouer que pour She-Hulk, c’est clairement faire du buzz ET construire une série autour. Mais c’est mon côté cynique. Une série peut aussi divertir tout en proposant un message, une idée. Pas un mille-feuille de clichés. Oui, parfois je me prends pour le Schtroumpf grognon. Mais je suis gentil dans la vraie vie !

Des effets numériques pas très convaincants

2) L’important, c’est la chute

Et le premier épisode est plutôt conforme à mes attentes. On y découvre les origines de She-Hulk (Jennifer Walters), contaminée par le sang de son cousin et qui développe les mêmes caractéristiques. À un détail près : elle se contrôle parfaitement. Enfin, ce n’est pas comme si Bruce Banner montrait quelque signe de colère ou de perte de nerfs dans la série puisqu’il passe sa journée à faire des blagues et participer à des barbecues en chemise hawaïenne. Mais passons. Disons que ce qui a pris beaucoup de temps à Bruce Banner est instinctivement réalisé par Jennifer. Le personnage est fort bien introduit. Mais les dernières minutes viennent totalement gâcher l’introduction. Pourquoi est-elle aussi forte et maîtrise-t-elle autant sa colère ? Eh bien parce que c’est une femme et qu’en tant que femme, elle subit tous les jours une grosse charge mentale. Voilà, on y est. Encore une fois, le but n’est pas de nier l’inexistence de la charge mentale sur les femmes, simplement de la généraliser à l’ensemble. Pas certain qu’une avocate New Yorkaise, entourée par une famille aimante, qui n’a aucun problème relationnel et blindée aux as ait les mêmes difficultés que, allez, une maman solo de 2 enfants payée au SMIC. Le niveau de subtilité au ras des pâquerettes des séries Marvel n’étant plus à démontrer, on se dit toutefois que ça peut encore passer. Ce n’est pas finaud mais le point de vue existe et n’est pas si dérangeant que ça, même s’il est mal amené. Ce qui est très gênant, c’est surtout la fin.

Bruce Banner : « Et de fait, tu vas faire quoi avec tes pouvoirs, Jen ? Tu vas servir de modèle aux femmes pour leur prouver qu’avec de la volonté, elles peuvent dépasser leurs modèles masculins ? »
Jennifer Walters : « Tu plaisantes ! Avec ce nouveau corps, je peux tenir l’alcool comme personne ! En plus j’ai le physique d’une grosse bombasse ! Donc ça va être concours de rots et surtout, inscription sur Tinder où je vais pouvoir matcher comme une grosse biatch ! Yeeeeahhh ! Et me foutre de la gueule de Captain America, ce tout petit puceau ! »

Ce sont les dernières paroles de She-Hulk à la fin dupremier épisode (un peu exagéré et condensé). Les bonnes intentions de la série viennent de se fracasser sur le mur de la vanité et de l’exubérance des années 2020.
Dans les huit épisodes qui vont suivre, She-Hulk ne sauvera personne ! Personne ! Le seul être vivant dont She-Hulk prend soin, c’est d’elle-même. Pathétique reflet d’une génération autocentrée et dont la recherche de jouissance personnelle prend le pas sur le bien commun.

Vous savez pourquoi mes problèmes sont les plus importants du monde ? Parce que ce sont les miens !!!!! (c’est une citation d’Ally McBeal, qui faisait là preuve d’autodérision et de critique en une seule phrase).

C. Objection votre Honneur ! Je suis personnellement plus que circonspect sur le concept de charge mentale – cela n’engage que moi – mais si celui-ci est réel, est-il vraiment judicieux de l’utiliser comme discriminant ? Ainsi, certaines personnes auraient le droit de l’invoquer et d’autres non ? Admettons donc qu’en étant seule et sans enfants, Jennifer Walters, qui a tout de même une famille un peu envahissante et toute aussi problématique que n’importe quelle cellule familiale, n’aurait pas le droit de se sentir oppressée par cette charge. Elle est ainsi obligée de se dire qu’elle n’a pas le droit d’avoir le sentiment d’être mentalement oppressée, en d’autres termes, on lui retire de ce fait le droit d’avoir des sentiments. Pour moi, cela n’a aucun sens, cela revient exactement à sommer un dépressif de se bouger les fesses.

D : Disons que lorsque je me plains de ma vie, j’essaye de savoir à qui je m’adresse. Concrètement, se plaindre de sa condition en face de quelqu’un qui est orphelin, a été battu par son père régulièrement, a vu ce dernier tuer sa mère. Quelqu’un qui, lorsqu’il est devenu scientifique a été humilié par un général dont il était tombé amoureux de sa fille et a vu ses projets sabotés par un espion. C’est tout ça Bruce Banner. Evidemment qu’elle va mieux gérer sa colère ! Un peu de compassion de la part de Jen envers son cousin n’aurait pas fait de mal. Ce qui renforce aussi l’aspect égoïste. C’est mal écrit et cliché : lorsque Jennifer se met sur un service de rencontre, elle a zéro message, ce qui est totalement absurde. Mettez Tatiana Maslany, même avec des lunettes sur Tinder, je pense qu’elle aura beaucoup de prétendants. Jennifer n’est même pas timidement maladive, il suffit de la voir danser et boire dans les bars. Jennifer Walters n’est à plaindre que dans l’esprit des scénaristes qui l’écrivent.

C : Au-delà de ça, la direction de la série est clairement évoquée dès le départ : Jennifer Walters ne veut pas être une super-héroïne, alors que son cousin ne lui dit qu’elle n’a pas le choix. Or justement, si, elle l’a. Et elle le prend. Elle a décidé d’être avocate et d’aider les gens ainsi, pas en les retirant des flammes à l’autre bout de la planète, ce qui la distingue donc de Daredevil, qui a lui choisi les deux. De plus, ce choix lui a coûté beaucoup de temps (d’autant plus qu’elle est une femme et doit donc être encore plus performante professionnellement que ses collègues hommes) et d’argent : elle doit encore rembourser ses études. En bref, elle se présente comme n’importe quel quidam et envoie un message plutôt progressiste : en tant qu’adulte responsable, personne n’a le droit de me dire ce que je dois faire. Et il devrait s’appliquer à tout un chacun tant que l’on ne sort pas d’un cadre légal commun.

D. Ce n’est pas ma définition du super-héros. S’il a des pouvoirs, c’est pour faire le bien. Oui, je suis parfois une sorte d’Oncle Ben. Je pense que c’est là notre plus gros désaccord. Cela a toujours été le cas chez Marvel, remember l’oncle Ben ou encore les X-Men. De plus, en tant qu’avocate, ici elle n’aide personne, désolé ! Elle s’aide soi-même, elle aide Megan Thee Stallion, le couturier pété de thunes et Wong. Pas vraiment des gens « dans le besoin ». Elle travaille dans une compagnie hyper friquée. C’est la meilleure avocate du monde ? Elle veut aider les gens ? Qu’elle fasse du pro bono. Encore une fois, j’y trouve un manque d’empathie envers les autres.

C : De plus, ce n’est pas du tout la charge mentale qu’elle utilise pour expliquer le fait qu’elle gère beaucoup mieux la colère que son cousin. En VO (je n’ai pas regardé la série en VF), le terme n’est même jamais utilisé. Non, ce qu’elle met en exergue, c’est l’incivilité mâle. Ce sont ses collègues incompétents qui lui expliquent ce qu’elle doit faire. Ce sont les harceleurs de rue, ceux qui la sifflent, ceux qui utilisent le terme d’hystérique dès qu’une femme se montre revendicative. Et tout ça, je n’ai pas besoin d’y croire, je sais que ça existe. Enfin, elle ne traite pas Cap de puceau du tout, au contraire, et c’est très très drôle.

D. Là-dessus je te l’accorde, j’ai généralisé tout cela en charge mentale. Que l’incivilité mâle soit un moyen de gérer sa colère, ma foi, c’est pas très finaud mais comme je l’ai dit, dans le cadre de la série ça passe. Mais ces points-là (harcèlement, bonimenteurs) ne sont quasiment pas abordés. Voir ci-dessous. Ce qui m’agace le plus dans cette série, je pense, c’est la totale destruction du discours féministe. Certes, quelques points sont abordés : je pense notamment aux agressions sexuelles de rue ou la difficulté de se faire une place dans le monde du travail lorsqu’on est une femme. Mais cela ne dure que quelques secondes à l’écran, à savoir deux scènes et trois répliques sur les neuf épisodes. Neuf épisodes où l’un est uniquement basé sur She-Hulk qui cherche une robe de soirée et un autre où She-Hulk matche des compagnons sexuels sur un site de rencontres.

3) Les monologues du vagin

Plutôt que d’avoir un personnage léger qui apporte un point de vue ne serait-ce que superficiel sur les difficultés d’être une femme dans un monde d’homme, on va voir une femme assumée qui va utiliser son physique hors norme afin de satisfaire ses besoins individuels de base pour montrer sa toute-puissance. À savoir acheter des trucs chers et avoir des relations sexuelles. Si tu veux prouver aux autres que tu es une femme forte, montre tes fesses et agis comme une chienne !
L’épisode 3 en est un exemple parfait. C’est ce fameux épisode où est invitée la rappeuse Megan Thee Stallion. L’intrigue est faible (une asgardienne prend l’identité de la chanteuse pour abuser de beaux milliardaires). C’est tout. Les épisodes durant trente minutes avec en gros une minute de récapitulatif et huit minutes de générique de fin, on ne peut pas vraiment développer grand-chose. En dehors de l’aspect totalement grotesque du scénario, nous avons donc la présence de la rappeuse Megan Thee Stallion.

Cet épisode vous a peut-être paru insignifiant mais c’est surtout parce que Megan Thee Stallion n’est pas encore très connue en France. Aux Etats-Unis, elle s’est fait connaître pour son rap cru et sexué, dans la lignée de Nicki Minaj, qui pourrait limite passer pour Annie Cordy à ses côtés. Elle a connu le succès grâce notamment à ses chansons THICK, HOT GIRL SUMMER ou encore son duo avec Cardi B, WAP, dont je vous cite les paroles que la décence m’interdit de traduire : Take a bucket and a mop for this Wet Ass Pussy, take your boots and your coat for this Wet Ass Pussy.

Si votre jeune nièce de douze ans vous demande d’acheter le dernier album de Megan Thee Stallion parce qu’elle l’a vu dans She-Hulk, comment dire ? Réfléchissez et allez voir les clips. D’ailleurs la fin de l’épisode se suffit à elle-même puisque She-Hulk et Megan twerkent allègrement au son de BODY, l’un des derniers titres de la chanteuse : une chanson sympa qui a pour fond sonore une jeune femme en train de pousser des cris orgasmiques avec des paroles telles que Body Crazy, Curvy, Wavy, Big Titties, Lil Waist. Ellen Ripley, rentre chez toi, ton image de femme forte est humiliée par un twerk. Maintenant c’est le pussy power ! Et c’est un peu la même chose avec Titania, interprétées par Jameela Jamil, excellente dans THE GOOD PLACE, femme forte et influenceuse qui s’en prend à She-Hulk parce qu’elle va lui piquer des followers. Elle m’a piqué des followers ? Sérieusement ? C’est ça le problème des femmes en 2020 ?

Le féminisme à la sauce 2020.


C. Objection ! Premier point : Jennifer Walters utilise son apparence de She-Hulk pour enfin briller en société, c’est vrai. Mais n’est-ce pas justement le discours de la série qui dénonce la superficialité générale et l’attrait pour les apparences plutôt que les personnes ? Jennifer Walters ne le dit-elle pas elle-même ? Elle le fait à contre-cœur.

D. Je trouve au contraire qu’elle s’éclate beaucoup avec ça : voir les poses qu’elle prend dans sa robe lors du mariage., ses profils Tinder. Sincèrement, elle ne va pas se chercher de nouvelle garde-robe à contre cœur.

C. Dois-je ensuite rappeler que Megan Thee Stallion est dans She-Hulk parce qu’elle a du succès et non le contraire ? Dois-je rappeler que si des filles de douze ans considèrent que ce son leur parle et leur donne envie de danser, ce n’est pas le fait de la série ? Dois-je rappeler que si ça plaît aux filles et aux femmes, nous ne sommes pas les mieux placés pour leur dire qu’elles ne devraient pas ? Ce serait, à mon humble avis, tout le contraire du féminisme.

D. « Papa, ça veut dire quoi Wet Ass Pussy ? » (Marie, 11 ans, fan de SHE HULK AVOCATE).

C. Quant aux apparitions de ladite Megan Thee Stallion, elles restent anecdotiques : en tout, elles cumulent moins d’une minute de métrage, la plus grande partie ayant lieu dans la scène post-générique. En revanche, cette intrigue propose des moments d’humour ineffables où un homme berné croit dur comme fer qu’il sort avec une star féminine multi-primée. Il me rappelle les gars qui, jouant au tennis en amateur, sont certains de pouvoir battre Venus Williams. BWAAAHAHAHAHAAAAH !
Je vous prie de m’excuser, mais ça me fera toujours rire.

Enfin, ce qui est plus intéressant dans cet épisode, c’est l’introduction du monde réel pourtant soi-disant virtuel des réseaux sociaux. En gros, ce que je comprends personnellement, est un message déjà ancien : ce n’est pas parce que l’on a le droit de s’exprimer qu’on a le droit de dire n’importe quoi, de dénigrer les personnes que l’on ne connaît pas, de donner son avis machiste comme étant une vérité. On a vu par le passé à quel point l’acharnement médiatique pouvait être néfaste (R.I.P Lady Di). Les réseaux sociaux ont accentué ce fait mais ont également étalé tout le vide et la haine infondée qui forment cet acharnement. C’est pourtant clair depuis le début : rien n’est au-delà des lois. D’ailleurs, j’ai récemment vu en vidéo l’arrestation d’une personne qui avait retweeté un mème homophobe. Ce qui me semble plutôt logique, surtout que le gars n’a sans doute pas connu la prison mais une belle amende.

Moi, moi, moi, moi, moi, moi, moi et moi. Une Titania plus intéressée par ses followers et son image qu’autre chose.

4) En attendant DD

D. Au tout début, Jessica Gao nous a vendu SHE HULK : AVOCATE comme une sorte d’ALLY MCBEAL version super-héros. Force est de reconnaître que c’est très loin de la vérité. Tout d’abord, parce qu’ALLY MCBEAL était drôle, avec une galerie de personnages hauts en couleur et originaux. Mais surtout parce que même si certains procès semblaient absurdes, le créateur David E. Kelly avait une véritable connaissance des tribunaux et du système judiciaire.

C. Re-objection ! Primo, je la trouve très drôle, cette série de SHE-HULK. Pas toujours mais souvent (tout l’épisode 4 m’a fait hurler de rire). Secundo, les procès de ALLY MCBEAL étaient tout aussi farfelus que ceux visibles ici. Tertio, il n’y a pour moi rien de gênant si ces procès ne ressemblent pas à la vraie vie : déjà parce que nous sommes dans une série clairement humoristique et ensuite parce que ce sont des procès impliquant des gens ayant des super-pouvoirs. Selon toute logique, une jurisprudence totalement différente devrait ainsi être rédigée. Cela laisse un beau champ libre aux scénaristes.

D. J’objecte ton objection ! Il faudra revoir Ally McBeal mais si les personnages sont loufoques, les procès ont un fondement juridique. Même John Cage a été inspiré par un avocat qui détournait l’attention des jurés au moment où le procès devenait défavorable. David E. Kelly connaît les procès. D’ailleurs il était très drôle de voir l’opposition de style entre ses deux séries judiciaires : ALLY MCBEAL et THE PRACTICE. Encore une fois, on se trouve dans un vrai tribunal, avec de vrais juges. La suspension d’incrédulité ne fonctionne pas ici. En tout cas pas pour moi.

C. Je pense qu’il y a deux sortes de notateurs dans la vie. D’un côté, ceux qui partent de zéro et ajoutent des points, de l’autre, ceux qui partent du maximum et en retirent. Je fais clairement partie de la seconde catégorie. Parce que j’ai appris à ne rien attendre, de tenter d’appréhender ce qu’on me propose sans a priori. Ce n’est pas évident et je retombe souvent plus que ce que je ne le voudrais dans le piège. Ici, j’ai rapidement compris qu’on était dans une comédie qui parfois usait de clichés. Bon, cela ne va pas en faire un objet de culte, mais si je ris et que je ne trouve pas de problème moral ou offensant, je vais sûrement mettre au moins la moyenne.

D. Comédie légère ne veut pas dire caricature totale. Chaque épisode propose une histoire souvent vide, avec obligatoirement un invité qui vient faire une petite apparition et un vilain de seconde zone, soi-disant comique. Le principe de base dans une série, c’est quand-même de proposer une intrigue fil rouge. On sait qu’un groupuscule malfaisant a payé des méchants pour voler le sang de Jennifer. Ils se ratent dans l’épisode 2 et on ne reparle de cela que lors de l’épisode 6. L’épisode 7 met même en face à face Jennifer et un membre de l’équipe qui a tenté de lui voler du sang, mais personne n’en parle ! On préfère largement faire de l’humour gras et sans aucun fondement. Se moquer de l’odeur nauséabonde du costume du porc-épic par exemple ou donner une version plus qu’éculée d’un couturier pour super-héros (forcément efféminé) ou d’un vendeur de contrefaçons (forcément asiatique). Pour une série censée tordre le coup aux clichés, comment dire ?
Si la série se démarquait au moins par sa réalisation.

Une galerie de méchants random

5) La réalisation réside dans la pratique

On ne va pas revenir sur les effets spéciaux, puisqu’on sait que certaines compagnies travaillant pour Disney se sont plaintes de la pression et des délais de plus en plus réduits pour proposer des effets numériques corrects. On y reviendra plus tard. On peut simplement dire que selon toute vraisemblance, après le terrible bad buzz de la première bande annonce, les équipes ont fait beaucoup d’efforts sur le premier épisode. Ensuite, on a réellement l’impression d’un personnage issu d’un jeu vidéo des années 2000. Avec une animation très faible et des expressions souvent très surjouées.
La réalisation est d’une platitude sans nom. D’accord on est dans le cadre d’une série télévisée, mais quand-même ! Aucun plan n’est réfléchi, n’est à sa place. Je vais prendre deux exemples.
Le premier c’est Daredevil. Alors oui, le personnage de Netflix est mort et enterré, puisque ce Daredevil du MCU a vraisemblablement des pouvoirs de ninja, rebondissant entre les voitures et faisant des acrobaties impossibles pour un être humain normal. Et il fait des blagues sur ses fesses. D’accord. De toute façon on est dans le cadre d’une comédie, c’est normal.

En revanche, si l’on compare deux scènes très semblables (celles où Daredevil se bat dans un couloir), celle de Netflix enterre sans aucun problème celle de She-Hulk. Tout simplement parce que là nous n’avons pas de plan séquence, pas de jeu d’ombre, de mouvement ou de tension. Ici c’est tronçonné à mort, coupé toutes les demi-secondes et en plein jour. La comparaison est terrible. On lui rend hommage de la pire des manières possibles. La deuxième c’est l’introduction du dernier épisode. On reprend quasiment plan par plan l’introduction de la série L’INCROYABLE HULK des années 70 avec Bill Bixby mais en le remplaçant par Tatiana Maslany. Mais pourquoi ? Quel est l’intérêt de cet hommage ? En dehors du clin d’œil cela ne fait aucun sens. Jennifer n’est pas en fuite, le personnage n’est pas solitaire, elle ne cherche pas à réfréner le monstre qui est en elle ! C’est clairement le problème de cette série SHE HULK : AVOCATE ! On nous balance des clins d’œil pour que les fans se gaussent, mais ces derniers en font aucun sens ! Remplacez n’importe quel vilain par un autre cela ne change rien à l’histoire. En gros, les scénaristes de la série jouent sur les attentes du fanboy de base, qui va trouver génial n’importe quelle référence aux comics ou aux séries parce qu’il la connaît. Ils s’adressent de fait aux mêmes bas instincts que ceux des haters qu’ils dénoncent finalement. À la décharge de SHE HULK : ADVOCATE, tous les films de Marvel et du DCU font la même chose. Il suffit simplement de se référer au succès navrant de SPIDER-MAN NO WAY HOME ou dernièrement du nanar BLACK ADAM, qui jouent sur les mêmes codes.

C. J’aimerais comprendre. A priori, les fans des comics de DD n’ont pas aimé la série originellement sur Netflix. De mon côté, malgré des défauts, je la trouve très bonne, justement pour ce genre d’effets de réalisation brutaux et réalistes. Et puis les plans séquences sont devenus un passage obligé depuis plusieurs années, on les voit partout (TRUE DETECTIVE, 1917 etc…). A priori, il semble donc cependant possible, malgré son désamour, d’utiliser la série DAREDEVIL pour dénigrer une autre série qui n’a strictement rien à voir dans le ton, les intentions, le style. Pourquoi ? Quant au faux générique des années 70, ce n’est pas nouveau non plus, BUFFY THE VAMPIRE SLAYER l’a utilisée il y a longtemps, et pour ma part, je trouve ça toujours marrant. C’est même un des principes utilisés dans la très bonne dernière saison de MARVEL AGENTS OF S.H.I.E.L.D.. Pour Spider-Man, je t’invite, mon cher Doop, à lire ou relire mon article.

D. Je suis un grand fan de DD le comic-book (j’aime même le run de Zdarsky). Et je suis un grand fan de la série Netflix. Raté. Encore une fois, je peux aimer un traitement différent sur un personnage s’il est cohérent. Plutôt que les plans séquences, je dirai que c’est souvent l’accumulation de clins d’œil sans justification qui a tendance à m’agacer. Quant à SPIDER-MAN NO WAY HOME, je le considère comme le pire du pire de Marvel.
Mais je pense que cela peut se comprendre puisque SHE HULK ADVOCATE et SPIDER-MAN NO WAY HOME marchent un peu sur les mêmes idées : du clin d’œil et du divertissant.

Le boss de fin. Synonyme de la qualité de la série

Même le méchant de fin ne fait aucun sens puisqu’en fait l’ennemi final est un milliardaire à la tête d’un groupe Facebook qui dénigre She-Hulk parce que c’est une femme ! Et c’est tout. La seule chose qu’il lui reproche, c’est d’avoir obtenu des pouvoirs qu’elle ne mérite pas. Pas parce qu’elle n’en a rien fait depuis le début, pas parce qu’elle n’a sauvé personne et n’a fait que se plaindre sur son triste sort d’avocate pétée de thunes et au corps de déesse. Non, juste parce que c’est une femme.
C’est d’une malhonnêteté crasse.

Les scénaristes ont en effet décidé dès le départ et avant le tournage que les méchants seront les fameux haters d’internet. De fait ils ne prennent aucun risque puisque quoi qu’il arrive, la série aura son compte de haters que les auteurs pourront mettre en avant. Mais attaquer la légitimité de She-Hulk via son sexe, c’est totalement à côté de la plaque ! Ce personnage existe depuis 50 ans et personne dans son histoire n’a remis son existence et sa féminité forcée en doute. Si l’on avait eu cette idée pour de nouveaux héros, artificiellement créés pour apporter de la diversité, là cela aurait pu fonctionner. Si tant est que cette nouvelle héroïne ait prouvé quoi que ce soit dans la série, ce qui n’est pas le cas ici. Cela aurait peut-être fonctionné pour Iron Heart, jeune fille qui remplace Iron Man, qui aurait subi une shitstorm de la part de haters boutonneux (ou pas) et qui aurait pu fermer le clapet de ces débiles en prouvant sa valeur ! Pas avec un personnage dont la légitimité n’a jamais été remise en cause !

Le pire c’est qu’en utilisant cette idée les scénaristes nous font un chat perché ! Ils se dédouanent automatiquement de toute critique puisque dès que quelqu’un portera un jugement négatif sur la série il sera taxé de misogynie. Je prends les paris sur le nombre de fois où je vais me faire traiter de macho, misogyne ou masculiniste après cet article. Ce qui fera mourir de rire les gens qui me connaissent. Encore une fois on retrouve un thème autocentré, qui n’intéresse que les scénaristes. Scénaristes dont la seule envie est d’avoir leur moment de gloire, ce qu’ils feront de la manière la plus terrible qu’il soit. Pas étonnant qu’ils aient autant insisté, même lourdement, sur le côté méta de l’héroïne, puisque leur seul but, c’est de parler d’eux-mêmes.

C. Je suis un peu perdu. Je vais récapituler pour moi-même : dès le premier épisode, dès la première séquence, Jennifer Walters brise le quatrième mur, s’adresse aux spectateurs en disant qu’elle-même sait qu’elle est dans une série télé. A chaque épisode, elle rappelle quelles pourraient être les prochaines intrigues, celui de l’épisode suivant etc. Le côté méta de cette série est donc posé dès les premières minutes. Puis She-Hulk attire l’attention et commence à accumuler les haters dans son histoire. Comment ne pas faire immédiatement le lien avec le monde réel ? Je ne sais plus d’ailleurs dans quelle autre série ou chanson ou les deux où de vrais tweets et posts sont intégrés parmi des faux. Et ça fait froid dans le dos. Je n’ai donc été étonné à aucun moment, à part celui où j’ai compris, en voyant le casque, que DD allait apparaître.

D. Il y a briser et briser. La plupart du temps, c’est encore un clin d’œil qui ne sert à rien. La seule scène intéressante là-dessus c’était la toute première, dans l’épisode n°1 : pas appuyé du tout, bref et furtif. N’aurait-il pas été plus judicieux de le faire uniquement sur l’épisode de fin du coup ?

Les scénaristes de SHE HULK AVOCATE : «  Hey, faisons une série She-Hulk, à un moment on la fera nous rencontrer et comme ça on pourra passer à la télé ! »

7) Les calculs sont pas bons Kevin

Parlons de la fin, celle où effarée par la nullité de l’histoire, She-Hulk sort de l’écran, arrive sur la plateforme Disney et va chercher les scénaristes pour leur dire que leurs histoires sont pourries. Vous trouvez ça original ? Non. C’est exactement la même intrigue qu’un des épisodes de She-Hulk par John Byrne. Première fois sur l’écran ? Non plus puisque Deadpool nous avait fait exactement la même chose à la fin de son deuxième film. Un héros qui sort du cadre, que ce soit en comics ou sur un écran, cela a déjà été fait.
Certains répliqueront que ce qui est bien, c’est que la série a conscience de ses propres problèmes. Et que c’est courageux d’en parler à l’écran. Mais c’est totalement faux ! Bien au contraire !

Affirmer qu’on ne sait pas écrire et qu’on fait n’importe quoi dans une série ne la rend pas immédiatement meilleure. C’est juste un prétexte facile et souvent utilisé pour justifier l’injustifiable. Une nouvelle fois les scénaristes jouent à chat perché ! L’apogée « méta » est atteint lorsque She-Hulk rencontre les scénaristes de la série. Et pas des comédiens, les vrais auteurs qui jouent leur propre rôle ! De fait, j’y vois, avec tout ce qui précède, la volonté réelle de ces auteurs d’apparaître à l’écran à tout prix. C’était peut-être même la seule idée de départ.

She-Hulk se balade donc dans les vrais locaux de Marvel et va même jusqu’à rencontrer le boss final, un certain Kevin. Une intelligence artificielle décidant à base d’algorithmes ce qu’il faut mettre dans telle ou telle œuvre. Réaliser des « produits » (sic) dont le but est d’être consommé par le plus de gens possible. Certains ont adoré l’humour méta et second degré, Kevin faisant référence à Kevin Feige, président des studios Marvel. Je ne le vois pas sous cet angle. J’aurais applaudi des deux mains si ce dernier avait joué son propre rôle. Là on aurait eu de l’originalité. Mais bien évidemment personne n’a pris ce risque, le but c’est de faire de l’autocritique facile pour se dédouaner. Nous avons donc droit à une intelligence artificielle qui va passer son temps à teaser le futur de Marvel avec de l’auto-promo mais surtout à se foutre de la gueule des spectateurs et des petites mains de la série. C’est en effet trop drôle de se moquer des effets spéciaux de la série et du fait que ça coûte cher. Au même moment où de nombreuses compagnies d’effets spéciaux se sont plaintes du traitement de Marvel à leur égard. Cela ne vous choque pas ? Vous avez l’incarnation du patron de Marvel qui se moque de personnes qui se plaignent de leurs conditions de travail ? Ce n’est plus SHE-HULK, c’est un congrès du MEDEF ! Je ne sais même pas si cela a été fait de manière consciente ou pas. En tout cas les créateurs de cette série ne vivent pas dans le même monde que nous.
J’exagère un peu sur le cynisme ? À peine.
À la fin, Jennifer Walters remodèle tout son parcours via Geoffroy Roux de KEVIN. Elle veut par exemple enlever Hulk de sa série. Opposition de l’IA : « mais il est là parce qu’il doit introduire un nouveau personnage pour le MCU ». Jennifer répond qu’il pourra le faire dans un autre film. L’IA acquiesce et enlève Hulk.
Okay.
Sauf que Hulk réapparaît à la fin de la série et présente ce nouveau personnage ! Peu importe ce que vous pensez, on fera comme on a prévu de le faire et on vous emmerde. C’est ça le réel discours méta de la série. Et comme on vous prend vraiment pour des débiles, on vous le dit clairement ! Cette idée de fin est aussi une catastrophe pour le personnage. Le fait de réécrire toute sa série et de ne mettre que des éléments qui lui conviennent annule tout développement du personnage. Il n’y a pas d’évolution possible, si tant est qu’il y en ait eu. Nous avons un personnage qui, lorsque les choses ne vont pas, refuse de se battre pour les améliorer mais va directement, via un cheat code, changer son environnement. Encore une fois, ce n’est pas une attitude de héros, juste celle d’un enfant gâté.

She-Hulk et KEVIN

C. C’est vrai. La fin n’est pas bonne. Elle part d’une idée un peu extrême qui en effet a déjà été faite (ce qui, je trouve, n’est pas gênant en soi) et qui aurait pu être mieux écrite, mais les dialogues la tournent en une séquence d’un cynisme (c’est définitivement le bon mot) effronté qui plombe tout ce qui avait été bien amené auparavant. Pour ma part, j’interprète cela comme une maladresse d’écriture. Avec des dialogues plus fins ou disons plus caricaturaux encore, on aurait compris qu’il s’agissait de second degré, que les personnes travaillant pour Marvel ne sont pas volontairement maltraitées. Malheureusement je ne sais pas si on saura un jour le fin mot de l’histoire et la réalité derrière. Cette fin enlève clairement des points. Mais avant ça, j’aurais bien rigolé, trouvé les actrices et acteurs très bons, apprécié la relation entre Matt Murdock et Jennifer Walters ainsi que l’image d’hommes faisant retraite autour d’un ancien vilain dans un complexe zen et bucolique. Et bien sûr, le top du top, c’est Wong.

D. Je suis d’accord avec toi sur la bonne prestation de Tatiana Maslany et de sa relation à l’écran avec Charlie Cox. Mais pour le reste, je n’ai pas décoché un sourire. Et je déteste Wong. SHE HULK : ADVOCATE n’est pas ce que je veux voir d’une série de super-héros. Nous avons ici quelqu’un qui se noie dans des problèmes de riche et qui ne cherche jamais à faire d’efforts pour surmonter ses difficultés. Ce n’est pas pour moi la définition d’un modèle. De plus, l’écriture est autocentrée, en dehors de toute cohérence et tellement paresseuse qu’elle porte un message souvent contraire aux valeurs qu’elle doit défendre. Une série du monde actuel en fait ! C’est pour cela que je suis aussi sévère avec la série. Je pense que tu regardes la série avec les yeux d’un fan, de quelqu’un qui veut se divertir, rire et profiter. Comme tu le dis au début, tu y vas toujours avec un bon esprit et une naïveté bienveillante. Et c’est super ! Peut-être suis-je trop cynique effectivement mais cette fin totalement détestable n’a fait qu’accroître ma colère. And you don’t like me when I’m angry ! En tout cas c’est une expérience vraiment intéressante de voir quelqu’un mesurer ses propos et je suis très content de l’avoir fait. J’espère qu’avec ça le lecteur aura toutes les facettes de la série.

Une image de fin sympa pour terminer

La BO du jour : le pauvre Bruce va commencer à réellement m’en vouloir mais pour ceux qui ne connaîtraient pas, voici le modèle de femme puissante proposé dans SHE HULK : ADVOCATE

31 comments

  • Présence  

    Après l’article prenant la défense d’une série hier, voici un article à charge ! Et quel article ! Le rôle de modérateur fonctionne à merveille, grâce au respect réciproque entre vous, et la réalité de deux points de vue différents, issus de deux rapports personnels aux comics différents, et de deux horizons d’attente différents.

    Affirmer que Bruce, notre chef bien aimé, est un fan de la 1ère heure de Coldplay : bien joué. 😀

    Le but n’est pas de nier l’inexistence de la charge mentale sur les femmes : le syndrome de la double négation a encore fait des ravages. 🙂

    Pathétique reflet d’une génération autocentrée : c’est marrant, j’interviens parfois face à des groupes dans mon milieu professionnel et certains tentent le coup, c’est-à-dire Les jeunes ne veulent plus rien faire, ou une variante du même style. Je n’hésite jamais à leur demander si c’est le cas de leurs enfants, et s’ils ont eu une jeunesse où ils ne pensaient qu’à travailler (à mon tour d’utiliser une variante de Il faut bien que jeunesse se passe). Généralement ça permet de relativiser ce jugement de valeur.

    Jennifer Walters ne veut pas être une super-héroïne, alors que son cousin ne lui dit qu’elle n’a pas le choix. Or justement, si, elle l’a. – Il me semble qu’elle est passée pas une phase similaire dans une des itérations de sa série.

    Jennifer Walters travaille dans une compagnie hyper friquée : voilà un élément de fond qui me parle bien : une promotion des valeurs capitalistes en arrière-plan, incluse comme allant de soi.

    Ce n’est pas ma définition du super-héros. – Une question de fond : John Byrne, puis Dan Slott, Mariko Tamaki ont également joué avec les spécifications implicites du genre superhéros pour s’en éloigner (mais je sais bien que je me fais l’avocat du diable et qu’ils étaient beaucoup plus proches du superhéros que ce que tu décris de cette série).

    Le but c’est de faire de l’autocritique facile pour se dédouaner : je partage cette exaspération. L’industrie du divertissement a pour essence de tout phagocyter pour le transformer en spectacle, y compris les critiques qui lui sont faites, sans s’encombrer de quelque valeur morale que ce soit. La société du spectacle à son apogée, comme l’a théorisée Guy Debord. Du coup ce n’est pas une autocritique : c’est plus de spectacle vidé de tout sens.

    Je ne sais pas si on saura un jour le fin mot de l’histoire et la réalité derrière : on ne l’aura jamais parce que la réalité est complexe avec autant de descriptions que d’individus qui la perçoivent. Au vu de ce que vous avez écrit et analysé précédemment, il semble que le seul critère de décision soit : si c’est interprétable et sujet à polémique, ça constitue une bonne séquence parce que ça fera jaser. Du coup le producteur obtient plus de bruit, et le spectateur moins de signal.

    Une analyse enthousiasmante et très vivante grâce à sa forme de dialogue.

    • Jyrille  

      Merci Présence pour ce retour complet et tellement intéressant ! Tu as parfaitement raison pour le respect réciproque et les réalités totalement opposés de nos points de vue.

      Je note ta remarque sur les jeunes qui ne veulent pas travailler, je la replacerais pour sûr.

      Belle analyse basée sur la société du spectacle, qui peut en effet largement s’appliquer à cette série en particulier. Vidée de sens mais pas inutile car très divertissante.

      Complètement d’accord pour le « fin mot de l’histoire ». Je faisais cette remarque dans ce sens.

    • Doop O Malley  

      Merci présence. un excellent point de vue hyper modéré. après moi, même ado je passais ma vie à bosser 😁. j’étais déjà un vieux con à la naissance. et encore merci à jyrille ma Némésis préférée.

      • Jyrille  

        Tout le plaisir fut pour moi Doop ! 🙂

  • JB  

    Ah, j’ai sorti le pop-corn pour cette joute oratoire. N’empêche, toutes ces critiques me donnent envie de regarder pour me faire mon avis ^^ Merci pour ces échanges !

    • Jyrille  

      Alors JB, la séance t’a plu ? J’espère de tout mon coeur que tu vas regarder la série et revenir ici pour faire part de ton ressenti !

  • JP Nguyen  

    Des comics SHE HULK, je connais les runs de Byrne et Slott. Et j’ai vu pas mal de saisons d’Ally McBeal (teamup, un de ces jours, DOOP ?)
    Reste que je n’ai pas Disney+ et que je ne souhaite pas utiliser de canaux illicites pour mater cette série. Doop semble l’avoir détestée et pour Cyrille, c’était distrayant mais sans plus. Du coup, je passe mon chemin sans regret…

    • JB  

      Ah, pour les fans d’Ally McBeal (dont je suis aussi), il y a aussi Boston Justice (Boston legal in english), qui est dans le même ton, et porté par le tandem William Shatner/James Spader. Il y a même Peter McNicol qui apparaît le temps d’un épisode (dans un rôle différent)

    • Jyrille  

      Ouais j’ai vu tout Ally McBeal à l’époque je crois et j’adorais cette série. SHE-HULK, c’est vraiment marrant je trouve. Par contre, si vous voulez éviter les spoilers, il vaut mieux avoir vu tous les SOPRANOS avant de la mater…

  • Surfer  

    Très beau débat avec des arguments pertinents des deux côtés.😉.
    Je ne regarderai pas la série car la bande-annonce en présentation ne me fait pas du tout envie.
    Le constat est sans appel, les héros de mon enfance sont devenus des clowns costumés qui essaient d’amuser un bon public indulgent.
    J’ai beaucoup la série de John Byrne et sa manière de briser le quatrième mur. Au moins lui ne nous prenait pas pour des imbéciles.

    La BO : j’ai écouté….regardé ….5 secondes et je suis passé à autre chose.

    • Surfer  

      J’ai beaucoup aimé *

  • Fletcher Arrowsmith  

    Bonjour,

    je suis sans filtre : j’avoue avoir décroché de votre débat, fort intéressant, au deux tiers. (j’y reviendrais surement une autre fois).

    Bon après je ne suis pas du tout intéressé par ce type de programme. Les comics sur écrans (grand ou petit) et moi cela fait deux. Je vais même plus moins, je ne comprends pas l’intérêt de ces adaptations.

    Mais il y de bons arguments des deux côtés. Connaissant bien Doop, bravo à Cyrille pour les réponses modérées et qui contre balancent les accusations de façon courtoises. Il y a une réelle alchimie et du respect.

    Je retourne à mes comics …. papier.

    Belle journée

    • Jyrille  

      Merci à toi Fletcher, en espérant que tu finisses de lire l’article un de ces quatre 😉

  • Matt  

    EH bien quel débat !
    J’ai entendu beaucoup de mal de cette série.
    Et je dois dire que la description de la fin par Doop, et l’acquiescement de Cyrille sur la fin ratée me fait un peu peur. Il semble bien que ce soit de mauvais goût quand même.

    Et je dois dire que si l’image de la femme forte c’est celle d’une femme qui dandine du fion, c’est…discutable.
    De plus, j’aurais aimé que même si She Hulk ne joue pas les super héroines, elle s’occupe au moins de gens qui ont des problèmes dans son rôle d’avocate. Il y a généralement au moins ça dans les comics.
    ça me semble trop « bof » même avec un jugement modéré.

    • Jyrille  

      Merci Matt ! Pour la fin, oui, on est sur une sorte de malaise, c’est vraiment dommage. Mais pour le reste, je trouve la série progressiste, féministe et surtout marrante. Je pense que qualitativement, ce n’est sans doute pas la série de l’année, par contre, comme je le dis dans l’article, « j’attends de mesurer la température de notre société grâce à la série, comme toute œuvre contemporaine » : sous cet angle, elle mérite largement d’être vue.

  • Bruce lit  

    Un vrai débat entre deux incroyables gentlemen.
    D’un côté Doop le radical fan du comics et de l’autre l’indulgent Cyrille le Cyrial Watcher.
    Malgré les arguments pragmatiques de ce dernier je suis team Doop sur ce coup là. Même sans avoir vu la série. Car tous les arguments : défiguration du personnage initial avec des gimmicks faussement audacieux, la trahison des notes d’intention et l’égoïsme des personnages, je ne parle que de ça à longueur de chroniques pour dénoncer la partance en vrilles des comics de super héros.
    Tes arguments résonnent en moi Doop et c’est la force de ta (longue) prose que d’attaquer non seulement le show mais aussi un cahier des charges foireux.
    C’est vrai, cyrille a raison : tout dans la culture populaire est question d’interprétation : du showrunner à la réception du public. Moi, je pense que la culture populaire a une vraie force sociale et que de la confier à des marioles lui nuit.
    Je ne suis ni pour la censure, ni pour l’interdiction. Mais à l’inverse de mon pote Cyrille je n’ai pas envie de m’infliger ça, je ne vais pas me détendre et ça va me rendre profondément malheureux.

    Féminisme de pacotille, personnage odieux et blagues de merde, non.
    Les teasers que j’ai vus sont tout de suite très parlant. Je déteste le Hulk Ruffalo façon maître Miyagi et c’est un contresens absolu que de dire qu’il suffit d’être une femme pour mieux contrôler sa colère. Ce qui voudrait dire par exemple que le mouvement #MeToo est masculin puisque ces femmes victimes de viols sont en colère…
    D’autre part; dans la BD She-Hulk apprend à canaliser SEULE cette colère qui la fait passer de Savage à Sensationnal. C’est encore une fois une pantalonnade de voir que cette femme qui se dit indépendante a besoin d’un tutorat…masculin.

    Enfin, les FX sont effectivement minables, She-Hulk et sa perruque ressemblent à une version de Michael Jackson verdâtre.

    Et comme si tout ça ne suffisait pas, il y a bien entendu le retour de DD et c’est bien l’argument massue qui me tiendra éloigné de ce show. Je l’ai déjà détesté en version mature et sérieuse de Netflix, il est hors de question de le retrouver version Canada Dry en sachant que BORN AGAIN se prépare.

    Très bon échange et très bon titre.

    Merci les gars.

    • Jyrille  

      Merci chef pour la tribune ! En ce qui concerne ta phrase « dans la BD She-Hulk apprend à canaliser SEULE cette colère », sache que c’est aussi le cas dans la série. En fait, Banner veut lui apprendre mais elle le fait tout naturellement et c’est le sujet du paragraphe de Doop sur cette histoire de charge mentale. Banner semble à la fois ridicule et désemparé, l’épisode se conclut avec le départ de Jennifer et son entrée dans la vraie vie en tant que She-Hulk. Rien que ça c’est marrant.

      Ensuite, non, toutes les blagues ne sont pas des blagues de merde, loin de là. Au contraire, c’est de l’humour assez fin la plupart du temps. Même dans les situations. L’image où Doop parle de super-vilains random, ce n’est pas ça : ce sont des types qui font une retraite zen et aide Jennifer dans ses relations amoureuses. C’est totalement savoureux.

      Le titre est de Doop 🙂

      • Bruce lit  

        Ah, c’est plus cohérent alors. Ok.
        Reste que les blagues dans la bande annonce avec le « pouet », le lycra et la falaise ne font pas envie. Et tous les scans que j’ai vu passer aussi. Mais quand bien même, j’ai Ddonné tous mes arguments et il faudrait me payer très cher pour que je regarde ça.

        • Jyrille  

          L’épisode 4 est top de A à Z. Et encore meilleur si tu as vu tous les Sopranos.

        • Doop O Malley  

          Merci Bruce. La retraite Zen n’a aucune explication. C’est du pur random avec des vilains de seconde zone qu’on ridiculise encore plus parce que .. c’est drôle. Mais on ne va pas refaire le débat, déjà assez long. Pour le coup, cette série, que j’avais envie de défendre, s’est mis à incarner tout ce que je (on) déteste. Dommage.
          Et promis ce sera moins long la.prochaine fois

          • Bruce lit  

            Remarque d’un lecteur sur FB :
            Sur la question juridique évoquée dans l’article, les scénaristes ont confié dans la presse (sic) américaine avoir galéré pour l’écriture des scènes de procès, en raison d’une ignorance totale du sujet. Un consultant? Non rien à foutre, c’est pour une série Disney, quand même!

          • Matt  

            « Non rien à foutre, c’est pour une série Disney, quand même! »

            Après quand on voit comment sont écrits à peu près TOUS les blockbusters récents…c’est même pas Disney le pire.
            Les Star Wars, les Jurassik mes couilles, les je sais pas quoi…ça ne tient même pas debout scénaristiquement, logiquement…on n’est même pas dans « est-ce que ça raconte un truc intéressant ? » mais dans le « est-ce que le moindre truc a du sens ou tout le monde est en roue libre ? »

          • JB  

            @Matt Les derniers Star Wars sont des Disney, non ?

          • Matt  

            Pas faux. Mauvais exemple. J’aurais pu dire les Godzilla, les Predator, etc etc.
            PREY est ok, mais à plus petit budget je pense.
            Tous les énormes blockbusters sont pétris d’incohérences, de personnages hyper cons, de messages pas du tout subtils au risque même de faire s’effondrer l’intrigue (le « vivons en harmonie avec les animaux préhistoriques » de Jurassik World 2 ou 3 là…oui ok bah essayez ! On ne coexiste plus pour une raison ! C’est littéralement le message inverse du premier Jurassik Park et les persos sont hyper cons de décider de trucs absurdes pareils…mais tout ça pour dire que l’écologie et les droits des animaux c’est bien en 2022)

          • Matt  

            Le MCU, qu’on aime ou pas la direction artistique, les looks des persos, les choix consensuels, ils font tout de même souvent des scénarios qui se tiennent. Et c’est con à dire mais ça devient rare dans les blockbusters.

            Bon il y a des étrons aussi hein. Certains épouvantables comme le dernier Thor où tout est prétexte à de l’humour méta pouet pouet on se moque, on tue des dieux lol rigolo mdr on est des super héros ridicules rien n’a d’importance, prout prout…

            Mais je me demande si Taika Waititi n’a pas juste trollé en faisant ce film. Il en avait rien à foutre, ça ne l’intéressait pas.

  • Kaori  

    Hello les gars, étant donné que je n’ai pas encore vu la série, et que je compte bien le faire, je reviendrai lire votre débat une fois que ce sera fait, promis !

    • Jyrille  

      Hâte d’avoir ton avis Kaori !

  • Matt  

    Je dirais quand même qu’il y a beaucoup de gens qui ne connaissent pas le comics She-Hulk et ont ralé à la « connerie wokiste » quand ils ont vu le perso en bande annonce. En ajoutant des « c’est quoi la suite ? Bi-Hulk ? Homo-Hulk ? »
    Donc en fait le perso ne semblait malgré tout pas établi comme le pense Doop.
    En fait le souci vient aussi du buzz.
    Et on a beau dire que le film et le buzz c’est différent, ce n’est hélas plus trop vrai (même si j’aimerais aussi !)
    Il y a de plus en plus d’exemples de gens qui ralent sur le net sur tel ou tel effet visuel, design, choix, et qui poussent les créateurs à se rétracter.
    Certains le voient comme une victoire « on écoute les fans, enfin » mais…y’a des cons parmi ces gens aussi. Et une création ne devrait pas être modelé par des avis de masse sur les réseaux sociaux.
    Je ne serai pas surpris que l’écriture de la série ait été influencé par des réactions mauvaises sur le net avant même la sortie du premier épisode.

    ça devient n’importe quoi.

  • Matt  

    Et sinon en comics, le SHE HULK de Rainbow Rowell ça donne quoi ?
    Présence a surement lu ça, non ?

  • Strider Tag  

    J’ai pu voir la série quelques semaines après la sortie des premiers épisodes, puis j’ai suivi au fur et à mesure … et c’est « divertissant » (avec de GROS guillemets), sans plus. Et c’est ça qui me dérange un peu.

    Comme l’a dit Doop, c’est ce jeu de « chat perché » permanent : ça essaie d’oser par moments, mais ça a peur d’assumer le délire, et puis au moindre plantage ça sort la carte du « tous ceux qui décrient la série sont des haters ». À croire que la série fait 1 pas en avant, puis 2 pas en arrière systématiquement. Quelques épisodes m’ont amusé (le faux magicien, l’elfe qui se camouflait, Mr Immortal), mais en même temps il y a eu des « bouche-trou » ennuyeux au possible (la « maison de repos »).

    Et puis certains personnages « out of character », ah là là. La Titania qui, par exemple, débarque au premier épisode … pour rien, puis revient quelques épisodes après pour en faire un personnage « curieux » (je m’en souviendrai toujours du numéro du run de Dan Slott, dessiné par Paul Pelletier, où il donnait une bonne motivation au personnage, et qui finalement justifiait sa présence dans Secret Wars 1).
    Et puis le dernier épisode, malgré la « peur d’en faire trop » (encore !), a été bien sympa.

    • Jyrille  

      Merci pour ton retour Strider Tag ! On est globalement d’accord finalement 🙂

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