Le rouge et le noir !

Focus: Le rouge et le noir : portraits croisés de Batman et Daredevil

Première publication le 14/04/15. Mise à jour le 20/03/2016

AUTEUR : JP NGUYEN

 Le diable rouge et le chevalier noir, immortalisés par David Mazzucchelli

Le diable rouge et le chevalier noir, immortalisés par David Mazzucchelli©Marvel / DC Comics

Cet article a (re)commencé sur Facebook : Bruce m’y demandait si j’étais motivé pour faire un portrait de Matt Murdock aka Daredevil. Je lui ai répondu que ce serait forcément subjectif, chacun possède « sa » vision de ses héros. Pour le coup, je lui proposais même de faire du « deux en un » en parlant aussi de Batman, auquel DD est souvent comparé. J’ai alors exhumé un vieux texte (écrit en français puis traduit en anglais pour mon blog) que j’ai retouché (voire réécrit sur certaines parties), actualisé et complété avec une nouvelle sélection d’illustrations.

Un jour (déjà fort lointain), à la terrasse d’un café parisien, un ami connaissant ma passion pour les comics m’a demandé quel était mon perso préféré. Plus exactement, il m’a demandé dans quel personnage je me reconnaissais le plus. J’ai cité trois noms : Wolverine, Batman et Daredevil (dont je m’empressais de lui montrer un TPB de Frank Miller, dont je venais de faire l’acquisition). Le mutant griffu correspond davantage à mon adolescence : on se croit increvable et on s’énerve facilement en voulant tout casser. Je consacrerai donc mon analyse aux deux icônes que sont Daredevil et Batman. Créatures de la nuit. L’ange de la terreur et le diable sans peur. La comparaison de ces deux mythes étant le prétexte pour explorer la richesse de ces personnages et de leurs univers fictionnels.

Bruce et Matt : deux orphelins, dessinés par Sean Phillips et Alex Maleev

Bruce et Matt : deux orphelins, dessinés par Sean Phillips et Alex Maleev©Marvel / DC Comics

Origines

Le jeune Bruce Wayne a assisté au meurtre de ses parents lors d’une agression à la sortie du cinéma. Jurant de venger leur mort et de lutter contre le crime, il a parcouru le monde et s’est entraîné pour devenir un combattant et un détective hors pair. Héritier de la fortune familiale, il a consacré sa vie à lutter contre le crime et a adopté un symbole inquiétant pour devenir une légende urbaine et semer la terreur dans le cœur des criminels.

Le jeune Matt Murdock est devenu aveugle en sauvant un homme qui allait se faire renverser par un camion de déchets radioactifs. A la suite de l’accident, ses autres sens se trouvèrent surdéveloppés. Un maître ninja lui apprit à les maîtriser. Son père, boxeur de seconde zone, fut abattu pour avoir refusé de perdre un match. Il le vengea et s’engagea dans une double carrière d’avocat et de justicier.

En résumant ces deux histoires, il me semble que les origines de DD sont un poil plus complexes. Certes, pour Batman, on pourrait rajouter une chute dans une caverne pendant son enfance et la phobie des chauves-souris qui en a résulté. Cette phobie sera dépassée et sublimée pour faire de Batman l’homme qui incarne la terreur pour les criminels, une terreur qu’il a lui-même connue et maîtrisée. Le film Batman Begins traite très bien ce thème. Mais cela reste un « habillage » du schéma initial : traumatisme – résilience – affirmation et dépassement de soi.

Des entrainements intensifs et… des mentors exigeants. Illustrations de David Mazzucchelli et John Romita JR

Des entrainements intensifs et… des mentors exigeants. Illustrations de David Mazzucchelli et John Romita JR©Marvel / DC Comics

Daredevil suit un itinéraire similaire mais plus chaotique, davantage marqué par la perte et l’ironie. En effet, élevé seul par son père, boxeur que son épouse a abandonné (perte de la Mère), il devra promettre de ne pas se battre à l’école contre ses petits camarades qui, eux ne se priveront pas pour l’insulter, le cogner et le ridiculiser (ils lui donnent le surnom de « Daredevil » par dérision).

Au serment de vengeance de Bruce sur la tombe de ses parents, s’oppose la promesse de non-violence faite à contrecœur par Matt à un père respecté et craint. La seule fois où Matt répliquera, il se fera corriger par son père. Courte fugue et naissance d’une vocation : il sera avocat, son père n’avait pas le droit de faire ça, les autres gamins non plus et si on ne peut utiliser les poings de quelles armes dispose-t-on ? La loi (réponse très « américaine »).

Ensuite vient l’accident. Perte de la vue. Le noir et un chaos de sensations. Et la visite de sa mère à l’hôpital. Sa mère n’était-elle pas morte ? Non, elle est entrée dans les ordres. Et à l’hôpital, une nouvelle promesse, celle de faire face courageusement à l’épreuve, d’en sortir grandi. Puis l’entraînement avec Stick. Autoritaire, exigeant, sec. Pas trop de place pour la fantaisie. Pas trop de temps pour la parlote et les confidences. Perte de l’enfance ? Et enfin, la perte du père. Assassiné pour sa dernière action d’éclat. Pour avoir refusé d’abandonner le combat. Pour avoir refusé… de perdre. A la fac : idylle avec Elektra qui le quitte après la mort de son père… Perte du premier amour.

Batman surplombant Gotham et Matt Murdock aux côtés de Karen Page : la légende urbaine et l’homme de la rue, superbement illustrés par Tim Sale

Batman surplombant Gotham et Matt Murdock aux côtés de Karen Page : la légende urbaine et l’homme de la rue, superbement illustrés par Tim Sale©Marvel / DC Comics

Une relecture détaillée des origines de DD fait ressortir une succession d’injustices, de frustrations, de pertes, de promesses non-tenues… En cela, je trouve DD bien plus complexe et touchant que Batman, car en dépit de toutes ces pertes, le personnage ne sera pas aigri, cynique ou pleurnichard : il va persévérer, lutter, s’élever pour ce qu’il croit être juste. Pour réussir à faire de sa vie quelque chose de bien.

The Knight and the Ninja

Batman, c’est un peu Don Diego de la Vega transporté dans le monde moderne. En tant que Bruce Wayne, il fait partie du gotha de Gotham (sic) et en tant que héros, il est le chevalier de la nuit, dont la guerre contre le crime ressemble à la fois à une impossible quête du Graal et une lutte absurde contre des moulins.

Si Batman est le noble chevalier, Daredevil est le Ninja qui a oublié de mal tourner. Abandonné par sa mère, issu d’un milieu pauvre, élevé à la dure par un père fricotant avec la pègre, il avait accumulé des années de colère et de frustrations. Dans le numéro 164, le journaliste Ben Urich découvre son identité et lui demande pourquoi il est devenu Daredevil, il invoque la justice, aveugle, comme lui.

Jolies couvertures d’un crossover fictif par Dustin Nguyen (non, aucun lien de parenté avec votre serviteur)

Jolies couvertures d’un crossover fictif par Dustin Nguyen (non, aucun lien de parenté avec votre serviteur)©Marvel / DC Comics

Symboles : The Devil and the Bat

Avocat et justicier. Justicier aveugle. Souvent aveuglé par l’amour. Ange gardien en costume de diable. Démon catholique. Enfant de Hell’s Kitchen. Je trouve la symbolique de DD plus riche et savoureuse que celle de Batman. Riche en résonances et paradoxes. La justice, l’amour, les anges et les démons me parlent plus qu’une chauve-souris. Et bien que les deux évoluent dans des univers noirs, DD est davantage porteur d’espoir. Batman c’est l’aile noire de la nuit, une sorte de croquemitaine. DD, c’est la tâche rouge, la flamme qui brille dans la nuit. L’aveugle qui est là pour nous guider.

Pouvoirs : humain ou surhumain?

Souvent, les fans disent que Batman est cool parce qu’il n’a pas de pouvoirs et qu’on pourrait davantage s’identifier à lui pour cette raison. En théorie, cela est juste mais ça ne se vérifie pas vraiment au niveau des histoires. La plupart des auteurs décrivent un Batman qui excelle dans un tas de domaines : criminologie, art martiaux, chimie, pharmacologie, tactique militaire… Y’a peut-être que pour le plumard qu’on pourrait émettre un doute. Le Dark Knight s’engage toujours dans un combat avec quinze plans de secours, il a une solution contre tout, il se méfie même de ses alliés sur lesquels il a des dossiers… Une des caricatures de Batman, c’est le Midnighter dans Authority : le gars qui ne peut pas perdre un duel car il a déjà joué et maîtrisé un million de scénarios du combat avant la première seconde. Personne ne pourrait être Batman. C’est l’archétype de la perfection physique et intellectuelle, une sorte d’inquiétant surhomme Nietzschéen.

Un homme sans limites, immortalisé par Jim Lee et l’autre sans peur (ou plutôt qui feint de l’ignorer), croqué par Marcos Martin

Un homme sans limites, immortalisé par Jim Lee et l’autre sans peur (ou plutôt qui feint de l’ignorer), croqué par Marcos Martin©Marvel / DC Comics

Daredevil a des pouvoirs (hypersens, sens radars), des compétences et certains talents : gymnaste, acrobate, combattant en art martiaux, disciplines ninja… Mais il reste humain et conserve des faiblesses physiques et morales qui le rendent plus attachant. Plus vulnérable que le Dark Knight, l’homme sans peur doute parfois, il en bave souvent mais il n’abandonne jamais. C’est là son vrai super-pouvoir. Un pouvoir que l’on peut tous avoir ou, du moins, qui peut tous nous inspirer.

Alter ego

Batman se déguise en Bruce Wayne. Sa vraie vie, son but ultime, c’est la guerre au crime. Bruce Wayne, c’est un paravent, un outil. Matt Murdock est avocat et se déguise parfois en Daredevil, le justicier. Sa vie se mène sous deux identités. Il a besoin de travailler en société, d’agir par la loi pour se sentir utile et valider son chemin de vie. Tout comme il a besoin de courir les toits, d’arpenter les allées sombres pour transformer sa colère et ses frustrations enfantines en énergie positive. Il croit en deux choses qui s’opposent et qu’il essaye de concilier. Il est en équilibre précaire, d’où les fréquentes chutes et descentes aux enfers qui émaillent la série.

Bruce et Matt : deux orphelins, dessinés par Sean Phillips et Alex Maleev.

Matt Murdock se bat pour la justice sous ses deux identités tandis que Batman utilise Bruce Wayne pour brouiller les pistes (dessins de Chris Samnee et Dave Johnson)©Marvel / DC Comics

Les femmes

Les relations de Batman avec les femmes sont souvent du simple affichage. Bruce Wayne est un playboy. Batman un solitaire. Catwoman ? Une voleuse à coffrer ou à faire rentrer dans le droit chemin. Talia ? La fille d’un ennemi, à neutraliser ou à convertir en alliée. Wonder-Woman ? Inaccessible, à draguer pour faire enrager Clark. Zatanna ? Silver St Cloud ? Les autres ? Trop souvent interchangeables et cantonnées au rôle de demoiselle en détresse…

Les scénaristes de DD ont joué avec le cœur de Matt Murdock avec, à mon sens, plus de réussite. Elektra : le premier amour, la ninja qui a mal tourné, l’âme sœur et le reflet négatif, Karen Page : l’égérie, un temps insaisissable, idolâtrée puis déchue dans la drogue et dans le X. Traîtresse. Paumée. Pas fiable. Mais Matt l’a toujours aimée (une « faiblesse » de plus qui humanise le héros). La Veuve noire : « l’ex », la compagne de jeu, la bonne copine (Bendis lui fera dire : « Je suis heureuse quand tu es heureux… »). Heather Glenn : mondaine, fofolle, animait la vie sociale de Matt mais ne pouvant s’inscrire dans son autre vie. Glorianna O’Brien : photographe, irlandaise, entre elle Matt, ça n’a jamais vraiment cadré et des auteurs indélicats l’auront brutalement poussée hors-champ. Milla Donovan : un mariage vite décidé, puis annulé pour une femme folle de Matt et devenue folle tout court. Dakota North : la liaison coupable, pour un homme sans peur mais définitivement pas sans reproches. Kirsten McDuffie : certains la voient comme la DD-Girlfriend idéale (ouais !!!! Kirsten forever ! ndr) . Je suis beaucoup plus réservé mais il faut admettre qu’elle ne ressemble à aucune autre conquête du rouquin.

De Karen à Kirsten ou de Selina à Talia, c’est sûr, Matt et Bruce ne choisissent pas les plus moches…

De Karen à Kirsten ou de Selina à Talia, c’est sûr, Matt et Bruce ne choisissent pas les plus moches…©Marvel / DC Comics

Les adversaires :

C’est là un point fort du Dark Knight. Sa « Rogue gallery » est beaucoup plus riche et enthousiasmante que celle de DD. Chacun de ses ennemis est porteur d’une symbolique particulière qui le rend original et attachant (des méchants qu’on aime haïr ou que l’on plaint) : de l’inévitable Joker, le clown tueur, à Rha’s Al Ghul, le mégalomane en passant par Double-Face l’ancien procureur obsédé par la dualité. Le Riddler, Poison Ivy, Harley Quinn, Scarecrow, Mister Freeze, Man-Bat, Killer Croc, Bane, Black Mask, le Pingouin, le Chapelier Fou : autant de visages différents de la folie et de la monstruosité.

En face, la galerie de vilains de tête-à-cornes semble plus terne, avec pas mal de vilains mineurs comme le Pitre, le Hibou, Mister Hyde et Cobra, le Gladiateur, totalement éclipsés par les adversaires iconiques que sont le Kingpin et Bullseye. En schématisant, DD doit piocher dans un vivier moins fourni de sparring-partners mais du coup, les confrontations sont souvent plus intimes, et donnent lieu à des affrontements à la fois physiques et moraux, à l’instar de l’arc écrit par Ann Nocenti opposant DD à Typhoid Mary  ou du run de Ed Brubaker le mettant face à Mister Fear. On peut aussi citer la relation particulière qu’entretient Daredevil avec le Punisher.

 … mais Batman truste les adversaires les plus fous et les plus affreux tandis que DD a sa galerie d’ennemis dominée par une poignée de super-vilains – Illustrations de Tom Kelly et Dustin Nguyen

… mais Batman truste les adversaires les plus fous et les plus affreux tandis que DD a sa galerie d’ennemis dominée par une poignée de super-vilains – Illustrations de Tom Kelly et Dustin Nguyen©Marvel / DC Comics

Les personnages secondaires :

Il y a Alfred et toute la Bat-family d’un côté et de l’autre : Foggy, Ben Urich et les femmes de Murdock. Autant je trouve Alfred indispensable (c’est le « Bernardo » de service) autant la Bat-family me laisse partagé : ils sont cools mais Batman est un solitaire. Il cherche tellement la perfection, comment pourrait-il s’entourer d’autres humains, si faillibles, si faibles ? D’autre part, Bruce Wayne les considère-t-il vraiment comme une famille et pas comme des pions ou des soldats ? Lorsque le Dark Knight rattrape Carrie Kelley en plein ciel dans le troisième chapitre de DKR, Frank Miller ne lui fait-il pas dire « Good Soldier » ?

Mais j’allais oublier le commissaire Gordon, l’allié précieux de Batman au sein de la police de Gotham, qui est sans doute le personnage secondaire le mieux exploité du Bat-verse, comme dans DKR (encore) et, surtout, dans Year One.

De son côté, Matt Murdock peut compter sur un partenaire quasi-inoxydable : Foggy Nelson. Foggy, c’est le camarade de promo, le bon pote de la fac, le faire-valoir aussi. Mais les auteurs l’ont progressivement changé en associé à part entière et en confident. Autre allié de DD : Ben Urich, le journaliste curieux qui découvre l’identité secrète mais qui ne la dévoile pas. Urich est à l’origine de moments (« This one is for you » dans DD 164) voire d’épisodes poignants (DD 182 « Promises » par Alan Brennert et Klaus Janson).

Le « supporting-cast » de Batman est donc plutôt orienté super-héros tandis que celui de DD lorgnerait vers le soap-opera ou le sitcom (du coup, le fait que Marvel l’adapte en série TV en 2015 plutôt qu’en film est assez bien vu de leur part).

Batman a des alliés, Matt a un ami – Illustrations de Dick Giordano et Paolo Rivera

Batman a des alliés, Matt a un ami – Illustrations de Dick Giordano et Paolo Rivera©Marvel / DC Comics

 Alors, à la roulette des super-héros urbains, sur quelle couleur miseriez-vous ? Le rouge ou le noir ?

Pour ma part, j’ai longtemps oscillé entre les deux personnages, mais depuis plusieurs années, je me sens plus proche de Daredevil/Matt Murdock. Même si je me prends parfois à rêver d’une toute puissance Batmanienne (je sais, c’est infantile), le diable rouge m’inspire davantage.

On peut réussir sa vie même avec des handicaps. Retrouver l’amour, même après en avoir bavé. Traverser la nuit la plus noire si on essaye de percevoir au-delà. Tous les signes, les bruits de la vie, les parfums dans l’air, les palpitations du monde. Il faut être un peu comme Daredevil, trouver un certain équilibre, œuvrer pour ce qui nous semble juste, ce qui nous tient à cœur et… « Ne pas abandonner. Jamais. »

Un dessin en hommage à mes deux super-héros préférés

Un dessin en hommage à mes deux super-héros préférés©JP Nguyen

24 comments

  • phil cordier  

    Bravo JP. Concis et droit au but; Je suis entièrement d’accord avec ton analyse
    Concernant la potentielle identification je ne me suis jamais posé la question tant cela me semblait évident : Batman est blindé de fric donc il est aussi facile de s’identifier à lui qu’à Tony Stark. Alors qu’il est d’autant plus simple de s’identifier à DD que, pour ceux qui ne le savent déjà, son « pouvoir » radar est une extrapolation de l’existant (l’oreille interne exacerbée chez certains aveugles) donc presque crédible
    ET merci pour la superbe image du faux crossover, que je ne connaissais pas

  • Tornado  

    Commentaire plein de maitrise et très belle mise en page.

    Mais aujourd’hui je sens que ça va polémiquer ! 😀
    L’article aurait d’emblée pu s’appeler « Voilà pourquoi Daredevil je le préfère à Batman » !

    Je m’aperçois vraiment que vous êtres plusieurs dans la team (Bruce, JP, Stéphane, Nicolas), à mettre le personnage au centre de tout. Vous focalisez sur ce qu’il dit, ce qu’il fait, ce qu’il pense, ce qu’il vit. Bref, c’est la caractérisation qui l’emporte sur tout.
    J’ai quant à moi une approche complètement différente : Je m’intéresse au décorum, à l’ambiance de la série, à sa toile de fond. A partir de là, le personnage devient plus un véhicule qu’une figure par rapport à laquelle je pourrais éprouver un « besoin » de m’identifier.

    A ce titre, c’est-à-dire par rapport à mon approche personnelle, il manque quelque chose à l’article. Il manque la mise en parallèle et l’opposition entre deux époques distinctes, plus exactement celles où ont été créés les personnages.
    Batman est né à la fin des années 30 et il demeure indissociable de ce contexte : Les films d’horreur gothique de la Universal (Dracula et ses chauve-souris parce que les chauves-souris ça faisait peur à l’époque !), l’expressionnisme allemand (tout en contraste ombre/lumière et en ombres portées), véhiculé par les films cités plus haut, ainsi que les polars de l’âge d’or du cinéma hollywoodien (Scarface, par exemple), les pulps et ses super-héros de la préhistoire (JP l’a un peu annoncé avec le parallèle à Zorro) et le Métropolis de Fritz Lang (l’un des père de l’expressionnisme allemand), qui inspire forcément Gotham City.
    Batman, c’est avant tout, et c’est surtout, toute une iconographie. Cette iconographie véhicule un certain nombre de thèmes issus d’une certaine époque (ce qu’ont parfaitement compris Jeff Loeb & Tim sale avec leurs mélanges de polars, horreur et cartoon rétro), le personnage n’étant que le simple véhicule de tout cela.

    Daredevil est, quant à lui, né au début des années 60. Un contexte complètement différent, dominé par une autre vision du monde, plus dépressive (la guerre froide), plus individualiste (naissance de la notion d’adolescence et son corolaire la rébellion), etc. Il s’inspire également des polars et des films noirs de son époque (et notamment des nombreux films sur la boxe, à la mode en ce temps là).
    Cette différentiation et cette mise en contexte me parait importante. Et à mes yeux en tout cas, plus importante que les différences de caractérisation et l’évolution intime du personnage.

    Attention, je ne cherche pas à prouver que mon point de vue est meilleur que les autres; mais juste à le souligner.

    • Jyrille  

      Ah oui, Tornado marque un point là, je suis d’accord avec cette idée d’ambiance gothique (Gotham quand même…) qui est la marque de fabrique des histoires de Batman.

      Enfin je dis ça, mon autre commentaire est en attente de modération et je dis que l’article est super 🙂

  • JP Nguyen  

    Non, Tornado, il ne faut pas refuser la polémique! Et d’ailleurs il s’agirait plutôt de discuter, les commentaires sont là pour ça.
    Tes remarques sur le contexte de création des personnages sont tout à fait pertinentes.
    Pour le parti-pris de l’article, je l’assume totalement et pour ce que chacun recherche dans une lecture, c’est une question de sensibilité, très subjective. Dans une interview, Ed Brubaker disait : « Character is plot  » et sans aller jusqu’à préférer un scénario bancal avec un perso que j’affectionne, j’ai beaucoup de mal à accrocher à des récits où le héros est trop imbuvable ou au delà de toute rédemption.

  • phil cordier  

    En effet ton approche n’est pas meilleure, elle est complémentaire;
    Mixez moi cette analyse dans le corps du texte de JP et on s’approche d’une forme de « perfection » 🙂

  • JP Nguyen  

    Et sinon, pour ne pas trop élever le débat :
    « le personnage n’étant que le simple véhicule de tout cela »
    C’est normal, il roule en Batmobile ! 😉

    • Bruce lit  

      Ouais ! battez vous les gars ! CA tombe bien, Mortal Kombat X vient de sortir !!

      Blague à part, JP, ton article est bien parti pour le bilan 2015 pour être dans mes favoris ! J’y retrouve tout ce que j’ai toujours voulu lire ailleurs : de l’érudition, de l’humour, des sentiments, de l’analyse, des comparatifs, des balises pour le néophytes, des références pour le spécialiste et un très beau choix d’images… Tu as même cité Heather Glenn, la grande oubliée de la mythologie DD.

      Nul besoin de dire que DD remporte tous mes suffrages devant Batman.

      @Tornado : Ta remarque sur le personnages Vs le decorum est très intéressante. Elle me permet de me comprendre pourquoi je n’aime pas ce personnage. La culture dont est issue Batman ne me touche pas, ce qui fait que si je n’aime pas Bruce Wayne, je n’ai rien à m’accrocher. Batman, DD : les deux grandes réussites de Miller viennent de ces deux là. Peut-être que ma détestation de l’homme chauve souris vient du fait que j’attendais de DKR de retrouver les mêmes émotions de BOrn Again…

      En tout cas, ton exposé JP, point par point est limpide : je ne reconnais rien de ce que j’aime chez Bruce Wayne. Et l’expérience Spawn m’a vacciné de la BD « ambiance ». Toutes les histoires Batman que j’ai lues ( et il commence à en avoir : Smile, DKR, Halloween, Batman RiP, Arkham Asylum, la cour des hiboux, year 1) ne me racontent rien sur le personnage. Quand je dis rien, c’est que par rapport aux autres histoires, je ne perçois que peu l’évolution dramatique de Wayne, ses doutes, ses peurs, son âme quoi….Chez Frank Castle, qui est au moins aussi fou, il y a des failles, un reste d’être humain qui me fiche la chair de poule. Chez Batou, rien….

      Outre ce que tu exposes, JP, je dirais que DD est un héros qui parle à tout type de lecteur. Il y a de l’action, des pouvoirs profondément originaux et une double vie passionnante. Et surtout, Matt est à mon sens ( shadowland est une exception) plutôt bien préservé par la continuité. Son évolution est très facile à suivre, il n’a pas participé à des milliards de crossovers cosmique. C’est un héros humble, vers lequel il est facile de revenir après les déjections Dark Siege Itself….

      Ces décennies de continuité pourraient s’apparenter à des saisons : Le silver age, un matt enjoué avec des vilains barriolés ( saison 1). La série noire de Miller ( saison 2 ). Born Again ( 3). Nocenti et la depression de Matt ( 4). Le retour des menaces liées à sa double identité_ Smith, Bendis, Brubaker, Chichester ( 5). Et la décision de Matt de révéler qui il est pour ne plus être son pire ennemi _ Waid_ (6). Tout ceci est parfaitement cohérent et j’aime DD pour ça.

      Enfin, dernière différence, DD a bénéficié d’un film pourri et passe désormais au petit écran alors que Batman est une star du 7 ème art.

      • Jyrille  

        Je trouve quand même que le Batman de Morrison montre des facettes humaines assez inédites jusque là (même si j’avoue n’avoir jamais lu Un long Halloween, la Cour des hiboux etc…).

  • Jyrille  

    Magnifique article avec une analyse que je partage complètement même si je suis loin d’avoir tout lu de ces héros. Je pense que comme beaucoup d’autres, DD et Batman restent des favoris dans le coeur des amateurs, avec Spider-Man. J’ai adoré les scans. Celui des femmes est un montage perso ? Quant à celui du faux crossover, il est effectivement très beau. En fait tous les scans sont superbes, et ton dessin est impressionnant (surtout sur le DD).

    Enfin je rejoins Bruce : il est plus facile de s’identifier à DD. Bruce est un surhomme, comme tu le soulignes… J’ai encore chez ma mère le jeu de rôle DC Heroes (en VO), qui avait un système de caractéristiques de personnage carrément original : plutôt que d’avoir des attributs et/ou certaines compétences, les caractéristiques se divisaient en neuf (trois fois trois : trois physiques, trois intellectuelles, trois spritiuelles pour les trois lignes, et trois de défense, d’attaque et de résistance pour chaque ligne. Enfin un truc du genre). En plus de ce découpage intéressant, les valeurs étaient exponentielles : l’homme normal avait 2 partout. Comme on parle de super-héros, forcément, il fallait que la caractéristique soit élevée sans être ridicule. C’est pourquoi une valeur de 3 signifiait deux fois plus fort que 2… Je me mélange, était-ce factoriel ? Bref, dans le jeu, les cartes des personnages connues étaient fournis. Superman a une force de 50. Batman une intelligence de 10 (en gros, on avait calculé que c’était l’équivalent d’Einstein) et une dextérité de 12 (ce qui lui permet d’arrêter les balles à la main, comme Ozymandias).

    Tout ça pour dire qu’effectivement, Batou est bien trop parfait, trop intransigeant, pas assez humain. Alors que DD n’arrête pas d’enfiler les erreurs, se comporte parfois comme un muffle sans le vouloir et ne réussit pas tout.

    http://i164.photobucket.com/albums/u31/Dramedy_Productions/Vision%20Man%20-%20Eye%20Contact/dcheroes_charactersheets3b_zetaman.jpg

    http://i217.photobucket.com/albums/cc28/idol-head/1989MayfairGamesDCHeroesDarkseidtheDestroyerCharacterCardBack.jpg

    http://st3.speedforce.org/wp-content/uploads/2010/12/mayfair89_flash_back.jpg

    http://i785.photobucket.com/albums/yy132/dcbloodlines/1993MayfairGamesDCHeroesRole-PlayingGameThirdEditionBatmanEntry.jpg

    http://3.bp.blogspot.com/_6xoH967aC00/TP1JEfj2R4I/AAAAAAAAboM/xpCjQ8jg7Gg/s1600/reign049-2.jpg

  • JP Nguyen  

    Merci à tous pour vos retours. Je me sens moins seul à cogiter sur ce genre de sujet. Je ne pensais pas ressusciter un jour cet article mais quand Bruce m’a lancé l’idée, je me suis motivé pour revoir certains passages et sélectionner de nouvelles images. Et effectivement, Cyrille, l’image sur les conquêtes des deux héros est un photomontage réalisé pour l’occasion.
    Je réalise qu’il y a un autre point que j’aurais pu évoquer : Batman protège une ville entière et parfois même le monde avec la JLA, Daredevil se concentre sur un quartier.

  • Brucedevil  

    Je dirais aussi que Matt doit surtout se protéger lui-même, de lui-même ! La folie n’est jamais loin et tout le piquant du run de WAid vient de là : va t’il craquer ?

  • Xabaris  

    Super article JP, vraiment bien ficelé.

    Pour ajouter une couche au débat : j’aime beaucoup les deux personnages. Aucun doute que les deux méritent d’être dans le haut du podium. Mais…

    Il faut dire que BATMAN est une légende. 1939 contre 1964 et Batman est toujours aussi populaire que ce soit dans le milieu du comics ou le reste.

    Et pour reprendre les dire de Tornado et Jyrille…il ne faut pas oublier Gotham et tout ce qu’il ce passe autour.

    Peut on faire un comics « Hell’s Kitchen » sans mettre l’ami Matt dedans ?

    Et puis il ne faut pas oublier que Batman est beaucoup plus de ce qu’on voit en façade, on pourrais passé des années a l’éplucher sans jamais atteindre le noyau.

    L’ami DareDevil lui, aussi passionnant et intéressant qu’il puisse être, reste tout de même très ouvert face au lecteur et ses fans, on expliquant bien chaque sentiments et ressenti en tant réel.

    Rien de ce que pourrait faire Daredevil ne peut surprendre vraiment le lecteur, car on le comprend.

    Quand a Bruce, si jamais il verse une larme, si jamais il craque ou même sourit, le lecteur que je suis reste abasourdi et stupéfait, car personne ne peut se mettre a la place de ce psychopathe en puissance.

  • Tornado  

    La caractérisation est très importante. Ce que je pense, en revanche, c’est qu’il y a beaucoup d’autres choses dans ces concepts qui méritent d’être retenus au delà de ce que dit, fait et vit le personnage.

    Partant de là, certains héros peuvent être lisses et servir de seul « véhicule », sans que cela nuise au concept, à la série. C’est le cas de Tintin, personnage très lisse, mais entouré de très fortes personnalités. Ou de Batman, qui affronte des ennemis nettement plus intéressants que lui.
    Il existe donc bel et bien un grand intérêt à ces concepts au delà de la caractérisation du personnage.

    Quand au collaborateur fan de Claude François, Bruce s’est un peu emballé. Le collaborateur en question a bien été élevé dans la cloclomania étant donné que sa soeur était la plus grande groupie de tous les temps. Mais il n’a jamais acheté un seul disque de cet artiste et n’en écoute jamais sauf lorsque le hasard le met sur sa route.
    Le collaborateur aime bien écouter Claude François quand il en a l’occasion, mais ça ne va pas plus loin.
    Non. En revanche, le collaborateur en question est fan de Julio Iglesias !

    • Bruce lit  

      Comparaison intéressante, celle d’Hergé. A ceci prêt que je n’ai jamais trouvé l’équivalent d’un Haddock chez Batman. Mais effectivement, on retrouve souvent ce volet « familial » chez Batman. C’est d’ailleurs ce qui m’exaspère. Quant à Cloclo, j’affirme être un fan récemment converti !

  • Stan FREDO  

    Très bel article, avec probablement les plus belles illustrations que j’ai jamais vu sur ce blog !

  • Présence  

    Je suis très impressionné par l’exceptionnel travail iconographique réalisé pour cet article.

    Pour un vieux lecteur ayant avalé des kilomètres de comics, il m’est difficile de voir en Batman ou en Daredevil des personnages entiers, à l’évolution cohérente. Au bout de quelques années de lecture, il apparaît que l’un comme l’autre connaît des évolutions étranges de sa personnalité au gré des scénaristes. Batman est moins sujet à ces comportement inattendus parce que sa fiche est plus fermée, Matt Murdock aura tout fait au gré de la fantaisie de nombreux scénaristes. Encore que même Batman était assez facétieux dans les années 1950 et 1960, n’hésitant pas à jouer des tours pendables à Robin pour lui donner une leçon.

    Même en étant plus monolithique, le personnage Batman autorise la construction de récit plus personnel, mettant en jeu ses convictions, ses certitudes. Tornado et moi apprécions assez la série « Legends of the Dark Knight » dans laquelle les scénaristes avaient la latitude de montrer un Batman qui n’était pas encore parfait. J’avais par exemple beaucoup apprécié le récit « Venom » dans lequel Bruce Wayne décidait de recourir à une drogue améliorant ses performances physiques pour être plus efficace.

    Matt Murdock ayant été beaucoup défendu dans les commentaires, je me ferais l’avocat du diable, en indiquant que Bruce Wayne une volonté de perfection, de méthode dans laquelle il est aussi facile de se projeter. Comment faire de mon mieux ?

    • JP Nguyen  

      Très honnêtement, la recherche d’image et la réalisation des photomontages a été un vrai plaisir pour moi. J’ai des tas d’images de Bats et DD sur mon disque dur et j’aime bien en trouver de nouvelles. Mais je suis content de savoir que le résultat plait.
      Concernant Batman, oui les histoires dans la veine des « Legends of the Dark Knight » sont souvent celles où les scénaristes ont le mieux exploré son côté humain. Je me souviens par exemple d’une histoire dessinée par Scott Hampton où Batman est dans le coma et doit revenir du royaume des rêves en compagnie de son « âme soeur », la femme qu’il aurait pu aimer s’il n’était pas devenu justicier mais… écrivain !

  • Yuandazhukun  

    Bravo et merci pour cet article fort interessant ! Je penche du coté de l’avis de Tornado (encore ! et merde !) je ne privilegie pas forcément le protagoniste mais tout ce qui entoure une histoire et ce qui y est développé bref chacun voit midi à sa porte (expression bidon tiens !). Je conseille fortement en passant la série Daredevil (moi qui n’aime pas du tout les séries ou films de super-héros voilà un daredevil bien humain et pas si extraordinaire ca fait plaisir !) je trouve le comic respecté, l’ambiance sombre, et un kingpin formidable incarné par le trop rare Vincent D’Onofrio. A découvrir !

  • Lone Sloane  

    Je rejoins Présence sur le gros boulot iconographique et les tous les autres sur la haute qualité de ton article. Je reconnais également dans Batman, outre la parenté que tu lui prêtes avec Don Diego et son Bernardo, une inclinaison toute jamesbondienne à la technologie et aux gadgets. Cette caractérisation par l’accessoire et l’engin est probablement, outre la popularité du personnage et l’aspect hautement plastique de Gotham, une des raisons qui ont poussé Hollywood à passer sur l’écran noir de nos nuits blanches les aventures de l’homme chauve-souris.
    Pour les amateurs de DD, et parce que le boulot de ce gars rejoint le goût du comics et de la musique qu’on trouve sur ce site, il y ces pochettes d’album transformées qui circulent depuis peu. Et West Side Story pour la bête à cornes, c’est classe et bien vu :http://spacelordklopper.tumblr.com/page/2

  • Brucedevil  

    J’adore ! DD West Side Story ! Et le Division Bell façon Doom ! Merci Lone !!!

  • JP Nguyen  

    Ces pochettes sont effectivement très classes. Cela dit, DD et West Side Story, j’y avais déjà pensé, et même fait un crobard dessus en 2010 pour CBR
    Oui, je suis un incurable DD-fan…

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