Ses ailes de géant l’empêchent de marcher. (Les amants d’Hérouville)

Les amants d’Hérouville, de Yann Le Quellec & Romain Ronzeau

Un article de PRESENCE

1ère publication le 23/04-21 – MAJ le 20/08/21

VF : Delcourt / Mirages

Le visionnaire, la muse et les musiciens
© Delcourt / Mirages

Ce tome contient une histoire complète, indépendante de toute autre. La première édition de cet ouvrage date de 2021. Elle a été écrite par Yann Quellec, avec la participation de Thomas Cadène, dessinée et mise en couleur par Romain Ronzeau. Il s’agit d’un ouvrage d’environ 250 pages. Les auteurs remercient Marie-Claude Magne pour ses témoignages et l’accès à ses archives, Magali Magne et Serge Moreau pour leurs témoignages, et d’autres pour leur connaissance du château d’Hérouville et de la carrière de Michel Magne. Ils remercient également Bill Wyman, Sempé, Costa-Gavras et Eddy Mitchell pour leurs postfaces si personnelles et généreuses. Le tome se termine par une histoire du château d’Hérouville richement illustrée par des œuvres picturales de Michel Magne, et par sa discographie et ses musiques de film.

En 1969, un incendie détruit toute l’aile nord du château d’Hérouville, le lieu qui abritait toutes les partitions et toutes les bandes originales du compositeur Michel Magne. Pendant ce temps-là, il se fait attendre à un repas où ses amis sont déjà attablés au restaurant : il fait son entrée par la fenêtre, tout de noir vêtu. Un serveur vient lui apporter le téléphone alors qu’il évoque les Beatles à table. Il reprend le volant de son coupé sport et constate le désastre : toute sa musique, son œuvre entière a brûlé. À l’été 1970, il fait la route au volant de sa Porsche de Paris à Hérouville, et il prend une jeune autostoppeuse : Marie-Claude Calvet, 16 ans. Il en a 40. Il lui laisse son numéro de téléphone. Elle le rappelle avec une copine et il lui propose de passer une journée au château. Il répond à la sonnette en traversant la pelouse dans son tenue moulante noire, avec son doberman à ses côtés. Une semaine plus tard il est chez les Calvet, et explique qu’il souhaite louer les services de Marie-Claude comme baby-sitter pour ses deux enfants Magali & Marin de 9 et 6 ans. Marie-Claude vient s’installer dans une chambre du château. Michel l’invite pour une fête donnée le soir dans le parc. Il y a des dizaines d’invités, un cheval, un batteur, un groupe de jazz. Comme à son habitude, Michel fait l’équilibriste sur une pile instable de chaises. Tout le monde finit habillé dans la piscine.

En représentation, dans toute sa splendeur
© Delcourt / Mirages  

Le lendemain, Michel Magne revient du marché avec le cuisinier Serge Moreau et il lui expose ses projets : bâtir un studio pour réenregistrer tout ce qu’il a perdu dans l’incendie, inviter des artistes à enregistrer en résidence pour couvrir les frais. Serge est sceptique : il n’est pas certain que des artistes accepteront d’enregistrer loin de Paris. Il dit qu’il pense à l’Albatros de Charles Baudelaire. En 1970, le château d’Hérouville comprend une aile gauche à laquelle est accolé le bâtiment du réfectoire, une aile droite, une bergerie, une piscine, une mare, un donjon, une allée végétale, un court de tennis, dans un grand parc. Bientôt es travaux commencent et Marie-Claude s’occupe des enfants, tout en regardant ce châtelain à la belle prestance aller et venir. Les travaux vont bon train, avec des ouvriers, des techniciens, un responsable qui teste le son de chaque pièce en tirant des coups de pistolet. Il ne reste plus à Michel Magne que d’utiliser son Rolodex pour inviter les artistes.

Le Château d’Hérouville : un lieu mythique pour les musiciens, mais aussi pour les amateurs de musique pop et rock, ayant investi du temps pour déchiffrer toutes les mentions sur les pochettes d’album. Dans des interviews, les auteurs ont expliqué que leur première intention était de faire revivre ces moments d’enregistrement mythique, avec des artistes en résidence dans un site prestigieux, et des conditions d’hébergement fastueuses. Pour ce faire, ils ont contacté des témoins de cette époque, à commencer par Marie-Claude la veuve de Michel Magne (1930-1984), puis le cuisinier Serge Moreau. Au fil des discussions, leur projet a évolué en intégrant pour une plus grande part la biographie de Michel Magne, et sa relation avec Marie-Claude. Cette dernière leur a confié des archives photographiques dont ils ont incorporé une partie dans leur bande dessinée. Le lecteur découvre donc bien plus qu’une simple reconstitution d’une époque disparue, ou que la simple évocation factuelle d’un microcosme artistique, pendant une courte période de 1970 à 1972.

Babysitting & Construction du studio
© Delcourt / Mirages    

L’ouvrage contient des morceaux d’anthologie des fêtes nocturnes où tout le monde termine dans la piscine, au concert gratuit donné par le groupe Grateful Dead le 21 juin 1971 au bénéfice des habitants du village, l’arrivée de Johnny Halliday avec Sylvie Vartan, le dirigisme de Tony Visconti, etc. Le lecteur venu chercher l’ambiance de l’époque et les frasques du milieu en a pour son argent. Romain Ronzeau réalise des dessins dans un registre descriptif, avec des traits de contour un peu lâches, pour des personnages très vivants, et une reconstitution très évocatrice, sans aller jusqu’à une précision photographique. Le lecteur peut donc reconnaître des éléments de la vie de tous les jours d’époque, comme les modèles de voiture, ou les tenues vestimentaires. Il peut se projeter dans chaque lieu : l’artiste a effectué un travail de recherche solide pour pouvoir les décrire. Par exemple, il est évident qu’il a étudié les équipements d’un studio d’enregistrement, ainsi que les phases de construction, même si es pages correspondantes donnent une impression d’esquisse rapide. Il met l’accent sur les activités humaines dans chaque endroit, avec un effet irrésistible, par exemple le test de l’acoustique avec un pistolet. Le lecteur peut ainsi se projeter dans chaque environnement au milieu des personnes qui l’habitent : les studios du château d’Hérouville, le parc avec sa piscine, les bureaux des studios Davout, les appartements de la bergerie, la plage de Saint Paul de Vence, la place où l’on joue aux boules, le petit appartement parisien, la chambre d’hôpital au Centre Hospitalier du Kremlin-Bicêtre.

Le dessinateur représente les personnages avec un bon degré de simplification, parfois une forme de jeunisme. Cela leur confère une vitalité épatante, comme si le lecteur voyait plus leur vie émotionnelle. Il est impossible de résister au charme de Marie-Claude, sans jamais que cela ne devienne malsain, même si elle n’est pas majeure au début du récit. Les artistes célèbres sont facilement identifiables de Johnny Halliday à Jerry Garcia, en passant par Marc Bolan (T-Rex) Elton John, et Eddy Mitchell, ou Jean Yanne. Le lecteur remarque que Michel Magne bénéficie d’un traitement un peu particulier : ni sa pupille, ni son iris ne sont visibles, son regard étant toujours limité à ses sourcils épais. Par ailleurs il dispose d’une silhouette plus athlétique, sans aller jusqu’au culturisme. Il est visible que les auteurs ont souhaité le mettre en scène comme une force plus que comme un être humain, lui donner une discrète aura de mythe. La narration visuelle s’avère très agréable par son entrain communicatif, et sa joie de vivre sous-jacente, ce qui crée un très fort contraste avec l’assombrissement progressif de Michel Magne pendant les dernières années de sa vie. Elle s’avère également très variée : Ronzeau conçoit des plans de prise de vue spécifique pour chaque scène, intègre des photographies à bon escient, ajoute des éléments plus symboliques comme des portées, intègre des respirations avec des pages dépourvues de texte, etc.

Grateful Dead dans les champs
© Delcourt / Mirage

Arrivé à la page 41, le lecteur découvre un chapitre qui correspond à du texte illustré, et pas à une bande dessinée. Afin de d’ouvrir leur récit, les auteurs ont opté pour cette forme pour évoquer la biographie de Michel Magne (compositeur de 73 musiques de films, musicien, interprète, peintre) en plusieurs chapitres venant s’intercaler au cours de la bande dessinée : pages 41 à 47 Michel fait ses gammes (1930-1950), pages 103 à 111 À l’avant(-garde) 1950-1955 avec 1 dessin de Sempé pour la pochette d’un album de Michel Magne, pages 139 à 146 Les amitiés magnifiques de 1955 à 1960 (avec Françoise Sagan & Juliette Gréco), pages 171 à 175 Magne, star de la musique de films, de 1960 à 1965, pages 197 à 203 : Hérouville s’enflamme de 1965 à 1969. Dans un premier temps, le lecteur peut se demander si c’était bien nécessaire d’alourdir ainsi la bande dessinée, puis il se rend compte qu’il attend ces passages car la personnalité de Michel Magne est véritablement magnétique, et il souhaite en savoir plus sur cet être humain si formidable, cette puissance créatrice inépuisable. Il découvre ainsi progressivement un créateur hors norme, de musique de films mais aussi d’œuvres picturales conceptuelles, d’œuvres d’art modernes (les compositions réalisées avec les bandes magnétiques de ses propres enregistrements), la poursuite d’un rêve devenu inaccessible.

Les auteurs réalisent leur hommage sur les années fastes d’enregistrement aux studios d’Hérouville. En revanche, ils ne portent pas de jugement de valeur sur la vie de Michel Magne. Ils ne cachent rien de ses facettes délicates : un mauvais gestionnaire, un individu hanté par une forme de ténèbres, la séduction d’une mineure plus jeune de 24 ans que lui, mais aussi des aspects sous-jacents. Les auteurs ne souhaitent pas s’étendre sur des aspects comme les pique-assiettes, les amis qui le laissent tomber, vraisemblablement l’usage de produits stupéfiant (dimension quasi occultée sauf pour le LSD ajouté à l’insu des invités dans leur boisson à l’occasion du concert gratuit du Grateful Dead), la justice des hommes favorables aux affaires plutôt qu’aux rêveurs. Ils préfèrent développer la création que ce soit directement celle de Michel Magne, ou par l’entremise des poèmes récités par le cuisinier singulier d’Hérouville, Serge Moreau présentant ses plats aux invités en récitant L’ALBATROS de Charles Baudelaire, COLLOQUE SENTIMENTAL de Paul Verlaine, À CLYMÈNE de Paul Verlaine, ou encore LES CAPRICES DE MARIANNE d’Alfred Musset. Le lecteur est laissé libre de penser ce qu’il veut de la vie d’un individu aussi singulier.

Il est possible que le lecteur vienne à cet ouvrage avant tout pour profiter de la reconstitution des fastes des conditions de vie des artistes en résidence pour enregistrer aux studios d’Hérouville. Avec le titre, il comprend bien qu’il sera également témoin de la relation amoureuse de Michel Magne, le propriétaire, avec sa compagne Marie-Claude. Il est très vite emporté par l’entrain de la narration visuelle, simple en apparence, riche en profondeur, et par la vie incroyable de Michel Magne. Il a vite fait de ressentir la même fascination que les auteurs, pour cet homme, pour ce créateur à l’énergie folle, et il les en remercie d’avoir fait évoluer une évocation très vivante et précise, en une évocation de sa vie.

Tout le Gotha
© Delcourt / Mirages

La BO du jour
Elton John, l’un des premiers artistes à avoir enregistré dans ce Honky Château !

34 comments

  • Bruce lit  

    Une lecture exceptionnelle aussi bien riche d’anecdotes musicales (le concert complétement dingue du Grateful Dead), que la restitution de l’ébullition rock.
    J’ai adoré cette gloire et chute de Michel Magne, personnage truculent et passionnant dont je ne savais rien et suis tombé en pamoison devant la beauté solaire de Marie-Claude dont chaque apparition papier ou photo crève l’écran. Tiens, je vais me chercher quelques disques de Magne sur Spotify.
    Merci 666 fois pour cette découverte qui figure dans mon Top 5 des lectures 2021, un zéro faute en ce qui concerne les auteurs : dessins fabuleux, narration précise, histoire d’amour forte, le lecteur vivre de la 1ère à la dernière page.
    Seul reproche tu avais l’embarras du choix pour un titre plus rigolo : Magnez-vous ou Honky Chateau !

  • Présence  

    Un zéro faute de la part de Bruce !!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!

    Avec un tel jugement de valeur de ta part, je n’ai plus rien à ajouter.

    Le titre : j’ai préféré évoquer la dimension tragique de cet homme, qu’un jeu de mot (à mes yeux) peu évocateur, ou un titre d’album d’Elton John Cela ne reste que ma sensibilité.

  • Tornado  

    Le sujet a tout pour m’intéresser, le découpage des planches et le concept de l’album aussi. Seul problème ce type de dessin esquissé semi-humoristique qui est entrain de devenir la norme dans la BD française plus ou moins intello. C’est assez repoussoir pour moi au premier abord, même si je sais qu’une fois plongé dans la lecture, j’oublierai le trait pour le récit. Je regrette quand même une dimension picturale plus immersive. J’adore lire une BD et revenir en arrière pour admirer les images.

    Mettons-nous d’accord : Ce type de dessin à la Sempé, une fois de temps en temps, pourquoi pas. Mais systématiquement dès qu’il s’agit d’une BD de moeurs, c’est un peu fatiguant.
    Bon, cela-dit j’ai quand-même très envie de lire la chose… 🙄

    La BO : Excellente période pour Sir Hercule.

    • Présence  

      Le choix du registre graphique a fait sens pour moi : il permet d’évoquer et de montrer les états d’esprit des uns et des autres, de faire de Michel Magne un vrai personnage, dépassant le simple statut être humain. En outre, l’artiste use habilement d’images d’archives et d’éléments visuels plus conceptuels comme les portées de note.

      Je n’arrive pas à me représenter Michel Magne avec son chien en maître des lieux dans un autre style, sans qu’il ne devienne franchement ridicule, ou au contraire trop romanesque.

      En fait à la lecture, avec un peu de recul, je n’ai pas pris ces images comme semi-humoristiques, mais plutôt comme axée sur la sensibilité émotionnelle. Effectivement, une fois plongé dans le récit, j’ai oublié le trait.

      • Tornado  

        @Présence : Oui, je vois ce que tu veux dire. C’est pour ça que j’ai dit que j’oublierai certainement ce parti-pris graphique une fois plongé dans la lecture.
        Là où par contre j’ai envie d’insister, c’est sur le fait que ce style de dessin est extrêmement présent dans toute BD de moeurs. C’est même vrai outre-Atlantique comme on a pu le voir avec des artistes underground. Je ressens, mais ce n’est peut-être qu’une idée fausse, comme une sorte de « snobisme » qui voudrait qu’un dessinateur de BD « intello » doit forcément faire des dessins qui sonnent un peu « mal faits », parce que voyez-vous c’est un médium pas très sérieux, pas tellement pris au sérieux, et que c’est surtout le texte ici qui est important, pas les jolis dessins. Faire de « jolis dessins » paraitrait ainsi suspect, comme s’il s’agissait de mettre le dessin en avant et donc le texte en arrière, et que donc ce serait réservé aux enfants ou au ados, pas aux adultes…

        • Présence  

          J’étais parti pour dire que je n’étais pas trop d’accord, quand ton exemple sur les bandes dessinées indépendantes américaines m’a remis en tête celle de Julie Doucet, de nature autobiographique.

          https://www.babelio.com/livres/Doucet-My-New-York-diary/374758/critiques/691885

          Si on est dans le registre BD de mœurs, biographie, autobiographie, en comics, je pense tout de suite aux comics underground des années 1960 et 1970, ou effectivement les jolis dessins n’étaient pas de mise. En les découvrant, je m’étais dit qu’il s’agissait plus du fait d’artistes sans formation académique, vraisemblablement limités d’un point de vue technique, avec des dessins mal faits. Du coup, dans mon esprit, ils trouvaient des solutions graphiques pour exprimer leurs perceptions, avec une approche esthétique très personnelle. D’un autre côté, je me dis certains d’entre eux peuvent également souhaiter mettre en œuvre une approche picturale moderne et contemporaine, reflétant pour certains des courants d’art pictural du 20ème et maintenant du 21ème siècle.

          Avec ta remarque, je présume qu’il doit y a avoir plusieurs cas de figure : une forme de courant de pensée qui voudrait qu’une BD de mœurs ne peut pas exprimer quelque chose de profond avec des jolis dessins (une forme de snobisme), des artistes souhaitant s’exprimer sans maîtriser les techniques de représentation en perspective ou sans connaissance de l’anatomie, des artistes avec une approche esthétique radicale… et certainement d’autres.

          J’ai aussi conscience que mon propre manque de formation en matière de dessin m’amène à formuler des jugements de valeur qui ne sont pas techniques. Par exemple j’aime beaucoup les dessins de Philippe Dupuy et Charles Berberian. Mais je suis bien incapable de dire s’ils s’inscrivent dans la catégorie des dessins qui sonnent un peu mal faits.

          https://www.bdfugue.com/monsieur-jean-integrale

          Je me demande dans quelle catégorie tu rangerais des auteurs humoristiques comme Reiser ou Édika ? Et même une bonne partie des dessinateurs maison de Fluide Glacial comme Foerster ou Tronchet, Binet, Daniel Goossens ?

          • Jyrille  

            Je rejoins totalement Présence sur le trait. J’ai aussi deux ou trois albums de Monsieur Jean, c’est assez formidable. Dans les underground américains qui parlent pourtant de choses graves, il y a aussi Debbie Drechsler. Et le trait n’est pas beau. Mais puissant.

          • Présence  

            Autre exemple que j’ai sous les yeux de dessins pas beaux, découlant directement de l’absence de technique de l’auteur : Dilbert, de Scott Adams. Là, il n’y a rien de snob, juste un type qui veut raconter ses blagues sous forme de strip et qui fait avec ses limites.

          • Tornado  

            Je suis comme toi. Je réfléchis et je n’hésite pas à me remettre en question. Cela ne me dérange pas d’avoir tort.

            Reiser ou Edika : Je suis fan. C’est du classique et en même temps c’est fondateur. C’est de l’humour corrosif, trash, impertinent, révolutionnaire. Rien à voir, selon moi, avec le tout-venant des auteurs actuels qui édulcorent, qui cherchent le truc qui marche.

            Mon cerveau critique (ou plutôt l’aspect critique de mon cerveau, celui-ci étant ce qu’il vaut) me dit que c’est pas bien que tout un genre ait la même gueule : Super-héros = comme ci (muscles, couleurs flash, boobs), BD de genre, genre aviation = comme ça (pin-up (c’est hallucinant ça (quel rapport avec les avions ???))), Heroic fantasy franco-belge = un peu humour et pin-up, et BD de moeurs = Sempé un peu coloré. Je schématise, mais à peine.
            Je suis pénible, sans doute. Je renifle toujours la petite bête : Pourquoi dans tel ou tel genre est-ce si codifié ? A quoi ça sert ? D’où ça vient ? Si ce n’est pas systématique, pourquoi est-ce tout de même aussi récurent ?
            Certes, tout ceci est commercial. Mais alors pourquoi la BD adulte de moeurs doit être dessinée plutôt comme du « Sempé coloré » et pas comme… autre chose ???
            Je n’aime pas du tout les dessins présentés ici. Le scan « En représentation, dans toute sa splendeur », non. Les personnages génériques réduits à quelques traits sans expression, je trouve ça pas à la hauteur du boulot. Ça va mieux avec le scan suivant « Babysitting & Construction du studio », au découpage séquentiel conceptuel et inventif. Mais niveau dessin et expressions, voire personnalité artistique, on est loin, bien loin de Reiser ou Edika. Pour moi en tout cas.

            Jetons un oeil, juste d’un point de vue graphique, aux BDs de moeurs ou aux BDs adultes :
            http://www.brucetringale.com/et-la-tendresse-bordel-5-bis-rue-de-gainsbourg/
            http://www.brucetringale.com/comment-elle-gagne-sa-vie-deja-les-bijoux-de-la-kardashian/
            http://www.brucetringale.com/radio-dolto-londe-dolto/
            http://www.brucetringale.com/dialogue-consentement-le-combo-parfait-le-vrai-sexe-de-la-vraie-vie-1/
            http://www.brucetringale.com/la-politique-cest-dabord-une-affaire-dimaginaire/
            http://www.brucetringale.com/lamour-physique-est-sans-issue-review-big-bang-saigon/
            http://www.brucetringale.com/on-va-reevaluer-vos-objectifs-a-la-hausse-pour-compenser-la-baisse-le-travail-ma-tue/
            http://www.brucetringale.com/lamour-en-plus/
            http://www.brucetringale.com/rester-vivant-senfuir-recit-dun-otage/
            http://www.brucetringale.com/la-vengeance-est-un-plat-qui-se-mange-chaud-bonjour-tristesse/
            http://www.brucetringale.com/montrez-ce-sein-que-je-ne-saurai-voir-betty-boob/
            Je précise que je ne cherche nullement à dénigrer le genre. Ce sont manifestement de très bonnes BDs. Juste à faire remarquer un parti-pris plastique : Semi-humoristique/caricature, dessin esquissé, monochromie/bichromie/trichromie, minimalisme, anatomie simpliste. Visages aseptisés et schématisés.

          • Présence  

            Total respect : tu as fait ce que j’avais la flemme de faire, à savoir un recensement de ce qui se trouve sur le site de Bruce. Le constat est édifiant. Du coup, je ne sais pas s’il faut y voir un manque de personnalité qui provient de la démarche des auteurs qui regardent ce qui fonctionne déjà, ou d’une part de formatage dans les écoles de formation à la BD, ou d’un cadrage des éditeurs ou des responsables de collection.

            En regardant ce que j’ai lu dernièrement pour essayer de trouver des contre-exemples, la grande majorité correspond à ce que tu décris, à commencer par Mozart à Paris. Deux contre-exemples pour le plaisir : Malpasset de Corbeyran et Horne (une suite de témoignages sur la catastrophe de la rupture du barrage de Malpasset), ou ‘évocation de Fredric Wertham.

            http://www.brucetringale.com/la-blessure-a-loeil-frederic-william-et-lamazone/

          • Jyrille  

            Dans cette liste, tu aurais même pu ajouter Aude Picault, Tornado. Voire Stanislas Gros.

            http://www.brucetringale.com/soumets-toi-lilith-deesse/
            http://www.brucetringale.com/lecons-superflues-donc-parfaitement-indispensables-et-essentielles-le-dandy-illustre-de-stanislas-gros/

            Mais tu as raison, il semblerait que selon les thèmes, le dessin doit être dans une certaine catégorie. Alors que lorsque Alan Moore fait de l’Heroic Fantasy avec Top 10, on a droit à un dessin clairement plus comics que franco-belge.

            Je ne sais pas d’où ça vient, mais peut-être aussi y a-t-il une facilité. Ces bds (celles de Mardon que tu cites notamment, ou celle-ci) ont un grand nombre de planches. Et faire du Bleuberry à ce niveau de pagination est très long. Et comme dit Présence, il y a aussi sans doute un parti-pris de sensation plutôt que de description, de dynamisme et de narration plus que de contemplation (ce que fait Riff Reb’s par exemple). Je ne sais pas, je sais simplement que je m’adapte à ce que je lis et ça me plaît ou pas. En général, ça me plaît, peu importe.

    • Matt  

      Alors là je suis complètement d’accord.
      Je trouvais même ça pénible qu’à chaque article sur du franco belge, on se tape ce genre de dessin pour des histoires tournant autour de cul, de problèmes sociaux, bref de mœurs, tout ça…
      Pour ça que j’étais content de voir du Riff Rebb’s

      Non pas que je dénigre ce genre de sujets. ça dépend toujours comment c’est fait. mais force est de constater que c’est hyper souvent un style de dessin épuré, froid, naturaliste, tout ça…
      Et les collègues en plus, ils lisent quasi exclusivement des trucs de mœurs quand il s’agit de BD françaises^^
      Et les westerns ? la fantasy ? Les policiers ? Les histoires de pirates ou truc historiques ?
      Presence, je t’ai vu ! Tu as écrit sur les voleurs d’Empire sur mamazone. Allez ramène ta critique ici !

      Bon, blague à part, ça ne s’adresse pas à moi pour d’autres raisons cette BD. Pas connu cette période, pas fêtard pour un sou, pas attiré par ces trucs de musiciens…
      Et les dessins justement ne m’aident pas.

      • Présence  

        Fréquentant assidûment les étalages des librairies spécialisées en bande dessinée, je ne trouve pas qu’il y ait une prédominance de ce type de dessins.

        Oui, j’ai écrit un commentaire pour chacun des 7 tomes des Voleurs d’Empire, et j’ai déjà noté la date de sortie de l’intégrale de Double Masque des mêmes auteurs, car je l’attends avec impatience : le 07/05/21.

        Le site de Bruce n’est pas indéfiniment extensible et il ne peut pas abriter tous mes commentaires. Néanmoins, si tu veux te faire une idée des BD franco-belges que je lis et de leur diversité, avec un commentaire, tu peux passer sur mon site.

        https://les-bd-de-presence.blogspot.com/

        • Matt  

          Non je ne voulais pas dire prédominance de ce genre de dessin de manière globale dans la BD.
          Mais dans le « milieu » des BD sociales, je trouve que c’est très très fréquent.

          Pour ton site…j’étais passé voir quelques fois. Mais hélas le truc c’est que j’ai déjà du mal à suivre ici. Si tu me files d’autres adresses…je ne vais jamais y arriver^^ Je me balade aussi sur un blog ciné en plus.

          • Présence  

            Ce n’était pas pour que tu lises tout le site 😀 , juste pour t’assurer qu’il y a des gens qui lisent aussi des BD franco-belges de genre, policier, thriller, SF ou autres.

  • Eddy Vanleffe  

    Michel Magne je me demandais aussi pourquoi ça me disait vaguement quelque chose….
    LES TONTONS FLINGUEURS BON SANG!!!!

    et cette histoire aussi de l’ami des stars…je crois avoir vu son nom traîner dans des articles sur Johnny…
    Pareil sur les pochettes j’avais déjà lu le fameux « recorded and mixed in the chateau d’Hérouville in France »
    j’avais jamais fait de lien

    ET BON SANG SKULLY, TOUT ETAIT SOUS NOS YEUX DEPUIS LE DEBUT!!!
    LES PEOPLE SON T PARMI NOUS ICI, EN FRANCE!!!

    le bouquin a l’air juste sublime et merci pour cette découverte d’une période culturelle passionnante….

    • Présence  

      La liste des musiques de film composées par Michel Magne donne le vertige : Un singe en hiver, OSS 117, Angélique, etc., sans oublier les films de Jean Yanne.

      https://fr.wikipedia.org/wiki/Michel_Magne#Musiques_de_films

      Comme le fait observer Bruce, les studios d’enregistrement d’Hérouville ont même donné leur nom à un album d’Elton John : Honky Château (1972), son 5ème album studio.

      J’en avais déjà entendu parler, et j’avais également remarqué cette mention sur les pochettes d’album : il n’en suffisait pas plus pour que ma curiosité prenne le dessus et que je saute sur cette BD.

  • Bruce lit  

    Une personne affiliée à Michel Magne nous a écrits sur FB.
    Je transmets « Le grand-père de mon fils était un génie certes mais un sale bonhomme … Je trouve l’album très réussi, le découpage et scénario super malin, quelques vignettes magnifiques et l’ensemble en fait une très bonne BD qui je crois à beaucoup de succès mérités. En tous les cas M.M. un très grand artiste et un sale con mais ce n’est pas le premier et pas le dernier. Bonne journée monsieur Tringale. (Petite anecdote pour vous , ces trois enfants ont les mêmes initiales que sa Majesté Mégalo, Magali, Marin et Michael Magne ».

    • Présence  

      Un témoignage moins mesuré que celui de la bande dessinée. 🙂

    • Eddy Vanleffe  

      Je veux bien croire le témoignage de la personne affiliée….
      je pense d’ailleurs set on en a déjà discuté plein de fois qu’il faut arrêter de croire que les artistes et particulièrement ceux qui nous touchent sont des anges éthérés… je ne ne connais personne dans aucun milieu qui n’ait pas été au cœur d’une affaire pas vraiment jolie jolie
      En ce moment je soupçonne aussi la fascination voyeuriste banalisée d’aimer mettre à jour des secrets sombres pour mettre à bas le moindre type qui a un jour gravé sa voix sur microsillon ou couché sesmots sur papier….
      C’est souvent à décharge bien entendu.
      il y a de fait une grande injustice..plus les années passent, plus l »oeuvre dépasse son créateur… il ya ce moment charnière où l(on tente de vouloir renverser la vapeur avec OUI m’ais c’était pas un ange » mais rien n’y fera… 10 ans encore et les faits divers auront disparus et intéresseront plus guère que les férus et les passionnés qui auront tôt fait de transformer le tout en gigantesque saga romanesque…
      voilà ces gens ne se sont pas contenté d’être veules, mesquin, hypocrites comme tout le monde, ils ont aussi été des artistes et ce « meilleur » illuminera toujours plus fort que toutes les ombres….

      • Présence  

        La fascination voyeuriste banalisée d’aimer mettre à jour des secrets sombres pour mettre à bas le moindre type […] : je crois qu’on peut étendre cette propension à tout individu ayant connu son quart d’heure de célébrité ou plus. Il me semble que ce n’est pas nouveau et qu’il s’est développé une presse spécialisée dans les scandales depuis des décennies. Comme tout, c’est encore plus visible et plus rapide maintenant avec les réseaux sociaux.

        C’est comme si la notoriété devait s’accompagner d’une plus grande perfection de l’individu. Quand on est connu, on est soumis à la critique de la foule, et à sa vindicte : il faudrait être irréprochable, et même parfait, qu’on soit un artiste ou un homme politique, n’importe quel individu étant un tant soit peu médiatisé. Or la perfection n’est pas de ce monde, et c’est une exigence léonine et hypocrite que de vouloir la perfection chez autrui, en faisant abstraction des siens.

        • Eddy Vanleffe  

          et bien pour la politique (qui est trop peoplisée) parfait je m’en fous mais honnête ce serait déjà un bon début….

  • Surfer  

    «  Le Château d’Hérouville : un lieu mythique pour les musiciens, mais aussi pour les amateurs de musique pop et rock, ayant investi du temps pour déchiffrer toutes les mentions sur les pochettes d’album. »

    Rien que pour ça j’ai envie de posséder cette BD. Même si je n’adhère pas aux dessins.
    Une œuvre autour de ce château mythique ne se refuse pas !

    Pléthore d’artistes on enregistré à Hérouville. Elton John bien sûr mais aussi le Floyd, Cat Stevens, David Bowie… D’ailleurs il est amusant de dire que Low, Heroes et Lodger est une trilogie berlinoise ! Seul Heroes à été enregistré à Berlin. Lodger en Suisse et Low dans ce fameux château d’Hérouville.

    La BO: j’adore ce morceau de Sir Elton John : c’est un classique ! Et que l’on ne me dise pas du mal de cet artiste: j’en vois déjà certains venir avec : c’est pas assez rock….et patati et patata…
    C’est un artiste exceptionnel, un pianiste extraordinaire, un point c’est tout….Et c’est ce que l’on demande à un artiste…Savoir faire et jouer de la musique.

    • Jérôme Soligny  

      Alors,

      Low a été enregistré en France et (un peu) en Allemagne.

      “Heroes » a été enregistré à Berlin et (un peu) en Suisse.

      Lodger a été enregistré en Suisse et à New York.

      Le seul album que David Bowie a conçu, enregistré et mixé à Berlin est Lust For Life, celui d’Iggy Pop.

      Sinon, pour info, aucun des albums « anglais » dont peu ou prou des prises ont été effectuées à Hérouville, n’y a été finalisé. Dans le cas de Bowie par exemple, Pin Ups a été terminé et mixé à Londres (Trident).

      Bon dimanche.

      • Présence  

        Merci beaucoup pour ces informations factuelles et fiables (par comparaison à ce que j’ai pu trouver sur internet).

        • Surfer  

          Hello Jérôme,
          Merci pour cette petite rectification. C’est toujours enrichissant de te voir intervenir sur cet artiste que à eu la chance de connaître particulièrement.
          Bon dimanche à toi aussi

          • Surfer  

            Que tu as eu la chance de connaître personnellement.

            Désolé mon téléphone écrit n’importe quoi☹️

      • Bruce lit  

        Merci à Jérôme de rappeler que l’enregistrement et le mixage d’un disque sont effectivement deux étapes différentes dans la confection d’un album.

        • Jérôme Soligny  

          You’re welcome. Hérouville a toujours été un grand bêtisier et ça ne s’arrange pas. Je me permets de mettre mon grain de sel ici car ce blog est vraiment chouette. Un jour, il faudra parler des Bee Gees. Toutes ces années après les faits, des gens continuent de soutenir que les 3 frères sont venus au fameux château pour enregister la musique de SNF. Un total délire. A bientôt.

  • Jyrille  

    Ah tu ne m’aides pas Présence. Je tourne autour depuis un certain temps, ne connaissant que très peu ce studio à part pour quelques anecdotes, et ton commentaire vivifiant donne très envie. Je dois passer en librairie demain, peut-être vais-je craquer.

    Superbe article en tout cas, et un bd qui me rappelle un peu celle sur Daho que je dois chroniquer. Merci pour cette présentation.

    La BO : ça me fait penser que j’ai encore plein d’Elton à écouter. Ce morceau est cool.

    • Présence  

      Cette bande dessinée m’a enchanté pour l’utopie que Michel Magne a réussi à faire vivre quelques années, pour sa personnalité magnétique, pour les fastes, et pour les ténèbres que l’on devine très proches.

  • Jyrille  

    Bon finalement je ne l’ai pas prise : le tome 3 de HELLBLAZER par Jamie Delano vient de sortir (j’ai les trois, lu aucun). Mais j’ai pris Basketful of Heads et le tome 3 de la Doom Patrol par Morrison en VF aussi.

    • Présence  

      Le tome 3 d’Hellblazer : pas sûr que je résiste à l’envie de l’acheter en VF car il reprend une minisérie écrite par Jamie Delano, que je n’ai jamais lue, et qui n’a pas été rééditée dans l’intégrale de DC Comics en VO.

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